NAI
Lorsque Mme David retourna pour la seconde fois à Asnieres, les dames de Labatière lui apprirent une nouvelle qui d’abord le surprit désagréablement et qu'elle envisagea ensuite comme une chose tout à fait heureuse pour elle au contraire.
Un médecin, ami de la famille, ayant comme homme de science, une autorité incontestable, était venu la veille, et, devant l'état toujours languissant de la jeune femme, avait donné à ses parents un conseil que ceux-ci se décideraient sans doute à mettre à profit.
Un changement d'air était absolument nécessaire à Mme \ velimg.
En outre, les voyages, les distractions seraient pour ses chagrins les meilleurs dérivatifs.
La mer, paraissait ce ui lui convenait le mieux comme séjour.
Mais la saison trop avanréene lu permettait pas une installation ailleurs que sur une plage du Midi.
Et comme plage du Midi, il n'y avait guère que Biarritz.
Le mois de septembre passé là au cours duquel on pourrait éntreprendre quelques excursions dans les Pyrénées et inême visiter la côte d'Espagne serait doublement ‘gréable,
Le premier mot de Régine, en réponse à ce projet, avait éte un non catégorique, c
Elle ne voulait pas quitter Asnières.
Elle donnait comme prétexte que laisser l'oncle de son mari entre des mains mercenaires serait manquer à ses devoirs,
On lui prouva que le pauvre vieillard auprès de qui une personne de‘contiance dans une situation assez précaire, que connaissait Mine de Labatière, viendrait tout le temps de cette abséhce, n’en pâtirait aucunement. Û
Et la jeune femme dit : oui, en soupirant profondément.
Elle s’éloignerait de Paul, de celui qu’elle espérait fermement revoir, guéri, et plein d'amour, commeelle l'avait connu
Mais, si elle revenait forte, anssi for.
te que jadis, personne ne l’empécherait de tenter des démarches pour le visiter, d'essayer de le faire sortir de ce cabanon où, s’il n'était pas fou complètement, il le deviendrait.
De son côté, Rosalie se disait :
—Tout ce mois je vais être libre, je pourrai agir comme bon me semblera Je n'aurai plus le souci d’être reconnue à Asnières. Puisque les leçons doivent commencer sérieusement à leur retour nous aviserons à ce que nous ferons.
La maîtresse de piano avait été revoir la veille de cette seconde visite à sa nouvelle élève, un tout petit logement dans un immeuble voisin de celui où Jeanne Badolle arrêtait le sien.
Le hasard favorisait leur désir de rester voisines.
Tout en n’habisant pas 4 même mai.
son, la cour était comminne pour les deux bâtiments eiles se voyaient de leur fenê.
tre, pouvaient même conserver à l’occasion.
En attendant que les événements modifiassent leur situation, elles avaient résolu de ne r° 1 changer à leurs habi.
tudes.
Ces deux femmes qui s'isolaient du monde, qui ne voulaient point de sa pitié qui préféraient se priver des amitiés qu’elles eussent pu encore y rencontrer et cacher à tous leur détresse, avaient besoin l’une de l’autre.
On ne peut vivre absolument seul,
On ne peut concentrer toujours en soi ses impressions.
Les joies connne les désespoirs, les désespoirs comme les joies éclatent un jour.
On a besoiu d’exhaler son allégresse, de même qu’on a besoin de crier sa souffrance.
I! faut des areilles qui nous entendent
comme ji taut pour arriver à surmon::; les tristesses de cette vie où nous je:
le caprice de deux êtres que la natures poussa l’un vers l'autre,réunis dans ue étreinte,— un cœur qui pleure quar.d nous pleurons, et qui soit heureux av.
nous,
Jeanne devinait chez Mine Dav:i une amitié sincère, une compassion p fonde.
Rosalie sentait chez Jeanne nn dec attachements, faits de sympathie réel.
de reconnaissance intraduisible M l'appui qu’elle en avait reçu aux heures terribles où sa raison fléchissait, où e se sentit pantclante, écrasée sous ?
souveLirs, sans force pour continue vivre.
Désormais. leurs existences etaic.:
liées.
Le sort pouvait les séparer, les lan. dans des aventures qui, à un momue-t douné, les porteraient peut-être à €:« trahisons réciproques,
Leur volonté j'y serait pour rien.
Ni lune ni l'autre n'oublieraient ce’:
alntié, née aux heures douloureuses, «, mutuellement les fortifiait, les ence rageait.
Quinze jours après avoir pris la ré.
lation de quitter la maison de la rne E :
cher, les deux femmes étuent hbr:< d'aller ailleurs.
Dans ces quartiers du centre, les }tits logements sont rares et se loue:
vite.
La concierge de la rue Richer, à qui Mme David glissait la pièce, trouvait rapidement des locataires, et sans rien dire au propriétaire, qui depuis de Jonzues années lui laissait un peu la mx.
haute dans son immeuble, permettait, à celle-ci ainsi qu'a Mlle Badolle, de Ge.
Wenager.
Mme David, du reste répondait à:
loyer.
Elles s’installèrent done en mér::
temps rue d'Amsterdam.
Les deux maisons étaient bien t:à nues.
Elles pouvaient recevoir, l'une des
“zves l'autre des clientes, sans rougir «4 local.
Rosalie avait demandé au proprittai- = l'autorisation de poser à l'entrée de l porte une plaque en marbre sur la.
selle on hsait en lettres dorées :
COURS DE SOLFEGE ET DE PIANO Lecons particulières
La maison était une de ces anciennes Lätisses où l'on retrouve des pièces vaste3, garnies de placards, conmodités qui inanquent totalement aux logements usodernes.
La jeune temme n'avait que deux chambres dont lune, très grande, où ele recevrait les élèves , sil ni en venait.
En somme. elle se trouvait beaucoup tieux que rue Richer.
Aussitôt son modeste mobilier rangé de façon à paraître le plus confortable possible, elle se remit à travailler son Plano, à essayer Sa VOIX
Ses doigts avaient retrouvé toute leur agilité, toute leur assurance d'antrefois.
Sa voix restait couverte, tout en de- Meurant chaude, sympathique.
Rosalie ne désespérait plus.
(Cela reviendra, murmura-t-elle:
Mais l’angoisse la prenait, très vive, an sujet de ses lecons.
La somme qu'elle ré: lisait avec la veute de ses Ingoux n'irait plus bien loin.
Quoi faire !
Mme David qu’on avait toujours vue rue Richer vêtue de noir, ajouta, en arrivant rue d'Amsterdam, deux biais de crêpe en bas de sa robe et un voile derricre son chapeau.
—- Personne, avait-elle dit à Jeanne, n'a besoin de savoir qui je suis.. Je dois absolument passer pour une veuve dont le mari vient de mourir :il est donc nécessaire que l’on mue croit en grand deuil.
— Vous avez raison, répondait la jeu-
ue fille je voudrais pouvoir f-1re com.
me vous.. Mais forcément je dois revoir mes clientes . [l m'en reste si peu déjà les dernières me seront-elles fidèles ?
— Vous en ferez d'autres.
Vous ne savez pas ce qu'il me faudrait ? dit Jeanne après un silence,
—(Quei donc !
Un entreprise. .
Magasins, je suppose.
— Oui, ce serait très bon.. Mais ne pourriez-vous pas.. par lui !
—V'ar cet homme ? certes ou1..
lement, voudra-t il !
--('est bien le moins qu'il veuille. .
Comment voulez-vous qu'il s'y refuse ?
Oui, c'est bien le moins. et cependant, je n’y compte pas.
Vous devriez vous occuper de cela, de suite. . Ne pas perdre un instant,
C'est mon intention, j'irai aujour d'hui.
Cette conversation avait lieu un matin, Jeanne prenant avec Mme David son café au lait, comme elle le faisait rue Richer.
L'après-midi, la jeune fille, à l’heure ou elle savait tronver le patron, se rendait aux “Grands Magasins”.
Elle n'eut qu'a faire passer son nom pour être reçue
M. Chaumel l’accueillit, à la fois sérieux et aimable, essayant d'éteindre la famine qui, à sa vue, animaïit ses yeux mornes, et de refouler la satisfaction qu'il épro cette pensée :
Entin, lu . c'est un pas de plus.. elle y arrivera !
— Jeanne lui exposa le motif de sa visite.
Et il lui promit formellement de donner droit à sa requête,
Revenez demain, dit-il, j'aurai certainement arrangé l'affaire.
Le lendemain, Jeanne reparaissait juste à la même heure,
M. Chaumel avait la physiouomie ab.
solument contrariée.
—F'ignrez vous, ma pauvre enfant, que je u’ai pas abouti. . Oui, moi, le maitre ici, je dois m'incliner.. Pourtant, je
pour les (irands
seu-
le déclure il sera comme vous le désirez.
Voici le cas : vous savez. ou vous ne savez pas, que si je suis le principal actionnuire et le directeur de cette mai.
son, beaucoup d'intéressés qui font partie du conseil d'administration ont voix au chapitre. . Or,ilya chez nous des
règles établies de fondation, contre lesquelles je ne puis m'élever.… Les entreprises de travaux à l'aiguille, où autres, sont des espèces de monopole qu'on n'accorde que dans telles et telles conditions. . Il faut, pour en déposséder les titulaires; dés raisons valables... Tout est pris en ce moment, et aucune de ces rASOns n'existe. Puis-je, moi, chef d'é tablissenment fournir l'exemple d'une infraction à ces règlements, en mettant à la porte quelqu'un qui ne l'a pas mérité ?
— Pourquoi m'avez.vous donnée hier Une promesse aussi positive ? demanda froidement Jeanne Badolle,
—Je croyais qu'il y avait des places Vacactes ; or, la dernière a été donnée il Y a deux jours à une veuve chargée de famille. . Voulez-vous que je commettre cette infraction au réglement dont je viens de vous parier ! on la renverra purement et simplement,
. —Si cette femme est chargée de fa- . bille, ce serait sans doute lui ôter Je pain de la bouche,
—Je le crains. son mari avait une position honorable : en Je perdant, ele s'est trouvée forcée (le se mettre à l’'œu
‘ vre.. Il est probable qu'en Jui donnant de la besogne, nous la sanvons de la misère.. Si je n'avais cette arrière pensée, je vous avoue que J'aurais exigé qu'ou la renvoyât sous un prétexte, une mauvaise raison quelconque. sans même vous parler d'elle.
— Vous avez bien fait de m'en parler.
Au cas où je l'aurais appris, j'aurais eu des remords... Je suis seule, après tout Je n'ai que mon pére à entretenir ct je puis encore travaiiler
—Je vous ni dit que Jainais je n'ac.
cepterais rien pour moi : Jamais !
— Ce ne serait pas pour vous.
pour votre jière,
Elle eut un geste farouche,
Assise sur une chaise au coin du bu rean devant lequel se tenait, avachi dans son large fauteuil, M. Chatel, Jeanne se leva brusquement.
Voulez-vous qne l'on renx relie te femme ‘ant.
Non !
Il se leva anssi. peniblement gêne jr cette corpulence qui le faisait traiter irrévérencieusement par ses employés de but gras. BE: ETS
—En tout cas, reprit-il, marchant pour là reconduire, vous ctes sur Jes ratgs : à la première vacance. .?
Combien cela peut il durer ? de manda-t-elle en se retournant.
—- Quelques mois, tont aussi" bien
qu'un an. deux ans.è RER
inais
di andiu encore le
Elle ne répondit pas, ouvrit la porte
et s'en alla, en Ja refermant sur elle,
Avec une vivacité dont personne ne Peñt cru capable, M Channel regagna son bureau, frappa sur une Sonnerie électrique,
Immediatement, un homme parut par la porte oppesce.
— Vite ! dit le patron, elle est dans le corridor.
L'homme, quelqjae commis de contance, s’éclipsa sans articuler une syl.
labe,
Deux secondes plus tard, il marchait derrière la jeune lille, qui traversa Jus Magasins et se retrouva dehors.
Elle retournait à pied chez elle, bien que la course fût longue,
l la suivit jusque là, dépassa Ja porte sous laquelle elle était entrée, traversa la rue pour aller s'installer à la ter.
rasse d’un café, où il resta deux heures à absorber des consommations et à lire les journaux.
Au bout de ce temps, certain qu'elle habitait la maison, puisqu'elle n’en était point ressortie, il s'en alla, regagnant les Grands Magasins, pour donner an pa tron l'adresse de celle qu'il avait filée,
Tout en s'en revenant, Jeanne, qui ni se doutait guère de la poursuite dont elle était l'objet, pensait
—Est-ce vrai, ce qu'il m'a dit Après tout, ilest peut-être sincère.
pourtant il me semble bien que s'ilavait voulu, sans retirer aux autres le pain de la bouche... Entin, si la imisere me tue, je serai bien débarrassée.
Ce jour même où Jeanne Badolle épronvait cette déception, atténnée 1l est vrai par une sorte de pressentinent, une bonne fortune arrivait à Mine David.
Son logement, situé dans le second corps de bâtiment, au foud de la con avait trois fenètres.
Ces trois feuètres donnaient en fact de celles d'un grand et bel appartement moitié en façade, moitié sur cour, ab te par des locataires jouissant certuine went d'une large aisance.
Rosalie avait vite apercu deux fiettes de dix à douze ans, quelquetois le pere
et la mère, qui s'approchaieut d'une des fenêtre lorsque, les siennes grandes ouvertes, elle se mettait à son pin.
Elle ent de suite comme une idée que les petites lui seraient contices.
C'était sa réclame, à elle, de jouer ainsi de façon à être entendue
Sûre de son talent, ellene pouvait mieux faire que de contraindre les an tres à le constater, sans les fatiguer pourtant.
Ce mois de septembre, très bean, forçait pour ainsi dire a tenir partout les fenêtres ouvertes,
Lorsqu'elie étudiait, qu'elle “entrete nait” ses doigtsavee des gammes où des exercices, elle fermait les sienues.
Si elle jouait du Chopin on du Beethoven, ou quelque autre mélodie des maîtres modernes, elle les rouvrait.
Et la musique arrivait, sentimentale ou enlevee, grave ou s'egrenant en pates légères en cascades joyeuses, aux oretl les de ceux qui habitaient en face.
Bientôt il y eut d'autres locataires qui se mirent aux feuêtres.
Et la réputation de la maitresse de piano se trouva faite dans la maison de
lu vue d'Amsterdam, comme elle étiit faite dans celle de la rue Richei
Seulement, rue d'Amsterdam, cela de vait porter des fruits.
Douce, dans Papés-cmidi où Jeanne Budolle retourna aux Hiaga Sins”, pour y recueilir ue tin de non recevoir une dame sonna à la porte de tillettes blondes qui regardaient sonvent dans li con!
“Ciranes
; \ Rosalie, ACCOIHALSTES de deux
La jeune fennue reconnnt lenr mere et avança un siege avec quelques polis.
La visiteuse s'étre Lormée hill Se l'aince orandes dispositi ns pou
Jusqu'alors, je pris dus lecons Ua VI p
mots
borda la ist Mie surtout, moentraient de la ninstque. s deux petites n'a valent leur institutrice, jeune personne trés inetrite, Rial uiste fort ordinaire.
M et Mine Germont avaient pui juge du talent de Mine David et déstiaient lui contier l'éducation musicale de leurs enfants.
Cela leur convenait d'antant mieux que les petites n'auront un svaliei à monter pour prendre leurs lecons on suivre les cours de solteue.
Maine David remerecia.
Ion apres Germont Nes
s ia
La question du prix fut débattue sin le champ etles deux femmes causerent.
Rosalie dit qu'elle avait été au Consecrvatoire, dans a classe de chant de Roger.
Elle voulait arriver au theatre.
l'uis elle se mariait, et en se trariaunt elle abandonnait cette idée,
Devenne subitement veuve, lait penser à l'avenir
Elle se décidait à aborder le profes.
sorat.
La situation etait intéressante,
Un courant sympathique établit entre des deux femiies.
ini fal-
Mine Germont recevait beaucoup, dn mois de décembre an mois d'avril.
[1 lui arrivait de demander à des ar-
— lo2 -
Ustes de valeur leur collaboration à ses soirées,
Elle espérait que Mme David vou drait bieu être du nombre
Celle-ci remercia encore,
La mere et les fillettes ne s'en allèrent qu'au bout d’une heure.
— Allons, cest un commencement, murmura Rosalie, je ferai ici des rela tions. l'avenir S'échurcit.
En fait de relations, la jeune femme devait vite en faire d'autres.
Sur son palier, un très large palier, où on eût trouvé deux piècces d’une de nos Waisous Inodernes, donnaient plu sieurs portes, dont l'une ouvrait sur une chambre habitée par deux jeunes gens que la concierge lui avait dit ètre deux amis, étudiants en médecine.
Ces jeunes gens n'avaient qu'un dé faut— car on pardonne seulement aux grands artistes le tapage qu'ils font, — eucore, cela dépend des heures — l'un de jouer de son crincrin, l'autre de taper sur SON piano, à des moments où Je com un des martyrs songe au repos.
Comme ils payaient régulièrement leur terme, le propriétaire hésitait à leür donner congé,
Cela arriverait, s’obstinaient à “mu siquer” quand tont le monde dormait.
Mine David s'aperçut vite que la concierge n'avait rien exagéré,
Quatre ou ciny fois par semaine, on était sûr de ne pus s'endormir avant deux heures du matin.
Un jour, elle guetta leur sortie et leur demanda un moment d'entretien.
Ds entrèrent chez elle avec empresse | ment, la félicitant ensemble de son ti lent de pianiste, la remerciant de leur fournir l'occasion de lier connaissance,
Lajeune femme s'y prit de facon à ne les froisser en rien.
Elle leur pronit de faire de la musi.
tue avec eux, et il sortirent en lui prouiettant, à leur tour, de fermer le piano et de remettre le violon dans sa boîte à minuit sonnant.
Ils devaient tenir parole.
Des liens de bonne atnitié étaient
noués entre les jounes mélomanes et leur voisine ,
Cette dernière, en apprenant qu'ils faisaient leur externut à | hôpitai Beaujon, avait eu un instant de crainte. :
Elle ne se souvenait point les y avoir vus pendant ses deux mois de ‘séjour à cet hôpital après su chute par la feuétre.
Mais eux à un moment donné, ne se rappelleraientils pas le drame dont elle avait été l'héroine ct ne reconnaîtraientils pas en elle cette héroine.
La réponse qu'ils tirent À une de ses ‘questions la rassura.
[ls entraient trois mois plus tôt seulement à Beaujon.
I y en aurait sept bientôt que la jeune femme en était sortie.
Tont ceci se passait une quinzaine après l'installation de Mme David rue d'Amsterdam.
Depuis dix jours, la famille de Labatière avait quitté Paris.
On s'était arrêté à Bordeaux pour quarante-huit heures, afin de visiter la ville,
Puis, on avait repris le train Payonne Biarritz.
M. et Mme de Labatière et leur fille descendaient à l'hôtel où ils avaient retenu leurs chambres.
Dès le lendemain de leur arrivée, ils choisirent l'endroit de la plage où ils s'installeraient de préfére uce, un peu à l'écart du gros baigneurs, avec seulement quelques tentes espacées, quelques Parasols ouverts.
M. de Labatière ficha en terre celui qu'ils avaient joint à leurs bagages, en toile grise ruyée de bleu, et l'on s’assit sur des pliants en regardant l'horizon.
Les dames avaient apporté leur ouvrage : le vieux marin ses journaux,
On v’a point, en dehors des proinenades et des parties de pêche, d'autre pas- Se-temps, à la mer, que celui de lire ou de travailler
Bientôt M. de Labatière, qui ne pouvait longtemps tenir en place, annonça à sa femme et à sa fille qu'il allait pous-
pour
ser Une reconnaissance du côté du phare atin de leur faire faire cette ..romenade le lendemain, lorsqu'elles seraient remises des fatigues du voyage.
In'était pas parti depuis nn quart d'heure, que Régine et sa mère voyaient arriver, accompagnée d'une femme bruue grandeet vigoureuse, ayant la voitture des femmes du pays : un foulard enronde antour du chignon, — une trèle et blonde eréature, marchant appuyée sur une Lb'oniile.
Un comme les suivait à une cingnan.
taie de pas, jeune, habilité d'un élégant cornples de tlanelle claire, et portant sur un bras un châle de lainage blane.
La domestique avait ouvert lu tente et installé sa maîtresse, lorsqu'il arriva a lentree,
Cette tente était a proximité, un peu plis en avant sur la plage que le pur sol à rayures bleues,
Le Jenne homme qui venait de S'arréter devant leva les yeux du côte du parusol.
[ent nn mouvement d'hésitation, puis de surprise.
Mme de Labatière et Mme Yveling avaient, en mème temps, le même geste
É'les se levérent en le voyant s'avancer hâtivement vers elles.
M. de la Roche ?
Mesdames. vous ici.
quand !
— Depuis hier ccnmime vous voyez.
— Où donc êtes-vous deseendues ?
— Hôtel des étrangers.
—-Ah : vraiment. on y est mal, À ce que j'ai entendu dire.
--Je crois que nous y serons bien.
et vous, où logez vous donc !
Henri da la Roche se retourna en étendant le bras sur la gauche :
— Moi, j'ai loué un petit chalet, bout de là plage, tout pres d'ici.
—Un chalet ! exclama Régine, vous êtes alors avec des amis ?
—Je suis... Henri avait un air absolument embar
Et depuis
Cest tout nouveau
au
rasé, presque le rouge au front.
-Je suis... marie, titil, ébanchant avec péine nn sourire.
Marie, vons / Nous n'en avons rien |. 1} PVPENENES
— Cela s'est fait très précipitamimment.….
d'une façon tout à fait inopinée. , Appe lé au chevet d'un grand-oncle dévédé aujourd'hui, je me suis laissé toucher par la bonté, le charme... je divai «sur tout par le malheur d'une petite const.
ne, que vous venez de voir
Ah :
Cette unique syllabe S'échappi simul taa$ment de la bouche des deux tem- Hies,
Elles rs unait toute une reponse fai te d'étonnemeut, de pitie, d'approba tion,
Et Pant ! demenda Henri, dont la gène avait disparu.
Ni Mme de Labatiere ni Mme Yve liug n'articulerent un mot.
Elles s'étaient rassises, presque aussi pâles l’une que l'autre,
Il n’est pas avec vous ! demanda leur interlocuteur.
— Comment pouvez-vous nons faire une” pareille question, balbutia la mé re :
—N'est-elle pastoute naturelle ! Mais avez-vous, mesdames ?
Vous ne savez donc rien !
Que suurais-je ? en rentrant du ma.
riage d'Y veling, j'ai trouvé une dépêche venant de Vendée et me réclamunt * plus vite.. J'ai passé deux mois là sans nouvelles de personne. absoi 1.
uient séparé du monde.
—Saus lire les journaux !
On n'y recevait que des journaux locaux :la tentation ne m'est jamuis venue de les ouvrir. Mais ces réticences ie font peur... Qu'y at-il...
La pauvre dame regarda sa fille,
Régine était toujours blanche comme un lis, avec les lèvres mortes, les paupières mi-closes.
ceeur battre sous la légère étotfe de son costume de pla-
ge.
Elle ronvrit les yeux, qu’elle tint une seconde tixés devant elle ; ses narrines battirent, aspirant la brise vivitiante qui la raniait.
Et calme, se tournant, avant que sa mére eût répondu, vers l'ami de son mari, elle Tni dit
— Tout un drame s'est passé la nuit de nos noces... Panl, pris d'un avecs de folie furieuse, n'a trappe d'un coup de couteau
Ce fut au tour d'Henri de la Roche à pälir d'une paleur blatarde d'abord, puis vérdâtre comme si tune peur soudaine changeait a nature de ses impres sions.
- Paul lexelama til
Et aussitôt, sans ni laisser le tenir de r avrir la bonche :
Etes Vous sûre que cest ni
— Qui voulez vous que ce soit
— En effet, titil, toujours aussi trou blé ; mais Paul fou !., cela tue hupossible.
—C'est pourtant vrai. si vrai qu'il est en ce moment à bicètre.. iuternt avec les aliénés criminels.
Mais que me dites vous là /., C'est absolument épouvantable !
—ÆEpouvantable ! répéta Mine de Labatière, fri-sonnant au souvenir de L'atroce scene.
Mine Yveline mer.
Ses narrines palpitaient plus fort :
sous son corsage son cœur bondissait,
Henri reprit, surmontant petit à petit son émotion :
—Haunais chez ni, rien n'avait fait prévoir cette catastrophe. et il n'y a pas eu, Je crois, de cas de folie dans sa famille.
— Aucun répondit Mine de Labatiè re.
— Aucun, répeta Régine, qui seretourna de nouveau vers M. de la Roche,
— Alors, cette folie à été provoquée Il y à eu quelque chose ?
—Certes, reprit la jeune femme, il y a eu quelque chose.
—M. de la Roche, si vous le voulez
seuble
regardait encore Îa
bien, tit Mine de Labatière, n'allons pas plus loin, Je vous dirai ce qui est arrivé dans un autre moment, ilest extrén ment pénible pour ta fille de
— Pourquoi ue pas appaendre an co: traire la vérité de suite a M. de la Ro che !interrompit Régine : une tois cor nue d: lui, nous nv reviendrons pus, Tu peux la lui dire devant moi.
Sa mere bésita,
Puis, pensait peut être aussi quil vue lait mieux ne pas revenir sur un tel»
jet, elle consmenca d'une vor
avec pelte de sa gorge
qu sortit
Un honte que hioitlis estitutons, ili parent, presque th enfant pour hole, 4 cotntuis une Plate
Henri poussa un soupir.
On ent dit qu'un poids se soulevait de dessns sa poitrine.
Régine ne semblait plus a li conver sation,
Elle regardiuit au loin encore, comme si elle suivait les voiles blanches qui x cillaient de vague en vague,
— Notre neveu, Jacques de Labatitre, reprit son interlocutrice, atinait ina fille d'amour. elle m'avait pour ni qu'une amitié fraternel] [l tut atterré en ap prenant son mariage, la jalousie, le poussérent à un acte tuisérable
écrivit a M. Yvelingune lettre qu'il lui fit parveni on ne sait comment.
tous les mysteres ne sont pas Éclaireis dans cette iucrovable atfure,--une let.
tre où il calommiait odiensement sa con sine, Ce malheureux Paul a éprouvé une de ces sommations cérébrales qui enlè vent à un homme sa raison {la décro ché un poignard d'une panoplie et il a frappé... Quand on est arrivé, il berçuit
r ses genoux le corps sanglant de sa
me... C'est un tiracle qu'on nous ait sauvé notre fille
Jacques de Labatiore à fait eela diurmurait Henri avec stupeur,
— Hélas lil a bien fallu nous rendre à l'évideuce.. Pris de remords, il s’est exilé, il a demandé uue mission dangeu reuse, dans l'Afrique centrale, Avant de
et le di sesproir,
ut
partir, un billet anonyme émanant eci tainement de lui a tait elore Linstruc tion, Ilavonait ln vérité,
Et Henri répétait
Lui. Jacques de Labatière
Sans ètre lié avec le jeune otlicier, il le C'nnaissait assez, le rencontrant sou vent chez les Labatitre, où 11 fréquentait et où Paul Yveling avait eu par lui ses entrées, pour le savoir loyal,
Aussi, son premier sentiment fut:il nue incrédulité mêlée d'indignation.
Mais Henri dela Roche savait, par sa propre expérience, quelles compromis sions peut mener une passion dévcue,
Puis, c'était une preuve de culpabili te, que ce départ pour les régions péril leuses, où tant d'autres ont laissé leu vie, comcidant justement avec la tragé die dont il s'avouait pour wiusi dire l'instigateur.
Et, d'ailleurs, Henri aimait croire cela qu'autre chose.
Car, aux premiers mots de Hégine, uu soupçon le mordait,
mieux
L'amir déluissée, répudice avait-elle combine ane de ces vengeances dignes de l’atiront subi ?
Cette version, admise par les Labatie e eux-mémes, d'une mauvaise action -ommise par leur neveu, laquelle mau vaise action amenait des conséquences que certes celui ei n'avait pas prèvues, il fallut bien qu'elle le fût aussi par lui.
Quand, du reste, en quelques mots, Mme de Labatière lui eut appris les détails de Fatfaire, il fut également cou.
vaineu.
C'était bien Paul qui avait frappé, ce ne pouvait être qne lui.
Les évènements s'étaient chargés de venger Rosalie.
Henri demeura au moins trois quarts d'heure à causer avec les deux
€ 1x dames, Il s'était assis sur le pliant que venait d'abandonner l'ancien capitaine de fré gate et il ne pensait pas qu'à quelques pas de là, Huguette attendait qu'il vint lui dire qui étaient ces personnes avec
lesgnelles il paraissait en si bons ra:
ports
Enfin, en <e retournant sur sou STE vit la tète de la jeune ferme dép ser de la tente, plantée, Une trentui de pas plus loin.
Hagu ttes ipatientait, ana Vait deviner Si n'avait pas fini de caunsel
Henri sentit qu'il était temp dl cet entretien,
Le meilleur moyen pour 4 !
de presenter sa fete,
FH descendit vers la tente.
bientot, accotipaste de celle que veu dient tout à l'heure avec compassion mure el la tille,
D'un bras autour dela tai solitenalt,
Elle arrivait, souriante, le pliant, entre Mine de EL
RCuine,
Eu quelques minutes, la cons ve ctait faite, les ss tipathries n
Ou se revit le lendemain, | main les jours suivants.
Henri avait mis sa femme at ein du dame incroyable qui marquait nuit des noces de Régine de Lai re,
Æamais ombre d'une allusion vi vait être faite à cet événement.
légine qui éprouvait bientôt por Hugnette une de ces affections que ja ob passion exagere, bien payec Qt Fr tour par celle ci, à qui l'etfravaut mal beur de cette jeune femme à peine plus ägée qu'elle de deux où trois ans all cuur, ne prononeta ps une fois | de son ina.
Elle enfermait en elle toutes ses tu pressions,
Mo vis a-vis de ses parents, € surdait le silence sur ce sujet.
En revanche, Hugnette parlait
Elle racontait son enfance, sa vie pres de Pareut, dans le dieux châteiu a tond de la Vendee.
Elle racontait l'arrivée de <on cou
Elle avouait que tout de suite elle !
vait altné.
L'ueul était mort.
[éétiient maries, Henri l'emmenant 10 même des noces,
M séjour de vingt-quatre heures à “is pis ils partaient ponr Biarritz, ‘Us bubitaient depuis six semaines, Elle était hevrense.… heureuse.
Mais à veine avait elle prononcé ce ot qu'elle tressaillait,
LIT obre tt répanduit MNUT sot) visu radie Des lérmes voilaient ses beaux veux
Souritnt4 Et “a Voix devenait oppressée,
Non, elle n'etait poiat heureuse elle le serait jamais.
À moins que l'opération, la terrible leration, dont n'avait print voulu k “al pére, qui Vaimait tant, ne réus
Elle voulait marcher sans béquille fegine ne pouvait s'empêcher de trisuuer devant cette résolution troide, rétée, inébranlable
Eile essaya d'en détourner ilusuet.
Elle vit Lien que c'était inutile, Uette jeune femme, lus frêle qu'une ‘lette fréle de quinze ans, avait déci ment, 4 cet égard du moins, une inismptable volonté.
Et l'amitié de Mine Yveling pour ‘ne de la iioche prenait de plus en US le caractère de celle d'une sœnr ai 18e pour une jeune sœur quia besoin 2 protection et surtout de tendresse, Dans l'état d'esprit où elle se trouvait, tlegite ne désirait, ne voulait même pas faire de relations sur cetic plage où elles sent faciles, qnitte à ne durer que nel.
‘ex semaines.
Elle avait acquiescé À ce voyage, à ‘absence d'un inois ou deux.
était tout ce qu'on pouvait lui de.
hailier Mener à Biarritz la vie de Ca HO, fautile d'y songer pour elle.
Elle consentait à quelques excursions “ quelques promenades snr mer.
À part cela, elle réchumait sa tran “aillité M. et Mnie de Labatiere se félicitaient
“acobtre du jeune menage, at ce qui apportait une diversion es de leur tille devait les char
iussi se prenaient de sympa elle qu'on devait appeler par te comtesse, la Roche ne leur avait ja nisytopathique, ni antipa-
e de ces liaisons wmondaines
mnissances que lon voit
on “oit chez soi
“ie n'en reçoit
ete d'abord l'aul Yve
iu « ut
& Jeut ir devenait moins
in LiYérent ar où il lenr faisait
past des sentiniouts de sou ami pour Eegine.
Quoi qu'il fut lt eanse indirecte de l'union malheureuse de leur tille, il ne lui gardait pus rancune
De même qu'en dehors des promena des anxquelles ne pouvait prendre part Huguette les trois tenunes étaient pres.
que constamment ensemble, l'ancien capiaine de frégate et le comte de la Ro che devinrent bientôt des insépara bles.
Aünant l'un et l'autre l'agitation, le inouverment, ils se donnaient rendez.
vous pour aller ici ou la,
[ls venaient ensuite racouter aux da lues Ce qu'ils avaient entendu, les potins de plage comme Henri le faisait aupa ravant pour Hnguette.
\iaintenant le parasol était souvent laissé,
On se tenait plutot sous la tente, tou
Jours au mème endroit, un pen écarté,
uon loin de la villa des Pins,
Mais les deux jennes femmes à l'heu re du bain étaient forcées de se mêler, à cause d'Huguette, à ceux qui comme elle prenaient leurs ébats dans l'eau salée
Celle-ci avait baieneur,
our la porter des cabines à la mer, et de la mer aux cabines
Une fois dans l’eau, elle se tirait d'af
bosoin du
ton
ire, hageant comme nn poisson, en di jt de son iutirmité.
Régine anissi savait nager,
Elles rivalisgient de vivacité
Ce motnont était un ments de la journée Apres le brun la reaction, la promeni.
des bons [LIRE
de au bord de li lier, Régine voulait qe sou atnie at ceptait 1 bras, liulgre le objections de coll D QUI cralgoait de la fatiguer
On surtctant sus uuelles v fissent tteution, pour les voir passer, les pre uant petit etre jour s AOUX seurx lune intirme, délicate, S'appuyant sur
autre gratide bic blondes, avec dl
Prise, toutes denx lis Visages
Lorsqu'on les regardait de près pot aut, où si ‘it entre essctublan LCA
Les valent cett contre «1 1] #s tons di
Le ble:
ait 4
trous es atotre
louris cheveux d'Hugnette à teinte cendrec que l'on ren Met ux de Régime, ses portouts du Titieu.
x de Régine ressem celui es HIVOROUIS, Les Veux a Hrizuette étaient lolet de pt rvenche Le visag, che la premicre, avait ne régnlarite de lignes qui faisait pu taitre plus chitionné le miuois délicieux ie la seconde,
tu blert
On ne pouvait que repeter une chose ‘est qu'elles étaient bien johes toutes doux, et qu'il etait bieu malheureux jue la seconde, au lieu d'avoir la taille t la démarche de la première, ne füt puupe pauvre petite Lutirime
Le mois ‘e septembre passa ainsi, ais la premiere Jjuinzaine d'octobre.
De part #t d'autre, on pensait à ren ‘rer à Paris.
Le compte de la Roche s'entendit ivec ses amis pour partir Une semaine l'avance, afin de procéder à l'installaion de | hotel qu'il avait loué lorsqu'il * était passé venant de Vendée.
M. et Mde de Labatiè-e se chargeait ie lui ramener la jeune femme.
Bien qu'elle dût y retrouver son ma r1, dont l'absceuce lui était très sensi
ble, la petite comtesse quitta Barrie avec tristesse,
Lorsque, mout’e duus li voitur elle se sentit ttuporteu vers la gare un derniere fois elle se retourna vers l'hu bitation coquette tapissee de lieri.
Deux larines juilirent de ses vous
Regime, assise en tace d'elle , lui lt sa doucement les iiuins
Venis v revsendrez | tee pre lat ne, fit-elle de sa vois aflectnuns
J'y ai été si heurense ‘inummt Huguette en vetoulant un sainçclat
\ussitot délurne aParis, le count de la Fien he albut chez le taprissit rave lequel du reste 11 “etait ent lu il vonce pour aménagement de Pimme ble Joué avenus Montaigne, tont pre:
des CUURIS,
prenait aves lui ses dernier arrat setuents, Jui donnait rendez VOUS pol le lendemain dans linmenble et retou:
nait à l'hotel Coutinental où à etai descendu, Îl avait tent Lien dortui «dans
leepingear eu il monta à Biarrits
\ussi se sentait il frais, dispos, con, ue Si eût passe ane bonne nuit du:
son lit.
Une fois dans sa chambre il pros da à su torlette, une de ces toilettes 1 nutieuses auxqielles les hommes « gneux de leur personne accordent un:
temps suffisant.
Si Henri de la Roche manquait d cette appareti e qui constitue la Lbeaut du sexe fort si la taille etait urèle, visage efféminé, il avait pour lui cett distinction qui révèle la rave ou plate l'atfiliation à uue lignée dégénérée, n'a vaut plus rien de ccmmun avec Je.
aieux robustes et rndes dont le vieu.
comte, mort quelques mois plus tôt, rappelait l'image.
Les succés qu'Henri avait eus anpre.
de ses amis il les devait à cette fines tout aristocratique, à ce cachet qui ne s'acquiert point et que certaines sen:
prisent «u delà de la force physique. ?
Il était de ceux qui savent frapper :.
la porte d’un cœur et en forcer l’entré:
Ceux de ses amis s’ouvriraient-ils ?
C'était à eux qu’il pensait en procé- Jaut à cette toilette soignée qui lui eût ianné l'accès au cercle le plus élégant.
Depuis qu'il était à Paris Henri de à Roche oubliait tout à fait, en dépit ue ses préoccupaticns d'installation, qu'il était marié.
Revoir ses amis qui depuis des an-
ées Jui inspiraient les plus furieux désirs du jen c'était Ja seule chose qui le wéoceupait vraiment.
Aussitôt habillé, il quitta l'hôtel, sauta dans un tiacre et se fit conduire rue Richer
IL éprouva une véritable stupeur lorsue la concierge Jui annonça qu'un ie ses meilleurs amis du cercle avait demenagé.
Et déjà 1l mettait la main à son gous- «et lorsque d'elle à «me le buune femme ui dir :
--Mais: si monsieur désire son adres S8...,.. il m'a permis dela dire aux personnes qui me la demanderaient..
Je crois du reste, me souvenir de mon-
sieur ... C'est lui qui avait arrêté l'appartement.
— Parfaitement, c'est moi ... J'ai
fait un très long voyage, c’est pourquoi j'ignorais que
— Voilà, monsieur, rue de (iand «0.
-- Merci bien.
Henri avait congédié sa voiture.
— [1 en arrêta une autre au passage, st donna au cocher l'adresse indiquée
Rapidement il arriva au no 80 de la ue de Gand.
M. Perron ? demanda-t-il en entr'ouvrant la porte de la loge
Son cœur bat ait, il se sentait pâlir.
11 avait peur d’une déception.
Une voix répondit :
— Au fond de la cour, troisieme éta- £v, la porte en face.
{l est ehez lui ?
11 doit y être, je l'ai vu rentrer tout à l'heure.
Le comte de la Roche traversa la cour et monta d’une huleine lis trois étages.
Il vit, sur la porte de face, ure pla-
que où il lut Professeur de gymnastique
D'une main nerveuse, il sonna.
M. Perron en personne vint ouvrir.
Il recula.
Lui, restait immobile sur le seuil.
—Eh bien: fitil, reprenant son aplomb, entrez donc ?/
Il obéit.
Et quan il eut refermé la porte, qu’ il se fut retourné vers lui, il balbutia cette phrase plus que banale :
— Vous ne vous attendiez pas à ma visite, n’est-ce pas ?
-Certes non, répondit-il d'une voix calme sans affection de froi leur.
Le jeune homme lui montra un siège comme il l'eût fait à n'importe quel visiteur
11 s’assit machinalement.
— Vous voilà de retour de Biarritz ?
fit-il avec ce naturel qu'il devait conserver pendant la plus yrande prtie de la conversation.
— Depuis ce matin vous le voyez, à pein+ débarqué j: vons retrouve.
— Vous êtes allé rue Richer ?
— Oui, on w'a donné votre adresse.
—.Je vous remercie de ce bon souvenir
Heori ne l'avait point encore regardé bien en face.
Il arrêta ses yenx sur les siens.
— Vous ne m'avez pas pardonné ? de manda-t-il, essayant d’affermir sa voix.
—Qu'ai-je-done à vous pardonner fit Perron d’un air étonné.
—Mon. mariage.
—Je suis satisfait, au contraire.
quand vous ne m'avez pas invité à vos noces.
Henri tressaillit.
— Je vous ai écrit dans quelles condi tions je m'étais marié.
Oui. .... par obéissance À votre oncle... par dévouement à votre cou sine.... c'est très beau et vous avez très bieu fait.
— Vous raillez !
—Non pus, fit-il avec un geste in-
différent : je trouve, en vérité, que vous avez bien agi. Vous n'étiez pas obligé à m'inviter.
— 1 faut toujours tenir quand on à Promis. quoi que l'on ait promis.
— Allons donc ! tit-il, tandis que le Sang lui montait line boutfée au visage.
— No Vous avez raison, Avant tout, je veux que vons m'aiimiez ur peu.
“le ne veux pas vons aimer. .
moins encore qu'autrefois.
— Parce que /
— Parce que toute ma passion, cette Passion que je croyais morte, s'est ré- Vetllee... parce que j'aime Paul plus que Jamais.
[ semble absolument atterré.
Ilest vrai que vous in'avez toujours promis de minviter à 123 noces vous ne l'a ez pas fait, je a vous en tiens Pas rancune, n’êtes-vous pas content !
Trève à ces histoires. Savez.vous l'é- Po Vañtable malheu- qni est arrivé de puis votre séjour à Biarritz !
Hesri sembla alsolnment atterre.
Oui repit Perron l-poavantable wallieur qui a frappé la funille Labativre, le cataclysme de ja raison de Paul Yveling et son séj ur à Bicète.
— Les échos de cette affaire ne ine sont point point arri:és à Vendée je la connais seulement depuis six semaines, Cest à Bianitz que je F'ai appiise Vous ue devinerez pas par qui !
—Par la famill: de Labaticre.
[le t'un surs ut.
Comment savez-vous que la famil la de Labatièr: est à Srarritz /
— J'ai donné avant son départ avec ses parents, qui iques lecons de gynma- Uque aux domestiques de Mme Paul Y'veling.
La surprise d'Henri de la Roche se changea en stupeur.
Perron lui expliqua, sans qu'il pensät à l'interrompre, quel concours de «ir.
constances l'avait amené à donner des leçons de gymnastique aux domestiques des Lubatiere,
[espérait x entendre parler de Paul, y avoir de temps en temps des nouvel.
ls de l'ancien malhenrenx ami
Apres le récit, Henrise-ra la main de son Catnarade et s'en alla content : il ne doutait de rien pour l'avenir,
—Allous, pensait il, en descendant l'escalier, je n'aurai bientôt plus de re.
mords. .tont s'arrange, la foli de Paul doit être guérissable. Cela m etouffait pur Moment cette tragédie C'est Cgal, c'est bien bizarre ?
Pendant que Henri de la Roche et Son ati plaiguait Le sort de malheureux Paul Yveling, l'auteur du drame, Rosalie David se trouvait dans une situa.
tion précaire à cause d’une maladie qui la conduirait peut être au tombeau, Avec la peur de la mort, uaisait en elle le remords. Elle était cause que Paul Yveling était fou et enfermé dans l'asile des criminels. Comment réparer cette faute énorme avant de laissr la scène du monde pour comparaître devant le juge des juges’
L fallait que la perte du cabanon qui était Sa prison s'ouvrit devant lui.
Quand Rosalie pensait à cette abo minable chose Pi ul parmi les aliénés, un frison de glace lui courait sur le corps ses cheveux se hérissaient, elle avait des gestes violents, repoussant latfreuse ision
Etun désir la mordait plus tenñce à mesure que les jours passaient un désir Qu'il lui faudrait mettre à exéent on à tout prix.
Elle voulait le voir, le malheureux tou au risque d'être reconnte per lui, dans l'espoir inème de provoque: une crise qui le ratnèénerait à la raison
Aux couséquences pour elle-même, de cette crise, elle ne S'arrêtait même point ['adviendrait ce qu'il adviendrait.
L'important, c'était que Paul sortit de cette géhenne, où peut être on l'a.
vait jeté sans qu'il eût perdu la raison
Alors, seulement, elle dormirait tranquille.
Mme David, tombée usr une chaise, füt restée plongée dans ses ré Haxions,
qui annihilaient complètement son énergie physique, longtemps encore, peutètre, si la sonnette de sa porte n'éut retentti brusquement. Elle se leva, comdosa en un instant son Visa e et alla ouvrir.
C'étaient des élèves, les petites vaisi nes de la cour, qni venaicut prendre Jeur leçon.
Lorsquelle la leur ent donnée, la maitresse de musique vint se mettre à ga fenètre
Elle upercevait dans la cour plus étroite de la maison voisine Jeanne Badolle à sise pres de la sienne et tirant aiguille sans lever la ‘ête.
Elles avaient, pour s'appeler chacune une manière de tousser qui ne manquait jamais son effet.
Mie David allait éveiller, de cette façon, l'attention de son amie, lorsque celle-ci dressa soudain le buste, puis se leva aussi brasquement qu'elle se levait tout à l'heure lorsqu'on sonnait à sa porte.
Quelqu'un lui nrriue, se dit-elle, quel que cliente. .souhaitons:le.
C’était. en effet, à souhaiter.
Jeanne n'avait plus beaucoup de chientèles.
En eût elle en, d'ailleurs, davatange, qu’elle ne sût pas arrivée à les contenter.
La santé de la pauvre tille ne s’affermissait point, ou contraire.
Elle avait une maladie «les plus pénibles, à chaque instant obligée d'interrompre son travail, ce qui ne contentaient guère les personnes qui lui en donnaient ervore
Irait-elle jusqu'au bout, en gagnant le pain qu’elle mangeait ?
Sans cette cominnnauté des repas avec Mme David. qui les lui rendait moins coûteux, elle ne füt pas arrivée a se nourrir suflisamment,
Et combien de menues choses encore cette dernière payait réparément, ou en lui diminuaut le prix sur leurs petits comptes.
Malheureusement ses ressources, à
elle aus:i, s'épuisaient.
Alors, que ferait Jeanne !
Rosalie, qui avait tant de coutian’e Maintenant en l'avenir pour son pri pre compte, ne voyait guère d'issute pour Jeanne Badolle, à un mome:t donné, que celle par laqnelle celle’i, colle le comprenait mieux que personne ne leût compris, ne voulait pas sortir, quelque critique que fût la situation.
Accepter, dàs à présent, l'argent de celui qui s'était rendu coupable, à +4 égard, d'une lâche accusation de vi c'était l'autoriser à des assiduités qu!
le se rendait incapable de supporter.
La voix s'arrèta dans sa gorge,
Pâle de colère, elle repoussa la porte et s'élauca vers lui.
Ses dents se desserraient : elle dit cr le toisant de la tête aus pieds :
Je croyais qu'il était éonver que vous ne reviendrez pas ici en Pauscre de mon pere.
— Et cest toujours convenu, rép dit-il avec son flegme habituel : je :e viens pas le moins du moude vous br.
celer. ..
Mais vous ue pouvez faire que ie vous porte de l'intérêt ! je vous ai re:
contrée 1] y à Gielques jours, sans «4 vous me voyiez—vous ne direz pas que je n’v apporte pas de discrétion je vous ai trouvé tellement mauvaise mire que je n'ai pu résister au besoin de veu prendre de vos nouvelles. Vous 1e pouvez pas n'eu voulair.
— Je n'accepte pas ces raisons, E à été arrêi, bien arrêté, lors de l’entrev :
que j'ai eue avec vous dans votre bue reau, 11 y a deux mois que vos visité seraient trés espacées, donc point. Corn bien votre présence n'est pénible pla:
que pénible, odieuse ah ça vous ne cor:
prenez point combien je vous hais.
Elle avait eu déjà de ces rages.
Elle lui avait crache plus d'une fois à Ja face depuis ces deux mois, sa Mn et son mépris.
Cela glissait sur lui.
Où plutôt, c'était stimulant
M. Chaumel éprouvait une satisis:
tion, qu'il cachait sous son apparence impassible, à se sentir le point de mire de ses yeux démaraude, ressemblant alors à des yeux de tigresse.
Pourtant, cette fois, fut-ce tactique ou finit-il réellement par être impatienté, il sortit d'un seul coup de son apathie,
—Décidément, ma chès enfant, ditil, vous allez trop loin Je comprends que vous m'ayez haï... mais votre haine n’a plus sa raison d’être.
Je suis à même de réparer ce que vous appelez mon crhne, et je ne demande que cela
Si vous n'êtes pas en ce moment dans un appartement confortable, luxueux, avec des domestiques autour de vous, c'est que vous ne le voulez pas... Que puis-je
vous offrir de plus ?...,.. Demandez.
le, vous l'aurez
Elle l'interrompit.
— De pareilles offres ne rachètent rien
Je vous l’ai dit assez.
—Mais de perpétuelles ré rimina.
tions n’empêchent pas ce qui est..Ce qu’il adviendra, le savez vous ! C'est que votre père pâtira de votre obstination à me traiter en ennemi.. À l'avance, je me désintéresse de lui... Vous ferez COMME vous pourrez.
—Misérable !
—Eh ! pas plus misérable que tant d’autres !... . J'en ati assez, de vos insultes, c’est à prendre ou à laisser ; vous m'accuetllerez en ami, vous me permettrez de vous donner ce bien être qui devient pour vous indispensable, ou vous ne me reverrez jamais.
-—Eh bien, je ne vous reverrai jamais ?
—Ce n’est pas votre dernier mot.
—C'est mon dernier mot ! ..,..
— Vous le regretterez.
-—Non !
— Alors adis !....
— Adieu.
Il partit sans un regard, en homme qui à bien pris sa résolution,
Et elle le laissa partir sans nn mou vement vers lui.
Er quand elle entendit son pas sonner sur le palier elle fit un geste taron che.
— Non, la misére, la faim, la mort.
plutôt que cet homme devant mes veux je ne peux plus ! je ne peux plus !
Lui, en descendant l'escalier, -outflait comme un phoque.
—Qu'ai-ie fait là ‘grommelait il, une bévue ?.. Allons, nous le verrons bien.
Quand Jeanne raconta à Mine David la scène qui avait eu lieu entre elle et M. Chaumel, celle-ci la regarda avec plus de pitié que d'habitude.
Et comme Jeanne répétait :
Voyez-vous, je ne puis plus
Rosalie dit
— Ma pauvre eufant, comment von donner un conseil ?..AÀ votre place, je ne sais pas ce que je ferais.
Jeanne dit dans nn sanglot ranque
A ina place, vous auriez sans don te plus de courage qne je n'en ai, vous en tiniriez avec l'existence,
Rosalie ne se doutait point que la personne qui venait de sonner à la porte de Mile Aadolle n'était autre que le ricyissime M. Chaumel, le patron des Grands Magasins.
C'était la deuxième fois au moins qu’ il venait rue d'Amsterdam.
Jeanne Badolle demeura comme interdite à sa vue.
Sa surprise fut telle qu'elle n'eut point la force de lui barrer l'entrée.
Le gros homme était dans la place avant qu'ellè s’en fût rendu compte,
Elle voulut parler.
— Non, oh ! non..j'en aurais moins que vous, du courage..Que voulezvous ? Il faut attendre ... Vous ferez ce que les évènements voudront que vous fasssez, .....Ne vous désespérez point.
—$i je pouvais mourir en sachant mon père à l'abri de la misère !
— Ne parions plus de mourir....ma petite Jeanne, ne me faites poirt de peine.
11 Le Mal de Vivre
—Oh : je serais désolée de vous en faire, vous qui êtes si bonne. .....
Rosalie fui avait pris la main : ele la serrait avec force,
Et ces deux femmes, se regardéèrent dun de ces longs regards qui en disent tant, qui révelent toutes les miseros d'une vie dont il faut supporter le far dean.
Si ies défaillances, chez Jeanne, restaient trequentes, elles étaient surmontees rapidement.
La jeure tille avait dans ses desseins de ces revirements bien compréhensibles, qui ne laissent place à aucune résolution sérieuse.
Tantôt elle se disait qu'elle préférait mouriravec son père dans la pauvreté.
Tantôt elle le voulait riche, assez riche pour pouvoir narguer les cruautés du sort qui l'avaient vaincue.
Et à certains moments, pour elle-méme, elle la désirait cette richesse, elle
le voulait, cet argent. qui est la seule
vraie “ompensation aux vicissitudes de l'existence.
L'argent ne fait pas le bonheur, non, certes, puisque le bonheurest un mythe, puisque nous ne pouvons espérer en æe monde qu'une tranquillité et des jouissances relatives, puisque l’esprit humain est ainsi fait que l’eussions-nous à portée de notre main, nous nous détournerions pour chercher mieux encore, assoitfés de changement.
Mais combien l'argent qu'on méprise embellit l'existence.
Combien il aplanit de difficultés.
Combien il pallie de revers, que de positions il transforme.
Elle le savait plus que personne, Jean ue Badolle qui pous donner à sa sœur mourante ce dont elle avait besoin, vendait pièce à pièce le pauvre mobilier du ménage, et enfin, sans ressources, abreuvée de tristesses et de dégoûts cherchait avec sa mère, un refuge où cette dernière seule devait entrer.
Aussi lui venait-il également des envies féroces de briller, de jouir, coûte que coûte, de sortir à tout prix de l’or-
uière où, tille malade elle s'enfoncerait plus qu’ 2t, ne possédant plus mème l'estim < ux qui la lui avaient tou-
jours » orce.
Con le fois Jeanne devait-elle passer re par ces alternatives st di verses . :
Quel sentiment triompheruit !
Elle ne le provoyait point, se défendant tour à tour contre l'un et contre l'autre,
Dix jours après Perron avait reçu Là visite d'Henri de la Roche, celui-ci S'installait avec sa femme dans le petit hôtel de l'avenue Montaigne.
Les Labatière rentraient dans l'appartement qu'ils occupaient depuis des anaées, depuis que le capitaine de frégate avait pris sa retraite, rue de Londres, près la place d* l'Eurnpe.
Le logis était malheureusement trop petit pour y cuser l'oncle Yveling, que Régine ne voulait point laisser seul à Asnières.
Mais on trouve un peu plus loin un appartement qui ferait bien son affsire.
On pourrait le voir tous les jours, plutôt deux fois qu’une, se rendre comp:
te de la façon dont il était soigné.
Du reste, la vieille dame qu'avant de partir pour Biarritz on lui donnait pour gouvernante resterait désormais auprès de lui.
Avec elle, la sécurité était complète
Le premier soin de Régine en arrivant à Paris, avait été de s'occuper de son mari.
Le médecin ami de lu famille, qui avait conseillé le séjour à Biarritz, s’était occupé du malheureux.
Il avait pénétré dans l’hospice de Bicêtre, et il avait pu ze rendre compte que l’état de Paul Yveling restait, sinon le même, puisque les crises étaient plus rares, du moins qu'il n'avait pas varié assez pour faire encore espérer une solution favorable.
—Mais ne pourrait-on le tirer de là ?
demanda la jeune femme ; ne pourrious nous le faire soigner dans un établisse-
ment particulier où l’on me permettrait de le voir ?
On ne vous permettrait pas plus de le voir dans un établissement particulier ; son état S'Y oppose absolument Votre visite serait susceptitle de compromettre le succes du traitement. D'un autre côté il recoit à Bicêtre les soins qu il n'aurait meilleurs nulle part.
Puis et avant tout, il v a la justice, .de laquelle nous 4épendons.
Régine tresaillit.
Ce mot de justice lui Jours froid.
-L'instruction depuis trois mois ?.
elle pus enterrée ?
— L'iastruction est close, l'affaire enterree en ce sens que toute poursuite est abandonnée, 'e juge d'instruction se trouvant devant un coupable irresponsable, ..,Ce coupable reste néanmoins sous sa tutelle pendant un certain laps de temps, On ne le relaxera que bien certain qu'il n’est plus un danger pour ceux qui l'entourent, c’est-à-dire lorsque revenu à une situation d'esprit tou a tait norinale, il aura prouvé qu’aucuue rechute n’est plus à craindre.
— Et cela peut durer combien manda tristement Mme Yveling.
— Un laps de temps indéterminé, répoudit le docteur, nul ne le savait La guérison n'étant pas arrivée aussitôt après la première période d’excitation, il est à craindre qu’elle se fasse attendré....Les traitements dans ces maladies sont quelquefois fort longs.. Mais quand ils doivent agir efficacement...
— Est-ce le cas ? interrompit Régine ; ne me trompez-vous pas ? Je suis assez forte À présent pour supporter la vérité, et si vous me bercez d’un espoir qui ne devrait pas réeliser, vous me feriez beaucoup de mal.
— Aussi ne veux-je point le faire..
La vérité, la voilà ; jusqu’à présent, le cas est considéré comme curable......
Espérons que l'opinion des éminents spécialistes auxquels il a été soumis, ne variera point.
donnait tou-
n'est-elle pas close Cette affaire n'est-
? de-
Oh ‘ out, espérons-le, fit-elle, pendant que deux larmes tombaient lente.
ment de ses yeux.
Le médecin la regardait, touché, cherchant en vain quelque chose qu put la consoler.
Comme il fallait qu'elle l'eñt aimé, pour aimer encore le pauvre fou qui avait failli la tuer,
Le temps heurensement accomplirait son (uvre
L'amour s'atténnerait, drait.
Eu attendant Mme de la Roche dire que son mari viendrait la reprendre, elle avait éprouvé d'abord la velléité de partir
Cette idée devait disparaître en une minute.
Elle resterait.
Ce tut Rosalieque M. de la Roche aperçut la première debout près du piano, et remettant ses ants comme prête à partir.
Bien qu'il sût ses relations avec les Labatière, il ne s'attendait pas certes à la rencontrer ce jour-là chez eux,
Sa surprise fut si vive, qu'il fit un pas de recul.
Mais Henri de laRoche était homme de ressources.
I recula encore, cette fois, de deux pas se trouva dans l’antichambre, enle.
va son pardessus qu'il accrocha rapide.
ment à une patère, et dit en rentrant dans le salon, saluant et tendant la maia de côté et d'autre.
— Il fait très chaud en entrant chez vous comment cela vu-t-1}, mesdames ? Et vous capitaine ?
—Très bien, très bien répondit-on.
Huguette avansa, son front, qu’Henri effleura d’un baiser.
Le vieux marin présenta le comte à Mme David.
Il yeut de la part de chacun un salut d'échange le salut banal des gens indif.
férents l’un à l’autre.
Puis Huguette parlant avant que Mme David s'en aliât, de son ictention de prendre des leçons avec elle, son ma.
l'oubli vien
ri acquiesçant à son désir, devint très aimable avec le professeur.
Et comne la jeune femme était aussi prompte à exécuter ses résolutions qu'à les prendre, on convint de suite des jours où Mme David se rendrait avenue Montaigne.
—Comment accepte-t-elle de donner des lecons à Huguette ? se demandait Henri, en la regardant sortir du salon :
maintenant, promettre et tenir, sont deux elle trouvera sans doute un pretexte pour se dégager.
Mais Rosalie se présenta au dit : elle devait revenir.
Un après-midi, ce fut le comte qui la reçut à la place de la comtesse, Celle ci était un peu trop souttrante, obligée de garder la chambre.
— Pourquoi ne serais-je pas venue !
dit celle-ci : Mme de la Roche nest tres sympathique, j'ai besoin de gagner ma vie, rien ne s’est passé entre vous et moi qui n'empêche d'être la maîtresse de musique de votre femme.
— Certes, rien ne s’est passé... D'un
côté je trouve tout naturel de vous voir ici... de l’autre, cela m'étonne un peu
Vous m'avez interdit des visites fréquentes. : !
—Voyons, mon cher ami, ce n'est plus la même ‘hose, Je vous ai donné la raison de cette interdiction:
vous me compromettriez en venant chez moi.... je ne compromets personne en venant chez Mme de la Ro he.
— Et je suis très content que vous y veniez, fit Henri, quelle que puisse être votre arrière-pensée.
Il la regardait dans les yeux.
Les levres de Rosalie David esquissère un sourire.
— Vous vous méfiez donc toujours ?
fit-elle avec un mouvement d’épaules.
—Je ne me méfie pas ; seulement je me demande si vous n’avez pas un but.
—J’en ai un en effet, répliqua-t-elle, redeveuant sérieuse : éviter d’inspirer aucune défiance à la famille de Labatière... Or, comme je me suis recommandée à ces dames pour des leçons,
elles trouveraient au moins étrange que je refuse la premiére qui se présente … Le voilà, mon but.
Et Rosalie disait vrai.
La conversation en resta là.
Ne donnant pas sa leçon, Mnie Da.
vid ne pouvait s'attarder à l'hôtel de l'avenue Montaigne.
Elle s’en allait, après y être un quart d'heure à peine.
Elle remontait à pied jusqu’à l'Etoile pour ÿ prendre l'omnibus qui la mettrait, gare Saint-Lazare, au bas de la rue d'Amsterdam.
TT n'était pas plus de cinq heures, et la nuit déjà venait, cette nuit des der.
niers jours d'octobre, triste froide, avec de grands coups de vent, qui font vaciller les becs de gaz, arrachent aux arbres des boulevards les quelques feuilles jannes desséchées, qui vous pénètrent les mœælles d'un froid de glace.
Ce froid, prenait peu à peu Rosalie, lui figeant l'âme.
L'impression de la rue, au sortir de cette demeure où tout respirait le Inxe le confort, la vie, était étrangement triste.
Aujourd'hui, elle allait rentrer dans un logis froid, désert.
Oh: la vie ! la vie !
Et elle murmurait dans une plainte qui partait de sa bouche comme un sanglot. ces deux mots, mystérieux, terribles :
La vie !