BE
dues. RE DIT
Frhatur st “eau 0700
Mais l’idée qui la poursuivait fut plus vive que sa crainte maternelle,
Elle veulait voir Paul ; il fallait, à n'importe quel prix, qu’elle le vit.
Du reste, elle éprouvait une pleine confiance en sa force morale,
Si souvent, depuis un an, elle avait été mise à l'épreuve, cette énergie cachée, sans que nul en soupçonnât la puissance, qu’elle comptait bien encore qu’elle triompherait.
Certes, le coup serait rude : certes, elle devrait appeler à son aide tout ce qu’il ÿ avait en elle de volonté pour surmonter le bouleversement de cette rencontre ; mais elle y arriverait, elle Cn était sûre.
Son fils ne souffrirait point de son obtination à affronter l'émotion redou.
tée pour elle Leaucoup plus terrible qu'on ne le supposait.
— Je vous jure répondit-elle que celà ne me fera absolument rien.. Vous ne me connnaissez pas, j'ai la force d'âme d'un homme.
— L'homme le plus fort reste impressionné devant le spectacle que vous aurez sous les yeux,
— Je ne prétends pas que je ne serai pas impressionnée, je crois le contraire.. Seulement, pas au point que vous le <upposez.. Ainsi, ilest certain ‘que je l'ai été dix fois plus que je ne le serai, quand mon petit Paul est tombé malade.. Allons, mettez à votre ami le marehé en main.
Elle souriait encore, très naturellenent, avec une pointe de sarcasme.
—Je le lui mettrai, madame, je le lui mettrai, puisque vous y tenez tant.
—Nons verrons bien |....Et sur ce, wesdames voilà minuit, une heure indue : il est temps de nous séparer,
Les deux jeunes dames prirent congé sans se faire prier l'avantage.
En fermant la porte sur eux, celle nurmurait.
— Il faut que je le voie, il le faut ?..
Ce désir me ronge, il me fêtait plus de mal que ne me fera cette visite.
Huit jours plus tard, son unne lui
annonçait qu'il avait vu la veille Sepaincourt son ami le médecin.
— Votre offre le tente énormément, ajouta-t-elle mais il hésite ....
— Cela se conçcit, répondit-elle : il faut qu’il réfléchisse.
semaine suivante, Senaincourt avait réfléchi.
—Et le resultat de ses réflexions ? demanda Mme Lanoraie, dissimulant l’anxiété poignante qui s’emparait encore d'elle.
-— Le voilà : il consent a tenter l'aventure, sans répondre du succès. Voulez-vous vous présenter dimanche prochain, à deux heures précises à l’hosoice de ÿicêtre !..[l est de garde, et si les circonstances s’y prêtent, il vous fera pénétrer dans le quartier des aliénés criminels.
—J’y arriverai à deux heures juste, vous pouvez le croire.
Onétait au jeudi.
Mde Lanoraie fut pendant deux jours en proie À une surexcitation qu’elle né parvenait pas à maîtriser.
Puis, le dimanche en s'éveillant, elle se sentit trés calme.
Le grand moment approchait, et son cœur battait à peine.
Elle sortirait telle qu'elle l'avait dit, forte, maîtresse de ses nerfs, de sa visite à ‘a maison des fous.
Son plan de trajet était arrêté depuis la veille.
Elle prendrait à la gare Saint-Lazare le chemin de fer de ceinture jusqu’à Montrouge:
De la gare de Montrouge elle gagnerait le pare Montsouris.
Elle y laisserait l’enfant avec sa bonne apres avoir donné une dernière fois le biberon au petit.
Cela fut fait comme la jeune femme l'avait arrêté.
Elle déjeuna à onze heures: : a midi, elle montait en chemin de fer.
Elle eut temps de s'installer dans un des colns de cet endroit charmant: le pare de Montsouris, que trop de Parisiens ne connaissent que de nom.
Mde Lamoraie tit maintes recommandations à la bonne, entre autres celle de ne se promener que dans un cesain parcours et de revenir s'asseoir toujours au même endroit, où elle la retronverait.
Puis, après avoir embrassé passionnément son pejit Paul, elle le lui mit duns les bras, les joues ballonnées, la mignonne bouche rose pleine de lait, repu à moitié endormi.
—]] va faire un bon somme, dit-elle ; je serai longtemps peut-être, tâche qu’il prenne patience ; dunnez-lui à sucer un gâteau.
Et rapidement elle s'en alla, se retournant avant de disparaître à un coin d'allée.
Sortie du pare, devant une station de voitures, elle monta dans celle qui se trouvait en tête.
—A l'heure, dit-elle au cocher ; conduisez-moi à l’hospice de Bicêtre.
— Vous savez que c'est hors de bar rière, ma petite dame.
—Mais oui, je sais ... Allez, il faut que j'arrive à Œue heures.
—Vous y arriverez, plutôt avant qu’apres.
En effet, à deux heures moins cinq le fiacre s’acrrêtait en haut de l'avenue de Villejuif, devant la porte principale de l'établissement dont la masse semblait écrasante.
Elle descendit, s'avanca vers la porte massive et sonna.
Son cœur ne battait toujours pas.
Où aurait dit plutôt qu'il s'arrêtait de battre.
La porte s’o1vrit et, lourde, retomba derrière elle.
Le samedi, la veille du jour où Mde Lanoraie partait pour l’hospice de Bicêtre, M de Laéatière se rendait au ministère de la guerre pour une demande qu’un de ses amis lui avait demandé de faire.
La Gueire et la Marine ont des ac-
cointances qui rapprochent les membres de l’armée de terre et ceux de l’armée de mer.
L'ancien capitaine de frégate con paissait plusieurs des otticiers attachés au ministère entre autre le capitaine du génie Georges Taverrier, l'ami de son neveu Jacques de Labatière.
C'était précisément à celui-là que le vieux marin avait affaire.
Introduit dans son bureau, il confera avec lui plus d’une demi-heure.
Il allait se retirer, reconduit jusqu'à la porte par le capitaine Taverrier, lorsque se retournant, il s'arrêta devaut ce dernier.
— Est-ce donc vrai ce que disent les journaux ?
—Quoi done ! demanda Taverrier.
La mission Mouglart est retrouvée !
C'est parfaitement vrai. décimée, réduite au tiers de son effectif.
— On connaît les noms des survivants ? demanda M. de Labativre. une hésitation dans la voix.
—Oui.
—-]1 est du nombre !
—]l est du nombre.
— En êtes-vous sûr !
— J'en suis d'autant plus sûr que J'ai reçu ce matin même une lettre écrite il y a plus d’un mois, c'est vrai, mais qui néanmoins confirme les dépé, ches arrivées hier.
— Une lettre de...
— Une lettre de Jacques.
Et retournant à son bureau, Georges Taverrier prit une enveloppe couverte de cachets postaux, qu’il tendit a son visiteur.
Celui-ci y jeta les yeux comme involontairement.
Îl reconnut l'écriture de son neven.
— Vous pouvez lire, fit le jeure homine.
— Non, merci.
Taverrrier n’insista pas.
Il remit la lettre sur son bureau.
— Il y a dix pages serrées, dit-il, qui, relatent les dangers surmontés, la captivité subie.... C'est quelques jours
2e TR UE ASE Rs MEME de
après la délivrance, quand la mission Nizard est arrivée pour les sauver, que Jacques a pu m'écrire... Je garderui précieusement cette lettre, elle contient toute une relation des plus intéressantes. qui a en outre le mérite d'une ub solue authenticité... On se demande comment des hommes ont pu résister aux fatigues, aux privations, aux tort.
res mêtnes, que ceux-ci ont subies,
Si indifférent qu’il voulût paraître, si dur, qu’il fût pour les autres, étant du encore plus pour lui-même, le marin n'avait pu réprimer un tressaillement d'émotion, à la pensée des périls courus des souffrances endurées par celui qu'il avait aimé comme son enfant
— Ainsi, dit-il Jacques en a vu de toutes les couleurs,
— C’est le mot,
—Et comment va:t il, ou plutôt comment allait-il au moment où il vous a écrit ?
—Assez mal encore, dévoré par la fièvre.. Cependant, hors d'affaire. il l'espérait…
— Pauvre garçon ! heureusement il est robuste... des muscles d’acier, il n'af vait jamais eu un2 heure de maladie.
Puis, comme pour expliquer la détail.
lance qui, il le sentait, pouvait se reflé.
ter sur son visage :
—Cétait le fils de mon frère. . c'était un fils pour moi.. Pourquoi faut-il qu'il ait commis cette lâcheté ?
— Est ont bien sûr qu’il l'ait commise ! articula le capitaine T'averrier.
M. de Labatière le regarda un ins.
tant avec tixite.
— Voyons mon cher ami. reprit-i] d’une voix grave et triste, ne recomimençons pas une discussion qui fatalement, aboutit à la même conclusion.
Plus que vous, je voudrais douter, cela m'arive mème féquemment..Mais le doute tombe devant l'évidence... Jacques à eu un moment d’aberration qu’il a expié cruellement, j'en suis sûr.
La-bas, au fond de cette sombre Afrique où l’homine civilisé livre au sauva. ge de ces luttes pacifiques dans les-
quelles il succombe souvent, trahi, assassiné, dans une embuscade ou ce qui pire, retenu captif par une tribu féroce, — la faim, la soif, ka fièvre, les traitements barbares, n'ont pas dû être la plus grande torture endurée par lui Le remords l’a pourruivi, l'a déchiré nuit et jour... Je le plains !
Georges T'averrier dermeura pensif, le front bas, les sourcils rapprochés.
Comme le marin le considérait sans mot dire maintenant, il releva tête.
— C'est singulier, tit-il, tout est contre lui, et je ne le crois pas coupable.
M, de Labatière ne répondit que par un geste incrédule,
— Ce n'est qu'à son retour aue nous saurons la vérité, reprit Tavesrier,
—S'il revient, fit le vieillard.
—Oni.,. s’il revient.
Il y eut encore un moment .!2 silence
— Vous n'avez jamais répondu à ses lettres ? demanda le capitaine
—Je vous l'ai dit,
— Aussi c'est à moi qu'il s'adresse pour avoir de vos nouvelles... . Et il le fait si naturellement que, vous l’avouerai-je, le doute qui ne m'a jamais quitté pénètre plus avant dans mon esprit. .
On ne parle pas avec sincérité lorsqu'on a quelque chose sur la conscience. . On n’aborde pas un sujet que la pudeur la plus élémentaire vons ordonne d'éviter lorsqu on a commis une ignominie telle que celle dont il est accusé. . soi-disant accusé plutôt.
—Soi-disant ! répéta M. de Labatitre, qui donc aurait pu combiner contre lui une machination telle que...
Il n’acheva pas.
À sa voix angoissée, on devipait qu'il n'attendait qu’un mot, confirmant ces doutes, dont Taverrier parlait et qu'il avait lui-même.
—Rien, répondit celui-ci, rien ne m 'ôtera de l’idée qu’il y.là-dessous quelque mystère
L'anciel capitaine de frégate eut son geste de tout à l'heure, incrédule et désappointé.
ee he
Il tendit la main au jeune homme, puis, en s'en allant :
—Au revoir. dorénavant, ne reparlons pas de cela, c'est préférable.
—Je le srois dit Taverrier : l'avenir seul prouvera &i j'ai raison.
Avant de franchir le seuil du bureru, \!. de Laba:iere se retourna :
—.Je tiens à la vie, tit il, cela ne veut pas dire que j'aie peur de la mort uai: j'ai une fille que j'adore, une {2m tue que j'aime profondément, j'espere aussien l'avenir pour ma fille. .Eh bien ; je donnerais ce qui me reste à vivre pour savoir Jacques innocent.
Et, traversant l’antichambre, raide droit, sanglé dans sa longue redingote a revers de laquelle ressortait la rosette d'officier de la Légion d'Honneur, le vieux marin que Taverrier suivait des yeux, passa devant l'huissier de service qui lui ouvrait la porte donnant sur le grand escalier.
Le jeune capitaine du génie n'eût guere de temps à donner à ses réflexions de puis le moment du départ de M. de Lubaticre, jusqu’à sa sortie de son bureau.
Ses fonctions auprès du tuinistre le forçaient à recevoir chaque après-midi quantité de visiteurs, solliciteurs ou :
tres.
Il n'avait pas eu le loisir de relire cette lettre, arrivée dans la matinée et parvourue pendant son déjeuner.
Ce fut encore en s'asseyant à sa table au restaurant qu'il louvrit.
Mais les allées et venues se croisant autour de lui, l'empéchaient d'apporter à sa lecture toute l’attentior qu'il voulait lui donner.
I} remit la lettre dans sa poche, rentra chez lui, rue de Bourgogne, et s'étendant sur un canapé, sa lampe allu mée pasée au milieu d’un guéridon, tout près de lui, il lut à tête reposée la longue épitre, plutôt une relation de voyages et d'aventures qu’une lettre, qui venait de siloin, écrite depuis six semaines déjà, et dont le signataire peutêtre n’était plus en vie.
Arrivé au passage où Jacques parlait
je voudrais qu'il revienne
de son oncle, de sa tante et de sa cou sine le capitaine devint pourpre.
Il eut mouvement violent se sur ses jambes, et arpentant la bre à grands pas :
— Non !.. uon'on ne me fera pas croire cela. Voila un garçon qui dans une lettre anonyme, assez claire pour se faire reconnaître, se serait accusé d'une action infâme, et qni dans sa cor.
respondance avec moi se predrait en conjectures sur la cause du silence à son égar, de ceux dont il aurait détruit la tranquillité, le bonheur . Mais tout prouve qu'il ignore l'existence de cette luttre au juge d'instruction . Ah !'que
dressa cham
Il retourna au canapé, et penché sous la lampe, lut encore, reprenant à l'en droit où il était resté.
“ (Jui, mon cher Taverrier, je m'e tonne que mon oncle et ma tante gar dent avec moi ce silence.
‘ Je leur ai écrit quatre fois, lenf rappelant combien, à mon départ d8 l'aris, les inquiétudes étaient grandes au sujet de Régine, les suppliant de me dire s: elle était remise du terrible attentat dont elle a été la victime, leur dépeignant mes angoisses, si loin d'eux que je ne reverrai peut-être jamais. .., Rien dans le courrier qui nous arrive jusqu’au fond äu désert et jusqu'à la li sière des forêts vierges ; je trouve tes lettres, ami fidèle, d’autres lettres de compagnons sur lesquels je ne comp tais point. .pas une venant d'eux.
“ C’est inoui ‘ C'est de la cruauté.
Je n'y comprends rien
‘“ Si je ne savais par toi que ma cousine est remise, que son pére et sa mère sont en vie, je les croirais morts tous trois
* Je comprends encore que Résine ne m'écrive pas, mais ma tante ais mon oncle.
“ Je t'en prie, tâche de savoir la cause de leur obstination à me laisser sans nouvelles.
‘ Ils ne peuvent cependant pas me