‹ La mal de vivre [microforme]Chapitre 23 sur 37 · MICROCOPY RESOLUTION TEST CHART · texte numérisé non relu

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hair ni me mépriser, parce que j'ai aimé leur fille,

“ 1ls m'aimaient assez pour que leur affection ne cède pas à une considération aussi mesquine,

“ On n’est pas maître de son cœur,

“ {ls doivent le sav: ‘- et il doivent m'estimer assez pou, > mon sentiment ne les ait point blessés.”

capitaine Taverrier s’arrèta encore.

— Non ! gronda-t:il, non ! ce garçonlà n’est pas coupable !

C'était la fin de la lettre.

Elle ne contenait plus que phrases d'amitié et d'adieu.

11la replaça dans son enveloppe et alla la placer au fond d’un tiroir de son bureau qui fermait à clé.

Puis il consulta sa montre.

Il était trop tôt pour se coucher.

Le jeune homme ne se mettait jamais au lit avant minuit.

Et ce soir-là, il se sentait trop énervé, trop agité pour contrevenir à ses habitudes,

Il sortit, traversa la place de la Corcorde, longea la rue Royale et se trouva “ur les grands boulevards qu'il monta jusqu’à l'Opéra.

Là, il tourna à droite et entra au cercle militaire.

La première personne qu'il rencontra en haut de l'escalier fut un jeune officier de la même arme que lui, qui luitendit spontanément la main.

—Taverrier !

—Chaumel !

—Eh bien, comment cela va-t-1] ?

—Pas mal, et vous ?

—On ne peut mieux..Je si heureux de remettre le pied sur le boulevard ne me semble point que vieus de faire mes deux ans d'Afrique. .que j'ai jamais été envoyé là-bas.

—C'est un bien beau pays, pourtant, l rie.

re pas mal, de jolies bédouines avec des yeux de gazelle, une peau mate, la bouche en grenade. .

“Mais On se fatigue de tout, et ce

quelques

dont on se fatigue le plus, c'est de construire des ponts sur une route où Ah ' mon

Je n'ai ja-

respire aujour-

Et Chaumel, passant son bras sons celui de Taverrier, l’entraînait dans le grand salon du cercle.

— Depuis quand êtes-vous à Paris 4 demanda le second.

— Depuis hier. ..Et vive Paris, voyez-vous !....Cest égal, je n’en ai par l'air, mais je reviens assagi..., Papa sera satisfait :

Il lâcha le bras de Taverrier, passant le premier :

— Venez donc vous asseoir à cette tabfe...Nous y serons bien tranquilles porr causer. Il paraît que la mission Monglart est retrouvéa.… Et ce pauvre Labatitre, avez-vous de ses nouvelles ?

J'en ai de toutes fraîches, aussi fraf.

ches, du moins, qu'on peut les avoir de là-bas.

— Vraiment? Racontez-moi cela.

vous savez que je l’aimais beaucoup Labatière.

Les deux officiers étaient assis en face l’un de Yautre.

Ils se mirent à canser et « juelques-uns de leurs collègues et amis venaient se joindre à eux.

L'un de ceux-ci, qui s'était approché le dernier, s’éloigna en entendant pronouncer ce nom de Labatière.

Il était l’un des témoins de l'adversaire du capitaine Taverrier, dans Je duel que celui-ci avait avec eu un de ses camarades, presque au lendemin du dé.

part de Jacques pour l'Afrique.

Il savait par expérience ce qui pouvait résulter d’une pareille con 7ersation, et ne désirait rien moins que de se trouver mêlé à une nouvelle affaire de ce genre.

Le sujet scabreux devait, en effet, 8.

tre ab..dé, mais quand Georges Taverrier et Francis Chaunel se retrouvèrent en tête à tête, c’est-à-dire furent sortis du Cercle militaire marchant bras des-

puis

de où mon i jaour-

sors 18 le

sus bras dessous le long du boulevard.

A Tlemcen, où il était alors, Francis savait par les journaux toutes les péripéties du drame qui l’année précédense avait eu un grand retentissement.

I lisait la lettre anonyme et comme tout le monde il mettait un nom aubas.

Voyons, était-ce possible que Labatière eut commis une pareille action ?

Lui nc l’en croyait point capable.

Il éprouvait un soulagement à voir que Taverrier pensait de même.

Les deux amis se quittèrent à hauteur de la Madeleine. le capitaine Taverrier retournant rue de Bourgogne, et le capitaine Chaumel se disant quil était peut-être temps aussi pour lui de rentrer.

Ayant endossé ce jour-là l'uniforme, il s'était juré de ne se livrer à aucune fredaine.

Francis Chaumel arrêta un fiacre et se fit conduire avenue de l’Alma.

Le fiacre s'arrêta devant un très bel hôte! dont plusieurs fenêtres étaient éclairées.

—Tiens ! grommela-il en traversant la cour pour gagner le perron, papa n’est pas encore couché !

Dans le vestibule, le domestique qui veillait lui dit que Monsieur avait demandé qu'il entrât chez lui avant de gagner son appar‘ ment.

Mon père est da..;son cabinet ? interrogea-t-il.

— Oui, mons.s. r.

Le jeune he. 4e prit à droite une large galerie cou -erte d’un épais tapis, aux murs ornés de tableaux, ayant tous une valeur plus ou moins considérable.

Le cabinet, la pièce aux fenêtres éclairées dans laquelle se tenait son pére, était au bout.

Il entre.

M. Chaumel, le richissime M. Chaumel, le patron des “Grands Magasins, étalant sur un sopha recouvert de vieilles étoffes sa corpulence encombrante, lisait ses journaux, éclairé par une lam pe à pied dont labat-jour très large rabattait la lumière autour de lui.

[1 se dressa à demi, en voyant entrer son fils, et lui tendit la main.

Je me disais : rentrera t-il cesoir, au noins.

pour la première nuit.

—-Ma foi ! je t'avouerai que je n'en avais guère envie ..,.. J'ai respecté l'uniforme, tout simplement !

—AJors, grand pendant, tu penses déjà à iaire la fête, pour changer.

—.Je t'avoue que c'est un 1eu dans mes intentions...... tu mm2s créé et mis au monde pour ça tuais tu as eu une singulière idée de voulon faire de moi un militaire . j'étais tout juste bon à manger les millions que tu me laisseras...... Ob tranquillise-toi, je n’attends pas pout le taire ce moment-ià... qui, je l'espère, viendra le plus tard possible,

— Tu les peut-être, toi /.. Non pas de morale. tu n’est pasà m'en faire.. sous aucun rapport... Estime

toi bienheureux.. Tu aurais pu avoir un crétin d'enfant, et en somme tu as

un fils dont tu peux être fier.. sorti de Polytechnique dans les bons numéros, capitaine à vingt-six ans.. Bigre !

qu'estée qu’il le faut de plus !

— Bien. je sus satisfait. Amuse-toi tu est jeune. ne va pas trop loin, c’est tout ce que je te demande, je serais désolé si tu brisais ta carrière...

— Oh !jen’en ai pas l'envie, elle présente des avantages que j'apprécie, entre autre celui de vous ménager pas mal de succès on amour. Le inétier militaire. comme je le l’ai déjà dit est le plus beau des métiers quand on à de la fortune, le dernier quand on est pauvre.. ce n’est plus que l'esclavage sans compansations.. et quel esclavas ge | Sur ce, papa, une bonne nuit je dois être demain au Ministere, très tôt.

il ne s’agit pas de s'endormir, on m'a promis quelque chose à Paris. 11 faut qu’on me trouve quelque chose.

— Tu sais, promettre et tenir sont deux.

— Je ne le sais que trop.

aussi

Je sais que tu ne demanderais pas

tuieux une de me voir dans un trou de brovince.. Je te prévins que pour le coup je donnerais ma demission.

— Prends garde, je te déshérite !

M. Chaumel riait, ses gros yeux ternes traversés de cette tendresse patervelle qui perce dans le regard comme elle perce dans la voix, en dépit de toute volonté.

C'était un père faible, et c'avait été pendant longtemps sa seule faiblesse :

so& fils.

Sans rendre sa femme malheureuse, il ne l'avait pas rendue heureuse non pins,

Quand elle était Morte, après quelques jours de tristesse réelle, il n'avait plus pensé à elle,

On rencontre encore des maris ce cas-là.

Mais Francis avait toujours fait de son père ce qu’il voulu

Comme il venait de lui dire, il avait en somme, la chance qu’il ne fût pas un cretin.

Car eût il été un crétin, son indulgence eût été la même.

Peu lui importait du reste que son fils vécût de la grande vie.

Au contraire cela lui plaisait, il chassait de race,

La seule chose à laquel il tient était qu'il fit sa carrière.

1 nourrissait à son égard fdes ambitions auxqnelles le jeune homme, d'ail.

leurs, en dépit de son scepticisme, et de son besoin de s'amuser s’associait.

Il y avait des mihtaires dans la famille.

L'oncle de sa mère, un vieux général, devsit passer à son petit-neveu, sinon sa tion tout entière, du moins une parue de ses goûts pour la Caraière des armes,

Et comme le disait Françis, ce métier, avec de la fortune, était le plus agréable des métiers.

—Je n'ai pas peur de cela, fit le jeune homme, répondant à la menace pa.

ternelle, et tu le ferais, ce qui n'arrive- Ta pas, que ma fortune personnelle me

dans

rmettrait de vivoter gentiment Vai deux millions à moi, papa, et jusqu’à présent voyons, je ne t'ai pas coûté un sou.

—C'est vrai, c’est vrai, fit, riant toujours, M, Chaumel : mais tu le vois tu iaccuses à tort; j'ai non seulement stimulé ton oncle, qui, tu ne le sais que trop, n’a jamais rien demandé pour lui, et re veut rien demander non plus pour les siens, de façon à lui faire faire quelques démarches, mais j'ai mis en mouvement toutes mes relations. Et si tu ne veux pas que je t'en laisse la sur.

prise, je puis t'apprendre ce qu'on te dira demain au Ministère.

—-Apprends apprends !… ment ne l’as-tu pas fait déjà. |

—Ta nomination comme officier d'ordonnance du général Vallot paraîtra dans deux jours à l'“Ofliciel”.

— C'est vrai, papa . Tu ne blagues point ?

—On me l'a absolument affirmé.

Après-demain, ce sera une chose faite.

— Viens sur mon cœur. . tu l'as bien mérité. . C’est égal tu es un brave homme. .je relirai les paroles amères. . que J'ai pu t'adresser.. là.. là...

t Francis qui avait passé ses .bras autour du cou de l’auteur de ses Jours embrassait celui-ci à chaque phrase, tantôt sur une joue tantôt sur l'autre.

Après cette effusion la conversation reprit et dura près d’une heure.

Entin le père et le tils se quittèrent Passant dans leurs appartements resi pectifs, où le valet de ohambre de l’un et l’ordonnance de l’autre les attendaient assoupis sur une chaise.

Francis, quoi qu'il se fût couché tard, se leva tôt.

À la première heure il entrait au ministère de la guerre.

Il passa d’abori dans le bureau de Tavernier qui la veille, ne lui avait rier.

dit de précis.

Le générai Vallot commandait à Ver.

sailles deux Régiments de génie.

Or Versailles c'est Paris pour les officiers garçon qui ont tout leur temps à

Com-

dépenser en dehors de leur service.

Françis pourrait y installer sa garçonnière comme autrefois.

Le jeune homme avait promis à son père de déjeuner avec lui,

[l rentra à onze heures et demie à l'hôtel de l'avenue de l’Alma

Le père et le tils se mirent à table et restèrent en tête à tète mangeant l’un et l’autre copieusement buvant large.

nent et aussi gais l’un que l’autre.

Fracis, même le jour où il était sorti des examens de l'Ecole avec un bon numéro, n'avait pas vu son père aussi en dehors, aussi heureux,

Et quoi qu'il sût toute la place qu'il tenait dans son cœur ct toute la joie qu'il ressentait à le retrouver, cette vivacité d'expressions qu'il n'était point habitué à rencontrer, ce regard aux paupières lourdes, bienveillant lorsqu'il se tournait vers lui, mais dur aux autres dans sa fixité morne et dédaigneuse, le surprenait,

Quoique sa corpulence lui semblit avoir augmenté encore, il lui trovait des airs rajeunis, des vivacités de mouve-

ments qu'il n'avait pas avant leur sépas

ration.

—-Que s’est il passe ? se demanda-t-il moitié curieux, moitié goguenard ; ‘y a un événement dans la vie de papa.

— Ce soupcon s'accrut quand il vit ce dernier, après avoir regardé sa montre, avaler son café brûlant, comme pressé de partir.

—Eh ! eh! fit:il, je croyais que tu aimais à déguster si lentement ton twoka ..,.. Tu as donc perdu les bonnes habitudes.

—Non pai, mais nous avons mis lougtemps à déjeuner, et les atflaires sont les affaires... Tu sais combien je prise la ponctualité. .. .Je suis toujours là-bas à l'heure règlementaire.

—Âh ça !tune les lâcheias donc point, les affaires ?

—Ma foi ! le plus trrd possible...

Tu connais mon caractère, je suis ennuyé blasé sur tout..Si ma vie n’était très occupée. elle deviendrait insuppor-

table. .Il me faut le brouhaba de mon magasin, le formidable, va et vient de la multitude.

— Et puis, ce que tu ne dis pas, et qui comir. bien pour quelque chose, c'est

— Allons, tais-toi !. ce temps-là est passé, grommela M. Chaumel en sortant de table pour entrer dans son cabinet.

—Oh ! je suis bien sûr de ne pa: me tromper, tu as remporté quelqu'un de ces succès que j'apprécie. .

Le négociant ne répondit pas

Il venait de sonner son valet de chambre qui lui apportait son chapeau et son pardessus.

La victoria l’attendait au bas du perron.

Francois appuyé à la ranje en fer forgé, une véritable œuvre d'artiste, le regarda monter en voiture.

—Et toi / que vas-tu faire? lui demanda son père, en s'atfalant sur les coussins.

—Je n’eu sais absolument rien. J'ai rendez-vous au cercle à trois heures avec des amis. Après nous verrons.

—Tu reviendras diner ?

— Non, non, ne m'attends pas....Je te donne mes déjeuners ! quand aux diners, tu sais. ...

—Je comprends. .si nous ne nous re.

voyons pas, à demain.

—-C'est cela : à demain.

Trancis rentra, comme Ja voiture franchissait la grille de l'hôtel.

Il commanda le phaétpn pour trois heures moins le quart et passa dans le fumoir.

Il choisit un bon londres, et s'allongeant sur un divan, il se mit à tirer lentement, en amateur, les boutfées blarÿ ches qui se perdaient l’une après l’au‘re au-dessus de sa tète.

Trois quarts d'heure plus tard, uu valet venait avertir M. Fraocis Chaumel que le phaéton était attelé.

M. Chaumel pere, en quitttent sou

hôtel de l'avenue de l’Alma, s'était bien rendu aux Grands Magasins.

Il continuait à y aller régulièrement chaque après-diner.

Mais au lieu d'y rester jusqu'à six heures comme autrefois, il partait à trois heures et demie.

Ce n'était qu'une apparition.

Depuis trois mois, M. Chaumel ne faisait que paeser dans son cabinet de lu rue Turbigo

A la stupéfaction de tous, il avait retwuis entre les mains du principal inté ressé ses pleins pouvoirs, et ne venait plus que pour sanctionner les actes de celui-ci

Décidement, le patron cominençait à se fatiguer.

C’était le commencement de l’abdication.

Les employés avaient-ils à s’en féliciter.

Rien n’était changé dans l'organisation de la maison.

Les passe-droits existaient toujours ; Je train-train restait le même.

Mais si, pour le menu fretin des counmis et des demoiselles, le patron tout simplement se retirait peu à peu de la vie active, pour ceux qui entouraient directemert M. Chaumel, existait une autre raison.

Depuis longtemps celui-ci n'avait semblé si bien portant, si gai, si allègre.

En quittant un jour la colossale maison, où il continuait à régner en maître, Je millionnaire dit à son cocher:

— 5. boulevard Haussmann, maintevant. Dépêchez vous, je suis en retard.

La victoria fila rapidement.

Chaque j" :r, c'était le même ordre avec la mênie phrase au bout.

Le cocher y était habitué.

Ne lelui eût-on pas donné, qu'il l'eüt exécuté sans rien demander.

Descendu boulevard Haussmann, M.

Chaumel entra sous la vestibule dallé de marbre d’une de ces maisons confortables qui bordent cette voie large et belie.

Il s'installa dans l'ascenseur dont il pressa le ressort et qu'il arrêta au quatrième étage.

Devant lui, une large porte, à laquel® le il sonna.

Du palier,on entendait des cris de tout jeune enfant.

À peine le timbre avait-il retenti que la porte était ouverte par une nourrice eurubannée qui promenait dans l'anti!

chambre un poupon s’époumonnant à pleurer, tout prêt pour la promenade, habillé ‘d'une riche pélisse de surah rose.

—Ah ! monsieur ! fit la nounou, une superbe Normande, qui devrait être ca pable de fournir à son nourrisson au!

tant et plus qu'il ne lui en demandait.

—Eh bien ! eh bien ! on n'est pas sage, fit M. Chaumel.

—C'est la même chose chaque fois qu'on vient de l’habiller, répondit Ja Normande; d'habitude elle a fini quand monsieur arrive”. Aujourd’hui ça a duré plus longtemps.

— Elie n’est pas malade ?

—Malade ? ah !'ouiche ! Je n'ai jamais vu la pareille. pas une colique, et gloutonne !....

— Allons, montrez-la-moi, nounou

Nounou marcha vers une porte ouverte sur le couloir, sa chambre et celle de lenfant, toute blanche, sans autre stentures que des rideaux de mousseline, saine et claire.

Le bébé s'était tu.

M. Chaumel se pencha et de son gros doigt lui chatouillait le menton :

Une risette, Madeleine... allons une risette à grand-père !

Et le visage billieux, aux joues pendantes, s’approchait du mignon visage, si frais, aux yeux encore incertains, qui regardent sans fixer.

Enfin, Madeleine se décida.

La bouche contorsionnée eut un de ces vastes sourires, qui sont comme des ébauches de ceu> qu’elle esquissera plus tard.

Par trois fois, le bébé répéta ce souri.

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Et le grand-père, content, après avoir effleuré des lèvres le front à demi caché par la ruche de la capote, dit à le. nour, rice :

—Tâche Nounou qu’elle continue à pousser comine cela. Vous savez ce que je vous ai promis.

—Oui, mcasieur ; mais monsieur a’aurait rien promis, que ce serait la même chose...Je l'aime ccmme si c'était à nioi... Je ne soignerais pas mieux la inienne.

Et se rapprochant de M. Chaumel qui s éloignait, lui mettant encore une fois l'enfant sous les yeux :

— Monsieur commence-t-il à trouver qu'il ressemble à son père.

I eut pour la petite, qui s'endormait dans ses atours roses, un dernier regard de tendresse et de complaisance.

— Peut-être un peu. .elle ressemble plätôt à sa mère a.. Allons, promenez la bien.

—Si tu crois qu'elle a rien de rien, vieux fou ! pensait la Normande tu te wets joliment le doigt dans l'æil..

M. Chaumel avait longé de nouveau l’antichambre, et, tout au bout, était allé frapper à une porte.

-- Entrez ! répondit une voix de femme assez brève.

[ne se le fit pas répéter, tourna le bouton de la porte et entra.

-— C'est vous papa ? fit la même voix:

quel homme exact vous faites, ça en est a sommant !

— Oh ‘oh ! nous avons nos nerts il ue semble, aujourd’hui ?

—- Cette enfant n’a jeté qu'un cri depuis une heure.. Rien ne n’exaspère autant que cela.. La nourrice a beau i’attirmer qu’elle n’est pas malade, je me mets er. tête des idées qui me rendent folle,

— Vous vous y habituerez, toutes les tuères sont comme vous, au début, Et vous, ma chère enfant comment cela va-t-il !

—Oh ! très bien, très bien, comme toujours. inutile de me le demander.

Et la jeune femme qui, devant une

glace—pendant que sa camériste, se haussant sur la pointe des pieds, lui at@ tachait sa voilette, — tournait le dos à M. Chaumel qu’elle voyait cependant en plein après un dernier coup d'œil donné à sa coiffure, fit ve *e-face et se trouva devant lui.

— Que dites-vous de ce chapeau ? Je le trouve affreux, j'ai envie de !e renvoyer.

—Pardonnez-moi, si je ue suis pas du même avis que vous, il me semble au contraire.

— Bien entendu, si je le trouve laid, vous le trouverez joli !

— Ma chere fille je vous assure que vous êtes absolument ravissante le chapeau vous sied à merveille.

—Yous partons ? fit-elle.

--À vosordres, ma chère enfant.

Et il la suivit de sou pas lourd, dans l'antichambre et dans l'escalier

Quelques minutes plus tard, installés l'un à côté del'aatre sur les coussins excellents de la victoria, ils étaient emportés vers l’Are-de-Triomphe.

Cette journée d'avril était une des premières que le soleil du printemps eût éclairées radieusement

Aussi les promeneurs en voiture ou à pied se croifaient-ils, nombreux, das l'avenue du bois, que la voiture longea bientôt.

Arrivée à la porte Dauphine, elle tourna l'allée qui mème à l'avenue des Acacias.

Là, les chevaux ralentirent leur allure.

Ils garderaient jusqu'au retour le pas ou le petit trot.

Le but était l’hippodrome de Longchamps, que l’onftournait pour revenir par les lacs.

Durant toute cette promenade, M Chaumel devait rencontrer plus d’un visage de connaissance, échanger plus d’un salut à ses amis.

—Tiens, papa !

M. Chaumel se retourna souriant et salua son fils duo geste de la main.

Et Francis, en faisait autant,

adressant aussi un sigue de la main.

A six heures et demie, la victoria s'arrêta boulevard Haussmann chez Mde Lamoraic.

Suivie de son père la jeune épouse monta dans un appartement où rien ne manquait ni comme confort, ni comme luxe.

La nourrice allait et venait d’une pièce à l’autre, berçant l'enfant dont l’heure de sommeil allait bientôt sonuer.

M. Chaumel dinait ce soir-là en famille.

Suivant les indications reçues, Mme Lanoraie dès qu’elle eut franchi le grand portail de l’hospice de Bicêtre demanda M. Senaincourt.

Il avait prévenu le concierge qu’une parente de passage à Paris, devait venir le voir demandant qu'on le fit appeler, dès qu’elle serait là.

Lorsq la vit, il sortit de la loge, l’abord a familièrement — ne voulant pas éveiller des sonpçons qui, s'ils arrivaient jusqu'au directeur, lui attireraient peut-être de sérieux désagréments — lui “emanda de ses nouvelles comme onen demande à quelqu'un des siens.

Seulement, quand ils se furent enfoncés dans les jardins qu’il fallait traverser pour arriver à la “Sûreté”, Senaincourt, silencieux depuis un instant, aborda la question.

— Ainsi, madame, vous tenez absolument à visiter les aliénés !

— Oui, monsieur ; cela peut vous semble étrange, mais il y a longtemps que in’est venue cette curiosité .. et votre ami à dû vous dire quel intérêt j'avais à le faire à Bicêtre.

—Je suis au courant de ce qui vous y amène... Je sais aussi quelle sera ma récom pense.

La jeune femme sourit.

—Quaud vous voudrez venir faire de la musique chez moi, vous serez le bien-

veau.

— Soyez sûre, madame, que j'irai quelquefois. . Chaque fois que j'aurai une soirée de libre, ce qui ne sera pas bien souvent, car ici nous sommes es claves... Mais de cette façon, je risquerai moins de vous importuner

— Vous ne m'importunerez jamais, VOUS passez pour un excellent musicien, et j'épouverai un vrai plaisir à vous avoir comme concertant.

Le jeune homme s'inclina.

— Vous êtes mille fois aimable, "madame, jecrains que vous nérouviez une désillusion... Maix, je le répète, je profiterai de l'invitation.

Puis, baissant tout à coup la voix :

— Le hasard nous sert ; le directeur est aksent pour toute la journée cs qui >rovoque un certain relâchement dans e service. ..... du haut en bas de l'échelle... . Il n’y a à la Sûreté que deux gardiens, dont l'un cherchera certainement à s’éclipser pendant une heure dans le courant de l'après-midi.

Celui qui restera est un brave homme que j'ai obligé à diverses reprises et qui me laissera enfreindre le régle-

ment. .... Un pourboire glissé dans sa main sera, du reste le meilleur des arguments ..... Nous entrerons et

nous sortirons sans que personne que lui s’en doute Seulement, vous devez attendre le moment propice.

— J’attendrai.

— Îl faudra que je vous introduise chez moi, où je viendrai vous prendre au moment opportun.

— Introduisez-moi où vous voudrez, cela m'est parfaitemen: égal.

— Eh bien, madame, veuillez me suis vre.

Le médecin tourna une allée assez étroite qui r’enait, en coupant au court, vers le corps de bâtiment où les interues avaient leur logement.

Mme. Lanoraie y entrant derrière lui monta un étage.

Elle longea uo coulcir au bout duquel ouvrait la chambre du docteur.

1 l'introduisit en disant :

— Voilà mon palais.

nai, vien, vous

Et lui avançant une chaise :

— Cela manque de confort, mais je ne puis vous offrir mieux . Vous m'excnserez si je vous ai dit guetter le moment propice,

—— Je vous en prie allez : ne laissez pas passer ce moment,

— Oh ! n'ayez crainte, il n'est pas venu. [l faut que je vous dise encore de ne pas vous effrayer si vous entendez des cris bizarres. . Nous som mes placés entres la.. Voilà ce qu'on appellé “ la Sûreté de Bicêtre ”.

Debout devant la fenêtre, ouverte, Se. aiucourt étendait le bras à droite, puis à gauche.

Et Mue Lannoraie, à côté de lui, re gardait tour à tour les bâtiments qu'il lui désignait,

— Vous pensez bien, dit-elle, que pour venir ici, je me suis armée de con rage.... Je n'aurai peur de rien.

—En êtes-vous sûre ? demanda l'interne en regardant en face très sérieux :

si vous aviez présumé de vos forces. .si le spectacle qui vous attend était audessus de tout ce que l’on vous a raconté ?

— Et si, au contraire, il était au-dessous ! ... Si, comme il arrive généralement mon imagiation, sur les histoires que l’on m'a faites, en dépassait l'horreur !.. C’est ce qui va probablement arriver : soyez donc tranquille, moi je redoute rien.

-—Soit, je vous ai aussi prévenue. .…., je n’aurai rien à me reprocher.

Et le jeune homme sortit, non sans ajouter en se retournant sur le seuil :

— Ne vous impatientez pas.

— Non, fit Mme Lanoraie.

Quand il eut refermé la porte, celleci qui s'était écartée de la fenêtre, y revint.

Elle se mit à contempler ce bâtiment vers lequel Senaincourt venait d'étendre le bras er arlant des fous.

Le caline répandu sur son visage avait subitement disparu.

Une contraction bouleversait ses traits tandis qu’elle portait une main à

sa poitrine comme pour arrêter les bat.

tements de son cœur.

Il était là, entre ces murs sombres. à quelques pas d'elle,

Elle allait le voir.

Ace moment suprème, elle sentait s'évanouir sa force morale et sa vigueur physique.

Ses genoux pliaient ; la pensée se fi geait dans son cerveau, tout son être s'ancantissait...,

Elle était seule, elle n'essaya point de réagir.

Crispant ses doigts sur la barre d'ap pui de la fenêtre, la jeune femme ter ma un instant les yeux.

Quand elle les rouvrit, elle les ports, de nouveau sur ce bâtiment qui abrita les malheureux fous.

Et tout à coup elle tressaillit, comn::

si elle venait d’être frappée par une de charge électrique.

Un grand cri étrange, ayant quelqu:

chose de la plainteet du rugissemen:, déchirait son oreille.

Cela venait du quartier des aliénés appelé * la Sûreté ”.

Qui sait sice n'était pus Ini qui le poussait.

M à Lanoraie se retira de la fenêtre, essuya son front couvert de sueur, et chercha le siège sur lequel elle s'était assise un instant en entrant.

Elle n'avait plus la force de se tenir sur ses jambes.

La réaction, pourtant, arriva vite.

Ce n'était qu'une faiblesse passagère.

Il valait mieux que cela füt arrive tout de suite que tout à l’heure.

Maintenant elle était plus sûre d'elle

Tranquille, en eflet, elle inventoris d’un regard ce simple logis où dormait et travaillait l’interne.

Unilit, garni de rideaux blancs — comme eût été un lit de jeune fille —deux chaises, une table, une bibliothé.

que faite de quelques de sapin ciré nu poêle.

Ce regard jeté autour d'elle en dépit de sa volonté et comme poussée par un

ressort elle se leva et revint à la fénétre.

La porte, en se rouvrant brusquement la fit se retourner.

Le docteur était là.

Venez, dit-il venez vite.

Elle ne dit pas une parole.

Froide à présent, résolue, elle le suivit pour la seconde fois.

Ils descendirent l'escalier, tra ersérent un jardin, tournèrent le mur d’un batiment jusqu'à un autre mur qui entourait d’autres enclos, séparés entre eux par une clôture de même hauteur.

C’étaient des jardins de fous

Senaincourt poussa la porte de l'un deux qu'il referma au verrou, derrière la jeune femme. lorsque celle-ci fut passée,

Sur ce jardin une cellule était ouverte.

Un homme se tenait à l'entrée, grand, tuaigre, avec une longue barbe toute blanche.

— Je suis forcé de vous faire sasser par ici, dit l’i.cerne à la jeune femme ; par la porte principale, on pourrait nous voir. Celui-là est inoflensif, il suttira que vous lui fassiez en passant ine révérence pour qu'il soit content,

Rosalie avait les yeux rivés à cet homme, qui en les voyant s'approcher redressait ses épaules courbées, levait rgueilleusement la tête se drapant «laps un morceau d’étoffe n'ayant plus ‘e couleur et qu’il portait sur son épaule.

Tout à coup, ilarticula d’une voix tonnante :

— Saluez :! prosternez. vous vous êtes devant le roi David.

— C’est L moment de la révérence, nurmura Senaincourt, exécutons-nous.

Tous deux s'inclinèrent très profondément et passèrent devant l’insensé “jui les laissa traverser en peix sa cellule,

Ils étaient dars la grande alle circulaire sur laquelle &onnaient les cabanons.

Ua seul gordien s'y trouvait cs.ui

dont l'interne s'était assuré la complaisance.

Si Mme Lamoraie n'eût eu es idées tournées vers un point uniq'.e, elle eut compris toute la gravité qu'attachait le brave homme àäfsa condescendance envers l'interne au bouleversement de son visage, à sa façon de touruer les yeux de tous côtés pour voir si un géneur n'apparaissait point.

La durée de cette visite serait pour lui un véritable supplice.

Et, dans sa moustache grise, il mâchonnait des sottises à l'adresse de cet.

te (toquée) dont la curiosité lui apportait de telle transes. .

—Je vais vous faire faire le tour de la salle, disait Senaincourt, Paul Yveling est de l’autre côté.

Elle n'eut pas le temps de répondre.

Un rire strident, suivi de vociférations entremélées de paroles obscènes, l'empècha de parler.

Et ce rire sembla trouver un écho de tous les côtés de la salle.

Des propos du mème genre, jetés avec des voix furieuses, s’entre-choquerent autour d'elle,

Ce fut, en moins d’une seconde, un de ces concerts terrifiants auxquels les oreilles ne s’habituent point.

Absolument affolée, la jeune femme regardait autour d'elle, détournunt ses yeux d’un endroit, pour retrouver à un autre à peu près le même spectacle : un être humain s’accrochant, en essayant de l’'ébranler, à la grille d'une cellule ou se contorsionnant derrière, lui envoyant des baisers ou lui montrant le pring.

— Votre presence les agite, dit Senaincourt souriant d’un sourire un peu forcé : je crois qu'il nous taudra passer rapidement,

Faut-il rebrousser chemin ?

--Noz oh! non par exemple !

Et elle se raidit domptant ses nerfs, forçant ses yeux à regarder encore.

— Heureusement reprenait Senaincourt, il y en a pas mal dans les jardins et quelques-uns sont assez calmes pour résister à la contagion Voyez, celui ci

er re

qui se réfugie au toud de su cellule, il a la mauie de la persécution et nous prend pour des ennemis, Cet autre qui nous interpelle d'un air béat est atteint de la folie mystique il se prend pour le pape tenez il nous envoie sa bénédiction La jeune f :nme n'entendait plus.

Mais son .egard s'attachait malgré elle à ces visages blémes où congestionnés, convulsés où d’un caline immuable à ces visages aux prumelles mornes ou hagardes, aux bouches baveuxes, con tractées où tuarmottant en un monve.

ment machinal des paroles sans suite.

Etait-il, lui, dans ces furieux où dans res stupides que rien, semblait-il, n' nimait plus ?

Elle appela l'interne qui marchait de vant elle, longeant le srillaue,

— Vous me direz quand nous appro cher ns?

Nous y sommes, madame, la seconde cellule, je crois.

La visiteuse s'arrêta.

La faiblesse qui, là baut, dans la chambre de linterne, l'avait saisie, [a reprenait.

Sou sang se glacnit, son cœur s'arrè tair de battre,

El'e faillit “accrocher d'une main A nne femme. Nortous, sons ullez vous trouver mal...

—Nou, non... ce net qu'us morent

de faibiesse, je Je surinonterai L'interue, ne <apuicevas LS

qu'elle s'arrêtait, continuait à in +, Sa force de résistance revint e re,

jaite de la tension de tous « rfs et

d'un effort suprême de voloi

Le fou qui Fhabitait pass:

prèt à la ioi saisir.

— (est ici.. C'est In:., Ne vons plus beaucoup de tem:

me.

Ft il se remit à discuter,

Un frissonnement passa sur la } lemme, plus grand que ceux que avait encore ressentis, la pénétrant jus an'aux moûülles,

Puis, aussitôt, la réaction se fit, plus

vive aussi qu'elle ne l'avait Jamais é.

prouvée.

Quelle que fñt son émotion, elle de vait la dominer.

Et pourtant, c'était atroce.

Lui, cet homme maigre, les cheveux blancs, avec des yeux vagues qui erraient sans s'arrêter sur rien, lui...

[l'était assis près de La table, les cou des sur ses genoux, courbe en deux, et la tôte relevée vers la grille de son ca banon.

P omlait.il les hurlenents qui ve.

tentissaient dans la salle, avait-il le sentiment de l'endroit où elle s2 trou.

vuit

lieu ne se retlétait sur son Visage creusé, pas une sensation, pas l'ombre d'une pensée,

Et la viiteus, restait devant cette grille, qui la separait de son cousin, les pupilles dilatées, les lèvres entrouver:

tes, comme prêtes à laisser échapper une de ces lamentations dans lesquelles s'exale le trop plein d'un désespoir sans not.

FT fallait qu'on luient dit que c'était Paul Yveling pour quelle le rec nutit,

Mais peut être l'interne se trompuitil de cellule,

Elle enercha la ressemblance entre le Visage tant ane jadis, qu'en l'invoquant elle voyait conne S'il eût été devant elle, avec son teint chaud, ses VEUX noirs ses cheveux lustrés, gvee la cor rection des lignes mâles et titres, et cette pauvre figure affaissée, éteinte, niorte,

Elle ‘a trouva.

ts depriinés avaient bien la sulrite qu'elle leur connaissait, « Feux où mahquait la Hamine qu'y met ait jadis le rayonnement de l'intelli gence, étatant bien les veux de Pau, surmontés de leurs sourcils puissant.

Et sous la moustache mal taillée, elle suivit la ligne de cette bouche, maintenatif fanée, avee un pli profond, aux onnirIssures,

Ÿ avait fait de lui. Use sance Aorribie l'avait amené là,dans

1% Le Mal de Vivre

Vinia qu

cet endroit pius affreux qu'elle ne se l'était imaginé, dans cette géhenne peuplée de damnés où son cerveau se fut ecroulé, si on l'eût condamné à y sé.

journer seulement vingt-qt atre heures.

Et elle ressentoit une envie irrésis' ble de se jeter à genoux, devant ces barreaux de fer qu'on eût dit adaptés à la cage d'un fauve, de se rouler a 1x pieds du malheureux.

Mais le fou avait fait un mouvement Elle recula d’un pas de nouveua frissonnant

Le tou la regurdait.

Il se levait.

Li s’avançait .

Il ne bougea plus.

Daus ces yeux, attirant maintenant ses yeux comme s'ils contens t un tluide puissant, l'étincelle repas visait l'étincelle de Ja pensée de Ja vie.

Le cerveau de Paul Yveling sortait de la paralysie, qui le frppait à la sui de l'exaspération des ju :miers temps de sa folie,

Clouée au sol, elle suivait sur sa phy sionomie la rapide transformation qui s'y produisait.

Fien de brusque, partant, dans ce changement ; une métamosphose naturelle, n'annonçant avcune exaspération des nerfs, aucun choc moral.

—Cousine ! murmura Paul Yveling.

Les lèves de la jeune femme remusrent ; il ne s’2n échappa pas un son.

Il souriait et répéta :

—Cousine !

—Madame, fit la voix de Senaincourt sortons, il est ternps, l’autre gardien va rentrer.

Ét comme elle ne bougeait pas :

— Madame, je vous en prie, répéta-t il, une indiscrétion pourrait avoir pour ruoi les plus graves conséquences, venez !

Et mettant sa main sur le bras de la jeuue femme, il l’entraînait.

Celle-ci se laissa fuire, incapable de résister. à bout de force.

Elle veut que celle de retourner la tête.

Collé au barreau, illa regardait par tir, l'air étonné.

La cellule par laquelle ils étaient ve.

nus et par laquelle ils allaient partir, e trouvait situé à peu près en face de cel.

le de Paul,

Lorsque celui-ci la vit y entrer pour disparaître à l'extrémité, il se fit sur son visa, un bouleversement complet

Il s'accrocha eux barreaux qu'il « coua violemment.

Et dans deux appels rauques, il pr nonça encore ce non :

ile l'entendit :

Elle était au bout de sa résistance, ve fut le coup de grâce,

L'interne ne la soutenait plus.

Et elle tomba dans l'étroite allée dx jardin où se promenuit l'uliéné.

Ce dernier les appercevant, disait comme tout à l'heure en se drapant dans le lambeau d'étofle qui était pour lui la pourpre royale.

Le bruit de sa chute tit retourner sou conducteur, qui marchait rapidement, dans sa hâte de se retrouver hors de l'enceinte où nul hormis le personne!

n'avait le droit de pénétrer sans une au torisation spéciale.

Cela fut plus fort que lui : il laissa échapper un juron.

Au diable les fe jouer à l’homme !

Kst-ce que celle-là de l'embarras.

Il revint sur ses pas, s’assura qu'elle ne s'était point blessée en tombant, dégrafa rapidement son corsage, lui taps dans les mains.

Elle ne revenait point à elle.

Serait-il forcé de la laisser là, pour aller chercher du secours ?

Heureusement, dans le jardin, ilr avait une conduite d'eau pour l'arro sage.

Senaincourt courut au robinet, mouilla son mouchoir et revint à 1:

hâte bassiner le visage de lo jeune femme.

A plusieurs reprises, il renouvela l'opération.

‘squi veulent

it lui donne:

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F, »@ cel.

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net, à Le.

1ne

ela

Celui-ci ne reprit que très lentement ses sens.

Desout à dix jus, le fou regardait, se redressant parfr 1, pour répéter son tnème refrain,

Les clameurs bizar’ * arivaiunt tou.

jours jusque-là, et frappèrent, à son ré.

veil, les oreilles de la jetine femme

De suite elle se souvint,.

À peine venait-elle de se remettre sur ses jambes qu'elle fit un mouve-.

ment d'effroi.é

—Partons | fit-elle, s'accrochant au bras de l'interne, oh ! partons

[ lui semblait qu'à travers ces claineurs, elle entendait la voix de Paul murmurer s0n nom,

Elle allait se trahir.

Il fallait fuir,

Senaincourt la fit inonter dans sa chambre, lui donna un cordial.

Cela la remit tout à fait.

Elle eut l'énergie de sourira lorsqu'il lui dit :

— Voyez-vous, madame, que l'emotion était au-dessus de ce que vous croviez.

— de l'avoue, tit elle, mais ce qui y « mis le comble, c’est la vue de ce malheureux, que j'ai connu dans toute sa Jeunesse... C’est éponvantable !

—Je vous ai à peine regurdée, lors- ‘que vous étiez en face de lui, le gardien ine pressait de vous emmener... Mais il ne semble qu’il s'est approché de la grille. .

— Parfaitement..., J'étais déjà tres impressionnée, je le répète, cela & été le comble.

[l ne vous reviendra pas l'envie, j'en suis sûr de recommencer une pareille visite.

— Oh ! cela, jamais !

Elle se leva.

— Mais restez encore un peu. dit le jeune homme, vous n'êtes pas suffisamment remise.

— Bi je suis très bien.... Il faut que je parte, en vous remerciant beau- Ceup. Quand aurai-je le plaisir de

vous voir ?. le plus tôt possible, j'es.

père.

—Je prendrai une soirée dr congé cette semaine ; seulement je … sais pas si je pourrai ce soir-là me présenter chez vous,

— N'importe que: soir : je reste tou.

jours chez moi et vous screz le bienve.

nu. ... Pourtant, je préférerais que vous me préveniez afin d'aveir mes vcisins,

—Je comyte être libre jeudi.

—Eh bien ! à jeudi donc....Au re.

voir et merci encore, monsieur.

—Je vous demande le plus absolu si.

lence, madame : aue personne ne sache jamais que je vous ai fait visiter la Sû.

reté de Bicêtre.

— N'ayez pas peur, pe -onnsau mon.

de ne le saura. .[l y a des femmes qui peuvent garder un secret ; je vous le prouveral.

Elle souziait encore, d’un sourire for.

cé, qui après l'émotion subie était du reste tout naturel.

L'interne l’accompugna j'usqu'a le porte principale, et la regarda remonter en voiture.

—A jeudi, répéta la jeune femme,

Pendant que le fiavre s'ébranlait la jeune ferame pensait :

—Jeudi je saurai ce qui est advenu, l'effet que ma visite a produit sur lui,

Une demi-heure plus tard elle retrouvait dars le parc de Montsouris à l'en.

droit où elle avait recommandé à celleci de se tenir la bonne et l'enfant.

La bonne l’apercevant à l'entrée de l'allée‘ se levait du banc où elle berçait le petit Paul pour venir au-devant de sa maîtresse.

—J'ai la migraine.. Aussitôt qu'il aura bu, nous prendrons une voiture et nous rentrerons.

Sans rien ajouter, la jeune femme alla s'asseoir sur ce banc nn peu à l'é.

cart, où avant de partir, elle avait fait boire son fils, et tournant à demi le dos aux passants, elle prit un biberon plein de lait a son corsage.

Au bout d’une secnnde, la petite fgure du bébé s'empuurpra ; jetant sa

PR PT Go mn 7er 3

tête en arrière, il se mit à pousser des cris perçants, les poings serrés, gigotant.

—Eh bien, eh bien, murmura la mère en Jui faisant reprendre le biberon :

un peu de patience voyons !

J1 se remit à tirer, avec une avidité pareille.

Au bout d’un instant, même séance.

—-[l est énervé, dit la jenne femme :

il s'y prend mal : voyons, mou amour.

voyons. .

À uve troisième reprise, la bouche du petit recommença son énergique mouvement de succion.

Il yallait désespérément, mettant toute sa force, et aussi tout son bon vouloir.

Aussi, quand sa bouche, une fois en cure, Jâcha prise, ce ne fut plus de la colère qui contracta sa mignonne figure mais un de ces chagrins, un de ces dé sappointen.ents des tout petits, se ré vèlant à leur façon de pleurer, avec de grosses larmes de gros sanglots.

La jeune femme s'étant levée et serrant contreelle son petit Paul, elle se mit à marcher précipitamiment jusgu'à la station, où elle reprit une voitu-

re.

Le pensionnaire de la cellnle no 15, à

la “ Sûreté de Bicêtre ”, entrait, une heure environ après le passage de l'interne et de la visitense que celui.i avait aienée, dans une crise n'égalant en violence que celle des premiers temps de sa folie.

Après leur depart, il se tenait quelque temps contre la gri'le, silencieux,

Puis il articnlait encore Je nom jeté comuwe un appel à la jeune femme, au moment où elle disparaissait, et qu'elle seule devait entendre :

—Cousine !

Mais il le disait tout bus, si bas que perronne, même à côté de Ini, n'eut pu e comprendre.

Puis il se réfugiait dans le fond de sa cellule, s'accoudait à su table, et sa tête

prise dans ses deux muins, restait dans une immobilité complète

Que se passait-il dans ce cerveau ?

Paul Yveling avait resonnu sa ja rente.

L'évolution allait-elle se faire, com plète ; la raison allait-elle revenir !

Il se leva de sa chaise, où il s'était at faissé, brusquement, avec une crispation de tous les muscles.

Puis il trembla de la tête aux pieds, pendant que sa physionomie passait par les expressions les plus bizarres de snrprise, de colère, d’ettroi.

Et son regard de plus en plus <animait, vivait de la vie d'autrefois.

Alors, Paul Yveling se rapprocha de la grille qui le faisait prisonnier.

1 crispa encore ses doigts autour dea bareaux, et les seconant avec une for ce prodigieuse :

— Où scis-je ?., d'ici... Où snis-je ?

Le vieux gardien ne se trouvait plus seul maintenant dans la salle.

Où pénétra dans la cellule du no 1:

an moment où ilse jetait la tête contre les murailles, en criant toujours

Laissez-moi sortir d'ici !

Le renède est invariallement, en pa.

reil cas, la même mesure prévenuve .

On passa au n° 15, on le transporti dans un des cabanons où l'on isole les fous pendant leurs accès de fureu:.

L'interne Sanaincourt le vit dus je courant de la soirée,

L'accès durait tomjours.

[y avait des mois et des mois qu'il n'avait en une semblable crise,

Fallait-il attribuer celle-là à cette vi site d’un genre auquel on n'était point accoutuné à la Sûreté, et qui amenait également chez deux où trois autres pensionnaires une surexcitation très vive !/

L'interne ne dorinit point tranquille la nuit qui suivit,

Il était cependant sûr de la diseré.

tion du gardien.

Celui-ci, en effet, ne devait point trahir.

Liuissez-moi <octir

Nul ne sut, ni le directeur, ni le chef de service, niles subalternes, qu'une infraction aux règlements avait été com mise,

Nul ne songea à attribuer à un évéueruent quelconque la transformation qui, le calme revenu, s'opéra chez Paul \veling.

Pendant les longues heures où il resta prostré, le corps brisé, sans un mouveineut, la pensée acheva de sortir de l'engourdissement qui depuis le choc de ve soir de noce où il trouvait sa femme ensanglantée Sur son lit, un couteau planté entre les deux épaules — pesait sur elle,

Mais la mémoire ne que progressivement.

Ainsi étendu sur son lit, débarrassé de l'ignoble camisole, les veux clos, sans se rendre compte encore du lieu où ilse trouvait, sans se souvenir même de la visite de sa cousine la veille, il vivait, en un rêve, de sa vie d'autrefois.

La jeune femme passait, repassait devant lui, parlait.

C'était le train-train habituel, l’existeuce de tous les jours.

Ïi lui semblait, ou plutôt il était certrain, qu'il se trouvait couché dans son lit, sous les rideaux en damas de soie d’un jaune pâle.

Ua entendait, d’un côté, des rires de l'autre des chants.

Les cris aussi s'y mélaient, et comme de longues litanies lentement psalmediées sur nn ton qui ne variait point.

Paul vit à une des extrémités de la salle une porte s'ouvrir, et un homme d'une certaine âge entrer, escorté d’une troupe de jeunes gens qui s’arrêtèrent

Üs s’approchèrent, entourèrent son lit.

Et l’homme d’un certain âge parla, s'adressant à lui.

C'était certainement un matin de dimanche, un de ces matins de farniente qui revenaient une fois la semaine.

Point de ministère, point de bureau ; Paul se levait à onze heures.

Paul parla à lui-même et le son de sa

devait revenir

propre voix le tira de cette torpeur douce.

Paul Y'veling se mit sur son séant.

Il se retrouvait dans la cellule por:

tant le numéro 15, avec d’autres cellule autour et vis-à-vis de lui.

Deux gardiens se promenaient en sens inverse d'un bout à l'autre du préau.

Des infirmiers allaient et venaient dans cette grande pièce circulaire.

—Eh bien, mon ami, cela va mieux, ce matin ; nous avons dormi, cette üuit ?

— Mais oui, très bien, bégaya-t-il machinalement, en se dressant sur son séant.

L'home lui tâta le pouls:

— Allons, tant mieux : en effet, cela va bien, très bien.

.. Etes-vous donc médecin ? deman.

da le numéro 15, dont la figure restait erplexe

—Je suis le médecin qui vous ai soi.

gné....Ne me reconnaissez-vous pas ?

—Je ne vous ai jamais vu.

—Je passe ici tous les jours, et je vous parle presque chaque jour.

.. Tous les jours .. ? Mais... il ya donc longtemps que je suis ici ?

— Unan.

Et Paul Yveling passa une main suc

on front en sueur

Le docteur et les élèves tixaient suc leur malade des yeux où se lisait une attente qui était presque de l'anxiété,

Quant à celui-ci, son visage reprenait, très accentuée, cette expression d'angoisse qu'il avait eue la veille, après le départ de sa cousine

— Un an que je suisici, reprit-il :

mais que’est-ce que c'est.. ici ? .

Et comme s’il entendait pour la pre.

mière fois les clameurs de cette salle où régnait si rarement un silence complet.

Il allait bondir hors de son lit,

Cette fois il ne fallut pas employer la force pour le retenir.

Une simple étreinte dun médecin, qui lui posa une main sur le bras suffit,

—Habillez-vous tranquillement mon ami et suivez-moi dans mon cabinet vous le dirai.

Paul Yveling regarda fixément celui qui lui parlait. Puis tranquille, horriblement pâle les gouttes de sueur lui perlant au font il se vêtit.

Sa cellule était la dernière dans laquelle le docteur étaît entré.

Lorsqu'il fut habillé, il marcha der rière lui, suivi des carabins

Ils avaient une partie de la salle à traverser avant d'atteindre la porte de sortie.

Paul regarda autour de lui.

Et la vérité jaillit devant ses yeux épouvantés ; il prononcça d’une voix étranglée .

——Mais je suis dans une maison fous !

Le docteur lui posa encore la main sur le bras.

Il l’entraîna.

—Venez, nous allons vous expliquer cela.

Quelques minutes plus tard, Paul Yveling se trouvait seul avec le médecin aliéniste et le :lirecteur de l'hôpital.

Ce deruier n’avait qu’à poser un doigt sur unbouton électrique, placé près de son bureau pour que l’on accourût, en cas de besoin.

ve les deux hommes furent assis, le malade en face d'eux, assis également la conversation commença, engagée du reste par ce dernier.

— Ainsi, je suis dans une maison de fous ?.. depuis un an. Je ne suis cependant pas fou.

—-Non certes... Vous ne l’êtes plus.

seulement vous l'avez été.

—Ce n’est pas possible. Moi, fou ?

moi !.. oh ! non ! non!

—Ce n’est que la vérité... Vous avez été très malade, on vous a amené ici.

Paul secouait la tête, restant incrédule. ne pouvant se faire à l'incroyable

idée,

C'était le médecin qui parlait, le directeur se contentant d'écouter et d’observer.

— Regardez-vons, reprit le prewier, un seul coup d'œil vous suffira pour vous rendre compte que vous avez fait une maladie.

Il montrait la grande glace qui sur.

montait la cheminée.

Son pensionuaire obéit.

Un coup d'oeil, en eftet, suñit au malheureux qui sortait à peine des ténèbres de la folie, pour voir qu'on ne le trompait point.

I recula, ayant peur de lui-même.

Puis il fit encore deux pas en avant, pour se regarder de nouveau.

Etait ce lui, cat homme aux cheveux gris, presque blancs, aux traits creusés, aux yeux fiévreux ?

Ce n’était pas un an qu'il était resté là, mais vingt années.

Et il sentait comme son cerveau era.

auer, la nuit se faire devant lui.

Il avait le sentiment que s’il faiblis.

sait un instant, il retomberait dans cet.

te nuit, il redeviendrait ce qu’on lui di.

sait qu’il avait été : un fou !

Son énergie d'homme, sa volonté ou plutôt le laribeau d'énergie, de volonté qui sortait de ce nauvrage où il g’était abîmé, lui suflirait.il pour se ressalsir, prendre le dessus ?

Les deux hommes qui l’examinaient leurs yeux perçants, suivaient cette lutte intime de laquelle il pouvait sortir victorieux ou vaincu.

Elle fut courte, mais violente.

La volonté triomphait.

Paul Yveling était sauvé.

Il retomba sur ce siège où il avait pris place en entrant.

Et tout d’un coup, des larmes s'échappèrent de ses yeux, inondèrent sea

joues.

C'etait navrant, le spectacle de cet homme secoué de sanglots, pleurant comme un enfant.

Pas un mot n’était prononcé, pas vn geste n'était fait qui fût susceptible d'arrêter le cours de ce désespoir,

Les nerfs se détendaient, dans cette explosion de chagrin.

Elle dura plus d’une demi-heure,

En le voyant calme, le médecin se peucha, lui prit la main, la lui secoua.

—Là, vous voilà mieux ; voulez vous que nous remettions à demain la suite de cette conversation ?

Il secoua la tête.

—Nou, je veux tout savoir... Il faut que vous m’appreniez ce qui nest arrivé.

—Je craindrais, si je le faisais maintenant de vous fatiguer. Voyons, vous sentez-vous de force à supporter aujourd’hui de nouvelles émotions?.. consultez-vous.

— Ce que vous avez à me dire est-ce si terrible ? demanda le no 15.

— C’est émouvant... Moi, je prétérerais remettre cela à deinain.. Vous vous seriez reposé, vous vous seriez fait à cette idée que vous avez été malade..

mais que vous ne l’êtes plus.

Paul Yveling hésita.

Dans sa tête battaient des coups sourds.

Il avait conscience aussi de s0n besoin de repos moral.

— Croyez-moi, reprit le docteurs.

recalons jusqu’à demain notre conversation.. Alors je vous promets de tout vous dire.

Il ne répondit point.

— Nous causerons alors longuement répéta de son ton persuasif son interlocateur.

— Soit, demain, tit:il à mi-voix.

Pais brusquement.

— Mais vous n'allez pas me reconduire là d’où je viens ?.. Je sens que j'y perdrais ce que j'ai à cette heure de raison... Non, pas dans cette salle... je vous le dis, je deviendrais. . je redeviendrais fou !

— Non, vous n’y redeviendrez pas fou, on vous donnera ce que vous demanderez.. des journaux, des revues. .

Cependant, je vous conseille, aujoud’hui, beaucoup de repos.. Surtout ne vous mettez pas l'esprit à la torture.. Je le répète, vous avez été très malade, vous voilà remis, il est nécessaire, si vous ne voulez pas retomber. le m'obéir.. Sous

peu, vous serez rendu à votre famille.

Paul Vveling ne répliqua point.

Une lueur d’attendrissement avait encore passé dans ses yeux.

Les pleurs n’y remontaient plus.

Mais les traits restaient contractés par l'émotion.

Un gardien vivt bientôt le prendre pour le reconduire dans sa cellule.

En y rentrant, il se jeta sur son lit et y resta la plus grande partie du jour.

Il poursuivait son rêve du matin, interrompu par la visite du médecin, accompagné de ses internes.

Et celle qui continuait à passer dans ce rêve c'était toujours la même.

Sa mémoire n'était pas revenue entière et sa cousine Mme Lanoraie dont la vue sans que personne s’en doutat sans qu'il s'en doutat lui-même avait reveillé son cerveau engourdi vivait seule dans sa pensée.

Puis il se souvint ; vait où il était.

Il éprouva en’ore l'horreur de cet endroit où il avait vécu, lui disait-on, un an.

Est-ce que, vraiment, on allait l'y laisser.

Il appela un gardien, l’interrogea.

Celui-ci fit des réponses vagues et engagea le No 15 à se promener au jardin, à se distraire, lui répéta ce que le médeein jui avait dit : que lorsqu'il serait complètement rétabli, on le renverrait à sa famille.

Le mari de Régine de Labatitre eut encore la conscience que s’il se laissait entraîner à s’exaspérer, il retomberait dans l’état d où il sortait.

Cette aptitude à se reudre compte des émotions éprouvées et des résultats qu’elles pourraient amener devait être, pour les médecins, le meilleur gage de guérison.

Néanmoins, il s’'écoulerait un certain temps avant que l’on se hasardât à prendre, vis-2-vis de l'auteur du drame d’Asnières, des mesures de relaxion.

Les aliénés coupables de meurtre ou de tentative de meurtre ne sonc rendus

cette fois il 5a-

à la liberté que sur Ja demande ins.

tante de leur famille, ou sur la réquisition du procureur de Ja République, après examen ou enquête,

On les garde en observation le pins longtemps possibie, la responsabilité des actes d’aberration qu'ils pourraient encore commettre, incombant, pour ainsi dire, ceux dont cest la tâche d'en sauvegarder la société,

Il y a une quinzaine d'années, lorsqu’un aliéné criminel Paraissait guéri, on le faisait séjourner plus où moins longtemps avec les aliénés ordinaires.

Puis on protesta contre cette fusion des fous assassins avec des fous innoceuts de tout crime.

On maintient à présent les premiers dans leur quartier. guéris ou Fus guéris.

E? comme il faudrait un service spé cial si on séparait ceux qui reviennent à la raison de cenx qui restent dans leur délire, on les laisse ensemble, Ja premiscuité dût-elle retarder et inème arrêter la guérison.

C’est cruel. inhumain ; mais le pro grés n’a pas encore tout transformé.

Paul Yveling subirait la révle comnie les autres.

Le lendenain, à l'heure de sa visite, lé médecin aliémste retrouva son pensionnaire tourjours nerveux, raisonnant pourtaut d’une façon plus lucide.

Il le fit conduire comme la veille dans le cabinet du directeur.

Sa première parsle dès qu'il s'y trouva. fut celle-ci :

—Je vousen supplie, monsieur, ne me laissez pas dans cette pièce grillée d'où j'entends des divagations le jour et la nuit..Il n’est pas possible que vous me laissiez-[à !

Où lui fit croire qu'il en sortirait dans quelques jours, et avec des ques tions habilement posées le docteur essaya de réveiller ses souvenirs.

Comme il n'ÿ parvenait .; d'une façon satisfoisante il abor. ‘arrément 4 question :

—EÊt votre femme, seriez-vous heu reux de la revoir.

—Ma femme ! fit Paul d’un air étou né.

Calmez vous mon ami,

La conversation n’alla guère plus loin ce matin là.

Paul voulut savoir encore comment avait débuté sa maladie pour quelle raison on l'avait enfermé dans cet hospice.

Nes questions furent éludées leur s0lution remise de nouveau au lendemain

Wil était flagrant qu'une transfurmation s’oppérait en lui favorable, il ne semblait pas que cette transformation dût amener de suite un résultat complet.

11 ne fallait rien forcer.

Ce cerveau,si f: tement ébranlé, ne reprendrait que lentement son équilibre.

Si toutefois il le reprenait,

Si, après cette lueur de lucidité, la confusion n’y revenait point

Alors, ce serait fini, la démence incu rable, sans remède.

La guérison peut être lente; du moment oùelle progresse sans rechute, c’est la guérison.

Les retours à la raison qui ne sont ‘ue passagers ne comptent point,

ly a lésion, et pour la lésion cérébrale il n'existe point de remède.

Lorsqu'un aliéné à passé une période suflisante sans défaillance raisonnable, la science peut se prononcer sur son Cas, Sans trop craindre de tromper.

C'est pourquoi “ l'observation ” est nécessaire, indispensable.

Il s’écoula bien trois semaines avant que le médecin qui l'avait dans son service eût avec le no 15 une con vesation décisive ; cet entretien réveilla ches ce dernier la mémoire tout entière,

Des démarches très pressantes étaient faites justement par la famille de Lubatière pour le transfèrement du prisonuier dans une maison de santé privée,

L'état actuel d'Yveling ne pouvait que favoriser ce désir.

Mais auparavant il fallait s'assurer

ton

loin

ent elle [Os-

ÊTTE ain D Aue où in-

qu'il y avait des chances pour que cet état se continuât,

— Voyons, mon ami, cela va de mieux en inieux, dit l’aliéniste à son malade :

vous vons êtes résigué à subir le temps d'épreuves que non: sommes obligés de vous demander, vous serez sous peu hocs d'atfaire lais, dites-moi, vous sentez-vous assez bien pour forcer votre cerveuu à travailler la fatigue que vous éprouviez subsiste-t-elle toujours!

—Moins, répondit Paul Yveling ; ainsi il me semble que je pourrai bien tot reprendre mon emploi à mon aniuistere.

— Pour cela il faut comme je vous l'ai dit que toutes vos facultés soient reveuues telles qu'autrefois Ainsi la iméuoire vous fait encore défaut.

{i y a une période de votre existence, tres courte il est vrai et qui a précédé 1rnmiediatement votre folie dont vous va vous souvenez absolument pas.

— Taouelle ?

—(Jeille où vous vous être marié.

— Non je ne me souviens pas de cele. J'ai une amie que j'adore dont j'attends l4 visite avec impatience, visite que vous m'aviez promise, mais je ne me rappelle pas avoir légalisé notre situation.

— Vous avez épousé l& fille d’un capitaine de frégate, Mile Régine de Labaticre.

— Je ne connais pas ce nom.

— Voyons, faites un effort, suivez bien ce que je vous dis : Vous avez éte présenté dans cette famille par un ami qui se nomme le comte de la Roche.

-- Ab oui, de la Roche.. .Henri de Ja Roche ! un garcon très léger comme caractère mais compagnon agréable.

—Alors..Attendez, laissez-moi chercher.

Et, les sourcils contractés sur ses yeux fixes, le pensionnaire de la Sûreté de Bicêtre semblait faire un effort considérable pour se retrouver dans passé, doat une partie restait mystérieuse pour lui.

— En eflet, murmur:-t-il au bout de

ER de

quelques minutes, il ine semble bien que de la Roche m'a présenté duns une famillle. une famille où il y avait nne jeune fille. .blonde..trèés jolie. .Comment l'appelez-vous * — Régine de Labatière. —KRégine..c'est cela. oui

Eh bien ! cette jeune fille vous à inspiré un amour.

—Oh ! un amour, je ne le crois pas.

J'ai pu la trouver bien

—Ketléchissez encore retournez en arrière.

Vous devez bien vous rappeler avoir fait cour à cette jeune fil’e ! reprit son interlocuteur.

— Peut-être, murmura-t-il; oui.. til me semble avoir dansé avec elle.. Elle était ravissante à ce bal. Voyons, à quel bal ! Mais ce bal du ministère.

Ilavait prononcé ces derniers mots avec la précipitation de quelqu'un pour qui la lumière se fait brusquement.

Et, se frappant le front ;

— Je puis même vous dire quelle toilette elle avait.. il me semble qu'elle est devant moi. Une robe de gaze bleu de ciel, garnie de boutons de roses tres pâles.

— Vous voyez qu’en faisant quelques efforts le passé vous revient...

— C'est vrai.. pourtant le reste m'é-

chappe..

. — Ecoutez-moi, dit le docteur, plus grave plus persuasif encore, il s'agit de reconstituer dans votre mémoire, qui sur ce sujet reste erdorinie, votre passé tout entier.. Ne protestez donc point contre ce que je vous dis, puisque c'est l'expression de la vérité pure.

— Vous me le dites, il faut que je le croie, en etfet, répondit Paul avec un violent etfort : peut-être aussi me rappellerai-je cela .. mais pas en ce moment.

— Pour le moment, acheva le docteur, vous préférez ne pas y songer ; vous avez peur de vous souvenir.. Ii faudra surmonter cette impression. .

Vous êtes marié, vous avez une femme

charmante qui vous aime, qui désire ardemment votre guérison. .

Il répondit par un soupir étoufté.

C'était vrai, la force lui manquait pe fouiiler encore dans ce passé péni-

Il faudrait qu'il s’éclairât de lui-méme, qu'il l’aveuglât pour qu'il y crût.

Cette lumière devait jaillir malgré lui, à l'improviste, le matin en s’éveillant, deux jours après cette conversation avec le médecin aliémste.

1] avait fait la cour à Mlle de Labatière, il avait demandé sa main.

Il se voyait en habit noir, il la vOyait en robe de marice.

Il la conduisai à l'hôtel.

Le retour de l’église, le lunch, le départ pour Asnières, où ils devaient coucher, dans le chalet voisin de la propriété de l'oncle Yveling, tout cela lui revenait.

Mais une fois entré dans ce chalet, il ne savait plus.

Lorsqu'on apprit à Paul à quel acte il s'était livré sur la personne de sa femme il eut un haut le-corps et resta plus que jamais incrédule.

Les événements n’é’ ient point encore assez clairs, assez précis dans son esprit, pour qu'ilen tirât une déduction.

Ce dont. cette fois, lui semblait-il, il pouvait répondre, c'était de son inconscience.

Pourquoi eût-il frappé le soir, à coups de couteau, celle qu’il avait épousée le matin ?

—Vous étiez fou, lui répondit-t-en.

—Mais je n'ai pu devenir fou ainsi sans motif ?

Alors *: lui raconta comment était venue cette folie.

}1 lisait une lettre anonyme, une lettre infâme, calomniant celle à qui il vesait de donner son nom.

Le sang lui affluant au cœur, il voyait rouge et frappait.

Lorsqu'on était accouru, on l'avait trouvé berçant sur ses genoux le corps saugiant de sa femme.

En même temps,elle le territiait.

Mais il avait donc une arme, de quoi s'était.il servi.

Il arrachait à une panoplie dans sa chambre un petit poignard italien.

C'était cette arme qu'il plantait entre les deux épaules de Régine de Labatière

Paui se sentait de plus en plus atter-

ré.

Il se rappelait qu'il faisait partie de la panoplie, dans la chambre d’Asniere, qu'est-ce que c'est que toute cette histoire ?

—L’est l'explication de votre folie.

— Croyez-vous, fit-il avec une terreur qui le glaçait.

—J’en suis sûr, répondit le médecin :

vous n'avez aucun antécédent dans votre famille susceptible de faire craindre un retour du mal.,

Ni du côté de votre père, ni du côté de votre mère, il] n'y a pas en de fous, n'est-ce pas ?

—Mais non, je ne l'ai jamais entendu dire ; ces choses-là se savent.

—Certes..C'est pourquoi vous pouvez être tranquille.

— Alors, pourquoi ue me rendez-vous pas la liberté ?

— Patience, cela viendra ; je ne suis par le maître il y a des règlements qu'il faut suivre.. Dans huit jours, on vous autorisera, je l'espère, à recevoir la visite de votre famille.

— De mon oncle ?

— Oui.... de votre oncle de vos parents.

Paul ne répliqua rien.

La visite qu'il eût la plus dési É c'était celle de sa femme qu'on Jui disait.

Les torts immenses, irréparables, qu'il avait eus envers elle, le coup de couteau qu’il croyait lui avoir donné rendaient plus cuisants ses regrets et son désir de la retrouver.

À ce moment où tous les jours oubliés lui revenaient en {mémoire, la tentative de meurtre lui ap.

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