SE SVETIIRF SE ES
Le négociant haussait les épaules.
Francis lui tendit une boite de cigares, dans laquelle il prit au hasard.
Le jeune homme choisit, lui, minutieusement.
Et quand il eut allumé son londrès, comme son père, tirant des bouffées du sien, restait silencieux :
— Voyons il s’agit d’être franc nous n’allons pas finasser l’un avec l’autre...
Tu es devenu peu à peu morose, irritable, si morose et si irritable que cela m'a gagné.. Qu'yat-il?.. Estu malade ?
— Pas le moins du monde ; je ne me suis jamais si bien porté.
— Je suppose que tu n’as point de soucis d’affaires ?
— Aucun... Les Grands Magasins sont au-dessus, tu le sais, de toute inquiétude. .
— Alors ?
— Alors. . alors.. Eh bien mon ami il arrive qu’on fait des bêtises dans sa vie, j'en ai fait une.... ce n’est pas pardonnable mais enfin je l'ai faite.
et il m'en coûte de la réparer.
Francis Chaumel fronça rapidement les sourcils.
— Qu’appelles-tu la “ une bêtise ? ” demanda-t-il, et qu’appelles tu la “ réparer ” ?
— J’appelle une bêtise avoir un enfant à mon âge et qui partagera ma fortune avec lui et ta belle-mère.
— En effet répliqua Francis, avec un sang-froid sans doute un peu feint, c'en est une, et une fameuse.
— Nous sommes du même avis, répondit M. Chaumel,
— Mais ce qui en serait une surtout, reprit son fils, et bien autrement grave, c'est de partager les biens qui me revenaient avec une marâtre.
— C'est pourtant ce à quoi je suis résolu, dit le père avec son même flegme.
L'officier pâlit.
Une crispation de colère passa sur s0n visage.
— Eh bier ‘+il en jetant son cigare
dans la cheminée ce ne sera pas avec non consentement par exemple !
— Mon cher ami, jete ferai remarquer que je pourrai m'en passer,
— Certes, tu pourras t'en passer ; je ce préviens seulement que si tu commets cette ineptie, tu ne me reverras jamais !
— Mais si, mais si, je te reverrai..
tu te calmeras.. tu comprendras. .
— Je comprendrai ce que je comprends seulement à cette heure, c’est que tu fais une folie, et que les enfants devraient avoir en main tous les pouvoirs pour empêcher les parents devenus incapables de se diriger. .
— Hé ! dis donc, tu vas trop loin..
si tu mesurais tes paroles !
— Entre nous, c’est bien inutile, surtout en pareil cas ! Puis, elle est d'un bon père, ton idée !
— Mes devoirs de père n'ont rien à voir avec ce projet ; ta place est la méme dans mon coeur ; quant à la tortune, avec celle de ta mère et celle que je te laisserai, tu auras de quoi mener a vie à grandes guides quite convient. :
Deux ou trois millions de plus ou de moins...., :
Francis l’interrompit.
— Îl ne s’agit pas de cela, je suis prodigue mais pas intéressé, tu es le premier à le savoir.. Seulement Je trouve ta résolution absurde. Entretiens ma belle-mère pendant sa vie donne un million aux enfants mais laisse-moi Je reste, donne-moi les Grands-Magasins.
— Et pouiquoi donc ?tu es bien égoïste.
— Je te répète ne te couvre pas de ridicule, c'est tout ce que je te demande.
— On ne se couvre jamais de ridicule en faisant son devoir
Et M. Chaumel, se levant du fautuil bas où il était assis, ajouta en allant à la porte :
— Ma décision est irrévocable ; tu en prendras ton parti.
— Îl est tout pris, mais fais atten.
avec mar-
sser ; comferras
rai...
com:
c'est fants pouleve-
in. .
surd'un
en à
tion à ce que je te dis.. Ily a certaines portes dans Paris, sous lesquelles tu ne pourras bientôt plus passer.
— Je ne serai pas le seul, répondit philosophiquement M. Chaumel.
Puis, avant de sortir, tendant la main au jeune homme.
— Allons sans rancune, hein ?..
bonsoir, que ça ne t’empêche pas de dormir.
— Oh ! sans rancune.. tu es libre, après tout.. J'essaierai tant que je pourrai de t’'empêcher de faire une boulette ; si je ne réussis pas, je n'aurai pas, moins de remords.
Et il toucha la main qui s'avançait vers la sienne.
Pendant que M. Chaumel gagnait son appartement, tout heureux d’avoir affronté l'orage, le premier et le plus violent, l’ofticier marchait avec colère dans le famoir, mâchornant des épithetes nlus irrévérencienses encore que Îles
es qu'il faisait pleuvoir tout à lheu sur la tête paternelle.
Cet.e fureur avait-elle, comme il le prétendait, une autre cause que l’intérêt ?
Voyait-il surtout dans le mariage le partage d’une fortune que malgré tout il eût préférée entière ?
Sans doute, cette considération entrait pour quelque chose dans son indignation.
Ce qui ne voulait nullement dire que d’autres sentiments ne luttassent pas dans son âme avec celui-là.
Francis Chaumel se calma, du reste, assez rapidement.
Il n'était pas de ceux qui restent longtemps sous le coup d’un ennui, si grave qu'il soit.
L'officier n’oubliait pas son principe, que la vie étant courte, il faut chasser tout ce qu’elle a de désagréable pour ne s'attacher qu’à ce qu'elle à de bon.
Il ralluma un cigare, qu'il se mit à fumer tranquillement, étendu sur nn divan, des coussins empilés sous sa téte.
Et pendant que la fumée s’enfuyait
en spirales vers le plafond, il tombait dans une rêverie de laquelle il essayait en vain de sortir.
Cette fin d’arrière-saison pluvieuse, ramenait tout le monde à Paris
La famille de Labattière avait passé la plus grande partie de l'été à Meu don.
Personne ne devait parler de retourner à Asnières où les souvenirs étaient trop pénibles
Il était question tout d’abord d'emmener l'oncle Yveling.
Puis l'avis du médecin qui considérait tout déplacement comme nuisible pour le paralytique, faisait loi.
On laisserait le vieillard à Paris, sous la garde de la personne qui lui servait de dame de compagnie et donton se trouvait très satisfait.
Régine avait continué à prendre leçons de musique.
Mme David allait deux fois la semaine à Meudon, aussi bien accueillie par ML. et Mme de Labattière, que par M.
Paul Yveling.
L'élève travaillait, en passé de devenir un jour aussi forte que son protesseur.
Régine savait son mari adorateur passionné de la musique, et tenait à le charmer pendant les tèête-à-tête des soirées d’hiver. :
On parlait maintenant de fui devant des tiers quan l’occasion s'en présentait.
Si Mme David n'était pas considérée comme une amie on nese gènait pourtant point pour aborder devant elle un sujet qu'on ne mettait jamais en évience autrefois.
Un jour même que la maîtresse de piano, arrivée un peu avant l'heure, attendait au jardin Mme Yveling, sortie avec sa mère, M. de Labattière s'était assez longuement étendu sur l'état actuel du mari de Fégine, disant la certitude que les médecins pouvaient à pré-
a AT EPS NES A Sa
sent donner une guérison complète,
L'ancien capitaine de frégate recherchait toutes les occasions de causer seul à seul avec la jeune femme.
La sensation éprouvée lorsque, pour la premiere fois, ceile-ci se metait au piano dans la ville d’Asnières, et qu’il l’écoutait du dehors, appuyé à la fenétre revenait presque chaque fois qu'il se trouvait en sa présence.
pm Ce regard ardent, ce teint mat, ces lèvres que le sang empourprait, produisaient sur le vieux marin une imprestion involontaire contre laquelle il ne réagissait qu'avec peine, impression complexe d’alleures, faite d’attirance et d'éloignement.
Cette créature lui faisait courir dans les veines, un frisson de fièvre.
Ilavait envie de la fuire, et qu'elle arr‘vait, il allait à elle.
tosalie divinait-elle, en partie du moins, l'effet qu’elle produisait ?
Son intuition de femme devait le lui faire pressentir.
Elle restait froide, impénétrable, en tout cas.
Mme David avait vu. cet été-là, à Meudon Mme de la Roche.
Comme on ne pouvait songer à faire a la petite comtesse un long vovage son mari, sur sa demende, louait pour août et septembre non loin de la demeure Labatière, une propriété assez jolie.
Huguette recouvrerait plus vite ses forces, au grand air, et ne s’ennuierait point, en ayant pour voisiue son amie Régine.
En effet sa tritesse devait s’atténuant doucement, au journalier de cette derniere.
Mme Y veling lui avait fait vite conprendre au reste que. pour son mari, il lui fallait reprendre son caractère d’autrefois.
Mme de Labatière aussi le lui avait dit très sérieusement.
Si Huguette voulait conserver l’amour de son Henri, il ne lui fallait point se laisser aller à cette :nélancolie, qui faissait d’elle une autre femme.
dès
aller en oontact
Les hommes se fatiguent promptement des visages tristes ou soucieux.
Et comme il était tout pour elle, comme la terreur de perdre une parcelle d'affection lui eñt faite tenter l'impossible, ellle revint, renfonçant les larmes souvent prêtres à jaillir de ses yeux, à son enjouement de jadis.
Pour lui plaire, le eomte en ayant tsmoigné le désir, elle décida qu’une fois rentrée à Paris, elle reprendrait des leçons de piano.
Naturellement, Mme David, qui n'avait pu lui en donner que quelques unes redeviendrait sun professeur.
Au mois d'octobre, Rosalie retourna donc rue de Londres chez la Labatière a venue Montaigne et les de la Roche.
Un apres-midi, après la leçon donner à Mme Yveling, la jeune femme qui manifestait ce jour-là une agitation extraordinaire, lui confia que lendemain son mari sortait de la maison de santé où il se trouvait en observation.
Rosalie se sentit pâlir.
Heureusement, Régine rangeait sa musique fébrilement, toute énervée par son bonheur,
Elle ue remarqua point la décomposition des traits de Mme David.
Quand elle la regarda, celle-ci avait recouvré son sang-froid.
— Alors, dit-elle, avec un sourire pâle, vous êtes heureuse.
—Oh 1 oui, oui, je suis heureuse ‘.….
S heureuse que je me demande su est permis de l'être autrant dans la vie.
—ËEt où aller-habiter. .avec votre mari ?
—Ici..chez mes parents.
—Je croyais que vous deviez prendre un appartement particulier !
—Cela avait d’abord été convenu, puis mon père et ma mére, dans un excès de sollitude, m'ont conjurée de rester momentanément auprès d'eux...
Ils veulent être bien certains, avant de me laisser seule avec mon mari, qu’aucun retour de sa maladie n’est À craindre pour moi . .C’est drôle, comme les parents sont méfiants !
—Îls ont raison, peut-on jamais savoir !
—Quand les médecins se sont proaoncés pourtant. .
— Î] arrive qu'ils se trompent.
— Non, fit Régine, je suis sûre que non ! Paul est bien guéri.
. Et elle ajouta, retrouvant après un instant de gravité son sourire de, bonheur :
—Oui nous serons à l'étroit ; mais enfin on peut s’arranger.. Papa et maman cous donnent leurs deux chambres pour s'installer dans celle qui était la mienne. et dans une petite piéce attenante. .comme ils sont bons !
—Certes, vous avez d'excellents parents. Cela se comprend, ils n’ont que VOUS.
Puis après un moment d'hésitation, Rosalie demanda :
— Est-ce que M. Yvelins ‘eprendra
son emploi au ministère de la marine ?
—Mais nous l’expérons ; plus tard,
par exemple.. On l’a presque promis à mon père.
Mme David se tut encore pendant quelques secondes.
. —Aiosi, reprit-elle, nous en sommes à nos dernières leçons ?
.—À nos derières leçons ! fit Régine vivement, et pourquoi ?
— Une fois votre mari près de vous, vous aurez plus le temps d'en prendre.
—Je crois que si.. Je vous ai dit combien mon mari aime la musique.
Je veux arriver à lui jouer la sonate pathétique je ne dis pas comme vous, mais.
—Soyez certaine que vous arriverez à la jouer comme moi...
La toix faillit se briser dans le gosier de Mme David.
Nela savait-elle pas depuis temps sa passion pour la sausique ?
Et ne l’avait-clle pas avec cette s0nate que Régine voulait esseyer de jouer comme elle, tenu sous le charme cLaque fois qu’il la lui avait demandée.
Oh ! ce bonheur de jadis, il allait
long
naître pour une autre, il allait renaître pour lui.
Et elle...
Une infinie soutfrance emplissait son âme.
Elle avait des larmes sous les paupières des sanglots plein la poitrine.
Et pourtant, elle s'était crue forte assez forte pour suporter ce bonheur échafaudé sur son bonheur défunt.
Qu'il revienne à la raison s'était elle répété souvent c’est tout ce que je désire ; je n'oublierai pas ce que j'ai fait, je n'aurai laconscience en repos que lorsque je le verrais heureux avec elle !
Et voilà que son être eatier se révoltait à cette pensée des joies intimes qu’allait gouter celle qui était venue se jeter dans sa vie, lui apporter le désespoir affeux qui broie le cœur et fait monter à la tête la folie.
Rosalie passa encore au moins un quart d'heure avec Mme Yveling. Qu’and elle sortit du salon, celle-ci n'avait rien surpris sur sa physionomie qui fût de vature à l’inquiéter.
Mais comme si l’éffort qu'avait fait Mme David en se contenant eut été trop violent pour continuer plus longtemps, à peine dans l’antichambre, Régine, oui venait de la reconduire jusqu’à la porte,rentrée dans le salon, elle sentit son visage se contracter brusquement.
—Qu'avez-vous dorc. madame ? dit une voix qui la fit tressaillir.
M. de Labatière, sortant d’une pièce voisine. était vis-à-vis d’elle.
—Vous soutfrez ? reprit-il qu’elle pût s'expliquer.
—Oui, fit elle, un mal de tête très violent ; je n’y vois plus.
—Voulez-vous que j'envoie vous chercher une voiture !
—Oh ? non merci, je marcherai jusque chez mois, l'air me ‘era du bien.
Et, passant devant lui, elle dit :
—Au revoire monsieur.
—Au revoir madame.
Le lendemain. l'après midi, M. de
avant
Labatière sonnait à la porte de Mme David,
. La petite bonne l'introduisit dans la
pièce qui servait de salon d'étude et de salon de réception.
ans la chambre voisine était occupée avec son enfant.
Elle entra bientôt, le petit entre les bras, rieur. éveillé, avec de beaux yeux noirs très vifs.
— Laissez-moi, monsieur, dit-elle, vous présenter mon fils et demander à quoi nous devons l'honneur de votre visite.
Elle parlait avec une grande aisance genre habituel.
Jamais, jusqu'alors, l'ancien n'avait monté son escalier.
Sous son flegme d'homme correct, habitué au monde, on devinait une certaine gêne,
I dit pourtant, d'un ton ment naturel :
— Vous étiez
Rosalie
iarin
parfaite-
souffrante hier, en
quittant la maison : ma fille, qni toute à l’agitatiou provoquée chez elle par le grands: événement que vous savez, ne
s'en était pas aperçu m'a prié, ainsi que Mme de Labatière, de venir prendre de vos nouvelles,
Rosalie tendit l'enfant à la qui l'empert.
Et montrant un siège au visiteur :
— Veuillez donc vous asseoir, monsieur. . Vous êtes mille fois aimable, et Vous préseuterez à ces dames meilleurs remerciments. J'avais simplement la migraine une maladie toute féminine qui a passé après une nuit de sommeil
—Je vous trouve en effet une mine Supperbe. on ne se douterait pas de volre indisposition d’hicr.
Puis, ne trouvant pas d'autre moyen d’alimentei l'entretien que de revenir à l’enfant :
— Pourquoi avax-vous fait enlever si vite votre bébé ?
— Les poupons de cet âge sont peu intéressants pour les messieurs.
— Moi, j'aime beacoup les enfants ; on ne croirait pas, mais c’est ainsi...
bonne,
[} faudra l’amener à ma fille ; elle, elle en rafiole.
Un frissonnement glissa entre les épaules de Rosalie David.
ile sourit, de son sourire } 5 :
ms dames me l’on déjà demendé mais ilest si petit encore..lorsqu'il sora plus raisonnable.
Et changeant de conversation :
— Voilà Mme Yveling bienheureuse ?
—Oh ! oui bien heureuse ! pourvu qu'elle n’ait pas de déboires. Ha
Les sourcils du capitaine de fégate se rapprochaient sur ses yeux nes
—Craignez-vous done, demanda »
jeune femme, pour. la santé M. Yvei ?
re Pas précisément, si vous voulez quoique après de pareilles pie il y ait toujours à craindre ; mais, en in, admettons que mon gendre ; soit guri ; je crains qu’il ne reste es impressionnable, nerveux, sujet à € es variations de caractère qui ne sont pas fait pour raendre une femme heureuse.
En un mot, je tremble pour le bonheur
le Régina.
ee es monsieur que vous vous exagérez les choses. . Peut-être M. es ling sera-t-il un certain temps à redevenir vraiment ce qu'il était, mais il .
prendro probablement son état normal.
Mme Yveling m a annoncé qu elle ne vous quitterait point ; c'est en tout cas,
sécurité.
res doute.. Entin, espérons que je m'exagère, conrme vous le dites, la chos. Mais ce drame à été si affreux Ilme semble, comme voyez-vous ete n'eurai jamais pour Paule Yveling l'a fection d'avant. Bien qu'il ait agit inconscieminent, je ne pourrai er cher de penser qu'il fut le meutrier de ma fille.. Etsielle m'avait écouté..
M. de Labatière s'arrêta pour repren-
ssitôt :
er n'aurait pas vécu avec $on maai.. Îlest vrai qu'être condamnée à l’âge de Régine, à l'existence d Le veuve rui ne put pas se remarier €
toujours
absolument navrant . [l vaut peut-être mieux riquer encore la vie commune je puis me tiomper, et voir ma fille un jour parfaitement heureuse... Je donne ma vie pour cela.
—Je comprends, répliqua Mme Da vide mais en effet, vous pouvez vous tromper... Pour mois, lu justice — puis que c’est de la justice qu'il relève — ne relaxerait point M Yveling sans une certitude. Revenu à la raison saine et et claire celui-ci surmontera le nervo sisme, qui domine encore dans son organisme, et fille sera heureuse.
— Puissiez-vous dire vrai ! Ah ! nous avons passé par de bien terribles épreuvel.
Vous tavez tout, comme tant d'’autres.... et plus que d’autres, puisque vous être maitenant, madame, une amie pour nous. ..
Non seulement le drame par lui méme l’état dans lequel notre fille est restée si longtemps, nous ont boleversé
au dernier degié, mai il a fallu qu’une autre pein® vienne s'ajouter aux tortures que nous endurions....
Ne trouvez-vous pas qu'il est affreux de pensez qu’un neveu, prosque un fils.
Ah ! je ne veux pas parler de cela !..
— Il vaut mieux. .n’en parler pas..
— Et pourtant cela fait du bien.
Ma femme et mois, n’en ouvrons jamais la bouche. ... et quelquefois cela m'étoufte de ne rien dire...
— Je le comprends.... Il ne semble que je serais de même.... Ainsi, vous êtes bien certains, que c'est votre neveu.. qui....
— Trop certains.. puisqu'il ne se peut pas que ce ne soit pas lui.
— Personnellement, M. Yveling n’avait pes dennemis ?
Rosalie sormulait celte question d’un ton absolument uoturel.
Et au font d’elle-même elle ne ressentait en ce moment aucun trouble.
Lorsqu’une émotion, quelle soit atteint son maximun d'intensité, il arrive qu’elle disparaît instantanémert.
C'était l’impression éprouvée souvent
depuis bientôt deux unnées..
La curiosité qui, du reste, la stimulait en cette occassion devait primer tout.
Mais elle la laissait aussi en possession d’elie-même,
Elle s'arrêterait à temps pour ne pas commettre une imprudence.
M. de Labatière lui répondit sur Î:
même ton :
— Je n'ai pas enteudu dire qu'il en eùl aucun.
— Môme cette femme, dont où a par lé dans les journaux !
- Il en à été à peine question . la première venue, sans doute,
—- Vous n'avez pas su autre sur son compte ?
J'aisu simplement qu'elle ‘rouvait mêlée en rien à l'affaire ; à ce moment-là l'état de ma fille était abso lument désespéré : je ne m'occuppasplus que d'elle, le reste ne nr'intéressait pas.. Quand la vérité s'est fait jour, il n'y avait pas retsuner en arrière.
— Et il est encore en Afrique ! demanda Mine David.
Toujours... il a failli y ètre masacré, le malheureux !
— [l ne reviendra pas de sité, doute ?
— Oh ! sans doute . Il continue ses pérégrinations aves la Mission qui la sauvé.
Il se tit ue siience.
Puis la conversat'on changea au bout d'un quart d'heure
Après son départ, Rosalie longuement.
Allait-elle sous un prérexte ou sous un autre, abandonner ses leçons à Mme Yveling ?
S'abstiendrait-elle de retonrner rue de "Jondres ?
Ou s'y présenterait-elle au jour et à heure habituels !?
Quand elle y retournerait, pour la prochaine lecon, Paul serait chez ses beaux parets.
Mserait-elle affronter sa présence, en
pleine
chose
he se
sans
réfléchit
facede ceux-ci, en face de sa femme ?
Ce serait folie, jamais son ancien ami n'aurait assez d'nergie morale pour rester impassible
Elle.-même ne se sentait point la force de dissimuler suflisamment en cette circontance,
Et cependant elle ne voulait pas perdre ses entrées chez les Labatière.
Que faire,
Hosulie tombait dans une perplexité qui lui enlevait l'appétit et le sommeil.
Le matin du jour où elle devait se rendro à sa leçon elle se décidait à faire porter un mot par sa bonne, dane lequel elle disait quétant souffrante elle se trouverait forcée de se reposer, lorsque sa conciege lui montra une lettre qu'elle cuvrit précipitamment,
Elle avait reconnu l'écriture de Mme Yveling.
Celle-ci la priait de ne pus se déranger ce jonr-la
Elle voulait faire plusieurs courses avec son mari, lesquelles courses l’em- Leger de 5e trouver chez elle à
‘heure dite
Pendant quelqne semaines, du reste, Régine ne prévoyait pas pouvtir travailler avec son professeur.
Elle reprendrait ses leçons ls mois suivant, avec un nouveau zèle.
La lettre de la jeune femme des ps aimables,
Elle annonçait à Mme David sa visite très prochaine.
Et elle espérait bien que celle-ci viendrait les voir, elle et sa mère, pendant les vacances qu'elle s’octrovait.
Rosalie poussa un éncrme soupire de soulagement,
Elle ne pourait rien désirer de mieux que cette solution.
En un mois, on avise à bien des choses ; elle aurait temps de se retourner.
. Régine vint, en effet, lui faire sa visite avec sa mère quelques jours tard.
Lorsque la jeune femme s'avança vers elle, la main tendue, elle éprouva une commotion aussi vive que celle ressentie lorsque pour la première fois elle la voyait chez elle, dans le petit
était
logement de le rue Richer
C'était vers la fin de l'après-midi. l'ap partement était sombre, la lampe heureusement n'avait pas encore été allu.
mée,
Ni la mère ni la fille ne s’aperçurent de l'étranger émotion, qui suns cette particularité leur eût sauté yeux.
Peu à peu, Rosalie la surmonta.
On causa assez longuement.
L'enfant dormait,et les deux femmes purent seulement le voir dans son berceau,
M is il fallut que Régine effleurât de ses lèvres le front du petit.
Et Rosalie frémit encore vit donner ce baiser,
— Comment s’appelle.t.il ? demanda la jeune femme.
— Paul.
— Tiens.... Paul !
— C'était le nom de mon mari.
— Ah ! je comprends.
Les deux dames partirent en faisant promettre à Mme David de venir pren.
dre une tasse de thé une de ces aprèsdînées.
avenc de rentrer chezelles, Mme de Labatière et sa fille montèrent l’eecalier de l'oncle Yveling.
Elles trovèrent auprès de lui Paul, qu’elles y avaient laissé tout l'heure.
Le jour même de sa sortie de la maison de santé. celui-ci était venu voir le pauvre paralytique.
L’entrevue, bion muette, avait été émouvante.
Des yeux si souvent vague du vielllard des larmes étaient tombées.
C'était le seul langue qu’il pût tenir
Sa main neparvenait pas faire un geste, ses lévres à articuler une parole
Mais il était éloquent. ce langage, à “sn autre titre.
Il disait que l'intelligence vivait tou-
lorsqu'eile
Jours chez cet être qui semblait mort.
Paul Yveling, méconnessable pour tant d’autres. avait, au premier abord, été reconnu par son oncle.
Un espérait qu'une commotion heureuse serait capable, sinon de ie faire
revenir à son état normal, du moins d'apporter un mieux sensible dans sa situation.
Cette réaction favorable ne se produisit point.
L'oncle Yveling demeura dans son immobilité de statue.
C'était és de simples mouvements des paupières, de fugitives lueurs traversant ses yeux, qu'on pouvait deviner ses impressions,
Paul devait venir chaque jour passer auprès de lui la plus grande partie de l'ar ës-midi.
Li lui causait un peu, lui faisait la lecture, sans arriver à se rendre bien compte s’il était bien compris, s'il procurait queque plaisir au vieillard.
Souvent il surprenait, attaché sur lal le regardu paralytique.
Chaque tois, ce regard avait la même impression pa vrée,
Paul alors, ce regard avait ému, dou.
cement lui pressait la main.
Et quelquefois il disait :
— Oui, mon pauvre oncle, nous avons été bien éprouvés ; il faut plus y penser.... tout est passé,
Le regard triste devenait plus triste encore : les paupières se fermait comie fatiguées,
Ce jour, où quittant Mme David, Régime et sa mère montaient chez M.
Yveling pour reprendre Paul, il ne s’était passé entre l'oncle et le neveu rien de plus ni de moins que ce qui se passait d'habitude.
Ce dernier avait lu les journaux-
Il repliait le dernier lorsque les deux femmes entrèrent.
Toute souriant, Régine vint embrasser paralytique.
Puis elle tendit la joue à Paul qui y mit un baisser.
Mme de Labatière les regardait.
Au moment où la jeune temme s’approchait de son mari, une ombre passa sur le front de la mère.
L'es eux visages, celui de Régine et celui de Paul, formaient un contraste si frappant, qu'une inquiétude, celle
qui déjà l'avait saisie comme elle avait saisi son mari, la mordait au cons plus profondément qu’elle ne l'avait mordue encore,
Tandis que la pbysionemie de l'une marquait la gaietc, le bonheur, celle de l’autre restait indifférente et morne.
Et ce baiser qui semblait contente:
Régine paruissait à Mme de Labatiore d’une froideur inquiétante,
L'heur du diner n'était point venue encore,
On pourait rester près de l'oncle jusqu'à ce qu'elle sonnât.
Les deux femmes s'assirent en face de lui, Paul reprit sa place.
Et l'on causa-
Régine raconta les courses folles qu'els les avaient faites : quelques achats aux Grands Magasins, une visite à la couturière, une t ès bonne faiseuse.
Mme de Labatière était allée également chez la sienne, oh ! beaucoup»
plus modeste,
N'avait- elle pas passé cet âge de coquetterie, qui est l’âge heureux pour la femme ?
Une chose ennuyeuse, car il Jui fau drait chercher quelqu'un, la concier, de la maison que celle-ci avait habitée si longtemps avec sa mère lui annon.
çait qu'elle avait déménagé.
Elle lui demandait, il est vraie, sa nouvelle adresse : seulement, à cette adresse, Mlle Badolle n'était plus.
On n’y savait point ce qu'elle était devenue.
Paul écoutait le caquetage de la mère et de la tille, prêtant à l’une et à l'autre la inême attention bienveillante, lèvres cette ébauche 4e sourire que remplaçait son sov d'autrefoi:
qui accusait l'expression triste figure.
Et plus Régine lui voyait, cette ex.
pressior plus affectait un bonheur une gaieté qu’elle n'éprouvait point toujours ne” certes, mais avec laquelle elle arri vait à tromper ses parents, et parfois pent-être à se tromper soi-même.
— Et puis, fit elle, nous sommes
As
ee
allées jusque chez Mme David.
Paul eut un léger mouvement ressemblant à un tressaillement.
Cependant, son visage resta ce qu'il était.
— Mme David ?
ton qui interrogeait.
— C'est mon protesenr de piano, je vous en ai parlé hier,
— Je ne me souvenais plus, ou plutôt vous :e m'aviez pas dit son nom.
En effet,je crois que je ne vous l'avais pas dit : Mme Rosalie David.
Paul ne répondit pas.
C'est, comme je vous l'ai dit aussi, reprit la jeune femme, un très bon professeur, je ne vous ai point raconté comment nous avons fait sa connaissonce,
— Non, fit-il,
Il regardait son oncle.
Celui-ci le regardait.
Une flamme luisait dans les yeux du vieillard.
Si la parole lui eût été rendue, M.
Y veling lui eût crie :
C’est elle, l'assassin! ... . C’est elle qui à frappé ta femme !
M. Yvelng ne pouvait parler
Et son regard étrange n'avait point l'éloquence explicative que le vieillard ent voulu y mettre,
Paul se leva.
[l était l’heure de partir.
Le lendemain, ils viendraient liver chez le pauvre oncle,
A cette promesse les yeux devenus ternes de celui-ci s’animérent encore, mais cette fois d’une émotion douce, en faisant voir le bonheur au’il avait de cette réunion.
Le soir, lorsqu'ils se touvèrent seuls chez eux, Paul reparla à Régine de sa maîtresse de piano.
—Alors, elle vous a donné de bonnes leçons, cette Mme David ?
—Oh ! d'excellentes, vous en jugerez mon ami, et je compte bien en prendre
Paul était assis à un coin de la cheminée, dans un fauteuil
Régine venait de ranger, dans une
répéta-t-il d'un
tous
boîte äfouvrage. les soies d’une broderie,
Elle s’aprocha de lui, par derrière, et répéta, passant les bras autour du cou de son mari, la tête près de la sienne :
— Si vous voulez !
— Mais je veux tout ce qui vous est agréable, fit.il, rapprochant ce visage de son visage, en un geste très doux.
— Vous m'aimez donc un peu ? de.
manda-t-elle, d'une voix qui se brisa dans gorge.
— Comment me posez-vous cette question ? fit-il en la [âchunt, et en se levant tout à coup
Il était en face d'elle et la regardait qui tremblait devant lui.
— Mais qu'avez-vous, ma pauvre petite ?
— J'ai... j'ai beaucoup. . beaucoup de peine ! éclata-t-elle, en se cachant le visage dans les mains.
Une inquétude plissa le Paul-
Sa femme s'était adossée au mur et sanglotait très bas, de peur que les autres l’entendissent, mais secouée des pieds à la tête par cette douleur qu'elle essayait de comprimer.
I] lui prit les mains, les détacha de s0n visage convulsé, où les larmes ruisselaient.
Et envahi par une grande pitié, il serra contre lui Régine, qui désespérément, jeta.sa tête sur son épaule, murmurant :
— Paul, Paul, vous ne m'aimez plus
— Je ne vous aime plus, ma pauvre Régine ! Et pourquoi ne vous aimerais je plus ?.. Qu'ya-tileu entre nous qui puisse briser l’affection, ... Si, ma chère enfant, si je vous aime !
Il resserait l’étreinte, il glissait une main dans ses beaux cheveux, relzvant les bouclette folles, dégageant son front trés blanc, très pur, mettant un baiser sur ses yeux noyés.
Et en la tenant là, sanglotante, contre sa poitrine, incapable d’articuler un ot, il sentait s’accroître ce sentiment de pitié.
Eo vain essayait-il de raviver cet au-
front de
oderie, bre, et
us est
visage