‹ La mal de vivre [microforme]Chapitre 28 sur 37 · FRANCIS · texte numérisé non relu

FRANCIS

Il devint rouge de contentement et avertit sa femme sur le champ.

Celle-ci réprima à peine un froncement de sourcils.

La pensée de cette visite à la quelle elle s'attendait, son mari la lui ayant annoncée, dès avant leur mariage, amenait chaque fois qu’elle lui venait, un nuage sur son front.

Maintenant qu’elle le sentait proche, l'impression plus que désagréable, pénible,

Certainement, à la première entrevue l’un comme l’autre éprouvait une certaine gêne.

C'était inévitable,

Mais il n’y aurait là qu’une chose toute naturelle,

Pourquoi alors ce fr'ssonnement ce serrement sœur ?

Il semblait à M. Chaumel que l’entrée de ce fils dans la maison où elle régnait, était rour elle le présage d’an danger.

D'avance, elle l'avait détesté, coinme

bstacie au plan qu’elle avait conçu.

Une méfiance subsistait, découlait de cette haine,

Francis Chaumel, pour elle, c'était l'ennemi.

Tout cette journée, elle fut quelque peu fiévreuse.

Son mari allant à Paris, d'abord elle voulut l'accompagner, puis elle changea d'avis et resta à Savony, c'était le nom de la propriété.

Le négociant avait annoncé qu'il serait de retour de bonne heure dans l'après-midi.

La voiture alla le prendre à la gare de Versailles à l'heure convenue.

— Est-il arrivé? demanda-til, en descendant devant le perron, au milieu duquel il se tenait.

La jeune femme fit signe que non.

— Comment, pas encore ! il ne va pas venir juste au moment de se mettre a,table j'imagine,

Puis, s'adresant au cocher :

— Vous retournerez à la gare pour le prochain train, je suis sûr qu'il ÿ se ra.

Et gravissant les marches, tout en soufliant :

— Commetues jolie, chérie; je crois que je ne t'ai jamais vue aussi jolie.

— Vous me dites cela à chaque toi lette nouvelle, mon ami.

Jeanne réponduit avec cet enjoue ment forcé qui ne dissiaule paur tou jours une froideur profonde.

Elle détestait les récriminations elle ne voulait pas voir son mari à ses genoux.

Quelquesfois ella se disait qu’elle n'aurait put-être pas besoin de rompre

Pour n'avoir pas à subir l'embrassade habituelle, elle rentra avant qu'il fut en haut.

— Je vais donner un coup d'oil à la toilette de bébé, dit-elle,

M. Chaumel la suivit, entra cinq n° nute après elle dans chambre où o pouponnait la petite fille.

La jeune femme n’évita point le baiser qu'elle redoutait.

Quand l’anfants fut prête, Jeanne descendit au jardin, accompagnée de Ja nourrice,

Il se promena avec elles, s’occupant tantôt de la petite, qui maintenant marchait seule, faisant jouer l’une, obsédant l’autre de ses prévenances.

Eofio, la vitoria franchitla grille :

elle ramenait quelqu'un.

Jeanne poussa un soupir de soulage.

ment.

La diversion, qnelle qu’elle fut, était bien accueillie,

— C'est lui ! fit M. Chaumel.

On était revenu près du perron.

— Continuez à vous promener, Nonnou, dit M. Chamel moi je monte.

— Nous te trouverons au salon ? de-

non.

né va mettre

pour y 8e at en

pire auss!

e toi

njoue r tou

ions à ses

qu'elle ompre issade il fut

mauda son mari en la suivant des yeux.

— Naturellement, repondit-elle sur un ton impatienté.

Un certaine iupuiétude se peignit sur le visage de M. Chaumel.,

Allaient-ils sympathiser tous les deux

Cette première entrevue établirait certainement la nature de leurs rap ports dans l'avenir et, partant, ceux jui existeraient entre le père et le fils.

La voiture était la, et Frencis descendait légèrement l'air ouvert, comms d'habitude.

Le père et le fils ne s'étaient pas vus depuis deux mois.

fls s'embrassèrent cordialement.

Tout eu parlant, les deux hommes montaient le perron, traversaient Île vestibule très vaste, grandiose pavé de mosaique.

Francis suivait son père qui ouvrit devaut lui la porte d'un beau salon, clair et gai, meublé avec cette simplicité apparente qui est de mise à la campagn . et qui cache un luxe de confort dont les molndres détails se révèlent bientôt.

Au bout de ce salon, devant une fenêtre, une femme arrangeait des fleurs dans un vase de Chine.

Elle ne bougea point, à l’eutrée des denx hommes.

Seulement quand ils furent au milieu de la pièce, Mu.e Chaumel fit un mouvement.

— Mon fils, ma chère amie, fit on mari arrivant près d'elle.

Elle se retouana.

Francis, immobile à dix pas. s’inclina profondément.

belle-mère ne vit en plein son visage que lorsqu'il l’eut saluée.

Elle ne dit pas une parole.

Il lui spmblait que tout son sang s'était porté à son cœur.

Elle se sentait pâlir, ses jambes pliaient, elle aliait défaillir.

M. Chaumei pendant que ia femme alait à son fils, plus embarrassé qu'il ne l’eût cru de la présentation, se bais-

sait, comme pour en sentir le parfum sur le bouquet placé dans le vase de Chine.

— Madame, disait le jeune capitaine,

je suis heureux de pouvoir vous pré-

senter mes hommages, et j'espère que vous voudrez bien me considérer con:

me un ami.

— Oui, monsieur, balbutia-t-eller

Elle se rendait compte de la uécessité de vaincre l'émotion qui la paralysait.

Pourtant, la parole ne lui remontait pas encore aux lèvres.

Francis Chamel l’aida à sortir de cette situation critique.

Il s'approcha d’une fenêtre, admira d'u coup d’œille parc, revint au mi lieu lu salon et jeta les yeux autour de lui.

Tout en regardant il parlait :

— C'est vraiment trés joli, c'est charmant.. Tous mes compliments, mon père, tu as fait là une acquisition qui a sa valeur. C’est drôle, lorsque j'étais à Versailles, je ne suis jamais venu de ce côté.

— Tu n'y es pas resté longtemps.

— Un an, et j'ait fait tous les environs.

Oui, c’est tout à fait joli.

Puis se tournant vers sa belle-mère :

— Vous plaisez-vous ?

— Beaucoup, fit-elle, son trouble absolnment disparu.

Et elle ajouta, souriante :

— Puisque vous trouvez la propriété agréable, vous y viendrez souvent.

Aussi souvent que je le pourrai, bien certaienement.

— C'est une promesse ?

— C'est une promesse, madame.

M. Chaumel avait maitenant la figure épanouie.

— Veux-tu, dit-il à son fils, offrir ton bras. Voyons, vous ne pouvez pourtant pas vous appeler monsieur. madame.

Comment diriez-vous bien ?

Il n’y a guère moyen de dire ‘autrement, fit M. Chaumel en acceptant le bras du jeune homme.

Elle tressaillit quand sa main se po-

sa sur la manche de Francis.

— Et où allons-nous ainsi ? deman:da ce dernier en regardant son père.

—Te faire visiter le parc, si tu veux, répondit celui-ci.

Je ne demande pas mieux,

On sortit.

La visite dura trois quarts d'heure.

La cloche du dîner ramena les trois promeneurs vers le château,

On avait rencontré la nourrice et l'en fant.

Francis souleva la petite dans ses bras en disant qu’il aimait beaucoup les

bés.

On se mit à table gaiement, sans apparence d’arrière-pensée,

L'officier devait coucher à Savorny.

Il avait un appartement dans l'aile droite du château, commode, coquet,des fenêtres duquel on decouvrait le parc avec son étang aux eaux rouillées, qui dormait tout au bout, ombragé par des saules aux chevelures traînantes.

De sa vie, M. Chaumel ne s'était sen.

ti aussi heureux,

Ce mariage auquel Francis s‘opposait d’abord si vivement, qu’il n’acceptait ensuite que parce qu’il ne pouvait pas l'empêcher, ne lui ferait pas perdre l’affection de ce fils qu'il ne cessait de chérir.

Il le verrait auttant que par le passé, pas plus souvent sans doute, mais pas moins non plus.

Il n'avait aucune raison du reste de se montrer plus engageant qu'autrefois.

Pendant qu'il se faisait ces réflexions, livré à son valet de chambre qui l'aidait à se dévôtire, Francis, accoudé à sa fenêtre, regardait toujours dans le par éclairé par un magnifique clair de lune.

DI l'étang, quil ne voyait point sous la Inmière blanche tombant du ciel, mais dont il connaissait la place, dont il sondait l’eau traquille, comme si son regard eût pu s’y enfoncer, il aliait À t ir coins de la propriélé, pis reve n à cette vaste et coquette habita on, qu'on appelait le château de Sa-

vorny, dans laquelle il pénétrait pour la première fois cet après-midi et qu'i quitterait le lendemain.

À travers les persiennes closes du premier étage, perçait un peu partout de ia lumière,

[1 devinait que c'était là que se trou.

vait l'appartement de son père et celui de sa belle-mère.

Sa belle-mère !

En prononçant mentalement ce mot, le jeune homme haussait les épaules et tordait sa moutache avec un sourire railleur,

Cette jolie femme, plus jeune que lui pourrait-il jamais la considérer comme la femme de son père ?

Ce bébé pourrait il. jamais l'appeler sa sœur ?

Vraiment, c'était cocasse, cette union

— Il n’a qu’à se bien tenir, marmot.

tiit-il en pensant à l'auteur de ses jours ; avec des yeux comme elle en a, avec une pareille exubérance ce jeuness:

elle lui en fera voir, sa Jeanne !

Quelle bêtise !

Quant à l'impression que lui causai personnellement sa belle-mère, ell:

n'était pas bien définie.

Il aurait avec la jeune femme cette politesse aimable qui entretaiendrait entre eux les bons rapports, une poli.

tesse d'homme du monde, de laquelle il était certain de ne jamais se départir.

Ses visites, du reste, à son père, ne seraient pas plus fréquentes qu'auparavant.

Si des raisons existaient pour les mo.

difier, ce serait plutôt dansle sens contraire.

Francis refermait sa fenêtre, lorsque les persiennes d’une de celles du premier étage fure poussées, et Mme Chau.

mel apparut. toute blanche dans son long peignoir, les cheveux rassemblé:

en une natte épaisse, les bras nus presque jusqu'aux épaules, dans la large échancrure de la manche.

Le jeune bomme poussa tout à fait la fenêtre, mais il resta derrière le ri.

deau qu'il écarta légèrement.

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T1 n'avait point encore fait de lumière dans sa chambre,

On pourait l'apercevoir à son poste d'observation.

M. Chaumel s’avanca sur le balcon, Appuya à la rampe de pierre.

le ausi se niit à regarder je panoratua, buigné dans la mystérieuse cla:

té, qui se déroulait devant ses yeux

Elle était la depvis dix mivutes, lorsjue son mari apparut derrières elle.

M. Chaumel avait traversé la pièce «sans bruit, les pieds passés dans de vabouches turques.

La robe de chambre dans laquelle il “euveloppait était faite d’un tissu d’O.

rient,

Il ressemblait à un pacha .

Il posa le plus duucement possible sa £rosse main sur l'épaule de sa femme.

Celle-ci tressauta, puis dit avec un “cent d'humeur :

—Quille idée de me faire peure ain si. Je vous croyait couché !

—Couche prr cette belle soirée, lui roucoula-t.il à l'oreille, j'a préféré venir le trouver, mon ange,

—Oh ! cher ami, laissez-moi un ins.

tant de tranquillité !

Et elle se recula avec un mouvement significatif,

Si Francis n’entendait point les paro es, il comprenait la mimique.

Au bout d’une minute, la jeune fem- “e rentrait chez elle, suivie par son mari,

Et l'officier Murmurait, en allumant sa bougie :

— Cela n'ira pas longtemps.

Francis Chaumel se coucha et dormit jusqu’au matin.

[l'avait oublié de tirer les volets sur ses fenêtres; le soleil l'éveilla, en persant les rideaux, d’un rayon qui tomba d'aplomb sur le lit.

Le jeune capitaine n'était pas, d’habitude, matinal.

Mais il ne s’éjait pas couché tard, la veille, et ce rayons d'or ni semblait une invitation si pressant à ailear res- Pirer l'air du matin, qu'il saura à bas

de son dit, fit une twillette aommaire, et descendit.

11 fâna une grande heure dehors et ne revint vers le château que lorsqu'il sentit son estomac, stimulé par cette promenape matinale, réclamer une tas.

se de café ou de chocolat,

[ s'ongageait dans un sentier, truyé à travers des taillis assez épais, formant e coin sauvage de ce parc très bien compris saus être très vaste, lorsqu'il reconnut, qui s’y engageait également, Mine Chaumel.

Elle l'avait vu aussi bien qu'il l'avait vue ; il n'y avait pas moyen de pren.

dre un autre chemise.

Pourquoi, da reste, se tourner ?

Telle était la question qu'ils se l saient en même temps.

[ls s'avancèrent donc au- devant l'un de l’autre, et quand ils ne furent plus qu'à quelques pas ils se sourirent, cell.

ci en inclinant la tête, lui enlevant chapeau,

Et bien, dit la jeune femme, con mont cela va-t-il, avez-vous dormi ?

C'est à moi à vous le demander, ma dame, répondit ; pour ma part, j'ai pas sé une nuit excellente.

Je n'en dirai pas autant. Ma fille à méchante. et la chambre où elle cou che avec sa nourrice, se trouvant à pi ximité de la mienne, cela m'a tenu un peu sur le qui-vive.

Elle n’est pas malade ?

— Non,non seulement elle perc:

ses œillières, et , Mais vous ne connais sez rien à cela... il sera temps quand vous serez parti. Parlons d'autre chos:

Il y a longtemps que vous vous prome nez ?

— Une heure au moins. et madame ?

— Mois, j'arrive seulement. Je vai.

Jusqu'à l'étang, c’est le but de ma cou.

se tous les matins. J'aime beaucou, prendre lair le matin.

Cest le moment le plus agréable.

surisut eh celle saison ; moi aussi, j'ai me beaucoup cela.

—Allons ! jusqu'à l'étang.

vou,

SN ee mme mn mg A

— Me permettez-vous de vous accompagner ? demanda le jeune homme, pensant que la politesse la plusélémentaire le forçait à poser cette question.

— Moi.. si vous le voulez..ou plutôt je retourne avec vous ; car en cinqminutes je serai la-bas ce n'est pas la piene de poursuivre jusque la.

— Non, je vous en prie, n'écourtez pas pour mois votre promenade.

Puisque vous le voulez !

Et elle passa devant marchant la première : le sentier était trop étroit pour aller deux de front.

En cinq minutes, en effet, ils atteigairent la pièce d'eau.

Ils en firent le tour et reprirent, cette fois, une large allée qui menait directement äu château.

La canversation avait bien vite commencé, roulant sur des choses insignifiantes, pour ne finir qu’au perron.

Francis, très prompt à se former une opinion, avait déjà jugé la femme de son père iutelligente, lui trouvant une distintion qu'il ne comptait point rencontrer chez elle.

— Eh bien, pensait Francis en voyant la jeune femme gravir les degrés du perron, elle est douée de facultés assimilatrices, sérieuses ; on la croirait, cette petit couturière, parfaitement ist sue de quelque famille cossue.. Je connais plus d’une héritière qui n'a point son chic.. C’est même mieux que du chic, c’est du cachet. et belle femme, sapriti !

L'othicier se faisait ces réflexions, en aomme convaicu, sans ce sarcasme qu'il mélait si volontiers à ses appréciations.

Et le fruit de ces réflexions fut que son père avait peut-être, en somme, bien agiet que l’averir pouvait être autre qu’il ne le supposait.

Le jeune homme partit aussitôt après le premier déjeuner. |

Il devait se trouver à son ministère dans la matinée.

Le capitaine Chaumel remplaçait à

jà guerre le capitaine Taverrier, qu’un

changement de ministère appelait à un autre poste.

Georges Maverrier était maintenant, lui, à Versailles et venait de temps en temps rue de Grenelle, ainsi que le faine l’année précédante, Francis Chaumel.

Ce jour-là dans l'après-midi le premier était introduit dans le bureau du second.

Francis, en le voyant, s'avança vers lui, la main euverte.

Taverrer en fit autant.

Ils s’étreignirent avec cette cordialité qui témoigne d’une franchise entière dans les relations.

— Et bien, demanda Taverrier, comment s’est passé votre congé ?

— Parfaitement, je suis rentré depuis huit jours ; et vous, vous vous plaise reellement :

— Assez. Quand vous aurez fait comme moi troisans au Minisière....

— Oh 1 je doute que mon ministre à moi, tienne trois ans, interrompit en riant Chaumel.

— Enfin, admettons même qu'il ne tienne qu’un an, vous en aurez suffisan:ment.

— Cela se peut, il y a beaucoup à faire, plus encore que je ne croyais.

— Il faut y être pour le savoir..

Mon cher, vons n’aurez plus autant de temps à donner au parties fines.

— Cela ne me privera pas, je mence à me faire sage.

— Vous vous rangez ?

C’est le mot ; sans vouloir devenir un capucin.. Ce n’est pas dans io:

tempérament ! mais on se lasse de tout les belles petites, les cabinets particuliers, le champagne, les écrevisses, cela ne me dit plus grand chose.

— Mür pour le mariage, alors ?

—Ah ! non, pas eneore. c’est bon pour mon père. cette bêtise-là...,

— Eh, oui, à propos, c’est fait ?

— Crois bien.

-— Et la mère ?

— Je l'ai vue hier ; une jeune et; fort jolie fzmme.. C’est un veinard, papa.

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Quand on a des millions, mon cher.

—- Si voulez, vous viendrez avec moi, uu jour, à Savorny ?

— Savouy ?.. Il y a, au-delà de Versailles, une très belle propriété de ce nom.

— Vous êtes mieux renseigné que je ne l’étais.. C’est là que les nouveaux époux coulent leur lune de mel.

Ah ! vraiment.

— Mon cher, il faut y venir, mon pére sera enchanté de vous recevoir et.

ma belle-mère aussi.

— Vous vous avancez peut-être beaucoup.

— Je suis sûr que non. Nous nous entendrons pour y passer une demijournée. Est-ce convenu ?

— C’est convenu.

[ls avait parlé debout l’un et l’autre, au millieu du bureau.

Ils s’assirent en même temps et Georges Traverrier dit :

— J'ai eu des nouvelles de Labatière

Vraiment ?.. Ah ça !est-ce qu'il ne pensera pas l'air, du moins pour le moment ; il croit 4ester encore un an, au moins en Afrique. Il reviendra, paraît l'objet de la mision ; jespère quon lui donuera le ruban rouge.

— En êtes.vous sûr ?

— Jen mettrais main au feu.

— Avec l'histoire quil a derrière lui?

— Vous aussi 1 fit Georges Taverrier étonné ; quest-ce que cette histoire a de commun avec le courage, je dirai l'héroisme, qu’il a déployé au Soudan ?

Rien assurément ; mais son retour réveillera les souvenirs qui sommeillent Je me demande même si on ne lui demaudera pas compte de...

L' ami dr Jacques de Labatiere interrompit en haussant les épaules :

Compte de quoi ?.… Le drame n'a pas eu de suites fatales ; M. et Mme Paul Yveling font aujourd'huile ménage le plus uni que lon connaise.. De quoi donc voulez-vous qu'on lui demande compte ?

— C'est vrai ; tant mieux : tant mieux ! que cela ait tourné ainsi.

Du reste, reprit Taverrier, ce serait ce qui pourrait arriver de mieux, qu'on lui demandât compte de quelque chose je suis certain qu'il aurait vite fait de se disculper.

— Moi aussi, appuya Chaumel, qui au fond, pourtant, n’était peut-être pas autant convaincu que son camarade ; ce serait le seul moyen d’anéantir cette suspicion qui s'attache à son nom. Enfin, l'essentiel est qu’il se porte bien et revienne avec la gloire d’une expédition profitable à son pays

— Oui certes, c’est l'essentiel. Moi je le jure, j'ai confiance en l'avenir, il éclaircira ce mytère dont nous ne pouvons parvenir à soulever le voile.

Les deux capitaines causèrent encore pendant quelques minutes, de Jacques de Labatière, puis Taverrier aborda Je sujet de sa visite : une demande de ren.

seignements, sur des affaires de service.

Et il s’en alla, en promettant de vouveau de se rendre à la campagne de M, Chaumel, père, un de ces jours, avec Francis.

Ce jovr-là, devait être le dimanche suivant.

Georges Taverrier connaissait parfaitement M. Chaunel.

Il avait plus d'une fois dîné chez lui avec son fils, à son hôtel de l'avenue de l’'Alma.

Cette visite à Savorny était donc toute naturelle,

Il y arriva avec Francis une après. midi, sans que les hôtes du château fussent prévenus.

M. Chaumel, qui allait presque tous les jours à Paris, n'était pas encore revenu.

Madame fait une promenade en voiture, avec une de ses amies.

Francis profita de cette absence pour montrer à son ami la propriété.

Tous deux venaient de rentrer et s'as.

sayaient devant la large baie ouverte du salon, lorsqu'un landau franchit ja grille et s’avança vers le château.

Ils se levèrent, s’écartèrent de facon à voir au dehors sans être aperçus.

PR PRE nor mu d Are SR A |

Le voiture pénétrait dans la cour.

Ils y virent deux femmes assises dans le fond, à côté l'une l’autre, et en face d’elles une nourrice enrubannée, et ayant à sa gouche une petite bonne en bonnet blanc qui portait u2 autre bébé.

— Laquelle des deux ? interrogea le capitaine Taverrier.

— La moius brune. la plus élégante, répondit Francis; je ne sais pas qui est l'autre.

Mme Chaumel et son amie mirent pied à terre, puis la nourrice et la petite bonne.

Tout le monde monta le perron.

Un quart d’heure plus tard, la maïitresse de céans entrait au salon.

Cordiale, gracieuse, elle s’avanca vers 1e fils de son mari.

Ils échangèrent une poignée de main, quelques paroles amicales, et Francis, désignant son compagnon :

—Le capitaine Taverrier, un de mes meilleurs amis, qui désirait beaucoup vous êtes présenté.

Mme Chaumel eut pour cet inconnn son sourire aimable.

— Monsieur, vous êtes le bienvenu à Savony, et je suis très heureuse de vous v recevoir.

© — Vous êtes mille fois aimble, madame : je dois m’excuser de la liberté, peut-être trop grande.

— Comment, vous excuser ? c’est charmant de votre part, au contraire, d’avoir eu la pensée d’y venir ; je vous le répéte, je suis très heureuse de votre visite, et elle fera, j'en suis sure, beaucoup de plaisir à mon mari.

Taverrier s’inclina encore.

Mme Chaumel alla s’assoir dans le fauteuil que son Feau-tils occupait tout à l'heure, près de la baie par laquelle entrait un flot de lumière.

Les deux jeunes gens prireut place à ses côtés et l’on causa.

Au bout d’une demi-heure environ, la porte du salon s’ouvrit.

Une femme parut, brune, pâle, de longs yeux noirs qui ressemblaient à

SR

du velours une bouche saignante, et avec ces cheveux, ces yeux, cette bouche, l'air glacial,

— Ma chère Rosalie dit Mme Cheumel en se levant, je commençais à me demander ce que vous faisiez.

— J'étais avec les enfants, répondit en souriant la nouvelle venue.

Ce sourire, qui montrait des ‘-nts blanches et serrées, éclairait la puy »10nomie, en changeait absolument l'expression.

Mde Chaumel présenta à Mme David les deux officiers.

Elle s’assit à côté de la jeune femme et la conversation devint générale.

M. Chaurmel ne rentra ce jour-là qu’à l'heure du diner.

Les affaires l'avaient retenu, ce n’était pas sa faut

Il s'excusa vingt fois après de sa {emme, qui ne lui demandait pas d’excuses mangeait avec un appétit formitable, but en conséquence, fut d'une yaité que son fils ne lui avait jamais vue autrefois, et qu'à sa première visite il remarquait déjà.

rajeuissement était pour ainsi dire palpable, au moral, du mois.

Si cet homme restait, physiquement, épais, lourd, vulgaire paraissant grandement son âge, il était, comme carac tère, un personneage tout autre que celui qu'on connaissait.

11 semblait aussi jeune que sun fils.

— Amour, quand tu nous tieus ‘ pensa à plusieurs reprises Taverrier en le regardant.

Les deux officiers partirent vers onze heures, l'un rentrant à Versailles, l'autie à Paris

Francis ne pourrait que coucher au château.

Il fallait, en général, qu'ilarrivât assez tôt à son ministère.

Mme David elle, demeurait chez son amie jusqu'au lendmain.

Les deux femmes restaient unies par la même affection.

Mais si leur sympathie était récipro-

rarement

que, la confiance ne régnait pas chez elles au même dégré.

Où, plutôt, leurs natures dissemblables ne les portaient pas à des confidences aussi complètes chez l’une que chez l'autre.

Il y avait des raisons, du reste, pour que Émile ne dit point tont à son amie tandis qu’il n’en existuit aucune pour empêcher celle-ci de tout dire.

Les secrets de l’une étaient autrement terribles que ceux de l’autre.

Ils n'auraient jamais de confidente Ë Mme David le croyait, du moins.

Quand Mme Chaumel venait la voir 4 Paris, c'était à des heures où elle ne pouvait point rencontrer Paul Yveling.

Elle ne svupçonnait donc et ue soup- (onnerait rien de leurs relations.

Si un hasard, qui n'était pas à prévoir, venait à la mettre sur la trace de la vérité, l'explication serait facile,

Quelle que fat elle qu'elle Jui don.

nât, elle serait acceptée,

Presque chaque semaine, du samedi 4 Jandi Rosalie se rendait à Lavorny ivec son tils.

S'il revenait un dimanche, Georges Taverrier, aussi bien que Francis Chauwel, devait l'y retrouver.

À huit jours de là le premier faisait à Mme Chaurnel sa visite de digestion.

Francis, qui savait le rencontrer an château y vesait déjeuner.

Is devaient retourner ensemble à Paris, pour diner au cercle inilitare avec deux camarades de promotion.

À cinq heures et demie, tous deux quittaient Sa vorny.

Is avaient voulu gagner à kire de Versailles,

Celaleur ferait une agréable tieñae, en partie à travers bois.

Tout en marchant dans un sentier convert, où le soteil ne para! it que pur interstices, les deux miktuires se rendaient compie de leurs impressions,

[ls ne s'étaient pas revus depuis le dimanche précédent et n'avaient pas eu ““aucoup de temps ponr les échanger

retournant ce soir-là à Versailles, eu

pied la

pro-

voiture découverte ]s cocher, sur sou siège‘ pourrait saisir leur conversation.

D'abord, cela va sans dire, le dialogue roula sur Mme Chaumel.

L'appréciation de Taverrier était tout à l’avantage de celle-ci.

Non seulement il la tronvait aussi fort jole femme, mais distinguée, vblus intelligente que beaucoup sorties d'une position moins humble,

Quant à l'amie de Mme David, elle leur semblait à chacun une creature étrange, attirant et repoussant à ja fois, une beanté, une vraie beauté, réguliere, mais froide,

Ft cette froideur, justement formait un tel contraste avec les yeux, qui pat fois S'entlaimmaient, avec la boneli > ontlée d'un sang vermei}, avec l'ardeurc cufin de ce tempérament qu'on divinait brûlant comme le soleil du Midi, que les euriosites S'évéillaient, qu'on se set tait pris du désir de soinder cette fem Me comme sen elle on eut pat décon vrir la puissance miytériense qui tait les femmes fatales

Francis savait qu'elle était veuve.

que Son enfant était nn enfant pos thuime et qu'elle exereut là profession de piasiste.

—" parait, ditil qu'elle a une voix Superbe : lt prochaine fois, nons lui ste- Manderons de nous chanter € hese.

— La proche fois, dit Taverrier, mais je ne la reverrai peut-être ac loi &temps,

— J'espère que ce n'est Pas vVatri dernière visite à Savony !

— J'espère aussi, mais je serai, dé.

solé de me moutrer importun.

—linportun ! Ah ‘mon cher, vous ne savez pas le plaisir que vous faites!

La manière dent on vous aceuciile VOUS le dit pourtant. Pour moi, sil tant ètre franc, j2 vous avVoueral que j'aie mieux y etre : vec Vous que d'y seul.

Par exemple !.

la raison

— Elle est simple. La sitnation

16 Le Mal de Vivre

queique

etre

Expliquez-m'en donc

RÉ ET ART RE MN A M lé

n’est pas encore, pour moi, exempte d’embarras.. Il me faudra yuelque temps avant de m’habituer à voir cette jeune femme aupres de mon père et ce bébé dans ses bras . Avec un tiers entre nous mon embarras se dissipe.. Le tiers c'est vous... Vous voyez que ma franchise n’a d’égale ue mon égoisme,

Taverrier se mit à rire.

— Allons si c’est un service que je vous rends, j'irai toutes les fois que vous voudrez.

A trois semaines de là, les deux amie se retrouvaient un dimanche encore, au chateau de Savony, ou ils devaient passer la soirée.

Mme David était là, comme d’habitude.

Dans se faire prier, après le dîner, elle s’assit au piano pour jouer et chanter tout &e qu’on lui demanda.

Elle tint ses auditeurs absolument sous son charme.

Le moment vint où on n’osa plus la mettre à contribution.

La conversation s’engagea alors, d’abord sur les lieux communs, puis prit une autre tounure.

M. Chaumel venait de la mettre sur de terrain de la politique.

De la passa à cette question militaire toujours intéressante, concernant nos possessions en Afrique.

Et tout a coup, le négociant demanda :

A propos, est-ce que vous savez du nouveau sur la mission Borg ? on varle plus depuis un certain temps.

— C'est que rien de saillant ne le met en lunière, répondit Francis ; mais udus en avons régulièrement des nouvelles au ministère, et voici Taverrier qui lui, en possède de plus fraiches et de plus directes que moi.

Georges Taverrier eut un imperceptible froncement de sourcils.

Avec Son caratere insouciant, Franeis ne réfléchissait point que le contraiudre a parlez avec d’autres qu'avec lui et quelques camarades de cette misson arrivée a temps pour sauver, l’année

précédente, la mission Montglars, était uo supplice,

Il ne répondit point à M. Cbaumel qui demandait :

— Vous avez un ami là-bas ?

Ce fut Francis qui s’en chargea.

— Eh parbleu ! Tu ne te souviens pas ? Jacques de Labatière.

— C'est vrai, je ne me souvenais pas

La voix du négociant avait légèrement changé, en faisant cette réponse, si Jégèrement que quelqu'un qui n'eut pas été@u courant de l’histoire qu'évoquait ce nom prononcé par Francis Chaumel ne s’en fut pas apperçu.

Ce deruier, aussi bien que Taverrier devait saisir cette nuance.

Mais ni l'un ni l’autre ne remarqua le tressaillement qui secoua les deux fem mes, écoutant depuis quelques instants sans s’y mêler la conversation.

Elles se rsgarderent

Et le regard de Jeanne disait :

— Pour vous seule, je connais ce non ; inutile que l’on devine que Mn et Melle de Labatière étaient mes cli entes.

D'un mouvemeut de paupières, Rosa lie indiqua qu’elle avit saisi.

Quant à sa propre pensée, elle savait la dissimuler.

11 se fit un silence.

Francis comprenait seulement la cot trariété de Taverrier.

Il eut voulu parler d'autre chose.

Et ainsi qu'il arrive généralement,

rsqu’on cherche un sujet de conversi tion, il n’en trouvait point.

Son père ne lui eut pas donné, d' reste, le temps de l’aborder.

Il reprit, comme s'il répondait à de:

réflexions intimes :

— Tout de même, c'est étrange, cet:

histoire ; du diable ! si on en sanra ; mais le tin mot.

La figure un peu sombre de Tave:

rier s'éclaira.

— Vous ne croyez pas non plus €:

manda-t-i!, à la culpabilité de Jacque: !

— Je n'y crois pas, n’est pas le mot

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