‹ La mal de vivre [microforme]Chapitre 3 sur 37 · PP EE · texte numérisé non relu

PP EE

—L'est un sentiment de délicatesse qni l’honore, ‘ous êtes certain, qne cet.

te demande n'; pas été fuite ?

—Absolument,

— Revenez me voir dès qu'elle le sera.

On était au Jeudi, Henri revint le di- Manche,

La veille M. le Labatière avait accor.

d éla main de sa tille à Paul Yveling

e wariage devait avoir lieu six semaines plus tard,

— Dans six semaines m irmura Rosalie il y aura quinze jours que je serai sortie d'ici le ebirurgien me l’a promis ce matin, \

Et elle tourna su tête du cüé du mur le visage à moitié caché dans l'oreiller,

[ie lui arracha Plus que des monosyllabes,

Durant un mois c’est. à dire jusq'à sa sortie de l'hôpital Rosalie reçut devx fois par semaine la visite d'Henëi de la Roche,

L'oncle Yveling était venu la voir À plusieurs reprises,

Celle.ci refusa d'entendre parler de tien.

Elle enjoignit au vieillard de ne plus reparaître, Celui-ci partit en lui disant,

— Du jour où vous changerez d'avis vous n'avez qu'un mot à m'écrire, Je fe. rai Ce que vous voudrez,

— Jamais ? répondit-elle,

M. Yveling ne revint plus.

Ainsi que le médecin le lui avait promis, Rosalie sortit de l'hôpital six se.

taines juste après y être entree,

Elle marchait en boîtant mais cette claudication ne tenait qu'à un reste de faiblesse qui A'sparaftrait avec le tempa.

Ataigris, j êlie, elle sembla à Henri de la Roche, qui vient la chercher ac.

tOMpagné de la mère de 1n jeune fille Pour la conduire au domicile de ses parents rue Richer au cinquieme étage Vu corps de logis bâti entre deux OOUrs,

Elle possédait quelques beaux bijoux

nés par Paul dans diférentes cir-

Constances, à une fête, à un anniver.

suire,

Cela, c'était sa vait en disposur, Ini rapporta une francs,

Cette somme lui permettrait d'atten.

dere,

Attendr: quoi ?

Elle l'ignorait, elle ne savait point oùt tes événements la précipiteraient, vers quel aeime ils la feraient rouler,

Si elle se sésignaient à vivre, et pour vivre, il faut Manger elle chercherait des élèves, dounerait ucs leçons de chant.

Le soir même de sou entrée logis, elle ouvrit son piano et cet air des saisons, de Massé :

O mon Piepoe, à mon bien nimé. ,

Lorsqu'elle arriva à cetre phrase :

Celle que tu devais choisir pour fernme . sa voix avait une iutonation ai profonde. si haineuse, que sa mère qui l'évoutait, se sentit hnpressionnée à en pâlit, à en trembler.

En achevant ; C'en est fait, ton cœur m'est fermé .. elle se leva, resta un ins.

tant droite devant l'instrument qur vi.

brait encore en unc lourde plainte et re.

péta, se tordant les bras, ce mot jeté tant de fois :

—Misérable ! misérable :

propriété : elle pou.

vente de ces bijoux douzaine de mille

dans le charta

Un soir, vers cinq heures, comme il sortait de son ministères, Paul Yveling reconnut, qui l’uttendait à ange du trottoir, celle #u’on appelait Rocalie David.

Il devint fort : non de peur, il s'était fait à l'idée des da ngers qu’il pouvait couri, er outte à la vengeance d'u.

ne personne exaspérée, L'improssion qui le prit, fut un se: rement de cœur, une angoisse poignante I] marcha au devant elle et lui tendit ta iain., Les traits durs de la jeune fille sa dtendirent,.

Deux larmes perlère:c brusquement, au bout-de ses cils, sous sa vailette,

2 Le Mal de Vivre

Paul mesura la somme de tendresse qu :: avait eue pour elle à ce moment où il la retrouverait à l'anglo de cette rue, guettant comme une malheureuse qui cherche avanture, n'arrache pas du cœur une nffection par + seule raison qu'on voudrait l'en ar: er.

Alors même qu'une autre plus ardente s’y est implautée il reste de l’ancienne un souvenir qui est comme un germe indéracinable indestructible,

Paul Yvelinz avait dû pour ne pas revoir son Amie au moment où il la savait couchée sur un lit d'hôpital brisée par son épouvantable chute déployer une force de volonté excessive ñ s'éfait plus d'une fois traité d’infâme et plus d’une fois il s'était senti le désir de courir vers, elle d’implorer son pardon, de plenrer 4 ses pieds.

Mais lu revoir, c'était raviver toutes les augoisses, tous les déchirements subis déjà: il sentait son affection trop implacable pour en fuire le sacritice.

Qu'il fut cruel, qu'il fut lâche, qw’il méritàt le mépris, le ressentimcnt de celte qu'il l'avait conduite au suicide, et dont il repoussait l’appel,, il sel avouait sa eonduite était monstrueuse.

Placé entre ces deux amours, le nouveau et l’ancien, il avait eu de tels instants de torture intime, qu’il pensait Jui aussi à en finir, à se sauver d’uue ignominie par la mort.

Mais si pour Rosalie il n’était pae de plus sûr refuge que le néant, si la fin de tout semblait l'unique remède à son désespoir, pour lui, une fois écoulés les sombres jours de remords, une fois le ealme, la résignation venus à l’abandon-

mée, l'horizon souvrait brillant, plein de ponrpre et d’or, plein d'azur.

résisterait au éhoc de la tempé-

Et voilà que son énergie, sa volouté tombèrent à la première rencontre.

Cutte femme qui le regardait, implrante, qui lui parlait, la voix étranglée de jarmes, qui trembiait comme si elle rût été la coupable, cette femme ‘ * jusqu'au fond de son être.

Elle lui demandait de le suivre de venir seulement causer quelqnes heures, passer une soirée avec elle et sa mére !1 dernière.

Ne pouvuieut-ils rester amis ?

Il se laissa entrrainer,

Ils allaient lentement, elle s’accrochant à son bras.

La marche de Rosalie était chancelante avec ce mouvement de cluudication qui rendait à Paul cette pro menade le long des rues plus pémble, plus angoissante,

Ils mirent une heure pour atteindre le logement. La jeune fille fi mnter à diner par sa mère et ils exsayerent de manger, vis-à-vis l’un de l’autre corume autrefois.

Mais dans leur gosier serré, les bou chées ne passaient point.

Quand leurs regards se rencontraient ils y voyaient la même expression mor ne, navréc ; leurs yeux semblaient si dire : tout est fini !

Pourtant, leurs cœurs battirent à le faire souffrir.

Ce fut une soirée d'ivresse, âcrc.

violente où ‘es larmes coulèrent.

Quand il oulut partir Rosalie ent og de désespoir, Le reverrait-el e

Il ne répondit point : elle comprit. .

Elle supplia, Fee traina à ses ge.

noux, elle parla d’en finir, elle se tuerait par 2 revolver ou le poison

Cette fcis elle n'échapperait pas à la mort.

Il lui promit de revenir.

Chacune de ses paroles était un mensonge : elle sentait de : ius en plus qu’il ne reviendrait. pas

Elle avait accroché ses doigts aux vêtements de Paul ; il fallut que celui.

ci employât presque la force pour les dénouer.

Pendant qu'elle restait pantelante les yeux fixés sur cette porte qui ver.ait de se fermer sur lui il s’en allait brisé, meurtri mais inflexible dans sa résolu.

tion.

Um DA A mn —

Rosalie ne s'était Pas trompée : il ne devait pas venir.

. Ce fut à la fin d'avril que Paul Yve.

liag se maria.

Labatière étaient d’une vieille fa.

mille et avaient Conservé beaucoup de relations ; ils étaient à ce que leur tille cût ce jour-là Autour d'elle un nom.

breux cortège d'amis.

Lo cérémonie eut donc lien

un certuin éclat.

Au retour on servit un }: nt Régine fit les honneurs avec ae exquise,

soir les jeunes gens irai Lsnières où ils passeraieut | de nace,

Le surlender ain seulement ti raient en voyage.

Paul avait un congé de six aines :

il en profiterait pour visiter Fissdie n ve:

<a jeune femme, Puis ils revisndraiont À Asuières s'installer pour léxé, C'étai l'oncle Yveling qui donnait cette jh à son neveu,

Contiguë à la Propriété qu :! hul

ct qui lui appartenait se tro une villa bâtie en chalet au milieu d’un assez jol

La maison était sutti: went Pour permeitre aux jeunes gens d'offi lhospitalité à M. et Mn de Labat Pendant la belle saison.

De cette façon Régine ne serais bus seule durant les abscences de °O00 Hiari

de se rendre chaque jour à son x

nistère.

Paul loux donc le chalet à la grande satisfection de M. Yveling qui arrivait un âge où la solitude est lourde et qui d'après les ennuis Occasionnés par le wariage de son neveu, qu'il avait sin. cèrement lämé, se sentait presque

ux de la résolution prise par celui ci se réjouissait à la pensée de goûte, entre lui et sa jeune nièce, qu’il trouvait #dorable, un Peu de ces joies de £a mille dont sa vie de Célibataire était privée.

M. et Mme Labatière ue viendraient

vait À br:

Page ire dan.

ne de

en Be = sn

habiter la ville leurs enfants, Ceux-ci trouveraient, au retour, tout fait complète une installation qui se boruait, pour le moment, à lenr xppar.

tement privé, la décison de passer à Asaières leur nuit de noce h'ayant été Pris que quinze jours avant le Mariage Uet appartement se trouvait situé au bremser étage, les chambres des deux

qu'après le départ de

épars - séparées jur un palier,

La plus vaste Jn chambre hüuptiale fenètre. ouvrant directement sur le bal.

COR qu: ‘aimait le tour de Ja Inaison,

À eût une petite Pièce ménage pour

le le buing et cabinet de toilete,

Fendas: les d,ux jours qu'ils y reste- Paient avec leur Voyage, Une seule do-

éstique le lvirait, Ds prendrusent Jeurs repas chez M, hug.

: Porte percée dans le mur sépalan les deux propriétés, qui äVaient Fe sement appartenu jadis à la nièr, See, St condamnée depuis loty un Côté et de l'autre, avait ét

eitsssée de ses barres de fer rouillée 'errous Lies, retablissai: es cor

meations.

Cn Pssserait de l'un chez l'autre «a

Moihdre dérangement,

S HOUVEAUX époux urriverent et vers dix henrs du soir.

ouele, parti avec eux de Paris, renit chez lui en même temps qu'ils non.

taient chez eux.

La fetmm. de demandé madame, bles Regine était seule dans la chambre leue.

au

chambre, a, ès à voir es ordres de monsi uret de alla se coucher SOUS it: Olu-

Elle dénona ses cheveux bi sis qui tourubèrent en cuscaii SCO es lots d'or liquide sur ses épaule, : 154 à ses

hanches ;

—Je reviens. tout a Pheuss du ap à sa femme.

Elle demeura uw chancelante.

vinu

Puis elle passa dans le cabinet de toi.

lette.

Elle sortit revêtue d'une longue che.

mise de nuit couverte de dentelles

Ses cheveux restaient Énttants

Elle était un peu pâle, mais sex yeux brillaient, sa petite bouche frémissante avait de furtif sourires,

Et elle gagna la couche, oùelle se slissa, écoutant, retenant son souttle, longée dans une jerplexité angoisnée,

R':'ne attendait l'époux.

1 sembla qu'un léger bruit se prolüisnit de l'autre côté de la cloison: elle enfonça sa tête dans l'oreiller,

Couchée sur le côté, le visage contre la murruille, le bras gauche allongé sur le convre-pied de satin, elle fernia lex paupières,

Son cœur palpitait si fort qu'elle en tendait ses battements ; ilsemplissaiont ses Oreilles. et Le froissement des porticres, le bruit de pus glisaunt sur le tapis, u y arrivait qu'imperceptiblement,

Elle ne Lougeuit pus le visage contre la muraille plus cinte à mesure qu'elle le seutait appre cher.

Ce n'était point lui qui était ln.

Régine quittait à peine son cabinet de toilette que derrière le paravent qui cachait la baignoire nu frôlement se produisit une des feuilles de ce puravent trembla, et une femme sortit de cette cachette où le plus futile hasard eût pu la faire dé: ouvrir.

Par une fente de lu draperie qui séparait le esbainet die la chambre à coucher eile plongeait son regard du côté du lit et lentement elle écartait cette portière,

Maintenant elle se tenait à deux Las de la « nehe rigide froide comme une statue ses prunelles, plus noires que la nuit, seules vivant, dans son visage de pierre, un bras levé, les doigis crispés autour du manche d’un couteau, dont la laine effilée luisait.

Une minute pas rnême quelques se- ‘ondes d’hésitation.

Elle se pencha une main appuyée sur

le bord du lit, leva plus fort son bras qui s'abaissa ausnitôt en un monvement brutal, rapide, féroce,

Cela rendit un son mat, gras.

La femme s'éloignait à reculons, le masque toujours immobile, comme fige les pupilles démesurément dilatées, britlant du mème éclat fulgurant.

Elle s'arrêta, pour croiser ses bras sur sa poitrine et regarder la porte par lquelle il allait venir,

L'atten ït-elle !

Voulait. ,e lui monirer son œuvre {

Une contraction passa sur son visage un tressaillement agita son corps.

Elle venait d'entendre du bruit,

Fat ce l'épouvaute de son forfait, futce la crainte du dénouement, an quel cependant elle devait être préqu rée, qui la tit agir ?

Elle n'avait qu'à se retourner pou atteindre une des portes-lenêtres,

Elle tit jouer d'uu brusque eoup l'es pagnolette et s'élança sur le balcon, tirant fébrillement sur elle les deux bat tants

Le rideau de damas bleu retomba.

Paul Yvelisg entrait dans la chambres de sa tenue,

Il poursuivait vis-à-vis de lui seul le double rôle qu'il jouait vis-à-vis des deux, rôle que la jeune femme devait comprendie trop tard et que Panl Yve.

ling ne devait point comprendre du tout.

Rosalie gardait sur elle assez d'empire pour cacher à cet homme qui ne seu blait point avoir conscience de l'a dieux de sa conduite ison mépris et son exécration, aussi bien qu'elle devait lui cacher ses âpres projets de vengeance,

Cette vengeance que serait-elle ?

Elle ne suvuit.

we

+ Les circonstances &uideruient sa vu louté, le husard ja conduiruit,

Ce qu'elle s'était juré, c'est que le châtiment viendrait lu nuit même de leurs noces,

Nurgir, froide et terrible, voulue se tuer à leurs tuer, eux

Nas s'arrêter à rien, elle était déci lee à tout,

Elle sut qu'avant de partir pour l'I talie, il passeraient deux jours à Asnié ren,

Elle connnaisait le chalet qu'ile de- Vient habite,

N était.elle pus allés maintes fois a ver Paul chez M. V'veine qui l'appelait sa nièce, et se montrait pour elle aussi bon ‘ue pouréson neven ?

Île avaient passé Jà, dans ce jardin Où il lui était bermis de dévaster les platesbandes, noubre de dimanches d'é.

té.

C'omme elle avait été heureuse !

Maintenant c'était l'enfer.

Le jour du Mariage dans l'aprés-midi elle partit pour Asnières.

Les deux propriétés, de la gare d'en.

viron un kilomètre, se trouvaient un jeu à l'écart isolées des autres habitations. ,

Elle arriva devant en moins d'un ‘juart d'houre, et s’rrrêta pour regarder AU premier étage du chalet deux fené.

tres grande ouvertes.

Elle vit des étottes claires, de jolis menbles de cam agne.

Le soleil entrait de tous côtés dans la waison coquette.

Il était gai, leur nid d'amour.

Jamais son coeur n'avait recélé autant de haine qu’en ce moment, où, ar rétée contre uu arbre de l'autre côté de la route elle regardait avec ses yeux

à l'heure Pieds, où les

de flamme, ses yeux de folle.

Et c'était bien une folle, une sombre folie, que cette bantise, cette idée fixe vengeance, ce besoin de meurtre.

le palpait dans sa poche un revol.

ver armé.

Lex attendruit.ello à h,

descente du train ?

Les frapperait.el chiraient le seuil d tiule !

Il faillait qu'elle Maison,

gare, à la

le quand ils fra e la chambre nn:

pénétrat dans

Le baswrd devait lu servir, Les deux hibitations semblaient,

Moment où elle x

'arrèta devant, ,n

Mentañénent abandonnées.

Yveling était tait au mariage de

à Paris où il ax son neveu,

æs domestique d'un côté et de l'un

tre avaient ps vor ls ne rentreraier la nuit.

ge, it probablement qu'a

losalie par uu etfort Puissant de vo.

louté rappela ses sc

l'rois portes donnaient dans la

priété de M, Yvelir L'une la porte la muison, Une autre très €

le tuur à l'extrémité du

u venir.

bi Le]

grillée faisait face à

troite pratiquée duns Jardin et qui

OUVrait Sur une prairie non loin de la

Seine.

Eutin la troisième par laquelle on pouvait communiquer avee le chalet.

Par la porte don maître de la maiso

unant ur la prairie n passait souvent.

[ aimait l'été s’en aller de bonne heu

re dans une tenue négliglé le fleuve son grand chien

dant autour de lui.

À plusieurs reprises lorsque nes gens couchalent à

long da Nestor gainb,

les jeu Asnières, il Je:

avait emmenés dans sa tournée matin:

le, où ils étaient partis eusemble pour des parties de pêche,

L'oncle, un peu brouillon un peu dis.

trat, devait égarer

de cette porte.

Ennuyé de cela,

ser un de ces serru

plus d’une fois la clef

il finit par faire po.

#es à secret, que les

voleurs ne peuvent forcer.

Lui, Paul et Rosalie étaient seuls à

connaître l'endroit

où le doigt devait se

Poser pour que le ressort jouât.

Jeune femme

se mit à longer pré.

‘bitamment le mur de droite du jar-

in. .

Elle en tourna l’angle, fit une trenaine de pas et arriva à la petite porte

C'était toujours la même serrure.

Elle chercha quelques secondes, pous- A le ressort.

Elle était dans la place,

Un flegme terrible, qui ne devait pas l’abandonner, était venu à celle qui voulait se venger lui faisait entrevoir, avec une lucidité étrange, les conséquences de ses moindres actes.

Elle repoussa la porte et se mit À longer, du côté de la propriété voisine, le mur à l'intérieur.

Tout à coup, un grondement sourd, suivi de furieux aboiements, retentit non loin d’elle,

Elle s'arrêta net, prise de peur.

Mais, aussitôt remise, rassurée, elle appela :

— Nestor !

Et le grand épagneul noir, qui bondissait au milieu des plates-banades, cessa de japper, pour venir, en tournant la queuë et poussant de petits gémissements, s'abattre à ses pieds.

Elle eut un éclair d’attendrissement,

baissa pour le caresser.

— Pauvre Nestor? je nai plus que

Â.... qui mr’accueille ici.

Et se redressant,elle continua à raser

mur, le chien la suivant ou la devan-

Ant, en donnant joyeusement de la

pix.

D'instinct, Rosalie marchait vers la porte de communication.

N'éit-il pas plausible que cette porte eût été rouverte

Sa prescience ne se trompait pas.

Elle n'eut qu’à faire jouer le pene Pour qu’elle cédit.

Nestor la regarder passer de l’autre côté tout disposé à la suivre si elle n’eût encore pris la précaution de repousser

la porte.

Îl gratta un moment, gémit aboya, puis s’en retourna lentement à sa niche Rosalie fit en partie le tour du chalet.

Elle s'arrêta sur la droite, an pied d'un escalier rustique construit sous l’auvent formé par le balcon et qui aboutissait à ce balcon de façon que l’on pouvait accéder au premier étage sans pénétrer à l'intérieur du logis.

Elle monta, arriva aux fenêtres ou.

vertes sur la façade et n'eut qu'À eutrer dans la chambre bleue.

Un regard Jui suftit pour se rendre Compte qu’elle n’y trouverait auoun recoin où elle pût se cacher,

Elle ouvrit la-porte devant elle, puis une autre vis-à-vis, sur le palier, celle de Ja chambre du mari.

Cette pièce, tendue de cretonne, avec un lit étroit, était petite.

Deux eaux-fortes qu’elle connaissait et une panoplie d'armes diverses or aient les murs, ù

Paul, qui ne gardait du mobilier de la rue Boissy-d'Auglas, que quelques objets auxquels il tenait, entre autres ceux-ci, les avait fait transpoter à Asnières, dans cette pièce, qu’il n’habite.

rait guère.

Au milieu de la panoplie se trouvait un poignard italien à la lame très aigue qu'elle avait regardé quelquefois.

Elle s’en saisit, le glissa dans sa poche.

Pent-être serait il plus revolver. Ê

Alors elle retourna dans Ja première chambre.

Par la fenêtre ouverte, elle vit uue femme entrer dans le jardin,

C'était la domestipue sans doute.

Rosalie, en jetant encore un regard autour d'elle, aperçut la portière qui masquait l'entrée du cabinet de toilette,

Elle y pénétra, écarta le Paravent sachant la baignoire et se blottit dernière,

Elle devait rester là longtemps.

Durant cette attente interminable dans cette immobilité qui devenait une torture, pas une défaillance, pas nne terreur de l’action qu'elle s'apprétait à commetre,

sûr que le

Sa fièvre ne faisait que croître exciter son désir de meurtre,

Elle entendait sonner à la grille, entre7 dans la maison.

C’étaient eux.

Le crime accompli, elle s'enfuit pa où elle était venue descendant l'escalier de bois courant vers l'issue que lui pernettrait de regagner le jardin voisin de 'aser le mur pour retrouver la porte donnant sur la prairie.

inents de joie,

Elle hâte le pas l’écartant du bras à chaque bond.

La nuit était sombre et lourde gée d'rrage.

Poursuivie par l'épouvante qui brus- ‘uement s'était emparée d’elle occupée à lépotsser cet animal qui pouvait tra.

hir sa présence la criminelle n’aperçnt point à quelques Pas en avant une om.

bre immobile barrant le chemin.

Elle étouffa un cri en entendant une voix qui disait :

—À qui fais-tu donc tant 20n bon chien ?

Elle recula.... .

Il était trop tard.

Sou mouvement en arrière éveillait Spontanément la méfiance de M. Yveline qui faisait ainsi chaque soir son tour de jardin en fumant un cigare.

Il Pavait empoignée par le bras avant qu’elle pût le voir.

la reconnut.

Les doigts,de M. Yveling se desserrerent, Son cœur s'arrêta de battre.

À peine la pensée d’un malheur avait-elle envahi son cerveau, qu'il lui sembla qu’un poids énorme le compriait, l’écrasait :

À son tour, il recula, s’adossa au nur, les jambes molles comme du coton, les bras inertes, des fourmille.

uents dans le bout des doigts.

char-

de fête,

Elle avait repassé Ja porte dérobée, elle était loin, allant droit devant elle, vers Asnières.

Elle se trouva près d’une station de fiac-es, monta dans le premier qui aflait rentrer vide à Paris, le cocher fatigué d'attendre un “bourgeois” qui ne venait point.

Durant le trajet, Rosalie David, ren.

versée dans un coin de Ja voiture, de.

meura en proie à une torpeur com.

plète.

Seulement, lorsque le fiacre s'arrêta rue Richer, devant sa maison, elle se réveilla.

Pendant qu’elle payait le homme sonnait à Ja porte.

Elle la franchit avant qu'il l'eût re.

poussée et sans donner son nom, le lo- Cataire ayant jeté le sien en passant devant la loge, obscure comme l’escalier elle gravit les marches à sa suite.

Il s'arrêta sur le palier du cinquième tâtonna un moment et heurta contre nne porte, juste en face celle du logement habité par Mme David.

Il était entré lorsque cette dernière arriva à la sienne, qu’elle ouvrit tébrilement, la clé trouvée après un instant de recherche au fond de sa poche.

Rosalie alluma nne lampe posée sur une tæble au milieu de Ja première pièce, qui servait de salle à manger. et, la lumière faite autour d'elle, s’assit les Li:ins appuyées sur ses genoux, la tête sur la poitrine, immobile.

Sa respiration sortit bientôt, sifflan.

te, saccadée, de sa gorge ; son visage, qu'un éclat de fièvre animait, se décomposa rapidement.

Elle se dressa d’un mouvement nerveux, et comime elle fixait devant elle Son regard, dardant ses yeux sur ces yeux étranges, qui Jui faisaient peur et l'attiraient.

Puis. elle recnla, gardant toujours. B

Et, fonillant des deux mains ses cheveux en désordre, les traits pétrifiés par l’horreur, elle articula à deux reprises, d’un ton rauque :

cocher, un

lentement, se re.

ee”,

— J'ai assassiné, moi !.... J'ai assassiné ! ! !

Le logement situé en face de celui de Mme David, composé comme Je sien de deux petites pièces et d’une cuisine, était habité par trois personnes : la mère et les deux filles.

Mme Badolle était une femme de Quarante-cinq ans, à la figure triste et douce, une de ces pauvres figures qui disent toute une vie de souffrance, de martyre,

Depuis plnsieurs années qu’elle habitait la maison elle avait su se concilier les sympathies respectées et plainte de ceux qui la connaissaient.

On n'ignorait pas l’incoudiite du mari ne reparaissant guère au logis que pour s'emparer du peu d'argent gagné à grand'peine par les pauvres femmes — la mère couturière les brutalités si elles résistaient à ses exigences-

Il est des êtres marqués dès la naissance par un sceau de malheur qui souf frent au moral qui souffrent au physi que de ceux-là qui chaque jour en gra.

vissant leur calvaire peuvent se répéter la troublante l'insondable question:

Pourquoi vivre ?

Mme Badolle avait épousé pargmour lui apportant une dot assez bel'e un musicien un de ces artistes perdus dans Ja foule des talents médiocres pleins d'eux-mêmes se figurant appartenir à 18 catégorie des génies inconnus et qui par paresse plutôt que par décourage-.

ment tombent dans la débauche.

Egoiïste féroce comme tous ceux qui se croient des grands hommes alors Ubarles Badallle avait en vite fait de croquer la dot de sa femme.

Son violon ne pouvait même pas le nourrrir : la misère vint le père abandonna à peu près le logis.

Mme Badolle avait du courage et du goût ; elle chercha des ouvrages de cou ture fit entrer sa fille ainée en apprentissage et lorsque celle-ci put la seconder parvint à se former une petite clien tèle.

Après tant de jours sombres où le

in même avait mauqué, s’ouvrait une ère de tranquillité.

Pendant deux aus, Charles Badcile n'avait point donné signe de vie : les siens en étaient à se dire ; Pourvu qu'il ne reparaisse pas !

I] devait reparaitre hélas !

Ces deux années le musicien les passait à vagabonder en province avecune actrice qui avait eu ses beaux jours, — il y avait longtemps — et qui de dégrivgolade en dégringolade était tombée aux rôles de mères nobles drns les then éres ambulants.

ls rentrèrent à l'aris absolument dans la “ dèche ,,

En attendant qu'ils trouvassent à uti liser leurs talents il fallait Wanger.

Badolle reintégra le domicile conjugal se fit héberger pendant six mois et retourna à sa vieille conquêt en ratlant le peu d'argent économisé par sa femme et sa fille.

Dès lors il ne reparut plus que pour les pressurer pour les sucer jusqu'a la moelle,

Ce qui pouvait subsister chez cet om me de sons moral ce qui pouvait vibrer encore en lui d'affection Parternelle, ce qui y restait de dignité de respecté de soi-même avait sombré tout à fait dans cette liaison rassemblage de deux natures dégradées avilics.

Tandis que l’ex-jeune première {rouvait par-ci par-là dans un théâtre des boulevards extérieurs l’occasion de jeter de sa voix éraillée au milieu des gran.

des scènes pathctiques les déchirantes exclamations :

“ Ma mère ! TE Mon père !

“ Monenfant. .... . rendez-moi mon enfant !,,

Lui allait faire danser dans les bas.

tringues sortant de là généralement gris roulant parfois en bas du trottoir avec sa boîte à violon.

L'individu qni à onze heures du soir montant l'escalier devant Rosalie David c'était Charles Badolle.

En frappant contre la porte il avait dit d’une voix qui suppliait :

— C'est moi... ‘laissez moi entrer.

11 dut frapper à trois reprises avane qu'on se décidât à l'introdüre.

troisième fois ce fut plus une prié. re qu’il formula mais une iujonection menaçante — Dépêchez-vous ou je fais du tin !

La porte Souvrit et une grande jeune fille parut une lumière à la main pas sant Je seuil en regardant l'honime, qui prenait une physionomie doucereuse

Elle avait, elle, les sourcils froncés, un pli de chaque côté de la 1x uche.

Le père et Ja fille se toistrent une minute, lui sans avancer elle sans reculer.

Jeanne Badolle avait vingt-deux ans, des cheveux châtains, abondants, avec un jeli reflet d'or bruni, des lèvres charnues, un nez un peu retroussé, de grands yeux d’un gris verdâtre.

Les yeux étaient ou très Joux ou tres durs

Ils venaient de prendre une expression de colère qui les rendait fulgurants.

—Que veux-tu ?

Sans reculer d’un pas.

- Entrer d’abord, grommela-t-il.

—La petite est de plus en plus mal, elle n’a pas besoin d'émotions.

—Je ne suis pas venu non plus pour lui en donner.

-—Ta seule présence Ja secouerait…. .

is-moi ce que tu veux LE PNR

—Je veux entrer, je te le rénète ;que diable ! je suis chez moi, ici.

C'est moi, moi seule, qui suis chez moi..... Tu le sais bien, le loyer est à mon nom, ce qu’il a de meubles aus.

si.. ... J'ai le droit de te renvoyer.

—Tu mettrais ton père à la porte, sans eœur ?

Et, passant outre en l'écartant du

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