TAS
—Ton père, qui n’a ni pain ni abri.
Assez de manières, ou, je te l'ai dit, je fais du potin.. ..
1 se trouvait dans le place et mar.
chait vers la seconde pièce, pendant
po-
derianda-t-elle,
que Jeanne, pâle ct plus sombre, ter.
mait la porte-
Dans cette seconde pièce, Ja mère était assise près d'un lit de fer, devant une table où les bobines de fil s'emmélaient avec les Morceaux d’étoffe.
Une lampe à pétrole munie d'un Jar #e abat-jour en Carton vert projetait Sur ce fonillis sa lumière crue tout en laissant dans la pénombre les trois qua: ts
e la pièce.
Mme Badolle blanche les Yeux craintifs restait comme immobilisée sur sa chaise gardant entre ses «doigts trem.
blants l'aiguille avec laquelle elle con.
ait une robe d'enfant restée genoux.
SUr ses
Son regard se fixa à peine sur son Mari.
Elle le tourna immédiatement vers le lit d’où sortait ne2 faible exclamation ;
—C'est papa ?
Il ÿ avait dans ce lit une petite era.
ture si petite ou plutôt si anaigrie, car, sous les Couvertures, le corpsallongé dont les pieds touchaient le bout de la couche indiquaient une de ces croissances brusques qui détruisent souvent l'organisme—s; aiaigrie donc, que l'on se demandait si ce n’était pas l’ombre.
d'un être qui avait fini de vivre.
Le front et jes joues présentaient la teinte jaune des figures de mortes.
Les levres. parfois livides, redevenaient vite d’un rouge de sang ; dans les yeux luisait alors la flamme trou.
blante qr° 4onne au regard cette clarté cette pro. deur semblant venir de l’au.
delà, comme si Jes Mystères d’une au.
tre existence débarrassés peu à peu du voile impénétrable qui les couvre n'a.
vaient plus de sacrets pour lui.
L'enfant répéta en soulevantun peu sa tête qui retomba aussitôt sur l’orviller :
—C'est papa.
Lui, s’arrêt: retaué par cette voix , »
qu'on eût dit venir de très loin, et fixa du côté d’où elle Partait, des prunelles
obseurcies, tandis que ses lèvres balbutiaient :
— Oui. ... c'est moi. ... ma Lolotte
Et prenant la chaise de s4 fenime, qui s'était levée, il viat se mettre tout près de le petite, le dos courbé, les mains croisées sur le bord du lit, là contemplant avec stupeur.
Si bas qu'un hcmme soit tombé, si oublieux qu'il ait été de ses devoirs, si atrophié que soit son cœur, la voix du Sang est susceptible de trouver en lui un écho.
l'était sa fille, c'était sa chair, une portion de lui cette petite malheureuse qui s’en allait, rongée des méninges aux entrailles par la tuberculose, mourant pour ainsi dire morceau par morceau, se reveillant chaque jour d’une crise qu'on croyait la dernière pour souffrir eacore et se rattacher à la vie.
Elle était toute gamine lorsqu'il avait fui son ménage, et elle allait avoir quinzC ans,-
I ne s’etait jamais demandé peut-être si sa femme pourrait donner du pain à ses enfants ; il savait Charlotte depuis longtemps malade, et il ne pensait à s'informer d'elle que lorsqu'il voulait arracher quelque chose à la sœur afnée. k
I n'avait point cru, le jour où on le lui avait dit, du reste que l'enfant fût perdue.
On voulait, tout en lui racontaut que l’on dépensait tout l'argent gagné, en médicaments, l'empêcher d’en de.
mander.
a petite grandissait, elle passait un mauvais moment, elle en sortirait comie tant d’autres.
Ce jour-là, on ne lui mentait donc point.
Et ce qu'il éprouvait <tait de la terreur : oui, une terreur à le faire trembler devant ce cadavre vivant, sous le regard de ces yeux grands ouverts, étranges lumineux, qui le sondaient, rermuaient le bourbier d’où sa conscience étouffée semblait se dégager pour jeter un cri :
Pardon !
Et sa bouche bégayante ne savait que redire :
— Ma Lolotte..ma pauvre Lolotte.
— Est-ce que tu reviens. «pour toujours ? demanda-t-elle de sa voix étouffée, t'en iras-tu encore ?
Il n'osait répondre, mentir à cette mourante.
Elle répéta, les ycux plus ardents, suppliant et ordonnant à Ja fois :
— Est-ce que tu reviens ?
— Oui fit-il en pressant sa main se décharnée qu’elle semblait prête à se détacher du poignet.
— Jure.. je voudrais que tu jures,
Et comme il hésitait encore :
— Ecoute dit-elle approche-toi. car je veux te parler tout bas... J'ai bien peur.. je ne voudrais pas mourir. et pourtant je ne vivrai plus... longtemps.. Quand je dors, J'aperçois des choses... qui m’etfraient et qui m'attristent.... Je me sens enlevée emportée-dans l’air.. Je n'ai plus de bras plus de jambes. . plus de tête. . je suis rien. . Les autres ne me w à moi seule sais que j’existe. . Dial je ‘+ te sans souffrir.. car je n’ai plus 4e corps. . Et je suis avec maman et Jean.
ne et avec toi aussi.. et comme je ne peux plus souffrir, je vous voir tous les tro's heureur... Anjourd’hui j'ai encore rêvé cela . et je me suis réveillée en disant : papa viendrai ce soir. re n'est-ce pas maman ?
Mme Badolle inclina la tête aftirmativement.
Celle-ci n’en sortait plus qu’enlevée dans ses bras, comme un petit enfant :
elle l’asseyait sur ses genoux, près de la fenêtre, quand le soleil donnait, navrée plus profondément brsqu’elle la voyait sourire à ce soleil si beau et si chaud du printemps, qui dans leur ca ge réjouissait la fauvette et le rouge-
gorge, les oiseaux-aimés de Charlotte, oui, ‘plus profondément navrée que lorsqu'elle l’entendait crier “Je ne veux pas mourir !”
La petite reprit, ramenant son regard fixe et brillant sur celui de son vére, qui restait morne et incertain
Tu vois, je le savais. Juremoi, papa, jure... ,.. et tiens parole...
surtout ! sienne avec une force ner- Yense telle qu'l n’eût pu, lui semblaitil, desserrer les doigts sans les briser.
-Jetele jure prononça Charles adolle.
Les yeux Je sa fille s’agrandirent encore, devinrent plus fixes, semblant vouloir le sonder plus à fond.
Comme tout à l'heure, il se troubla
Ses paupières s'étaient closes ; un southe court, précipité, glissait de ses
lèvres, entr'ouvertes dans un sourire indécis
Alors, la tête de Charlotte retomba sur l'oreiller, et elle murmura ;
—Vois-tu, papa, si tu mManquais à ta parole, ça te porterait malheur.
Ses paupières battirent une seconde, puis se fermérent tout à fait.
Jeanne se pencha sur le lit, approcha son creille de la bouche de l’eufant et se releva avec un soupir de soulagement.
Cette dernière respirait encore,
Depuis l’avant-veille, chaque fois qu'elle retombait dans cet état comateux si voisin du dernier sommeil}, sa Mère et sa swur croyaient le moment arrivé.
Et scuvent, après une demi-journée de prostration, Charlotte se ranimait, demandait à mangèér parlait de façon à donver un espoir à ceile qui lJ’entouraient. sl le méderin ne lui eût depuis longtemps enlevé tout espoir.
Sans s'occuper de son mari, Mme
Badolle s'était rassise près de la table et avait repris son Juvrage.
Jeanne fit comme elle ; un silence
complet régna dans la chambre, Les deux femmes, le dos courbé, tiraient l'aiguille,
Il fallait veiller tard chaque seir Pour subvenir aux dépenses quotidien.
nes ocasionnées par Ja maladie,
Badolle, sur sa chaise, restait immo.
bile les bras croisés, feignant de sas.
soupir.
Revenu de con émotion, le musicien réfléchissait.
l'en étaient arrivés, lui et sa trou.
Pe’ambulante au dernier degré de la inisère.
Depuis plusieurs jours, Je musicien hésitait à se présenter chez sa femme.
La dernière fois qu'il y était Pour lui extorquer de l'argent la scène uvait été terrible.
C'était à Jeanne qu'il avait eu affaire et la jeune fille s'adressa en face de lui inébranlable dans sa résistance, préte à appeler à l'aide s'il tentait quelque violence.
Charles Badolle était parti comme il était entré les puches vides, +
Son renvci du bastringue cù il violonuait le poussait ce soir-là à une ten.
tative désespérée,
Il était bien résolu à ne Pas sortir cctte fois qu’il n'eût ce dont il avait be.
soin,
Donc renversé sur sa chaise les yeux clos il songeait.
De quelle façon s'y prendrait.il ?
Que ferait-il si où Jui refusait ce qu’il demandait ?
Îne pouvait donner le coup de gràâce à la pauvre petite qui dormait près de lui. en faisant ce qu'il appelait du
Il ne pouvait ncn plus s’en retour.
ner sans argent.
£t sa troupe avec laquelle il parcourait le pays Ja laisserait-il se déban-
der ?
Est-ce que sa femnie courbée sur sa besogne et sa troupe ambulante ne de.
vaient pas, quelques torts qu'il eut, Partager avec lui leur salaire ?
st-ce quelles n'étaient Pas sa propriété sa chose ?
Les plus grandes aberrations parais-
sent à certains des haturelles,
Charles Badolle en était arrivé à se croire vraiment en droit d’arracher à sa femme et à su fille leur salaire, pour se l’approprier et en faire profiter sa troupe.
Fort de cet argument, le violoniste, dont l’attendrisse ment se dissipait tout à fait, essayait sans } parveuir d'éla-
)orer sa scéne.
e seul parti anquel il pouvait s'arrèter était de passer la nuit là.
Il rouvrit les yeux, se redressa, ap-
procha doucement sa chaise de la table et, les coudes appuyés au bord, regarda successivement Jeanne et sa mère, , Elles le sentaient, ce regard, qui de l’une allait à l'autre, s’arrêtant tantôt sur lune, tantôt sur l'autre, appelant une parole on seulement nu auure regard.
A la tin, cela les gêna.
Elles relevèrent presque simultanément la tête,
ui, arrêta ses yeux sur ceux de sa femme,
Ïl savait bien que c'était Ja plus faible, celle dont la bonté demeurait préte au pardon.
H vous reste une pitié qui pousse à toutes les indulgences.
S'il voulait rentrer au foyer, il trouverait sa place
—Qu'es-tu venu faire, interrogea :telle, en laissant ailer, comme à son entrée, son Ouvrage sur ses genoux.
Jeanne répondit avant lui, sur un ton amer et sarcastique :
—Te rafler ton argent si tu en as !.
Inutile de poser cette question !
- -Qu’en sais-tu ? tit Je père d’un ton tranquille.
—-Tu l'as dit en entrant :
abri...
Cela signifie, je pense
—-Cela signifie que je viens vous demander asile, voilà tout.
—Pas si haut ! fit Mme Badolle en Hontrant le lit.
Jeauue regarda de ce vôté, puis se
déductions toutes
y re-
ni pain ni
mm eee meme
levant pour se pencher sur «a sreur,
Elle revint s'asseoir en hochant 14 tête et murmura
— Elle est dans ce sommeil coma:
que dont rien ne la tire.
— N'importe, reprit la mère, elle pent s'éveiller : attention à vos paro les.
La jeune tille avait posé, comme :0n père, ses coudes sur la table,
Elle dévisageait celui-ci sans se Uiciller.
—Tu es venu pour nons asile, fit-elle lentement.
—-Oui.
—Jusqu'à quand ?
Et comme il ne répondait point :
— Jusqu'à demain, reprit-cle sec son même sourire,
—-Qu'en sais-tu ?
— Tu n'es point venu pour cela, tit.
elle avec un este brusque.
Badolle feignit une hésitation.
—Eh bien ! non, je n'étais pas ven pour cela. ..., . Mais je ne savais js la petite dans un état pareil ..... ju lui ai promis dene plus n'en aller.
11 dépend de vous que je tienne parole.
—Mais je ne tiens pas, moi, à ce que tu reviennes, répondit Jeanne : ons he sommes tranquilles que quand tu n'y es pas.
—Tais-toi, ma fille, supplia là mére,
—On ne se doutcrait jarsais ue c'est à ton père que tu parles : fit Fa.
dolle de sa voix calme.
— Ah ! ah ! mon père :
—Tais-tois ! répéta Mme Badolle
—Luisse-Ja donc, laisse-la done, je ne lui en veux pas . Elies est jeune ; plus.
tard elle comprendra qu’or peut subir des entraînements, qu’on a quelque fois moins de torts qu’on n’en parait.
avoir.
— Enfin, reprit Jeanne. qui se calma soudain pourquoi es-tu ici ?
—Je suis traqué, poursuivi. . On ne met en prison si je n’ai pas ceut traucs demain...
—En prison ! fit-elle, hanss at je épaules, ce n’est pus à none qu'il faut
Inarder
ss
‘enir raconter une pareille histoire !.….
ît serait.elle vraie, que nous n’y pour.
rions rien,
Vous avez bien un billet de cent francs d'avance ?
- Si nous l'avions, dit à son tour Mine Padolle tremblaute ses paupières £onflées brusquenient de larmes nous le garderions pour à
Elle n'icheva Pas mit son mouchoir Cuir ses Yeux et reprit d'une voix étout fus :
Ce sera peut-être fini demain,
Il y eut silence,
Jeanne, redevenne sotubre, regardait it.
+ pere, toujours les tôle, baissnit Ja tête, kA bière continaait à pieurer,
C'est ebravant, lu vie que nous me- QU ; Charlotte nous prend dans la? rnée les trois quarts de notre 5, , ROUs travatHlons la uuit, et nous HS arrivons pas, . Les clientes se fati.
Lien? et sen vont, d'un autre côté, les hr icnments coûtent cher : si .cela du:
fé, ce sétu là misère naire. «boire !
— Puis, je anis sûu que Vous avez des *CHS qui vous doivent, fit Brdoile.
— Pas alCOUp, malheureusement.
6 où deux personnes insolvables, ‘bez qui Fhuissier pérdrait son temyrs.
ic dit plus rien.
Mme Badollé s'était remise au ul. Jeanne eu tft autant,
Pendant un quart d'hetre, elles ti- 'erent l'aiguille sans articuler uue pafOje,
Fout à coup la jeune fflle se redressa.
—Je réfléchis C'est demain Matin qu'ilme faut aller acheter Ja deutelle de Mme de Labatière si je veux qu'eile ait san Corsage pour après- UeInain.
—Tu as raison, c'est demain matin, répondit mère, ..,., Dans quelle lAÏSOn prendras.tu çu ?
—J'ai envie de voir aux ‘Grands Magasins ”, il ÿ avait dernièrement de trés belles guipures à bon compte :; jy
trouverai où affaire.
coudes sur la
tra-
-— As-tu calculé ton métrage ?
—Ouit huit mètret,
Si tu es à sortir demain à Ja premicre henre, il faut te coucher, ma tille Je veillerai jusqu'à ce qne tu SOÏs reposée,
—Mais tu n’en peux plus toi-même, Ma pauvre mère.
— Moi, je n'aime Pas à courir; est.ce que ce n'est PAS sur toi que tout repose ici: Couche-toi à duatre heurcs, je te promets de t'appeler,
— Allez dunc vous reposer toutes deux tit Sadolle ; je ne perdrai pas Ja petite de l'œil, vous pouvez être tranquilles,
— Non ! dirent ensemble les deux fenimes.
— Vous n'avez Pas Confiance méme pour ça ? Cost fort !
— Charlotte est habituée à nous, dit Mme Badolle ; il faut qu’elle nous voie l'une et l’autre quand elle ouvre les yeux,
El bien, soit reste. , Mais je reste.
rai avec toi,
—Tu es libre,
Jeanne ne rangea son Ouvrage qu’à regret, et sur les instances réitérées de sa Inèêre,
Elle éprouvait ne appréhension à laisser celle ci vis à-vis de son père.
Dans le fait, qe craiguait. elle ?
Elle avait vu ve d rnier trop sincé.
rement étut pour redouter une scène Maintenant,
Da reste, elle serait debout à Ja première alerte.
Jepuis plu-icurs nuits déjà, tour à tour, la mère et Ja fille se couchaïient à demi habillées,
a Malade avait de ces crises nécessitant leur presence immediate auprès de son lit,
Elles dormaient d’un demi-sommeil, qui n'était qu'un repos relatif, presque aursi pénible que la veille, et duquel elles sortaient brisées,
Une fois Jeaune Passée dans la piè
en moi,
ce voisine Mme Badolle se renversa sur
sa chaise les par nières Pesantes, la fi.
nl
gure tirée prise d'une fatigue insurmontable,
Son mari la regardait puis faisuit des yeux le tour de la chambre,
Une pensée tixe s'était logée dans la cervelle da nusicien,
Sa fillle venait de parler d'un d'achat de dentelles à faire dans la matinée.
Elle mentait donc. Elle avait son porte-monnaie garni.
La pauvre petite Charlotte, à l'état elle se trouvait réduite, ne devait pus coûter ce que prétendaiént les deux fewmes.
Il Jui en fallait, à lui, de l'argent ; il lui en failait absolument.
Le regard dn violoniste s'arrêta sur nue commode placée au pied du lit, entre ce lit et la porte qui communi.
quait avec la chatubre de Jeanne et qui restait ouverte.
C'était du tiroir du haut que sa femme, la dernière fois qu'elle satisfaisait à ses exigeuces, tirait la bourse où elle eufermait ses maigres éparynes.
Le meuble était vieux, avec des boutons de cuivre à chsque tiroir, et depuis bien longtemps la clé devait en être perdue car il ne se souvenuit pas l'avoir jämais vue,
Se trouvait il toujours à Ja même place, le magot ?
Mie Badolle sursauta sondain sur sa chaise.
Elle sortait dés l’assoupissement où elle était involontairement tombée.
Pendant que son mari allait s'étendre sur un vieux cauapé pl: juste en face de la commode, elle ivprenait encore sou travail, ne levant la tête que pour regarder le vissge de sa Charlotte, à demi enfoui dans l’oreiller, immobile comme un visage de cire, les parrines piucees, la bouche exsangue à présent, le corps raide sous le drap, sans un tressaillement.
Dans lumière blanche de la lampe, ele ait aussi, la pauvre femme, la tisyure une et affreusement tirée.
Uue ligne noire estompait see yeux, s'élargissant en cercle sur ses joues ;
des rides creuses traversaient les tem pes, burraient le front, déprimaient le menton,
À quarante-cinq ans, elle en parais rait plus de cinquante-cinq.
Les douleurs, les fatigues, les privations avaient mix leur empreinte sur les trait« n’une façon cruelle,
Son enfant morte, la triste créature aurait épuisé la coupe amère.
Il lui semblait qu'elle ne pourrait plus souttrir,
L'heure passait, et Mme Badolie sentait à ditiérentes reprises l'invincible fatigue la ressaisir.
Plusieurs fois, elle s'était retournée du côté du canapé où g'étendait son Inari.
Elle avait laissé à chaque fois peser snr Jui son regard chargé de cette pitié qu'out les âmes honnêtes pour ceux qui sont sortis du droit chemin.
Le musicien semblait dormir.
Elle baissait de nouveau les yeux sur son ouvrage Où s’appuyait un instaut au de, de sa chaise, les reins bri.
sés, des bourdonnements dans les oreilles, à bout de forces.
Le besoin de sommeil redevint sj violent qu’elle y céda comme eile l'a.
vait fait il y avait une heure.
Cette fois, elle s’eudormit lourde.
ment profondément, les mains inertes SUT son ouvrage—la robe d'enfant qu'elle eut voulu achever — Ja tête inclinée en avant, le m 2nton touchant lu poitrine.
Charles Badolle fixait sur sa femme ses yeux grnnds ouverts.
Il garda durant dix bonnes minutes l’immobilité qui faisait croire à celle.
ci qu'il dormait.
Puis, avec der précautions infinies, il se leva du canapé.
Dans le lit, la petite Charlotte venait de temuer.
Lui qui ne quittait point des yeux la mère ne remarqua pas le mpuvement de l'enfant,
Ce mouvement d'ailleurs était ai fai -
ble que les couvertes avaient à peine bougé.
Une distance de deux pas séparait Badolle du meuble qu'il voulait où .rir,
Îlla franchit sans faire crier le parquet.
Les paupières de Charlotte se soule.
väient, et ses prunelles erraient avec leur vague étrange devant elle.
Son pere tira les boutons de cuivre du premier tiroir.
Nul autre bruit qu'un craquement très tuible,
Le misérable se retourna.
Mme Badolle ne bougeait pas.
Il commença à fouiller.
Une expression de désappointement et de rage convoit ses traits,
Point de porte-monnaie ; ilse trouvait changé de place.
Îl tira un second tiroir.
Mêie déception.
Où l’avaient-elle logé ?
Sur elles, sans doute, l’une tre.
Et son regard coula vers la jupe de sa femme.
Il distingua la pêche, qui pendait sous le mérinos grisaille, tiraillant lé toffe,
L'ouverture en était visible, entre les plis écartés,
Il n'avait qu'à s’avancer, à allonger la main,
I! n’hésita point.
Tremblant, nou de l'horreur de son action, mais de la crainte de réussir le regard allumé de cou voitise, il mit un geuou à terre, se pencha, ten.
dit le bras, plongea ses doigts avides dans la poche béante.
Au moment où il en rvtirait le por.
te-monnaie, qui était bien là, en effet, il vit, braqués sur lui les Yeux de la petite phtisique.
Sans lâcher sa proie, u se redressa brusquement.
éjà un cri emplissait l'appartewent.
Charlotte articulait d’une voix ranque, stridente :
ou J'au-
ne point:
—Maman ? il te vole !
Mme Badolle se dressa tout d'une pièce, réveillée d’un sen] coup,
Lui, allait franchir d’un bond le seuil de la chambre, qu'il lui fallait tra.
verser pour atteindre Je palier,
7eanne parut derrière son père, à de.
mi vêtue, et l’arrêta par le bras,
Il entrevit la scène, il eut peur....
‘enfant dans sa maigreur de squelette se dressant, la main tendue de son côté, la mère prête à s’élancer, 1x tille aînée Jui serrart le bras à entrer ses ongles dans sa chair.
En mêne temps que cette pur, l'empuignait une honte, le sentiment de son Iinfamie,
Mais cela n’eut même pas la durée d'un éclair.
Elles se tireraient toujours d'affaires, elies, tandis ane ma troupe,
Sa femme arrivait sur lui,
—Rends cela ! dit-elle, montrant Je porte-monnaie, qu'il serrait dans sa ain.
—Rends cela ! tit Jeanne d'une voix haletante.
Il lut, dans les yeux de l’une et dans les yeux de l’autre, la même résolution désespérée,
Elles quitteraient Elles aineu.
teraient Ja Iaison, on viendrait à leur secours, .,
D'un coup de coude si violent que celle-ci tomba, en allant heurter Ja Commode il se débarrassa de létreinte de Jeanne
Et pendant que la mère, effrayée, se.
précipitait vers elle, il se jetait sar la porte de sortie, tonrnait la clef, s'élan.
çait dans l'escalier sombre, tenant Ja ratpe, Sy rattrapant, lorsque le pied lui manquait,
Il était en bas et avait demandé le cordon à la concierge. lorsque Jeanne, étourdie de sa chute, sa tête ayant porté sur un angle du meuble, dont deux tITOIrs étaient ouver:s, bouleversée de fond en comble, se releva.
Elle retira sa maiu, qu'elle venait de Porter à sou front, tâchee de saug.