‹ La mal de vivre [microforme]Chapitre 5 sur 37 · LL · texte numérisé non relu

LL

Des gouttelettes perlaient à la racine des cheveux, près de la tempe.

Charlotte vit cela de son fit et, prise d’une crise d'étouffement, noux ses doigts duns les draps, le buste ruidi, la poitrine soulevée, répétant :

J'ai peur ! j'ai peur !

Tendis que Mme Badolle courait à elle, Jeanne n'avait que le temps d’at.

teindre le canapé

L'émotion, plus encore que le coup “Welle s'était donné en temmbaut, lu bouleversuit à ce point qi'elle se sen.

tuit défsillir,

La mère se trouva placée entre ses deux filles, dont l'une, suffoquant de plus en plus, pouvait d'un moment à l'autre, exhaler son dernier soutlie, tandis que l'autre, évanouie, restait sans secours,

La rauvre femine s'épouvanta.

Quelqu'un avec elle, qu'elle ne restait pus seule. .

nait foile !

Elle alla henrter à la porter qui fai sait face à la leur sur le palier,

La persoune qui habitait là, Mme David , était une uouvelle locataire Elle sinfornait fréquement de Ja jeune walade et entrait même quelquefois pour la voir.

Aprés avoir heurté, Mme Badolle sotihi ethicore,

Une femme aussi blème qu’elle, les vêtements dans des désordes qui pouvaicut venir, aux yeux de quiconque s’en fut préoccupé, de la hâte avec laquelle elle les avait revêtus, se montra, de.

mandant d'un air hagard :

-—Qu'y a-t-il ?., Que me vert-on ?

Rosalie David, qui après de longues uinutes de prostration, s'était traînée

Jusqu'à, son lit, pour s’y jeter tout ha.

billée, tirée de l’assoupssement où eile

finissait par tomber, avait cru, en en-

tendant sonner puis heurter à Ja porte,

avoir affaire à une descente de police.

Oa venait pour l'arrêter.

La pensée du suicide n

dans +0n cerveau troublé, Elle alla ouvrir.

elle deve-

entra plus

Eelle ne comprit pas d'abxrd ce que lui voulait sa voisine, et la suivit ma.

chinalement.

Seulement, lorsqu'elle fut dans la chambre de lu malade, ses idées rede.

vinrent lucides,

Elle rà itnn Jennne, pendant que la mère ouvrait la fenêtre pourilui denner de l'air, frictionnait ses tempes avec de l'eau de Cologne.

La crise fut longu?, terrible,

À différentes reprises, la tête de la jeune fille roula sur ses énaules et l'on put croire qu'elle avait «. sé de sontfcir

Mais ce n'était pas la fin.

L'heure de la délivrance n'avait pas sonné pour la petite Miartyre,

La tenture viens an six, üefaite de sou embrasse, tombait à la tête, l'enveloppunt d'une presque obxeurité,

Au travers de Ja couverture, le bras de liégine s'allongenit,

La main tranchait sur Je satin du mé.

ie bleu que les rideaux : elle avait com:

iue une teinte morbide dans cette penotbre de lu couche,

Paul se pencha et dit :

— Résine ?

Elle ne répondit point : elle ne Lou.

#ea poine,

[ s'incline plus fort :

- Fégine ?

En se penchant il Ini toucha les doigts,

Paul Y'veling recula, un frisson glacé l'envelopant, le prenant de la vuuque aux taions,.

Dans un geste inconscient, il arracha les rideaux qui masquaient la moitié du lit.

Et il vit quelque chose d'affreux, de si affreux, qu'il se fit en son cerveau comme un criquement et qu’il demeudra une minute, après s'être rejeté en arrière, sans pouvoir jeter un cri, ni faire un mouvement.

Ses yeux, hors des orbites, se fixaient sur un point sombre, une large tache, maculant la blancheur du drap, violemwent écarté des épaules de la jeune

femme.

Cette tache, elle était .cui…il voyait

bien... Cette tache était rouge.

1 fit un pas, courbé en deux, puis un autre

Et cette fois, il distingua, ce qu’il prenait d'abord pour une erreur folle de son cerveau, le manche du poignard italien, qu'il avait accroché lui-mêmé à la panoplie de sa chambre, plante droit entre ses épaules de marbre,

En poussant un cri, il l’arracha.

souleva le corps inerte, le coucha sur le dos,

Le visage était livide, avec les pau.

Pières closes,

Aux commissures des lèvres, une Mousse vermeille suintait.

Puis, la bouche s'entr'ouvrit, et des æorgées de sang s'en échappèrent coup sur coup,

L'arme, enlevée de la biessure, pro- “oquait une double hémorragie.

olument fou, Paul courut à la fe.

nètre, jeta dans la nuit des appels déchirants :

——Au secours ! au secours !

Puis, revenant à la porte de la chambre, il répéta sur le palier :

— AU secours !

Quand la bonne descendit de sa mansarde, elle vit pres de l'entrée béante de la chambre, qu'il n’osait franchir, l'oncle Yveling, pâle comme un linge, bégayant :

—Qu'y at-il 2... Qu'y a t-il !

—Je ne sais pas, fit-elle, ses dents se heurtant l’une contre l’autre,

jardinier et sa femme, puis °la vieille bonne de M. Yveling, accourait derrière leur maitre.

Celui-ci avança enfin.

Le jardinier n'eut que le temps de le soutenir, de l’amener Jusqu'à un fauteuil, en fice de celui où Paul était assis, Régine étendue sur ses genoux, dans sa longue chemise de soie blanche, souillée de sang, comme les cueveux blonds qui pendaient.

—Un médecin, dit le malheureux, les yeux égarés, un médecin !

femme de chambre s'élança dehors.

Il s'écoula au moins trois quarts ‘heure avant que le docteur arrivât,

Il trouva Paul Yveling dans l'atti.

tude où son oncle l'avait trouvé, gar.

dant sur ses genoux le corps inerte, le soulevant, le serrant contre su poitrine, baisant la bouche froide, poussant dé.

Pouvantables sanglots, des plaintes na.

vrées,

En entrant dans cette chambre, l'œil du médecin, d'abord tixé sur lui, s'était baissé sur le Parquet, vers un point bril.

lant : le poignard arraché par Paul de la blessure.

—Courez éveiller le commissaire de police, dit-il à l'oreille du jardinier qu'il arrive immédiatement :

Et comme celui-ci hésitait :

—Dépêchez.vous la justice nous cher.

cherait noise, aux uns et aux autres.

Cette menace décida le brave hom.

me,

Le docteur s'approcha du fauteu | toucha le bras de Paul.

—Je suis le médecin ; Jaissez.moi examiner la blessure.

—Le médecin ! fit celui-ci ; ob | oui... dites-moi an’elle n'est pas uorte, sauvez-la ! sauvez : !

l'ayez rappelée à la vie... que je ne l'ai entendue parler. que je ne l'ai vue me

Le docteur le regarda.

— Il est fou, nor-a-t ji]. C’est dans un accès de foi. il l’a tuée.

‘dant qu'avec ‘aide de la femme «jardinier, ‘ -'evait Je vêtement de nuit, etsere. compte de la gravité de la blessure, Paul marchait à travers la pièce avec des gestes d’insensé,.

Îl ne s’arrêtait que pour s'approcher du lit et, s’arrachant les cheveux, répéter :

— Elle est morte ! elle est morte !

elle est morte !

Puis il reculait, détournant la tête,

2 Le Mal de Vivre

On eût dit qu'il n'osait même plus la regarder,

Et il reprenait sa marche extrava.

nte, d'un bout à l’autre de la cham-

e, sans voir dans le fauteuil, contre Je mur, son oncle complètement immobile, l'œil terne vt fixe,

Brisé entin, il s'affaissa sur le siège où .! l'avait tenue, sa Régine, froide, ensanglantée,

Lu sueur coulait en grosses gouttes de son front.

lse mit à trembler de tous ses membres, ses dents grincèrent ; une fièvre violente l'empoignait.

Lorsque le commissaire de police entra, accompagné d’un agent, Paul Yve Hug, dans une minute de cahne relatif, demandait au médecin, toujours courbe sur le lit :

—Vit-elle ?

— Oui, répondithbrusquemsnt celui-ci

Trois fois, il jeta ce cri comme il avait jeté l’autre :

— Elle vit ! elle vit ! elle vit !

Et il poussa un rire strident, un rire qui finit en une exclamation de fureur.

Ces hommes qui s'avançaient, venuient-ils pour la Qui prendre, sa femme, sa Régine ressuscitée ?

Il fondit sur le premier, le commissaire de police.

Celui-ci se méfiait et fit un mouve ment de côté qui l'empêcha d'être renversé.

L'agent mit aussitôt la main au collet de l’agresseur.

Mais les forces de ce dernier semblaient décuplées.

Il fallut que les trois hommes déployassent toute leur vigueur pour arrivor à le maîtriser,

On l'entraîna dans la seconde pièce et, une fois les bras et les jambes ligottées, on l'étendit sur le lit,

Pendant qu'il divaguait, l'agent restant de garde À son chevet, le commissaire rédigeait un proeès-verbal sur le rapport du médecin et des dome tiques.

Cette scène de violence, le grave état de la blessée, avaient empêché qu’on

s'occupât de M. Yveling toujours immobile dans un fauteuil.

Lorsquee le médecin eut fait à Régi ne un premier pansement il se retourna vers celui-ci qu'il avait à peine apercu.

Cetté absence de irouvement la fixité du regard le renseignérent d'un seul coup.

11 put vite «e éonvainere qu'il ne se trompait point.

Le vieillard était frappé de paralysie.

Les veux, se ranitant, errérent à travers la pièce, s'arrêtérent sur le lt avec une expression d'épouvante,

Mais les traits restaient pétrifiés, la langue sans mouvement dans la bouche.

FM lui était impossible d'articuler une parole.

Le lendemain, sous cette rubrique Le drame d'Asnières, les journaux du soir racontaient l'histoire suivante :

“Un crime bizarre, crime passionne}, ou simplement action inconsciente, accomplie par un fou, s'est déroulé lx dernière nuit à Asnières, dans des cir constances particulièrement romanes:

ques

*M. Paul Y... .., sous-chef de bu reau au ministère de la marine, avait épousé le matin même Mlle Régine de OS , fille d'un anëien capitaine de frégate, jeune personne d’une beaut:

remarquable et d'une honorabllité in.

contestée.

“C'était nn mariage d'amour : éperdument épris l’un de l'autre, les deux jeunes gens semblaient devoir coule:

les jours radieux d’une longue lune de miel,

“Avant de partir pour un voyage en Italie, ils avaient résolu de passer quelques jours à Asnières, dans uu:

jolie villa non loin de la Seine.

“Cest là qu'aurait Heu la’ nuit de noces. ÿ Rs

“Hier soir, vers dix houres, ils yar rivaient

“Que se passa-t-il !

‘D cris au secours parviprent

bientot jusqu'à la maison voisine, où bite l'oncle du marié,

“On se préci bita et on trouva dans là chambre nuptiale Paul Y.., serrant entre ses bras Je corps ensanglanté de celle qui venait à peine de quitter sn blanche robe d'épousée,

“ Le poignard qui avait servi à la frapper était tombé sur Je tapis.

“Car l'idée d'un suicide, d'un acte désespéré de la part de la jeune fem:

me, doit être absolument écarté,

“Le coup a été porté dans le dos, entre les deux épaules, et a perforé le poumon,

“A l'heure où nous mettons sous presse, la blessée est à toute extrémité,

“Paul Y., ,a-til agi sous l'empire d'une subite folie !

“Cette tragédie cache-t.elle quelque mystère qui s'éclaircira ?

‘Des deux acteurs du drame, l'un est peut-être mort à cette heure, l'autre divague,

“L'oncle du iWarié, accouru le pre’ mier avec ses domestiques, et qui eût peut-être été capable de fournir quelques ronseignements à Ja justice, à éprouvé un tel choc devant le spectacle qui s’otfrait à lui, à son entrée dans la chambre nuptiale, qu'il a été frappé d’une paralysie générale,

M. et Mme de 1. « prévenus, sont au chevet de leur fille.

“Leur stupeur égale leur désespoir la pauvre mère fait mul à voir.

“On se perd en conjectures,”

Rosalie David lut et relut ce compte rendu relativement exact.

Elle était bien vengée,

Ce n’était point l'oncle qui la trahirail.

La veille la jeune femme avait invité à Henri de la Roche pour le jour méme.

Voulait-elle tenir le pacte fait entre eux pendant eon séjour à l'hopital ?

Avouerait-elle cyniquement son crime à ce complice involontaire, qui avait naïvement cru à sa résignation ?

Que lui dirait elle ?

Et croirait.il.à ce qu'elle pourrait Jui ire !

Comme elle venait de jeter de côté lo Journal froissé, déplié d'une main fré.

missante et parcouru avec affolement, qui l'avait renseignée sur les suites de son épouvantuble forfait, elle entendit sonner à sa porte,

Rosalie tressaillit, le “aug lui affluu au cœur,

Venait.on pour l'arrêter ?

Ainsi que tous les criminels, elle avait peur du châtiment.

Elle était à l'avance, bien résolue, le Meurtre accompli, à tourner son aime contre elle mème,

Et l'instinct de la conservation, qui aussitôt après, la porssait à fuir, parlait Maintenant plus haut encore chez elle,

#8 tortures morales endurées l'a héantissaient à ses propres yeux,

Pourquoi aurait.elle eu pitié, quand ;] n'avait point eu pitié, Ini ?

Elle n'atteignait pas le moment otelle sentirait son cœur mordu, déchiré pui l'implacable r dl

Sa fureur geance, la si te

Son rictus qu'en ses prui }le, a tricmphe,

Un second ccup de sonnette, vigou reux, impatient, Ja força à aller ouvrir.

‘n employé du télégraphe lui tendit une dépêche,

Elle repoussa Ja porte et déchira je pointillé.

Ce télégramme venait d'Henri de j4 Roche,

Attendez pas, oncle mourant m'a} pelle. obligé de partir de suite en Ven.

dée,--A Dbieniût, vous écrirai.

— Tout est pour moi : prononça:t-elle eu décbirant la dépêche, tout !

‘ folie de ven

‘onjours.

cruel, tandis L'une lueur dé

Dans l'appartement situé cn face de celui de Mie David, L professeur de chant et de pin

. chez los dames Ra-

ne.

dolle, le reste de la nuit avait été terri.

ble,

Jeanne et sa mère, pour ne pas éveiller la petite Charlotte, retombée dans son sommeil smateux, aussitôt après le dé part it leu: scnsine, passaient dans la piè : 4 côté,

Ts déns femnies : “sseyaient, incapa-

bles de rester débu:t, brisées par les éme ins ui venaisnt de les assaillir.

Jeanne demeuru:it fort pâle, secouée par un tremblement fébrile qu'elle n'arrivait pas à maîtriser.

Mme Badolle la regardait, comme hébétée, sans force pour penser, incapable de dire un mot.

L’agitation de la jeune fille s’apaisa et fut suivie d’un anéantissement presque aussi comple: que celui dans lequel sa inère restait plongée.

Un silence absolu régnait, un silence Ingubre.

Mme Badolle ne l’eat point rompu de sitôt, s'enfonçant volontairement à pré.

sent dans sa torpeur éprouvant, chaque tois qu’une lueur lucide traversait son cerveau, la peur d’un réveil qui ramcnerait de noirs soucis, qui la rejetterait dans la terrible réalité.

Mais Jcanne n’était point de celle que les événements terrassent longtemps.

Nature impérieuse, la réaction arrivait vite chez elle.

Elie glissa la main sur son front bri- Jant, considéra quelques secondes la pauvre créature aux traits flétris, aux cheveux blanchis, repliée sur elle-mème, les bras pendants, la tête inclinée, comme s'abandonnant pour recevoir le coup qui l’achèverait.

Une immense pitié se lisait dans son regard.

Cette pitié fit bientôt place à de la colère.

Elle se leva, posa sa main sur l'épaule de cette femme, dont les prunelles atones se détournaient des siennes, et la se couant :

—Maman, éveille-toi !..Eveille-toi, voyons !.. [l ne s’agit pas de rester là, linmobile comme une borne. Réponds...

Tu avais mis en sûreté le billet de cent francs, n'est.ce pas !

De la tête eile fit signe que non.

—Mais réponds donc ! gronda Jean ne exaspérée.. Les gestes çane dit rien. . Est-ce oui ou non ?

—Non..Jete l'ai déjà dit, gémitelle ; je l'avais laissé dans le porte-monnaie.

—Ce n’esc pas possible !

— Hélas ? ce n’est que trop possible !.

Je v’avais plus à bouger de la maison il y était en sûreté.

—-Eh bien ! exclama Jeanne en marchant violemment dans la pièce, eh bien nous voilà propres !.. plus un sou ! plus un sou | plus un sou !

Elle vint se planter devant sa mère, les bras croisés, s’inclinant vers elle :

—Qu'allons-nous faire ?..dis un pen...

Qu'allons-nous faire ?

— Est-ce que je sais, moi ?..

que je sais ?

—Que mangerons-nons ?., Que donnerons-nous à la petite ‘

—Est-ce que je sais, moi ? continua à bégayer Mme Badolle.

Et Jeanne, les bras croisés au-dessus de sa tête, les poings crispés :

—-Oh ! le misérable ! le misérable lun père peut-il être aussi infâme. .Y a-t-il un Dieu qui puisse permettre de pareilles choses |

—Tais-toi 'tais-toi 'sanglotait la mal.

heureuse femme.

—Que je me taise ?..Non, oh ! Ron, par exemple !.. Il faut que je me soulage. .que je linsulte, cet homme qui voit sa fille mourante et qui vole le peu d'argent qui servirait peut-être à l'enterrer.. Ce n’est plus mon père, c'est un coquin... Oh ! laisse-moi parler, J'étoufferais !

Et pendant un quart d'heure au moins elle exhala en imprécations, en maledictions, toute l’indignation, tout le désespoir dont son âme débordait.

Jamais Mme Badolle ne l'avait vue dans un pareil état.

Elle eut peur qu’elle devint folle.

Enfin, un flot de larmes, de ces larmes

est-ce

6 tue =

LÉ

Le] eXaspérations où dans les

douleurs, s'échappa de ses yeux.

Elles coulèrent longtemps, pressée

énormes, lourdes comme les gouttes d'une pluie d'orage, pour S'rrèter, lenr

source tarie, l'apaisement arrivé.

Et Jeanne se mit à raisouner, froide-

ment presque.

—Donc, il ne nous reste plus un so

1 L reste Qu'avons-nous à vendre rien. n'y | plus qu à mourir ? . £ | a plus ici qu'un meuble ayant une va | plu as raison, répondit la Jeune leur : l'armoire à glace. Sile brocan- | fille de sa voix brève

teur l'enlève, dans clientes qui nous restent se regurderont elles à l’essayage ?

€n avons perdu les trois quarts. Celles qui ne nous ont pas encore quittées, je le répète, finiront les uiter.. Nous ne pouvons pas vendre l'armoire à glace.

* Alors quoi ?, Ta montre, à porter au Mont-de-Piété ?, Tu l'as donnée à la petite depuis qu'elle garde le lit.

Elle y tient, elle l’a toujours sous son oreiller... Quand les idées noires lui viennent, quand elle nous dit, par exemple, qu’elle veut être enterrée avec sa robe de communiante, elle ajoute ‘et avec la montre de Maman ”,,(C'est le seul bijou qu’elle ait Jamais eu . ..

Comment veux-tu que nous Jui prenions la montre.

—Oh ! jamais cela, jamais ! fit lame.

re se voilant la face : on l'enterrera Ave ee

—Mais en attendant, dit Jeanne avec une froideur cynique, si elle te demande tout à l'heure quelque chose à man-

r, que lui donneras-tu ? . .. Dis, que ui donneras-tu en attendant qu’on l’enterre ?

Mme Badolle serra mains sur son visage.

Ua grand frisson la prit.

—Peut être trouverons-nous À en-

plus fort ses

gui, seules, soulagent dans les grandes | grandes | elle.

quoi les quelques |

.…. Puis, si le logement est tout à fait vide, elles s’en iront, conme les autres Depuis que nous ne fai.

sons plus aucnn crédit, depuis que j'ai été frappé sans relâche à leur porte nous

een Le

Prunter quelque argent ? murmura-t-

—Emprunter !et à qui ?., Nous avons déjà essayé bien inutilement ..

| Le peu qu'on nous a prêté nous n'a.

| Vons pas pu le rendre Nous de vous à l’épicier, au boulanger au bou cher... , Personne ne nous donnera et personne ne devra nous faire crédit.

— Alors. alors. il ne nous

Sy |

-—Eh bien, tinissons-en !

fitla mere . | se levant à son tour, |

à saisissant pat le bras et lui parlant près de la figure, ses yeux dans les siens : veux-tu ? dis, veux-tu ?...

— Oui, je veux !

Elles restérent ainsi une minute, su regardant, toutes deux haletantes, Ja bouche tordue, farouches et sombres.

! —Un réchaud bondé de charbon, | articula la première, d’un ton plus | ranque, tout bien fermé, calfeutré… |

Nous nous endormirons pour toujour: .

pour toujours...

Î —Oui, fit encore Jeanne.

Et, de nouveau, elles garderent Je si.

| ence, continuant à se dévisager,

Tout à coup, dans ] | Charlotte appela :

Maman !

| Mme Badolle lâcha «a fille.

Iles se tournérent vers la porte, mais ne bougèrent pas plus que si leurs pieds eussent été attachés au parquet.

-Mamaun : répéta la petite entre deux quintes de toux.

Jeanne se pressa les tempes avec la Paume de ses mains.

—Mon Dieu ? mon Dieu ! prenez-la ‘*"..-brenez-la donc, si vous existez ?

Puis, à sa mère :

—Vas-y, toi... Elle verrait que j'ai pleuré, elle croirait que c’est parce qu’.

elle va mourir !

Mme Badolle ouvrit la porte et s’approche du lit.

Charlotte, presque assisse sur $a con.

che, les pa empilés derrière elle,

à pièce voisine.

Pr ee

la regarda s'approcher. une expression d'angoisse sur son petit visage décharné‘ où luisaient ses yeux étranges.

—Maman, dis..., .est-ce que j'ai rêvé ? Ju bien est-il venu ?

—Qui !

—Papa...... Hétu fouillait les tiroirs de la commode il à glissé sa main dans ta poche.. at Pa pris ton porte-monnaie... il t'a volée ?

—Tu as rêvé, ma chérie.

—Il nest point venu ?

—Non.

—1l re semblait bien pourtant...

que c'était vrai....., que je le voyais,

— Tu as rêvé, je t'assure !

—Ah ! tant mieux ? .... C'est que sil l'avait pris, le porte-monnaie, comtent feriez-vous, toi et ma Sœur?

Ah ‘quel rêve ! comme il m'a fait souffrir !

— N'y pense plus, ma Lolotte, c'était un cauchemar.

—Et Jeanne ? demanda la jeune poi.

trinaire, où est-elle ?

—- Elle se repose, elle dort.

Je voudrais bien qu'elle vienne. .

*moi.... aussi ... que je tiennain... comme je tiens la tienne

— Elle est très fatiguée tu sais...

— Je t'en prie.. elle se recouchera Jeanne !

La jeune tille paru sur le seuil de la chambre,

— Me voici fit-elle : si tu soufflais la lampe maman ?.. Ca sent le pétrole la mèche est à sec.

La mère comprit.

Lu lampe éteinte, la malade ne verrait point le boulversement des traits de sa sœur,

— Là disait Charlotte de sa voix qui n’était plus qu’un souffle, asseyez-vous toutes deux bien près de moi.... bien près. ... que je vous sente ..., Voyezvous quand je touche vos mains je ne suis plus si froide mon sang se réchauffe..Ët puis, vous me retiendrez, ai Je grand fantôme blanc qui était tout à l'heure encore à tourner de mon lit,

veut m'emporter...... N'est-ce pas que je ne mourrai pas ?

—Tu vas mieux, ma petite Lolotte, tu vas beaucoup mieux.

— Oui, je le sens......J'ai plus de

force. ..... Le soleil achèvera de me EUR... Il fera encore du soleil, n'est-ce pas ? c’est s1 bon !.,... Et tu me prendras sur tes genoux, ma- Nan Mais bientôt je marcherai, Var ne et tu verras vous ver-

rez comme je travaillerai, comme je vous aiderai !......

— Oui, tu nous aideras.

Cette conversation continua, les deux femmes assises tout contre le lit, écoutant et répondant tour à tour.

Le jour entrait blafard, incertain, dans la chambre.

L'enfant parlait toujours, un sourire à la bouche, le front irradié.

Puis, tout à coup, elle dit r

—J'al faim, .... Jeanne, tu nas romis hier de m'acheter une aile de Poulet et bas, chez le rôtisseur.

—Je tiendrai ma promesse, mais il laut attendre.

—Longtemps ?

—J'irai voir dans la matinée... :

s'il y en a, car peut-être...

-—1[l y en à toujours chez celui-là, ou chez un autre,

Et l'enfant riant :

—Du poulet ! comme je le mangerai de bon cœur,..... Oni, je vais MIEUX... ..- je vais bien mieux !

Jeanne voulut retirer sa man.

Charlotte la retint, une angoisse subite dans les yeux.

—Ne t'en va pas...... Ne vous en allez pas . j'ai froid...

Elles restèrent, attendant que d’euxmêmos les doigts qui s’accrochaient aux leurs se desserrassent.

La malade porta son regard vers une cage accrochée au mur, près de la fenétre, où s’éveillaient deux oiseaux, le rouge-gorge et la fauvette qu’on lui avait donnés un an auparavant.

La fauvette pépiait, elle allait lancer sa première roulade.

MED de

Le rouge-gorge sautait de bâton en bâton, avançant jusqu'aux barreaux, s’arrêtant pour regarder de ses yeux noirs, étonnamment expressifs, du côté de la couche.

C'était le préféré de Charlotte.

Quand la fenêtre était fermée, frériuemmeut on le lâchait dans Ja cham-

re,

Il venait se perche-, à la tête du lit, et à l'oreille de le. rant il disait sa chanson mélodiense et triste, très douce, ressemblant au murmure d’un filet d'eau qui coule sur un lit de cailloux.

Où bien, sautjllant sur Ja couverture, il arrivait tout près de son visage, qu'il becquetait comme pour la réveil.

ler, et lui faire souvenir qu'il n'avait point eu sa pitance,—{e ver de farine que la jenne tille sortait d'une boîte posée sur la table, à son chevet, seule nourriture avec laquelle on puisse esl'erer £arder quelque temps cet oiseau, le plus familier, le plus gracieux des Ciseaux en cantivité, mais à qui il faut à tout prix des insectes Pour nourrituré, Comme 1] lui faut pour abriter ses éuours la mousse et la verdure des bois.

Il y avait plusieurs jours que “Fifi” n'avait point quitté sa prison, plusieurs jours qu'il jeûnait, n’allant au chènevis dont se régalait la fauvette qu'à regret, poussé Par Ja faim,

La provision de vers n'avait pas été renouvelée,

Aussi, il ne chantait plus, se pelotonnait en boule, plumes hérissées, bec sous l'aile, ses grands yeux > petit Oiscau ne s'ouvrant guère qbe pour regarder le lit, où son amie l'oubliait, son amie qui allait mourir.

Et elle devrait sentir aussi, la bestiole, le viscère fragile qui était son cœur se ralentir, s'éteindre.

Elle devrait avoir froid, oui, bien froid dans le coin de la cage où la fau.

vette, dressant, agitant sa tête noire, lançait ses notes Joyeuses, ses trilles

assourdissantes,.

Ce matin-là, Fifi aussi semblait vouloir revivre.

Il attendait le soleil.

Et le soleil perça d’un rayon brusque la fenêtre ; un rayon qui sema sa poussière d’or dans la chambre désolée,

Les paupières de Charlotte se baisse.

rent sur ses yeux.

Sa tête s'entonça dans l'oreiller.

Elle murmura :

— 1 faudra faire sortir Fifi, tout à l'heure. .... quand je n''éveillerai. .., que c’est bon, le soleil !

Puis, avant de se rendormir :

Tu n’oublieras pas... .Jeanne., J'ai faim !

Les deux femmes se levèrent et, comme toujours, avant de s'éloigner du lit, écoutèrent.

La respiration de Ja jeune fille était égale, calme.

Elles retournèrent dans l'autre pièce dont elles repoussèrent encore la porte.

-Nous n'avons pas le droit, dit Jeanne de hâter sa fin.

—Non, tit la mère.

—Je vais descendre demander à un brocanteur qu'il nous achète l'armoire à glace,

— Va.

Une heure plus tard, il était sept heures et demie du matin, —Jeanne Badolle, qui n'avait pas té longtemps partie, rentrait ‘hez elle avec un mar.

chand de meubles

Ce dernier lui offrit vingt-cinq francs de l'armoire.

La pauvre fille avait la triste expé.

rienre de ces sortes de marchés.

Chaque pièce du petit mobilier qui garnissait l'appartement s’en était al.

lée.

Elle savait qu’elle n’obtiendrait qu'un prix dérisoire de celle-ci.

Pourtant elle s'était fait encore illu.

sion,

Elle comptait sur une cinquantaine de francs.

Après bien des débats, elle en obtint trente,

nn 0

Un autre ne lui donnerait pas plus :

moins pent-être,

Le pire de la situation, c’est que du travail qui leur restait à faire, les deux femmes étaient en partie payées, les clientes à qui il appartenait, prises de pitié pour leur position, ayant consenti

leur en avancer le prix.

La propriétaire du corsage que Jeanne devait garnir de dentelle, Mlle de Labatiere, avait conti, pour l'achat de cette dentelle, à la jeune, fille, le billet de banque enfermé avec une douzaine de francs dans le porte-monnaie trouvé au fond de la poche de sa femme par Charles Padolle.

La façon de ce corsage et celle d’une rove d'intérieur étaient les seules qu'il restât aux couturières à toucher.

L'argent leur serait remis aussitôt la livraison faite.

Jusqu'au mariage de celle-ci, les dames Badolle avaient habillé ‘Mile de Labatière, comme elles habillaient sa mère,

Mais les toilettes de noce de la jeur à fille étaient commandées chez un faiseur à la mode.

Le mariage avait eu lieu la veille, le Corsage et le peignoir ne devaient être livrés à Mme de Labatière que dans quelques jours, lorsqu'elle partirait s'installer à Asnières, où elle passerait l'été, chez son gendre et chez sa fille,

Mme de Labatière n'avait point de fortune ; elle s'était livrée dans ces derniers temps, à des dépenses forcées, et ne serait point en état de rendre les cent francs qu’elle avait avancés, non sans quelque difficulté d’ailleurs, en laissant voir l'ennui et la gêne que cela lui causait.

Puis, croirait-elle à l'histoire que lui raconterait Jeanne ?

Une fille accusant son père d’une action aussi basse que celle commise par le sien ne lui semblerait.elle pas coupable et dénaturée ?

Et pourtant. . pourtant !

Il faudrait bien qu’elle 12 Jui dise !

di —

Si elle pouvait acheter cette dentelle à crédit.

Mais où ?

Chez qui ?

Elle avait signé à plusieurs reprises à des fournisseurs, des billets qu'elle ne pouvait payer à échéance.

1 ne lui restait aucun crédit ;

part !

nulle

— Ne t'inquiète pas si je ne rentre

que vers la fin de l'après-midi ou mênie vers le soir......Je vais essayer partout, il faut en sortir !

Oui, repondit celle-ci : il faut en sortir quand nous ne serons plus que nous deux, nous verrons ce que nous avons à faire.

Jeañne mit le pied dans la rue. Elle étais habillée d'une robe unie en étofte loutre, la veste pareille, très ajustée, moulant s. taille comme un corsage.

Une tou petite capote, faite d'un bout de velours, assortie comme nuance à la robe, et ornée par devant d'une aigrette de ruban bleu clair, avec des brides du même ton, très étroites, noue ces prés de l'oreille, la coiffait comme ne l’eût pas fait peut être un chapeau venant de chez une bonne modiste.

La jeune fille, qui portait sa robe de.

puis plus d’un an, et s'était fait elle-meme le chapeau dans des rognures, était décente, comme il faut, dans cette toi.

lette.

À la voir, on ne devinait point la géne noire qui régnait en son logis, ni la

ésespérance affreuse qui le plus souvent était en son cœur

Ce jour-là cependant son visage gardait l'empreinte d’une de ces tristesses qui ne trompent point,

La bouche était serrée, les paupières restées pesantes comme du plomb après la nuit d’insomnie et les pleurs versés,

le

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