LE CRIME D'ASNIÈRES
Que veux:tn que jelise, tit 1}, étreint brutalement par une émotion dont al ne st rendait pas compte, le contre. oup de celle éprouvée par son ami,
Cela, répondit celui-ci, d'une x x plus rauque.
—Le crime d'Asnières !
—Qui,
En un instant le capitaine l'averrier eut parcouru le “fait divers”.
— Eh bien ! interrogeat.il, ayant peur de deviner.
— Tu ne comprends pas ?.. Tu ne vois pas ces initiales ?.. C'est à Asnières qu'ils sont allés passer leur nuit de ne ce.
Le capitaine pâlit à son tour.
Voyons, es-tu bien sûr ?.. du éalme. Ce n’est pas possible ‘
— C'est d'eux qu'il s'agit, ve ne peut.
être que d'eux.
—Ce journal se trompe
—-Voyons-en d’autres.
Et violemiment Jacques de Labatire sonna
Le garçon accournt,
— Les journaux ! tous les journaux que vous avez ici !
—Journaux du soir !
—Tous, je vous dis :
—-Qu'est-ce que ces messieurs dt: shiént pour diner ?
pour le moment du moins.
Le garçon les connaissait tous deux.
Il les regarda d’un air ahuri et ses.
quiva, pour reparaître promptement, apportant ce qu'on lui avait demandé.
Fiévreux, les deux amis consultèrent les feuilles qu'ils avaient sous les yeux.
Deux ee soir, comme la première—parlaient du drame,
Elles le racontaient de pareille façon les initiales étaient les mêmes.
[1 n’y avait plus à douter : la jeune lemme assassinée était Régine de Labatière ; l'assassin Paul Y\ ‘ing, son muri depuis quelques heures.
—dJe pars ! fit Jacques en prenant son chapeau accroché à une patère.
— Où vas-tu ‘ demanda Georges Ta verrier.
— Là-bas. me rendre compte, m'informer si elle n’est pas morte,
I vit bien qu'il était inutile de tenter de l'arrêter,
—Je te suis, tit-il.
Et ils sortirent l’un derrière l’autre, suivis par le regard ébahi du garçon, qui se disait qu'il devait “se passer quelque chose”.
Les deux jeunes gens arrivèrent à As.
nières, au chalet, rempli toute la journée des allées et venues de la justice, vers les sept heures et demie du soir.
Ils furent reçus par M. de Labatière.
Il sembla à Jacques que son oncle avait, depuis la veille, vieilli de dix ans,
La seule vue de l’ancien capitaine de frégate eût suffi, n’eût-il pas été averti, pour lui annoncer un malheur:
—Comment va-t-elle, articula-t-il en fixant sur cet homme, hier encore droit, vigoureux, aujourd’hui courbé, chancelant, un vieillard, au regard empreint de toute l'anxiété de son âme.
M. de Labatière ne répondit pas.
De sa paupière brûlée de tièvre, une la rme tomba sur sa moustache grise.
C'était la première qui coulait de ses yeux, depuis l'instant où il avait vu sa fille sans connaissance sur un lit, ses
Rien : fit le capitaine Tavarrier :
cheveux blonds épars, souillée de sang ses paupieres closes, ses lèvres blèmes comme clouées l'une à l'autre,
— Elle est morte ! bégaya Jacuques,
Le père secoua négativement la tête.
—Ah ‘fit le jeune homme dont cœur se remettait à battre.
Et avec prière
—On peut la voir, n'est.ce pas ?
M. de Labatière recouvra l'usage de |:
parole.
—Non.. sa mére senle reste aupres d'elle. . Ilest absolument détendu d'en trer dans sa chambre,
—Méême en ne faisant aucun bruit Môme en n’articulant pas une parole !
— Personne, pas plus moi que toi n« le droit d’en franchir le sçuil
N y eut un silence.
Puis, Jacques questionna le vieillard
Mais celui-ci n'arriva point à «ati.
faire sa curiosité anvieuse.
L'état de Régine était désespéré, il faudrait un miracte pour la sauver.
Voilà ce que lui avaient dit les méd:
cins,
Quant à la cause de l'horrible drame aur lequel la pensée du malheureux pére u'osait s'arrêter, il n’en voyait point d'autre que celle d’un accès ‘de folie de la part de son gendre.
On avait emmené celui-ci ligotte, poussant des rugissements de bête fauve.
Régine avait été frappée par un is sensé.
La voix du vieux marin s'éteignit dane un sanglot qui déchira brutalement 2 poitrine,
Jacques saisit ses mains, qu'il serra avec violence.
—Mou oncle, mon pauvre oncle, c'est atroce !
Ce dernier le regarda un instant, puis se dégagea et, faisant un grand geste de désespoir :
— Ah ! pourquoi. pourquoi ne te l’a vons-nous pas donnée !
Jacques ne répondit pas
Il avait la conscience qu'un HOt Pou.
vait exacaspérer cette douleur jusqu'a le
Pousser aux extrémes limites.
Et il fa'lait à ce père, pour supporter
affreuse catastrophe, une énergie pro ‘ligieuse,
Le jeune homme vonlait rester. passer
la nuit, près de s "1 oncle.
Celui ci, revenu à un calme relatif, et ‘* Capituine Taverrier, demeuré durant toute cette scène à l'écart, au fond de la biece, l'en dissindèrent.
Ce dernier parvint à l'entrainer : ils entrérent ensemble à Pari-
Le lendemain, le jeune heutenant re- Paraissait à la maison d'Asnières
Le surlendemain encore.
Quatre jours seulement je Cparaient de celui où il partirait pour le Néné.- «A,
Il redoutait maintenant, autant qu'il
avait désiré, ce moment où il lui fan drait dire adieu à la France,
l eñt voulu rester, guetter le retour à
4 vie de celle qu'il avait aimée, qui «imait toujonrs.
Mais il ne pouvait, à présent refuser de remplir la mission sollicitée avec tant T'acharnement, un mois plus tôt.
Ce n'était plus un privilège qu’on lui uccordait, c'était un devoir qu'on lui inl'osait
U fallait le reniplir, | Georges Taverrier le lui fit compren- «are.
{lui promit de le tenir au courant de tout ce ani pourrait l’intéresser.
Hélas ! lorsque Jacques recevrait la lèttre de son ami, des semaines se se- ‘aient écoulées depuis le jour où celui- C1 l'aurait écrite,
Régine serait morte, peut-être alors qu'il l’espérerait sauvée,
.La veille de son départ, quand il eut dû s’occuper d’une foule de détails matériels, auxquels heureusement le cApifaine voyait pour lui, Jacques de Labatière entrait encore dans le chalet, tout entouré de verdure et de fleurs, sur le quel la Mort continuait à planer étendant son aile noire, au-dessus du lit, près duquel veillaient un père et une mère éplorés
Avant de s'en aller, avant de voguer vers ce pays brülant où il avait des chances de rester, comm il Le disait, atteint par le fléau qui y rêgne à l’état endémique, où massacré par quelque horde noi re, Jacques réclania la sttprême faveter de pénétrer dans la chambre où Régine avait été frappée, —la chambre nuptiale, —et où elle était restée
Cette faveur ue pouvait lui être refu see,
Son oncle l'introdnisit,
Régine sommeilluit
La respiration s'échæppait, courte, s'if flante, de sa bouche entr'ouverte
Deux plaques rouges marquaient ses pommettes : la fièvre était ardente.
Elle n'ouvrit point les yeux : elle ne prononça que quelques paroles, des varo les délirantes qu'il ne comprit poiut.
Jacques la regardait, la gorge étranglée, des larmes sous les paupières.
Il ne put articuler un mot.
Un quart d'heure au moins, il demeura debont, au pied du lit, immobile, les yeux rivés à ‘e cher visage qu'il ne reverrait peut-être jamais plu
Puis il s'en alla, marchan: :
se retenant pour me jus “rier
Mais quand il fut « avec son oncle, sorti” 1 sion eut lieu.
Le vieux marin ::
ques s’y jeta.
Et les deux homu:s des senglots bruyants, fants.
Deux heures plus tard Jacies : Labatière retrouvait le capitaine Taverrier au restaurant, où ils dînaient d'habitude dans ce même cabinet particulier que, huit jours auparavant, ils désertaient avant de s'être mis à table.
Jacques donnait à son ami sa dernière soiréee à Paris.
Elle fut mortellement triste, cette soirée.
Le morne chagrin de l'un gagnait l'autre ; puis ces séparations par elles-mémes ont quelque chose de solennel.
L'ami qui reste se demandait, avec
‘CcLiIons,
un vague effroi, si ve n'est pus la dernié re fois qu'il serra la main de celui qui sen va.
Il ne songe point que ce qui est écrit eat écrit dans le livre du destin, et que l'aiguille qui tourne au cadran de l’Eter.
nité s'arrête, inflexible, à l'heure war quée pour la fin de chaque créature,
Jacquesde Labatière prenait ue train de nuit,
Le capitaine de Taverrier le conduisit à la qure, passa avec lui sur | quai l'enibarqnement.
Quand le conp de siilet ent retenti, innonçant le départ, et qne le train #6 branla, Jacques agit son chapean et cria :
— Adicer
-Au revoir ‘répondit son camarade.
essayant d'affermir su voix
Mais le spasme au cœur qui l'avait étreimt toute la soirée le comprimnit plus fort.
La figure à la fois énergique et douve du jeune lieutenant restait devant <es veux, alors que les Wagons filaient et qu'il ne le voyait plus,
[rentra dans dans la sulle d'attente en murmurant ;
— Pauvre Jacques!
Il y avait quinze jours que le lieute.
nant Jacques de Labatière voguait en pleine mer, et trois semiines qu'avait eu lieu le «rame de la villa d’Asnières.
Le silence commençait à régner autour de cette affaire à flot.
Georges Traverrier, qui y cherchait matin et soir les moindres détails le concernant, ne fut pas peu stupéfait d'y trouver les ligues suivantes:
(( Un important aveu vient d’être en.
registré par l’ins truction au sujet du crime d’Asnières,
(( Le drame prend comme nous l’a.
vions pressenti d'ailleurs. une tonrnure absolument passionnelle; le mari n’aurait (( vu rouge }) qu'après la révélation d'une intrigue lui prouvant qu’il n'au-
rait pas été. le premier aim
() Voici ce qui s'est passe
(( Avant hier le magistrat chargé de débrouiller cet imbroglio à voeu un:
missive, conçue à peu prés en ces tes hies
(© Monsieur le juge d'instruction.
(( Voulez-vous savoir ecmment umenée chez M, Panl Y\ éling lit furieuse qui lui n fait poignarder à, fenime!
(€ En arrivant à la villa d'Asnières Paul Yveling a trouvé sur une table dans sa chambre, une lettre, lui racon.
tant les amitiés de Mlle de Labatioy avec un de ses cousins, et siwné par ce cousin fui-même,
“Une explication à dû avoir Den 6:
c'est sans d'ute an cours de cette e: pli cation qu'il à frappé,
“Voilà la vérité, la seule
Le jeune homme, qui n'avait ax qi sous l'empire du désespoir que lui cau sait le mariage de sa cousine, à éprouss les remords les plus cuisants en voyant!
le résultat de sa dénonciation.
“Ilest parti pour Le centre de } Atri que chercher la mort chez les sauvages au service de la France, ?
Ces lignes lues, Georges Taverrie s'arrêta.
Sa moustache s'était hérissée, ses sourcils bien arques sur ses yeux d'un gris d'acier se rapprochaient énergique ment, donnant au regard, à la phisio nomie tont entière une expression dt dureté menscante,
— Qu'est-ce que cette histoire lgrami mela-t-il en arpentant avec fureur 84 chambre de garçon ; qui a pu la for.
ger ?. Quel ennemi Jacques s’est.il fait lui qui est la générosité, la loyauté mé me ?
Il marcha ainsi de long en large pendant cinq minutes, ramassa le journal qu'il venaii de jeter par terre et s0n front se creusant davantage, lut la gui.
te.
“Il est certain, comme le dit le billet ancnyme, que cette lettre émane du cou.
sin même de Mile de Labatière, un jeu.
t tu
ne officier, parti en mission ilya une quinzaine de jours.
“Il aura prié un ami de la mettre à la boite. au Lbout d’un laps de temps convenu.
“Cette révélation, si elle explique le drame, ne change point la face des choses.
“La victime n’est point encore hors de danger ; le meurtrier, interné provisoirement à l’hospice Sainte-Anne, y detueure zu observation.
“De Saint-Anne il sera transféré à Bicêtre, ou bien il passera en cour d’assises, suivant le rapport des médecins aliénistes,
“C'est égal, le rôle joué dans cette affaire par le “cousin” est un triste rôle.
“On comprend qu'il ait demandé la “périlleuse mission” d'où il reviendra peut-être avec la croix d'honneur.”
Cette fois, le capitaine Taverrier lacéra le journal avec rage,
— Qu'est-ce que c’est que cette ignoiinie ? murmura-t-il ; quia pu inventer cela ?
Car dans son esprit pas un doute ne Haissait.
Jacques était incapable d'un infatie.
Son amour eüt-il été payé de retour Régine eût-elle trahi ensuite pour un tutre tous ses serments qu'il n'eût jamais—encore bien moins après le matriage qu'avant—révélé à son rival le inystère des baisers échangés.
Il eût juré, sur ce qu’il avait de plus sacré, que le lieutenant de Labatière était la victime d’une machination.
D'ailleurs, Jacques qui se confiait a lui, comme on ne se confie point quelquefois à un frère, se fût trahi, lui eût avoué la faiblesse à laquelle il s'était laissé aller, égaré par la jalousie et par le chagrin,
Le capitaine passa une journée fiévreuse, pénible.
I lui prit d'abord l'envie d'aller au bureau du journal das lequel il avait lu les lignes qui déshonoraient son ami.
J1 se rendit compte qu'il lui faudrait
se 15
entrer dans tous les bureaux de rédae tion de Paris, car tous les journanx parlaient dans le même sens.
Puis il pensa à solliciter une audienve du juge d'instruction.
Celui-ci l'écouterait-il ?
Ne lui demanderait-il pas compte de son intrusion dans cette affaire ?
Non seulement cetteintervention pouvait ne pas changer la face des choses, mais elle ferait peut-être en ce sens qgelle attirerait davantage l'attention sur un incident oublié dans quelques jours, plus de mal que de bien.
Puis il ne lui était pas permis, à lui ofticier, de se mêler à de semblables histoires, étant donné surtout le poste qu’il occupait.
Il se voyait déjà blâmé par son ministre, remplacé peut-être, envoyé dans quelque trou où il se morfondrait plusieurs anrées,
Si cette disgrâce eut dû laver Jacques de Labatière de la calomnie dont on le salissait, il l’eût courageusement encourue.
Mais, encore une fois son intervences pouvait lui être plus nuisible qu’utile,
Après de violents combats avec soi même, le capitaine T'averrier résolut de se taire,
Cette résolution ne devait pas temr longtemps.
Le soir, au cercle où il se rendait presque chaque jour, —composé ak.solunent de l'élément militaire, — il entendit prononcer dès son entrée le nom du lieutenant Labatière.
Cela était inévitable.
Il s’y attendait, et pourtant il se sentit pâlir.
Sans affectation, il s'éloigna du groupe vers lequel il s'était dirigé d’abord.
IL s’assit à une table de whist,
Le jeu le favorisait peu et il perdit plusieurs parties.
Au bout d’une heure, Georges Taverrier se leva.
Autour de lui encore, on prononçait le nom de son ami.
Les paroles de blâme arrivaient à ses ureilles, des exelamations ivdignées.
Son sang bouillait dans ses veines.
Lorsqu'il entendit cette épithète : Lä.
ché ! envoyée à celui qui ne pouvait y répondre, il lui sembla qu’elle s’adressait à lui.
—Ah : non . pas cela, par exemple “ous Mentez, mon cher, Jacques de La.
batière n’est pas un lâche.
Celui à qui il faisait cette réponse, un tapitaine comme lui et en très bonnes relations avec lui, changea de couleur.
—Chacun ici pense comme moi ; je ne mens point, rétractez cette parole, Taverrier.
<-Je ne rétracte rien, et chacun à tort penser comme vous.
— Vous viendrez nous dire tion de prévenir le mari.
—Labatière n'a point prévenu le ma- : cette histoire est forgée à plaisir.
—Tous les journaux sont unanimes. . —Allous donc les journaux, la presse : vous me parlerez de sa loyauté, peut être ?
—Lci, elle n'est que l'écho de l'instruction : il n’y a pas à dire le magistrat a parfaitement reçu cette lettre...
elle est claire.
—C'’est une calomnie, l'œuvre d’un envieux, d'un lâche pour le coup.
— Le lieutenant de Labatière n'avait Loint d’ennemis.
— Vous le reconnaissez. . ii n'avait que des amis.. Un homme qui n’a que des amis est incapable d’une infamie, +— La passion, la déception, est-ce qu’on sait {—$Son départ montre qu'il a éprouve tous les regrets possibles. . Mais trop tard.. Vous avez beau le défendre, il n'en à pas moins commis un acte indigne,
— Encore une fois, vous mentez !
—Taverrier !
-—Eh bien ?
—— Les deux hommes, blêmes se regardaient dans les yeux.
— Voyons, voyons, messieurs, faisait.
on de tous côtés.
—Rétractez-vous ! répétait L’insulté,
de que l’ac-
ER RE de
—-Dites que vous ne croyez poin.: ce que vous venez de raconter, 1épondait
insulteur.
—Je voudrais ne point le croire.
Malheureusement, comme tout le mon.
de, je dois me rendre à l'évidence.
— Vous appelez évidence des racontar journaux ?
—En cette c'rconstance, c'est l’évi.
dence absolue.
—Ah ! vraiment, vous trouvez cela ?
La discussion s'envenimait.
— Messieurs ! messieurs répétait-on autour d’eux.
— Je trouve cela comme tout le monde, dit le capitaine, très échaufté, puis au surplus, je ne vous dois pas compte de mes appréciations. . Vous ne vous rétractez pas ?
—J’en suis loin...
—J'en ai!menti !
—Oui.
-Mes témoins seront chez vous, demaiu à la première heure.
Les miens les y attendront.
— Voyons, messieurs, hasardèrent en.
core quelques voix.
Mais il n'y avait plus aucune média tivn possible.
Le capitaine Taverrier retournait, l'allure calme, vers la table de whist, où le jeu, pendant la courtescène qui ve.
nait de se passer, avait été suspendu, et demandait à deux joueurs de lui servir de témoins.
Pendant ce temps, son adversaire constituait les siens : les arrangements furent pris le soir même.
Le duel eut lieu, discrétement, af.
faire ne devant point sortir du cercle intime où la discussion s'était déroulée,
Taverrier fut touché par son edversaire au défant de l'épaule, une érafiure qui le contraignit simplement à garder la chambre pendant quarante-huit heures.
Après le combat, les deux capitaines s'étaient serré la main, redevenus bons amis.
On ne devait plus prononcer devant Georges Tavérrier le nom de Labatière,
de
Mais ce dernier restait en suspicion.
Le calrie fait dans sont esprit, Taverrier comprenait parfaitement le sentiment généralement éprouvé à l'égard de son arr.
Maintenant ne lui venait-1l pas à luimême, de temps en temps, comme un dovce, une vague crainte que Jacques n’eût commis dans un mouvement d'aberration, l'acte qu’on lui reprochait ?
Il faullit, pour en avoir le cœur net, le lui demander dans une lettre.
Puis ilse révolta contre la cruauté blessante d'une pareille question.
Coupable, les remords de Jacques Labatière étaient de ceux que l'on ne doit pas agraver ; innocent de l'acte qu’on lui reprochait, il n'avait pas besoin de savoir, alors qu'il lui fallait toute sa force morole, comme toute sa force physi que, pour résister aux fatignes et aux dangers d'une expédition lointaine, la calomnie qui courait sur son compte.
Sa première lettre n'en parlait pas
plus que ne devaient en parler les suivantes. [annonçait à Jacques un mieux
sensible dans l'état de Régine de Labatière.
A’moins de complications imprévues les médecins considéraient la blessée comme sauvee.
Régine, en effet, après plusieurs semaines de fièvre, de délire ou de prostration, s'était réveillée pour se raccrocher à l'existence,
À vingt ans, la nature a des ressources qui dénoncertent toutes les prévisions.
Si dangereuse que fut la blessure, si affaiblie que se trouvait la jeune femme par l’hémorragie qui en avait été la conséquence, elle sortit victorieuse de sa lutte avec la mort.
Quand Régine revint à la connaissance des choses, quand sa mémoire se réveilla, elle questionna.
Elle ne voyait pas son mari : allait-il venir, pourquoi n'était-il pas ici ?
D'avance, les réponses étaient prêtes.
Ii ne fallait à la convalescente aucune secousse, aucune émotion.
Son cerveau affaibli ne supporterait le moindre choc.
Mais, sans force aussi pour discuter le plus ou moins de logique d’une explication, il serait facile, jusqu'a ce qu’elle pût subir la révélation, de lui faire croi re ce que l’on voudrait.
On dit à Régine qu’elle avait été prise d’une pleurésie aiguë, accompagnée d’n!
ne fièvre des plus violentes qui mettait ses jours en danger : que son mari l'avait veillée sans vouloir jamais laisser sa place à d’autres qu’il s'était fatigue au point qu'il était tombé malade à son tour ; eufin qu'une fois elle-même hors de danger, les médecins décidaient Paul à partir avec son oncle, pour quelques selnaines aux eaux, à Vichy.
Suivant eux, d’ailleurs, il lui lahait à elle, une tranquillité que la présence de son mari eut troublée.
Les deux o7 trois premières fois qu'on Jui raconta cette histoire, Régine parut s’en contenter.
Au bout de plusieurs jours, elle tit quelques objections. Puis, le surlende ain, elle se mit à dieenter.
Si Paul n'etait plus marade— heu reuséinent, mon Dieu ! car elle eut ressenti les plus affreuses angoisses, cela Pétonnait bien qu'il consentit à demenrer si iongtemy.s loin d'elle.
Mme de Labatière avait beau lui dire qu'il ne faisait qu'obéir à la double prescription du docteur, avec l’égoisme qui caractérise ceux qui souffrent, Ré gine répétait qu'elle trouvait cela étrange, qu'il eût dû être aupres d'elle.
Ah ! certes, on eût pu lui prescrire une saisou aux eaux, à elle, lui défendre de rester près de son marf : si elle eût senti celui-ci triste, s'ennuyant à périr, elle fût revenue bieu vite, s’installer dans sa chambre, certaine que sa convalescence eût marché plus rapidement, elle là.
Il ne l’aimait donc point. ..... autant qu’elle l’aimait ?
Et pas de lettres ; il ne s’informait mème pas de sa femme.
—Mais si, lui dit sa nière, qui voyait ta fièvre empourprer de nouveau ses joues, nous lui écrivons chaque jour, et — jour nous avons une lettre de ui.
—Et tu ne me la montres pas ?..
Oh! maman ....
sara
-—La Facnlsé !
Régine fondit ea larmes.
—- Demain, tu la verras, dit Mme de
Labatière en l'embrassant, mais je t'en prie, calmetoi .. Car c'est à “ondition que, jusque 14, tu serais raisonnable, que je te la donnerai à lire.
Régine. en ce moment, était assise “ans un grand fauteuil, sur ce balcon du premier étage. dont Rosalie David ivaie fait le tour pour se glisser dans là chambre nuptiaie.
Ünc tente en toile, dentelée de rouge, avait été posée de façon à la garantir absolument du soleil et du vent.
C'était la première que Mme Yveling s'asseyait là.
Dans la propriété contiguë, sous une tente également, mais en bas, au jardin, uu homme était assis dans un fauteuil.
Un fauteuil à roulettes de paralytique.
C'était le pauvre oncle Yveling, verclus des quatre membres le regard morue. la bouche muette, désormais un étre sans volonté, sans énergie, une loque humaine.
Si Régine l’eût apercu, elle eût crié yon la trompait.
Mais on avait eu soin de rouler le
fauteuil du vieillard derriere les ruassifs, Et Mme Yveling ne se doutait
voint qu’au lieu de faire une saison à Vichy, il se trouvait à quelques pas irrémédiablement frap>., lui, par le “oup qui avait failli la tuer.
Comme Mme de Labatière se penchait de nouvezu snr elle, pour l’em- ‘rasser. Régine la retint, en passant in bras autour de sun cou.
dt.
—Pauvre mère, pardonne.mor de te faire de la peine. Comme tu es pâle, comme tu est changée tu as donc été bien inquiète ?
—S$i j'ai été inquiète ma chérie !..
plus que je ne l'ai jamais été davs tes maladies d’enfant.. C'est pour cela, vois-tu qu’il faut un peu de rsison de ta part. Si je te vois toujours agitée, nerveuse, l'inquétude me reprendra, me terrassera à mon tour Ma chère petite, je t'en supplie, fie-toi à ceux qui l’entourent, fie-toï à moi Aie de la patience, il t'en faut encore.
—Eb bien, j'en aurai.. .j'en aurai Ah !
—C'est cette douleur murmura-t.elle cette douleur entre les deux épaules, qui me répond dans la poitrine au moin:
dre mouvement
—Oui il faut tenir tu le sais à peu près immobile.. C'est la suite de la pleurésie,
Cela passera, mais tu t'en sentiras uu certain temps encore.
Mine de Labatière était rentrée dans la chambre pour y prendre un flacon de qu’elle glissa sous les narines de sa
Celle ci la la rapoussa, ayant snr ses lèvres, qui redevenaient roses, Un sourire.
--Oh ! c’est inutile à présent .
Je me sens foite... .Je Aeux être forte, puisque c'est seulement lorsque je serai tout à fait bien que Paul revixndra:
Mme de Labatière sans répondre, alla se rasseoir dans un fauteuil faisant face à celui de sa fflle.
Elle reprit un ouvrage de tricot, un grand châle en fin lainage bleu clair qu'elle faisait pour celle ci, mis de côté depuis dix minutes.
Mais a ant de recommencer à tra.
travailler, elle le laissa retomber sur ses genoux,
—Tu l’aimes donc bien ton mari ?
fit-elle comine quelqu'un qui sort avec
6 Le Mal de Vivre
an à
peine les mots de sa gorge :
—Ob ! oui ! répondit Kégine au fond de son cœur.
La mère poussa un soupir.
— Plus que moi ? demanda-t-elle.
Et la jeune femme sourit encore.
—-Allons, voilà maman jalouse. , Pauvre petite mère, maisce n’est pas la même chose. .pas du tout, je t’assure.
— Je sais bien. aussi, n'est-ce point de la jalousie que j'éprouve. c'est de la crainte.
Commeut cela ? de la erainte.
—Oni, j'ai peur que tu ne tombes de ton rève tout d’un coup..Les hommes ne sont jamais ce que nous les croyons ma chérie.
— Comment te figures-tu donc que je crois mon mari !
—Comnie un être parfait ... l'idéal que se font toutes les jeunes tilles.
—Oh ! combien tu te trompes, ma- RAD... .
Je suis sûre que Paul a de grandes qualités mais jelui crois aussi de petites imperfections. . ... C'est bien plus gentil, du reste ; comme il aura souvent à me pardonner quelque chose, je veux avoir à lui pardonner aussi.
Mme de Labatière poussa un souper, plus profond que le premier.
Cette fois, Régine la regarda, absolument surprise.
— Dieu veuille que tu n’éprouves pas de désillusion, tit lentement la pauvre
ame.
— Et quelle désillusion voudrais-tu que j'éprouve ?
—Le sait-on.. ...Enfin admettons qu'elle arrive,-je la supporterais-tu couragensement.
Maintenant il y avait de l’effarement dans les yeux bleus de Régine.
-Mon Dieu! fit-elle, qu'y a-til onc ?
Et elle redevint très pâle. elle se mit à trembler.
Mais rien, il n’y a rien....aftirma sa mere effrayée, c'est une simple supposition...
—Je t'en prie, maman, ne fais plus
oo
de ces suppositions-là... ..elles me causent trop de peine,
C’est fini, je n’en ferai plus.. Vois comme tu es encore faible.. Allons, abordons un autre sujet.
Mais la jeune femme ne prétendait point aborder un autre sujet.
Les mères sont inventives lorsqu'il s'agit de la santé de leurs enfants.
Mme de Lubatikre passa sa soirée à écrire une missive de deux pages, en déguissant son écriture pour que sa tille ne flairât pas une supercherie
Régine n'avait jauais recu de lettre de celui dont elle n'était la femme que de nom
Elle ne soupçonna rien.
Toujours faible d’ailleurs, la vue nu peu trouble, elle distinguait les mots.
sans s'attacher aux caractères.
Paul, qui écrivait soi désant à Mine de Labatière, ne parlait que de sa feu ne.
À la fin de la lettre, il donnait de ve nouvelles à lui,
Sa cure, elle ne serait guère terminece avant quinze jours.
Il espérait du moins qu'il pourrait, à ce moment. venir retrouver Régine
Cette dernière ne parvint pas à retenir ses sanglots.
Quinze ‘ours ! [lui semblait que cela ne finirait jatnais.
Sa luere ne s’inquitta pasen la voyant pleurer.
Les larmes soulagent plus qu'elles ne font de mal.
La pauvre femme pensiit que dans ce laps de temps de quirze jours, les ovcasions se présenteraient pour elle de mettre petit à petit sa fille au courant de la vérité,
Les pleurs de Régine se séchèrent.
Elle relut la lettre, y posa les lèvres à plusieurs reprises, et la plissa sous son vreiller,
L'après-nmidi comme Ja veille, lu jenne femme se leva et resta plus lou temps sur le balcon.
M. de Labaticre était allée à Paris.
CRC SUR de 2 LT
Îl ne rentra que lscir, vers 8 heu-
res.
Mme de Labatière descendait dans
la salle à manger, où deux couverts «e trouvaient mis,
L'ancien capitaine de frégate était
plus nerveux que d'habitude.
Sa femme devina de suite qu'il venaitd'éprouver une nouvelle contrariété.
Eile voulnt l'interroger.
I répondit, très brusque :
—Mangeons d'abord, je meurs de (aim,
Il toucha à peine le repas, d'un premier mouvement chaque plat qu'on lui présentait n'y revenant qu'après des instances réitérées.
Et quand ils eurent fini, quand la domestique eut enlevé la nappe, que la porte se fut refcrmée sur elle, le vieux marin alla pousser la fenêtre grande ouverte sur le jardin, revient s'asseoir pres de sa compagne, et tirant un journal de sa poche, il le lui tendit en disant is MA pauvre amie. J'aurais voulu te le cacher, mais tu le sauras de main,
-— Quoi encore ? balbutia Mme del batière, dépliant le journal hésitante.
— Oh ‘rien si l'on veut... nne amer.
tume de plus pour nous, Simplement,
[l appuya ses coudes sur la table, nuit son Visage dans ses mains et résta linmobile jusqu'à ce qu'une exclamation de sa femme le tirait de sa torpeur.
—Ce n'est pas possible, Jacques pas fait cela !
—J'ai dis comme toi...
c'est clair. . trop clair...
Ce n'est pas possible ! répéta.t elle je jurerais qu'il n'est pas coupable d'une pareille lâcheté,
— Qui veux-tu qui ait forge cette his toire ?
JeTiguore, mais voyons. Ce serait épouvantable !.. Nul mieux que lui ne savait l'honnêteté, la purete de Réuine….
Et il aurait inventé cette si ène odien.
se Et il aurait Gti
repoussant