OBSERVATION XIX
Sur un nouveau cas de maladie de Darier. Séborrhéide végétante, par
MM. Hallopeau et Fouquet (Ann. Derm. et Syph., 1902, p. 228).
11 y a trois ans, le malade a remarqué l’apparition de petits éléments saillants au menton et à la partie sous-hyoïdienne du cou. Ces éléments, du volume d’une grosse tête d’épingle, étaient cachés dans les poils de la barbe. D’abord rosés et secs, ils furent plus tard le siège d’un suintement séro-purulent qui, en se concrétant, donna lieu à la formation de croûtes jaunâtres. Le malade, à ce moment à Lyon, fut soigné à l’Antiquaille, où on lui fit trois épilations suivies d'application de pointes de feu.
Amélioré par ce traitement, il reprit son travail et vint à Paris Les lésions reparurent et c’est alors qu'il vint nous consulter à Saint-Louis.
Etat actuel. — On remarque que le menton est recouvert à peu près entièrement de ces saillies végétantes. Elles atteignent, en haut, le bord cutanéo-muqueux de la lèvre inférieure ; elles se continuent sur les côtés, sans toutefois empiéter sur les joues. Elles se prolongent sur la face inférieure du menton.
La lèvre supérieure est le siège d’une rougeur avec desquamation en fines croûtelles.
Les saillies végétantes sont arrondies ; leur volume varie entre celui d’un grain de millet et celui cl’un grain de chènevis. Les plus volumineuses siègent sur
la ligne médiane, au niveau de la pommette du menton. Elles sont séparées par des sillons peu marqués. 11 existe, néanmoins, deux ou trois fissures plus profondes, à bords taillés à pic, à fond ulcéré. Une partie des éléments correspond aux orifices pilo-sébacés. Ils sont durs au toucher çt leur coloration est d’un rouge pâle. Ils sont recouverts de squames blanchâtres et de fines croûtelles. Le malade n’accuse aucun prurit. Les poils du menton sont en partie tombés ; ceux qui persistent émergent, pour la plupart, entre les saillies végétantes; quelques-uns sont au sommet de ces dernières. 11 n’y a plus le suintement qu’a signalé le malade, mais on voit encore quelques boutons en suppuration.
La région moyenne du crâne est dépourvue de cheveux ; le cuir chevelu, garni seulement de poils follets, est le siège d'une fine desquamation ; on y voit, en outre, des aspérités fines, nombreuses, légèrement pigmentées. Quelques-unes sont recouvertes de croûtelles. Elles existent aussi bien sur le milieu où il n’y a plus que des poils follets que sur les parties latérales encore recouvertes de cheveux. Beaucoup paraissent correspondre à des orifices pilo-sébacés. On trouve, en outre, de nombreux et volumineux grains comédoniens.
A la partie interne des tempes, on voit de petits kystes miliaires.
La conque de l’oreille gauche est le siège d'une fine desquamation épithéliale, sèche maintenant , mais qui, il y a quelques semaines, a été le siège d’un suintement avec production de croûtes. Dans les sillons rétro-auriculaires, on voit plusieurs éléments saii-
lants : ce sont de petites papules arrondies, recouvertes d’une fine squame.
Les mêmes saillies que nous avons décrites au cuir chevelu se trouvent, isolées ou agminées, sur la partie médiane de la poitrine. Un certain nombre d’entre elles sont centrées d’un poil; d’autres présentent, à leur partie centrale, un comédon.
Des éléments semblables sont disséminés sur les parties latérales du tronc. On en voit aussi dans les régions inguinales et inguino-scrotales, ainsi qu’au pubis, en rapport avec les poils de ces régions. Quelques-unes présentent un point de suppuration à leur centre.
Enfin, les ongles des deux mains sont le siège de stries verticales et doublés d’une couche incomplètement kératinisée.