‹ La maladie de DarierChapitre 29 sur 41 · OBSERVATION XXX · texte numérisé non relu

OBSERVATION XXX

Psorospermose folliculaire végétante, par MM. Augagneuk et Carle

(Ann. Derm. et Syphil., p. 655).

Ad. R..., âgée de trente-deux ans, est trieuse de charbon et travaille dans les mines de la Mure (Isère). Elle demeure dans le voisinage, à la Motte d’Aveillans.

La malade s’est présentée le 8 mars 1904, à l’hospice de la Charité (Lyon), pour y terminer sa grossesse, qui en était au huitième mois et demi. En l’examinant, on découvrit une éruption curieuse qui décida son transfert à l’hospice des Chazeaux (Antiquaille), où elle fut admise le même jour, au n° 14 du troisième étage, service de M. le professeur Augagneur.

L’interrogatoire nous apprend peu de chose. Rien à noter dans les antécédents héréditaires ou personnels. Une première grossesse, en 1893, s’est passée

sans incidents. L’éruption actuelle date du second mois de la dernière grossesse, c’est-à-dire de fin juin 1903.

A cette époque, la malade affirme avoir aperçu pour la première fois un grand nombre de petits boutons sur le cou. Elle n’y attacha, d’ailleurs, aucune importance, non plus qu’aux phénomènes qui suivirent. Nous savons seulement qu’en deux ou trois mois, la même éruption s’installa sur l’abdomen, puis descendit sur les cuisses. Au même moment, les avant-bras et le dos des deux mains se couvraient de boutons tout à fait analogues aux précédents. Nous ne pouvons rien savoir sur le mode d’apparition ou sur sa rapidité. Ce peu de renseignements s’explique par l'absence complète de S3^mptômes subjectifs concomitants, mais aussi par la mentalité nettement inférieure de la malade et le manque absolu de soins de propreté.

Actuellement, l’éruption couvre trois régions :

i° Le cou en entier, avec tendance à envahir les régions mastoïdiennes et pariétales. En arrière et sur les côtés, le cuir chevelu est atteint. L’éruption se limite sur le thorax, par une ligne courbe assez régulière, unissant les deux clavicules. La face, le cuir chevelu (yeux et région frontale), sont respectés.

20 Les bras (face antérieure et,, interne) jusqu’à faisselle, le pli du coude, les avant-bras, côté de la flexion, jusqu’aux poignets, le dos des mains et des doigts. Rien sur les faces palmaires.

30 L abdomen en entier avec extension en haut sur les régions lombaires, en bas, sur les plis de l’aine, les cuisses (face antérieure et externe).

Sur chacune de ces régions, l’éruption se dispose différemment et affecte un aspect particulier.

i° Le cou est tout entier hérissé d’une série de petites papules noirâtres, très distinctes, non confluentes, saillantes quelques fois sur une peau brunâtre mais normale, sans aucun signe d’irritation cutanée. Sur le cou, les éléments ont le volume d’une lentille; ils s’atténuent à la périphérie, gros comme des grains de mil, pour disparaître insensiblement. Chacun des éléments représente un petit cône corné, dur, haut de un à deux millimètres, variant du rouge foncé au brun, adhérent faiblement à la peau.

L’extraction par pression forte entre les doigts laisse un petit orifice saignotant contenant un grain jaunâtre qu’un extracteur de comédons peut expulser. Souvent aussi l’adhérence est telle que cette extraction est impossible. Le grattage détache difficilement les éléments.

Les plus volumineux parmi ces petits cônes tronqués présentent, au sommet, une ombilication légère, surtout perceptible à la loupe.

L'ensemble donne à la main, d’une façon très nette, l’impression d'une râpe à fromage. La coloration est évidemment exagérée par les poussières, car une friction faite à l’alcool-éther leur donne un ton beaucoup plus clair.

Aucun signe d’irritation cutanée, sauf derrière les oreilles, où quelques croûtes cachent une rougeur assez marquée de l’épiderme. Pas la moindre sensation de prurit ou de brûlure. Aucune douleur, ni spontanée, ni provoquée.

2° Les mêmes caractères se retrouvent sur les

membres supérieurs, bras et avant bras. La confluence y est moindre. Les papules y sont distantes de 1/2 à 1 centimètre; elles sont également plus petites. Sur le dos des mains, par contre, elles ont des caractères spéciaux. Elles ne sont plus acuminées, mais étalées, ni cornées, ni croûteuses, rappelant tout à fait l'aspect de verrues planes juvéniles avec un peu plus de rougeur et de confluence , car elles se touchent toutes en cette région, formant une nappe papuleuse uniforme. Aucun symptôme subjectif.

Les ongles sont malades. Ils présentent d’abord une striation longitudinale marquée qui ne va pourtant pas jusqu’à la cassure, puis un aspect déchiqueté du bord libre que nous avons mis sur le compte du travail manuel pénible et quotidien. Mais la malade se repose depuis quatre mois , et les extrémités unguéales se cassent avec la même facilité, dénotant, sans aucun doute, une friabilité anormale.

30 L’abdomen, les lombes et les cuisses sont hérissés de productions identiques à celles du cou. Le maximum de confluence se trouve aux aines, où les papules, tassées les unes contre les autres, ne laissent entre elles aucun intervalle de peau saine. De plus, cette région s’est intertriginisée, si bien qu’elle présente un aspect rougeâtre et croûteux ainsi qu'un suintement fétide. Les papules sont plus hypertrophiées, moins acuminées, moins cornées, plus étalées, plus prurigineuses. Elles conservent ce caractère jusque dans les plis génito-cruraux et sur les plis externes des grandes lèvres. A ce niveau, elles sont plus végétantes que folliculaires, affectant quelque res-

semblance avec les plaques muqueuses hypertrophiques de cette région.

L'examen des autres organes ne nous apprend rien.

L'évolution est simple. L’accouchement, effectué sans antécédents, le 25 mars 1904, ne change en rien l’aspect ou le nombre des éléments. Un traitement approprié (lavage et poudre) guérit les complications intertrigineuses génito-crurales et arrête dans leur excroissance les productions vulvaires. Aucune modification sur le reste du corps.

La malade sort le 15 avril pour reprendre, aux mines de la Mure (Isère), son métier de trieuse de charbon.

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