RAPPORT DU PROFESSEUR SCHROTTER
Après, le médecin-major Schrader alla remettre au prince le mémoire rédigé la veille; presque tout de suite, il revint nous apportant un mot du Kronprinz disant qu'il ne se soumettrait pas à la grande opération; et qu'il ferait simplement pratiquer la trachéotomie au moment opportun.
Nous nous réunîmes encore chez le général von Winterfeld et nous rédigeâmes, en présence du prince Wilhelm, le premier bulletin pour le Beichs-Anzeiger. En même temps nous traçâmes une espèce de programme pour les bulletins futurs, de façon à préparer peu à peu l'opinion publique à la nouvelle annonçant toùte la gravité de la situation. Naturellement on aurait pu s'en tenir, vis-à-vis du grand public, au simple diagnostic de la périchondrite. Je ne puis m'expliquer que les journaux aient été en état de publier, une heure plus tard, le résultat de la conversation confidentielle que nous avions eue ensemble. Je fus d'ailleurs très préoccupé, par la suite, de voir tout ce que disaient des journaux qui passaient habituellement pour bien informés.
Je dois ajouter que la princesse me recommanda de ne dire l'entière vérité sur la maladie qu'à l'empereur d'Autriche et au Kronprinz Rodolphe, d'observer un silence complet vis-àvis de la presse ; quelques jours après mon retour, je fus relevé de ma promesse. Le secret n'étant plus gardé à ce momentlà, je parlai de la maladie du prince dans les cercles de mes amis; mais je n'y suis pour rien dans la manière éhontée dont on a exploité mon récit.
Rapport du MORITZ SGHMIDT, Conseiller de santé.
Le 10 novembre je trouvai un œdème jaunâtre et transparent sur la ride aryépiglottique ; ses dimensions étaient telles qu'on ne voyait que les deux tiers antérieurs des cordes de droite et environ un cinquième de celles de gauche. Au-dessous de ces dernières, je remarquai une tumeur rouge foncé avec une incrustation jaunâtre. Toute la muqueuse du larynx était fortement enflammée.
Le 11 novembre l'œdème avait disparu au point que je pouvais voir distinctement la plus grande partie des cordes de gauche et de la paroi postérieure, ainsi que les cordes do droite tout entières.
La muqueuse du larynx n'était pas très rouge. Au-dessous des cordes de gauche, et tout du long, la région sous-glottique était enflée, elle faisait saillie sur les cordes vocales et était rouge foncé; presque tout du long de cette enflure se trouvait une place jaunâtre, irrégulière, légèrement concave, que je considérai comme une ulcération superficielle. L'enflure de la regio subglottica s'étendait sur la paroi postérieure vers le côté droit, où elle se terminait au dernier tiers des cordes de droite par un nodule rouge, gros comme un grain de mil. Dans l'angle antérieur de la glotte, cette enflure s'étendait également à droite.
Les cordes de gauche étaient immobiles.
Je trouvai les glandes lymphatiques du ligamentum conoideum grosses comme un pois. Les glandes sous-maxillaires
RAPPORT DU DOCTEUR MORITZ SCHMIDT
étaient très légèrement enflées. Cek pouvait provenir de la paridis antérieure.
Etant donnés le développement de la maladie depuis dix mois, Tâg-e du malade et les résultats de l'examen au laryngoscope, j'étais obligé de considérer le mal comme une périchondrite déterminée par un carcinome. J'ajoute, à ce propos, que je n.'ai constaté la formation de nodules (comme ici sur les cordes de droite) que dans des cas de carcinome.
Toute opération ultérieure devait donc forcément se borner h l'ablation totale du larynx (car la tumeur avait déjà dépassé la ligne médiane) ou à une trachéotomie simplement palliative. L'ablation totale aurait encore pu se faire avec de grandes chances de succès; mais les médecins présents ne purent décider le prince à s'y soumettre.
Les médecins avaient rédigé une instruction sur les opérations à faire, sur leurs dangers et leurs résultats.
Le prince les étudia très attentivement, puis il se prononça contre l'ablation totale du larynx.
C'est d'ailleurs l'usage de bien renseigner le patient, puis de se soumettre à sa décision.
Les communications qui m'ont été faites par les médecins traitants du prince, les dessins que l'on m'a soumis, ainsi que la reproduction en cire (fort ressemblante paraît-il), faite par le D"" Tobold, du mal tel qu'il l'avait vu en mai 1887; ne me permettent pas de douter, un instant, que les symptômes observés par moi en novembre n'aient été en corrélation directe avec ceux qui ont été vus de mars à mai 1887.
Le cours de la maladie avec toutes ses alternatives, que je n'ai malheureusement pu observer, confirme, malheureusement! de la façon la plus péremptoire, Texaclitude de notre diagnostic.
J'ai observé fréquemment des améliorations momentanées,
56 LA MALADIE DE l'eMPEHEUR FHÉDÉIUr, III
très sensibles, dans des cas de cancer. Le cours de la maladie, depuis le commencement jusqu'à la fin, semble avoir été normal.
Déclaration rédigée par les médecins réunis à San-Remo, du 9 au 11 novembre.
Après des examens répétés et approfondis, les médecins réunis sont absolument d'accord pour déclarer que le prince impérial est atteint d'un cancer du larynx. Toutes les hypothèses relatives au traitement à faire suivre au malade ont été agitées; celui-ci en a été informé; on lui a parlé, en même temps, de l'éventualité possible d'une trachéotomie profonde.
Signé : Morell Mackenzie, Schrotter.
ScilRADER, KrAUSE, MoRITZ ScII.MIDT.
Marck Howell.
On sait que le prince, ayant été informé de la signification et
DES CHANCES d'uNE ABLATION TOTALE DU LARYNX, LA SEULE OPÉRATION