‹ La maladie de l'empereur Frédéric IIIChapitre 6 sur 13 · SERVI DE CE RAPPORT CONTRE LE DIAG.NOSTIC DU CANCER · texte numérisé non relu

SERVI DE CE RAPPORT CONTRE LE DIAG.NOSTIC DU CANCER

Cette fois-ci, pourtant, l'anatomiste pathologique fut vexé, car il avait déjà fait de cruelles expériences avec ses rapports ultérieurs (à cause de l'usage que l'on en avait fait). Il écrivit à Ivrause d'être très prudent dans la signification qu'il donnerait à ce rapport.

Le correspondant médical du British Med. Journal, de San- Remo, n'a pas approuvé ce conseil, car on dit, le 4 février, dans ce journal (n° 1414, page 257) : « Nous recevons à l'instant, de San-Remo, une nouvelle télégraphique qui nous fait grand plaisir. Nous appuyant sur une haute autorité scientifique, nous sommes en mesure de confirmer les rapports fa-

UAl'POHT Df DOCTEUll MOUITZ SCHiMlOT

vorables qui ont paru, dans ces derniers temps, sur l'état de santé du prince. L'escare dont nous avons parlé la semaine dernière, et qui s'est détachée le 17 janvier du siège de cette tumeur, qui avait excité tant de craintes en novembre, avait plus de 2 centimètres de long. La surface qui était restée à nu après l'ablation de ce morceau de tissu, est maintenant tout à fait guéjie, et l'état des parties voisines est satisfaisant au plus haut point. »

Le 29 janvier sir Morell Mackenzie reparut de nouveau à San-Remo. Le soir de son arrivée il alla voir le D*" Bramann et le pria d'assister à la visite le lendemain matin ; il disait que la trachéotomie n'était pas encore nécessaire pour le moment, mais que I on ne pouvait savoir ce que la suite amènerait. Pendant la contrevisite de Bramann, il dit que le côté gauche allait sensiblement mieux, que le gonflement était moins fort et que l'on pouvait, par suite, voir les cordes de gauche, qui n'étaient nullement détruites. Par contre, disait-il, il y a à droite une enflure plus forte que celle qu'il y avait à Noël, et de nature inflammatoire. C'est elle qui nécessiterait la trachéotomie; mais on n'aurait recours à cette opération que si la difficulté de respirer augmentait par trop.

A cinq heures du soir, et après avoir fait usage de cocaïne, le D' Bramann examina, le premier, le larynx : le côté gauche et la paroi postérieure montrent un gonflement plus fort qu'en décembre, l'orifice du lai'ynx est rétréci de plus de moitié. L'enflure, diffuse auxenvirons des cordes de gauche, se termine, vers le bas, par une partie de couleur grise, dentelée irrégulièrement. On ne peut pas voir au-delà à gauche. L'enflure pénètre tellement dans l'orifice que, lors de la ])honation, son sommet s'étend à droite au-delà du bord des cordes de droite. En outre de cela la rima glottidis est aussi fortement rélrécie sur le devant. On ne pouvait voir entière-

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ment l'enflure au-dessous des cordes de droite. Celles-ci sont beaucoup moins mobiles qu'en décembre.

C'est certainement pour cela que la voix n'existe plus. Il n'y a pas de difficulté de respiration ; le prince respire tranquillement quand il marche, môme vite, sur un sol horizontal ; elle se fait sentir quand il monte un escalier ou qu'il gravit une montagne; cela a frappé le prince, et il en a parlé à Bramann, aujourd'hui, sans que celui-ci lui ait rien demandé. Le manque d'air se fait sentir également quand il parle. Les glandes de la région sous-maxillaire ne semblent pas plus grosses qu'avant. Par contre, on sent sur le côté gauche, dans la partie inférieure du cartilage thyroïde, une excroissance qui s'étend jusque près du muscle crico-pharyngien sans l'avoir atteint. La peau à cet endroit est mobile, l'enflure elle-même est difl'use, dure, unie et tout à fait insensible à la pression.

La croissance régulière et continuelle de la tumeur et l'enflure DU larynx, visible maintenant a l'extérieur, du coté gauche

DE LA TUMEUR, DÉCIDÈRENT ALORS BrAMANN A DEMANDER INSTAMMENT A SIR MORELL MaCKENZIE DE FAIRE VENIR DE SUITE LE D'" YON BeRGMANN.

Il lui dit que celui-ci attendrait volontiers quelques jours à San-Remo, si la trachéotomie ne devenait pas immédiatement nécessaire. Mais sa proposition fut rejetée comme elle l'avait déjà été les jours précédents.

Le D"" Bramann dit à ce sujet :

« Déjà pendant le mois de janvier j'avais exprimé, à différentes reprises, aux médecins traitants, mon regret de n'avoir pas été appelé plus tôt près du prince, d'autant plus qu'il avait éprouvé de la difficulté à respirer du 14 au 17 janvier. Dans ces conditions je répudiais toute responsabilité, caria trachéotomie serait faite trop tard, et le conseiller intime von Bergmann ne pourrait plus venir à temps.

Le 31 janvier, Mackenzie, que j'allai voir, me dit qu'à son

«APPORT DU DOCTEUR MORITZ SCHMIDT

avis ropération deviendrait nécessaire dans 2 ou 4 semaines et que moi je la ferais alors. Je m'y opposai très énergiquement, et j'insistai pour que l'on fit venir von Bergmann. Je dis que je ne ferais l'opération que s'il y avait subitement une difficulté de respirer ; que, si cette difficulté se faisait sentir progressivement, il fallait en tous cas appeler le D'" von Bergmann. De plus j'ai aussi fait remarquer à Mackeuzie, que le prince éprouvait déjà maintenant delà peine à respirer en montant les escaliers; cette difficulté n'était pas encore bien grande, il est vrai, mais il fallait s'attendre à la voir augmenter. J'exprimai, en outre, le désir d'avoir plus fréquemment occasion de voir et d'observer le malade, car le D"" Bergmann, comme moi, d'ailleurs, ne voudrait opérer qu'après s'être rendu compte par lui-même de la nécessité de l'opération et d'après sa propre inspiration. Malgré cela on ne me fit pas venir avant

LE JOUR de l'opération, ET MÊME JE NE VIS PLUS LE PRINCE JUSQu'a CE JOUR-LA.

J'appris, par son entourage, dès les jours suivants, que le prince changeait souvent de physionomie, et que sa respiration devenait de plus en plus difficile quand il montait les escaliers. Les 3 et 5 janvier j'interrogeai à ce sujet le D"" Schrader, qui ne fit que confirmer ce que l'on m'avait dit. Je lui demandai si l'on voulait toujours encore ne pas m'appcler et si, en présence de cette difficulté de respirer, il ne serait pas prudent, dès maintenant, de faire venir le D'" von Berffinann. Le D'' Schrader était de mon avis et ne demandait pas mieux que de faire son possible, sous ce rapport; mais il me pria de ne pas insister et d'attendre tranquillement qu'il eût pu ari;iver à ses fins.

Le dimanche 5 février, le D"" Schrader et les aides de camp m'informèrent que la difficulté de respirer avait tellement augmenté, que pendant le dîner les personnes assises à l'autre'

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bout de la table entendaient distinctement chaque aspiration du prince. En montant les escaliers (bien commodes pourtant ! ) de la villa il était obligé de s'arrêter plusieurs fois. Pendant les promenades en voiture, il mettait bien pied à terre, mais il ne faisait que quelques pas à pied. En outre du manque d'air, il se plaignait aussi d'une grande fatigue et d'une faiblesse des -jambes.

Le lundi 6, au matin, ces messieurs me dirent que la difficulté de respirer était plus grande et dans l'après-midi du même jour je télégraphiai au D'' von Bergmann : « Strideur même par une respiration tranquille, tenez-vous prêt à partir. » Krause me confirma également les dires des aides de camp, j'en conclus que la tumeur du côté droit avait rapidement augmenté. Je demandai si l'on ne croyait pas nécessaire de faire venir, de suite, von Bergmann; l'on me répondit que Mackenzie arrivait le lendemain et qu'il déciderait. Puis eut lieu un entretien, assez long, sur le diagnostic du mal; Krause se prononça pour la périchondrite et cita, à l'appui de son dire, l'expectoration de ce lambeau nécrotique, chose qui n'arrivait jamais avec les carcinomes.

Le 7 février j'appris par Schrader que la nuit n'avait pas été très bonne et que Mackenzie avait constaté une augmentation notable de l'enflure. Schrader demanda instamment que l'on fît venir Bergmaim, mais on n'en fît rien, et pour ma part je ne fus pas invité à assister à la consultation suivante. Chose étonnante, la Gazette de Voss, du même jour, annonça à Berlin — probablement d'après des sources anglaises — que la trachéotomie serait pratiquée le jeudi suivant, 9 février.

Le Truth écrivait encore le 9 février : c Les journaux sont mal renseignés quand ils prétendent que cette opération si importante sera faite par le D"" Bramann. Il est vrai

«APPORT DU DOOTEUn MORITZ SOHMIDT

que ce jeune homme est planté pour cela à San-Remo et pas pour autre chose. iMalgré cela j'ai de honnes raisons de croire que, si la trachéotomie devient nécessaire, elle sera exécutée par une main anglaise et commandée par une tête anglaise. »

Le mercredi, 8 février, de bonne heure, j'appris par Schrader que la nuit avait été mauvaise, par suite de maux de tête, et que la strideur avait été plus forte. Mackenzie, disait-il, devait m'inviter à assister à la visite le jeudi malin, et après cela on déciderait l'arrivée de Bergmann. (Je l'avais de nouveau demandé dans les termes les plus pressants.)

Le mercredi, après midi, j'allai voir Mackenzie, car les aides de camp m'avaient parlé de l'augmentation de la difficulté de respirer; je lui demandai si elle était réellement aussi grande et si la trachéotomie devenait imminente. Dans ce cas je proposais de télégraphier immédiatement à von Bergmann, aimant mieux qu'il fût là trop tôt que trop tard. Il me répondit, qu'a son avis, nous avions encore de huit a dix jours

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