‹ La Maladie de PascalChapitre 4 sur 11 · II. — Maladie de 1 enfance · texte numérisé non relu

II. — Maladie de 1 enfance

Reprenons maintenant, dans quelques-uns de ses points essentiels, celle longue observation.

La maison natale de Biaise Pascal, siluée dans une rue étroite des abords de la cathédrale, ne paraît pas avoir été très hygiénique, à en juger par les descriptions qui en ont été faites. La vieille maison, où naquirent tous les enfants d'Etienne Pascal el d'Antoinette Begon était rue des Gras, quartier aujourd'hui bouleversé; au témoignage de Marguerite Périer, maîtres el serviteurs y étaient à l'étroit.

Entre un et deux ans, Biaise « tomba dans une langueur semblable à ce qu'on appelle à Paris tomber en chartre ». D'après La Mothe le Vayer, cité par Brunschvicg, « les enfants tombés en atrophie, que nous disons être en chartre, se portent aux Chartreux tous les vendredis de l'année ».

Dictionnaire portatif de santé (L** de B**, 1771, 3'édit.) Chartre, s. m. (sic). « Dépérissement auquel sont sujets les enfants, qui les rend secs, hectiques et tellement exténués qu'ils n'ont plus que la peau sur les os.

« C est une espèce de marasme particulier aux enfants, accompagné d'une langueur et d'une maigreur considérable et d'un ramollissement des os qui les rend courbés et noués. »

Le Dictionnaire de Richelet ajoute à la définition du mot : on s'adresse à saint Fénin (note de M. Gazier).

Pour des enfants étiques, noués, rachitiques, c'était bien le saint de choix.

Nysïen : « Chartre, nom vulgaire du carreau. Ce mot est synonyme aussi d'étisie, de consomption. »

Littré est formel: « Chartre, i : nom vulgaire du carreau ; cette maladie retardant le développement et tenant le petit malade comme en une chartre, en une prison ; tomber en chartre. »

A. de Vailly dit que tomber en chartre est la traduction du latin tabescere.

Les annotateurs du Dictionnaire de La Curne de Sainte- Palaye ajoutent à l'article Chartre : prison, maladie; cette maladie est l'atrophie mésentérique ou carreau.

Bescherelle : Cet enfant est en chartre ; dans le langage médical, on dit plutôt carreau.

Hatzfeld et Darmesteter. Chartre i. Par ext. spécial1 . , maladie dite aussi carreau. Tomber en — , avoir le carreau.

C'est donc le carreau qu'a eu Biaise Pascal, affection assez mal délimitée parles médecins d'autrefois, dont les caractères les plus apparents étaient un amaigrissement considérable du haut du corps et des membres, un ventre gros et d'une dureté semblable à celle d'un carreau; ils entendaient généralement par là la tuberculisation atrophique des ganglions mésentériques, mais sans symptômes d'entérite tuberculeuse, où le ventre devient mou. Voilà un premier point dont il était facile de s'aviser.

J'ai dû citer le mémoire de Marguerite Périer, car on en

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a l'ail étal pour affirmer que, dès son enfance, Pascal avait présenté des phobies morbides. In manuscrit dit bien que Gilberte ! 'crier avait fait ce récit ; mais la Vie de Pascal, par Gilberte, n'en parle (joint. Mlle n'a poinl jugé que la chose valût d'être rapportée. Elle était mère, et il n'est guère «le mères d'enfants précoces, qui n'aient à raconter quelques <« caprices » inexplieables de ce genre. Il faut faire la part de l'imagination de celle qui fut miraculée en son enfance et qui aima toujours à voir et à raconter des faits sortant de l'ordinaire, des actions subites et merveilleuses.

La santé de Biaise paraît avoir été assez bonne jusqu'en 1 64 1 - Son intelligence est remarquable. Dès 1 638, il était assez bon géomètre pour se mêler aux discussions des maîtres de l'époque, Descartes et Roberval qui fréquentaient chez son père. Son Kssay sur les coniques est de 1640.

En 1641, Gilberte Périer note qu'à partir de ce moment, sa santé commença de décliner. Elle ne précise pas ; mais le mot « incommodités » revient souvent sous sa plume : troubles digestifs, migraines par auto-intoxication, qui en sont la conséquence. Le mot « délicatesse », qu'elle emploie aussi, se dit encore couramment aujourd'hui pour désigner l'état précaire de la santé des jeunes gens fluets et maladifs, candidats à la tuberculose.

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