‹ La Maladie Du Sommeil Et Son TraitementChapitre 7 sur 20 · MD EE · texte numérisé non relu

MD EE

Les individus mal nourris, mal habillés, obligés de supporter les intempéries, ceux qui sont contraints de mener une existence pénible, sont mis en état de moindre résistance, et l'affection évolue chez eux avec prédilection. C'est pourquoi on la note souvent chez les indigènes qui font partie des caravanes, dans les camps, parmi les peuplades qui font la guerre où dans les villages trop peuplés.

L'humidité du sol est une excellente condition pour la propagation de la maladie, certainement parce qu'elle est aussi une condition de vie pour la tsé-tsé qui la propage. En outre, cest aussi un facteur du paludisme, et il est certain que celui-ci trace la route à la Trypanosomiase. Le trypanosome aime l’hématozoaire et se trouve souvent avec lui chez le même sujet.

La diathèse scrofuleuse prédisposerait ausst à la maladie.

Mais toutes ces causes sont très secondaires et la maladie du sommeil ne s’observe jamais s'il n'y à pas son agent producteur, le trypanosome. La présence de l'agent vecteur de celui-ci, la mouche tsé-tsé, est nécessaire, à quelques exceptions près.

CAUSES. DÉTERMINANTES. — Trypanosome el mouche tsésé. — Depuis longtemps, étant données la marche et Pévo-

lution de la maladie, on souçonnait qu'elle devait être produite par un agent infectieux, microbien ou parasitaire, lorsqu'en 1901, Dutton et Castellani le découvrirent tour à tour dans le sang et dans le liquide céphalorachidien de malades du, sommeil. Cet agent fut appelé Trypanosoma gambiense.

Depuis quelques années, on connaît bien le mode d'introduction du trypanosome dans l'organisme humain. Il est inoculé par un agent qui joue à son égard le même rôle que le moustique pour l'hématozoaire du paludisme, Cet agent

est la mouche: tsé-tsé, et son intervention dans létiologie de l'affection, soupçonnée et démontrée par Brumpt et vérifiée par Bruce et Nabarro: ne fait aujourd'hui de doute pour personne. En effet, la distribution géographique de la mouche coïncide avec celle de la maladie du sommeil, et partout où l'insecte existe, la maladie peut s'acclimater. De plus, à l’examen du sang contenu dans l'estomac des mouches capturées, on constate la présence de trÿpanosomes en nombre plus ou moins considérable. Le professeur Koch, au cours de la mission de recherches qu'il a dirigée dans Afrique allemande, a définitivement élucidé le mode d'infection des mouches. Celles-ci vivent, en effet, tout particulièrement, dans les lieux boisés, dans les forêts vierges, dont les lianes épaisses abritent aussi les animaux sauvages, et se plaisent surtout au voisinage des cours d'eau, dans les endroits bas, au bord des lacs et des rivières où elles pullulent. Ge sont 1 des conditions paraissant essentielles à leur existence. Que lon déboise une contrée où elles abondent (lexpérience a été faite), et elles disparaissent aussitôt pour se cantonner dans les endroits où la végétation est restée luxuriante. Dans ces bois, la Glossina pique les vertébrés sauvages, le gros gibier, surtout les antilopes, les buffles, les hippopotames, mais il paraît ressortir du dernier rapport de Koh que c'est surtout sur les crocodiles qu'elles aiment à se nourrir. Elles piquent ceux-ci entre les écailles de leur carapace et arrivent ainsi à remplir leur estomac de sang. Cette prédilection pour le sang de crocodile explique en partie que la mouche aime à rester au bord de l’eau, ou dans les îles qui sont au milieu des fleuves où des lacs, où les sauriens se retirent et viennent s'étendre au soleil. Ces animaux ont dans leur corps des trypanosomes, mais ils sont réfractaires à l'infection, et ne présentent aucun des symptômes de la Trypanosomiase. Sans

ôtre incommodés en rien, ils communiquent les germes aux

er.

mouches qui les {ransmattent à l'homme. Et la preuve que c'est bien chez l8 crocodile que les insectes s’infestent, c'est que dans leur estomac on trouve en même temps que des parasites, des globules de crocodiles qui se reconnaissent au microscope d'une façon très nette à leur forme générale, qui ne saurait être confondue avec celle des globules d'aucune autre espèce.

On peut ainsi expliquer que les populations riveraines de rameurs et de pêcheurs soient les plus éprouvées par l'affection, car elles vivent en contact immédiat et constant avec les glossines.

ependant, ce n'est pas uniquement dans les pays où il y a des glossines que l’on observe la maladie#Dans d’autres régions où l’on n’a jamais rencontré la mouche, il y a pourtant des léthargiques. Mais l'explication de ces cas est simple. 11 advient, en effet, que pour arriver à gagner leur vie,

les indigènes des pays pauvres vont se livrer à des travaux

variés dans des contrées plus riches. [ls y contractent la maladie, rentrent chez eux et sont remplacés par d'autres indi- , I P

vidus de leur tribu qui se contaminent à leur tour. Il sem-

ble done que les rapports entre les diverses peuplades soient un facteur prépondérant de la dissémination de l'affection. C'est là aussi certainement l’origine des cas sporadiques que l'on observe en maints endroits.

Bien que la maladie'ne soit pas contagieuse, il semble cependant que dans certains cas, elle ne puisse être complètsment expliquée par l'inoculation des trypanosomes par la mouche tsé-tsé. Ainsi, Koch a observé qu’en un village du pays de Kisiba, où la glossina est inconnue, beaucoup d'hommes étaient cependânt infectés. Il réussit à trouver la raison de ce fait, parce qu'en interrogeant attentivement ces malades, il apprit qu'ils avaient longtemps habité Uganda où la maladie fait des ravages considérables. Rentrés chez

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cux, ils avaient constitué un foyer de l'affection. Cependant, dans ce même village, et c'est là le point intéressant, on observait quinze femmes qui étaient atteintes. Maïs elles n’éfaient jamais allées dans l'Uganda, et même elles n'étaient jamais sorties de leur pays. Quelle était done la genèse de l'infection chez elle ? C'est ce que le professeur allemand s'attacha à déterminer, et il arriva à des conelusions importantes. ,

Dans ce cas particulier, deux faits principaux étaient à retenir : d'abord, toutes ces femmes vivaient ou avaient vécu avec des hommes qui étaient infectés ou qui étaient morts de la maladie ; en sécond lieu, dans un cas, un homme malade avait trogs femmes qui toutes trois étaient atteintes de Trypanosomiase.

Ces faits, le dernier surtout, parurent ne pas être seulement une simple coïncidence, et Koch en conclut que la maladie doit pouvoir se transmettre par les rapports sexuels, « car si, dit-il, une autre cause que celle-là, les insectes suçeurs, par exemple, avait porté la maladie à Kisiba, ce ne serait pas seulement les femmes dont les: maris avaient des trypanosomes qui fussent devenues malades, mais aussi des femmes dort les maris étaient bien portants, des femmes vierges, des enfants et des vieillards qui vivent en rapport étroit avec les gens infectés. »

D'autre part, on ne peut guère attribuer dans ce cas l’infection chez ces femmes à un autre genre d'insectes que la glossina, car il est avéré que ces autres espèces qui sont très abondantes à Kisiba, moustiques, taons, stomoxys, ne peuvent transmettre les trypanosomes.

I semble donc que l'hypothèse de la contamination par les rapports sexuels, doive être considérée comme démontrée. Il se passerait là, en somme, quelque chose d’analogue à ce qu'on observe dans la Dourine ou mal du coït, qui, affecte

uniquement les reproducteurs des Equidés, et où l'accouplement est la seule voie par laquelle puisse se transmettre la contagion.

Il n'en reste pas moins vrai que chez l'homme, l'agent vecteur principal et: presque unique du trypanosome de la maladie du sommeil, est la Glossina. Maïs toutes les espèces de Glossina sont-elles aptes à transmettre l'infection ?

Il y a sept espèces de Glossina bien caractérisées. Ce sont : Glossina fusca, G. longipennis, G. morsilans, G. pallipedes, G. palpalis, G. longipalpis, G. tachinoïdes. TL y a, en outre, deux espèces douteuses : G. pallicera et G. Bocagei. Il est nettement démontré que, de toutes les espèces, la glossina palpalis transmet la maladie. Mais Brumpt ayant observé que dans certaines contrées où la G. palpalis n'existe pas, mais où, en revanche, il y a des G. fusca, il y a aussi des léthargiques, à songé à incriminer celles-ci. En 1905, M. Greig en faisant piquer deux singes par des G. pallipedes, longipennis et fusca, leur a transmis l'infection. Koch enfin a réussi à l'inoculer à des rats, auquels il injecta de petits trypanosomes qu'il avait trouvés dans la trompe de la fusea.

Il semble donc que les diverses espèces puissent propager la maladie. Néanmoins, les expériences doivent être continuées pour élucider ce point.

Comme le rôle de la Glossina palpalis ne fait aucun doute et. que, d'autre part, c'est l'espèce la plus fréquente, c'est elle

que nous décrirons.

Glossina palpalis. — Découverte en 1830 par Robineau- Devoidy, elle se caractérise par sa taille qui est de 0,008 mm. à 0.009 mm. 5, par conséquent légèrement supérieure à celle d'une mouche ordinaire ; la tête seule mesure 0,0025 à 0,0027 ; les ailes ont une longueur à peu près égale à celle du corps. La couleur de l’insecte est sombre, et les ailes sont

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