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LE PARASITE DE LA FIÈVRE TROPICALE

ou

(( PLASMODIUM PRAÊCOX »

ou

« LAVERANIA MALARIAE »

Il est nécessaire, avant de faire connaître les caractères microscopiques de cette plasmodie, de dire quelques mots au sujet des caractères cliniques que revêtent les diverses formes de fièvres auxquelles elle donne naissance chez l'homme :

Ces fièvres existent surtout sous les tropiques, où elles consti-

tuent l'immense majorité des fièvres malariques. D'après Koch, 89 "/o de ces pyrexies devraient être rapportées à cette forme dans l'Afrique orientale ; et, d'après le même auteur, cette proportion serait encore plus forte pour l'Afrique septentrionale. Van Campenhout et Dryepondt (i) donnent des chiffres assez semblables pour l'État Indépendant du Congo.

C'est en vertu de la fréquence prédominante de ces fièvres sous les tropiques, qu'on leur a donné le nom de « fièvres tropicales ». Hâtons-nous de dire pourtant, qu'elles ne sont pas propres aux régions intertropicales exclusivement. Elles se manifestent également dans le Sud de l'Europe : Grèce, Sicile, Dalmatie, Croatie, et surtout en Italie où elles sont particulièrement fréquentes vers la fin de l'été et au commencement de l'automne ; d'où le nom de (I fièvres aestivo-automnales » que leur ont donné les Italiens. On a également observé des épidémies de ces fièvres dans les pays du Nord : en Finlande, et sur les côtes de la Hollande, de la France et de la Belgique où elles sont pourtant devenues très rares.

Une des caractéristiques de ces fièvres consiste en ce que, à rencontre des fièvres tiei ces et quartes que nous avons décrites, et qui sont relativement bénignes, elles revêtent parfois un caractère de haute gravité, et engendrent fréquemment la perniciosité. C'est ce qui leur a valu le nom de (( fièvres malignes » ou (( fièvres pernicieuses )) qu'on leur donne parfois.

Les symptômes de ces fièvres sont essentiellement mobiles ; il n'y en a qu'un seul qui soit invariable : c'est l'anémie profonde qu'elles déterminent. Ce sont ces fièvres qui conduisent à la cachexie palustre, et qui préparent le terrain pour l'hémoglobinurie. Elles peuvent adopter tous les types pathologiques : cholériforme, dysentériforme, typhique, myélitique, névralgique, etc.

Les fièvres tropicales peuvent se traduire sous les formes de fièvres intermittentes franches, rémittentes, ou continues. Il est toutefois à noter que les courbes franchement intermittentes ne s'observent jamais q««-chez les patients atteints des premiers accès, comme c'est le cas pour les nouveaux débarqués au Congo.

(1) Van Campenhout et Dryepondt. - Travaux du Laboratoire médical de Leopoldville 1899-igoo.

En général, les fièvres malignes n'ont pas de type bien marqué : Le frisson manque souvent. L'ascension thermique ne se fait pas brusquement comme dans les fièvres bénignes tierce et quarte que nous avons décrites ; elle peut durer i5 heures. La température se maintient longtemps à son maximum (i5, 20, voire même 3o heures) ; puis, tombe assez rapidement en 12 à 14 heures. La totalité de l'accès dure donc de 3o à 5o heures environ. Quant à rap3'-rexie, elle est souvent très courte, et ne dure en tout cas que quelques heures. Parfois même, l'apyrexie n'est plus une intermittence ; celle-ci est remplacée par une courte rémission ; la température alors, remonte pour former un nouvel accès avant même d'être descendue à 37° D'autre fois encore, elle ne retombe même pas jusque 38° ; elle s'arrête à 3g° pour retracer aussitôt la courbe d'un nouvel accès.

Que la fièvre soit régulière, irrégulière, continue ou rémittente, elle peut toujours être rapportée à un type tertiaire : Koch(i) a eu le mérite d'avoir établi ce fait, et d'avoir démontré que fièvre tropicale et fièvre aestivoautomnale des Italiens étaient deux fièvres identiques.

Caractères microscopiques du parasite de la fièvre tropicale.

Ce parasite peut seul former des corps en croissant. La présence d'un seul de ces derniers dans le champ du microscope, suffit pour établir le diagnostic de fièvre tropicale.

Au début de l'accès fébrile, et durant les premières heures qui suivent, on ne trouve dans le sang périphérique que de rares schizontes, se présentant sous forme de petits corps annulaires atteignant à peine i/5 ou 1/6 du diamètre d'un globule rouge. Ces parasites, colorés, montrent un anneau capillaire très fin, se détachant excessivement bien sur le fond du globule rouge ; ils sont munis, dans une partie de leur circonférence, d'un renflement, d'une espèce de bouton qui est la chromatine. nucléaire.

Au fur et à mesure que l'accès se déroule, ces anneaux s'accroissent de plus en plus, et augmentent en nombre. ■

Vers le milieu de l'accès, ils ont le 1/4 ou le i/5 du diamètre d'un globule rouge ; et peuvent atteindre la 1/2 du diamètre d'un globule rouge vers la fin de l'accès et pendant la période d'apyrexie.

(i) Deutsch. med. Wochenschr. 2 Febriiar 1899

Quel que soit leur degré de développement, ces scliizontes sont donc"toujours plus petites que celles des parasites des fièvres tierce et quarte. Elles se détachent mieux que ces dernières sur l'hématie, et sont donc plus facilement observables qu'elles, à l'état frais. Elles sont animées de mouvements amiboïdes très vifs, mais n'élaborent du pigment que très lentement ; les grands anneaux seuls en sont pourvus. Ce pigment est très fin, peu abondant, d'une couleur

FiG. 27.

Parasite de la fièvre tropicale.

De a kj, divers aspects du parasite ; en^, deux parasites dans un globule ; k-l^ corps en croissant (gamètes) ; m, gamète devenue sphérique ; 0, microgamétocyte émettant des microgamètes. (D'après Thayer et Hewetson)

brun foncé, et se dépose surtout à la périphérie du parasite. On observe assez rarement un courant pigmentaire.

C'est sur l'absence de pigment dans les anneaux que certains auteurs, notamment Mannaberg, s'étaient .basés pour décrire deux fièvres quotidiennes aestivo-automnales, l'une à parasites non pigmentés, et la seconde à parasites pigmentés. Marchiafava et Celli ne crurent jamais à la réalité de cette division. Ils pensèrent avec raison que le parasite pigmenté était un parasite jeune, âgé de moins de 24 heures, et qui n'avait pas encore eu le temps d'élaborer de pigment.

Quant au globule rouge qui héberge le parasite, il tend à se contracter, et devient plus foncé. Il est fréquent de rencontrer un

globule rouge infecté par deux parasites ; ou peut même en observer qui en contiennent 3, 4, voire 5.

Quand les anneaux ont atteint leur complet développement, ils émigrent dans les capillaires des organes internes (foie, rate, moelle des os, cerveau) pour faire leur segmentation. Aussi faut-il, pour les observer alors, avoir recours à la ponction de la rate. Les schizontes se divisent dans ces organes, en un nombre de mérozoïtes variant entre 7 et 12, mérozoïtes qui sont plus petits que ceux des parasites des fièvres tierce et quarte.

Lorsqu'un certain nombre de stades schizogo niques se sont succédés, on voit apparaître dans le sang périphérique des corps en croissant : ce sont les gamétocytes. (fig. 27 k-1 et Pl. III 8-9)

Les corps en croissant, encore appelés corps semi-lunaires, sont des corps cylindriques, à contours nets, incurvés et plus ou moins pointus aux deux extrémités. Ils sont incolores à l'état frais, et présentent vers leur centre un noyau entouré d'un amas de granulations pigmentaires plus ou moins abondantes, qu'on peut toutefois rencontrer également disséminées dans d'autres parties du croissant. Ils ont S à. g fi, c'est-à-dire qu'ils sont un peu plus grands qu'une hématie normale ; leur diamètre est de 2 /i. Ils ne sont pas animés de mouvements amiboïdes ; mais ils peuvent changer lentement de forme, et devenir successivement fusiformes, ovalaires, et enfin sphériques. Laveran lui-même avait fait cette observation, il y a longtemps, sous le microscope ; Ross la fit dans l'estomac du mousstique. Les corps en croissant se rencontrent soit emprisonnés dans un globule rouge, soit libres dans le plasma sanguin. Ily en a parmi eux qui possèdent des flagelles ; ce sont les gamétocytes mâles. Le globule hébergeant est parfois décoloré au point que sa périphérie seule est visible, et que celle-ci prend, entre les deux extrémités du parasite, l'aspect d'une fibre arciforme.

Plusieurs hypothèses ont été émises sur la nature de ces corps : Bastianelli, Bignami, et la plupart des auteurs les considéraient comme des formes stériles, dégénérées, de la plasmodie. D'autres les considéraient comme des kystes vides, produits de l'affaissement des corps sphériques après le détachement des flagelles. Pour Laveran, c'était un parasite enkysté ; pour Mannaberg, c'était une syzygie, c'est-à-dire le produit de la copulation de deux anneaux qui s'en-

kystaient. Mannaberg croyait trouver une preuve de son assertion dans la fréquence de la présence de deux anneaux dans une seule hématie, et dans le fait que ces corps en croissant montraient la plus grande ténacité à la quinine.

Les études de ces dernières années ont détruit toutes ces hypothèses, et ont montré que ces corps n'étaient autre que des gamétocytes pouvant se développer dans deux directions : les micro- et les macrogamétocy tes .

Quant aux flagelles qu'on voit parfois se former sous le microscope, et qui sont émises parles gamétocytes parvenus à l'état sphérique, ce ne sont autre chose que des microgamètes. De même qu'on les voit parfois se libérer de la gamète sous le microscope, de même ils s'en détachent dans l'estomac du moustique pour se mettre à la recherche des macrogamètes. Les mouvements des microgamètes sont très vifs ; fait qui plaide contre l'hypothèse qui avait été émise jadis, que ces corps sphériques et semi-lunaires représentaient des formes agoniques du parasite.

Quant à la durée du cycle sporogonique de la plasmodie, elle est d'environ 8 jours à la température de 28 à 30° centigrades. 18° au moins sont nécessaires ; car, lorsque la température ambiante est de 170, les microgamétocytes n'engendrent plus de microgamètes dans l'estomac du moustique.

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