I. ŒUFS
Œufs de Culex.
La ponte de ces œufs est facile à obtenir et à observer in vitro. Le matin, en se levant, on fait durant la saison d'été la chasse, dans sa chambre à coucher, aux Culex femelles gorgées de sang, qui y sont restées enfermées. On sera alors généralement étonné de constater d'une part, le nombre assez grand de moustiques qui ont pu satisfaire leurs appétits sanguinaires ; et d'autre part, le nombre de piqûres dont on a conservé les traces, et qu'on n'a point ressenties. Ces traces peuvent même avoir complètement disparu au moment du réveil ; d'autres même ne se remarquent plus deux heures après la visite de l'insecte.
Les différents moustiques capturés seront tenus prisonniers séparément dans des tubes à réactif, au fond desquels on aura préalablement laissé tomber quelques centimètres cubes d'eau. Dans ces conditions, l'insecte pond sûrement dans un temps qui varie généralement entre deux et trois jours, mais qui peut se prolonger jusqu'au delà de huit jours si la température ambiante est peu élevée. Cette
FiG. 42
ponte a toujours lieu la nuit, et comporte de trois cents à quatre cents œufs. Lorsque l'insecte sent approcher le moment où il va se débarrasser de ses œufs, il se dépose à la surface de l'eau ; il étend ensuite en arrière ses deux pattes postérieures, et les croise en X, tandis que la partie postérieure de son abdomen effleure la surface du liquide. Le premier œuf qui sort est pincé dans l'angle que font les pattes postérieures, et y est tenu verticalement, le gros pôle en bas. Une ou deux secondes après, sort un deuxième œuf qui est accolé au devant du premier ; le troisième est placé latéralement, touchant en partie le premier, et en partie le deuxième. La même place, sur la face latérale opposée, est réservée au quatrième. Le cinquième se place audevant du second, et ainsi de suite, (fîig. 42)
Au fur et à mesure que le nombre d'œufs pondus devient plus considérable, le croisement des pattes postérieures s'opère de plus en plus en arrière. Il arrive ainsi un moment, à la fin de la ponte, où les deux pattes postérieures ne se touchent plus que par leurs extrémités ; de croisées qu'elles étaient, elles sont devenues pour ainsi dire parallèles.
La ponte achevée, l'insecte écarte le produit d'un léger coup de pattes, et s'envole.
Au moment où il est déposé, le produit de la ponte est blanc ;
il devient noir deux ou trois heures plus tard. Il est formé par une petite masse ovalaire de i3 millimètres environ de longueur sur 3 à 7 millimètres de largeur, légèrement incurvée, de façon à présenter une face inférieure convexe qui flotte sur l'eau, une face supérieure concave, et deux extrémités pointues et relevées ; les deux faces latérales sont relevées également. Cette disposition générale rend la masse
FiG. 43
Œufs de Culex vides de leurs larves, et dissociés sous le microscope. De ci de là, quelques opercules.
émineinment apte à la flottaison, ce qui justifie absolument la dénomination de bateau qu'on lui a donnée. On a comparé ce bateau à la fiente de souris dont il a d'ailleurs la grandeur. Les œufs sont accolés les uns aux autres au moyen d'une substance gélatineuse ; tous les gros pôles se trouvent à la face inférieure, dans l'eau, tandis que les pôles pointus sont à la face supérieure qui est aérienne. C'est cette disposition qui engendre la concavité de la face supérieure, et qui fait que cette face est moins large que la face inférieure.
Si on examine la face inférieure du bateau à un faible grossisse-
ment, on observe que les œufs ne se touchent pas par toute leur périphérie : chaque œuf est en contact avec quatre œufs voisins aux quatre extrémités de ses deux diagonales (fig. 42). Ainsi, les parties de son pourtour qui correspondent aux extrémités de ses diamètres antéro-postérieur et transverse sont libres, et séparées des parties correspondantes des six œufs voisins par un espace rempli de substance gélatineuse non pigmentée. Cette disposition fait que les œufs ne peuvent se déprimer mutuellement, attendu qu'ils ne se touchent que tangentiellement.
Comme le bateau est ovalaire, la rangée d'œufs la plus longue sera la rangée médiane antéro-postérieure. Des deux côtés de cette rangée, les rangées antéro-postérieures contiendront de moins en moins d'œufs jusqu'à n'en avoir plus qu'un, comme c'est le cas pour chacun des deux œufs situés aux deux extrémités du diamètre transverse du bateau. Les rangées transversales contiendront de plus en plus d'œufs, à mesure qu'elles se rapprocheront davantage de la rangée transverse médiane.
L'Œuf, vu sous le microscope, présente deux extrémités ou pôles : un pôle supérieur pointu, et un pôle inférieur, gros et arrondi ; c'est ce dernier qui plonge dans l'eau. Au pôle inférieur de l'œuf, juste dans l'axe de celui-ci, on peut observer à un faible grossissement (go dian.) un point noir entouré d'un cercle brillant, qui lui-même est entouré par une zone plus sombre, finement striée radiairement. Le point noir est l'expression optique d'un orifice qui est le micropyle. Tout ce pôle inférieur se détache sous forme de calotte lors de l'éclosion de l'œuf : c'est l'opercule, (fig. 43)
Le pourtour de l'œuf est jaune. Sa paroi est parcourue par un fin système de canalicules remplis d'air. On peut, à travers cette pa:roi, poursuivre tout le développement de l'embryon, et distinguer très bien deux points noirs qui sont les yeux de la larve ; on peut même observer les mouvements de celle-ci à travers la cuticule de l'œuf.
Nous avons dit que pour assurer la ponte d'un culex, il fallait que le tube en verre dans lequel on a emprisonné l'insecte contînt de l'eau. Il existe quelques rares exceptions à cette règle ; c'est ainsi qu'il a été parfois observé que le culex privé d'eau, déposait ses œufs sur les parois de l'éprouvette. Ross qui a été témoin de ce fait, a même pû faire éclore ces œufs trois mois après leur ponte. Cette éclosion
peut également s'observer chez des œufs retirés de la surface aqueuse sur laquelle ils ont été déposés ; seulement il faut alors que l'œuf, au moment où il est retiré de l'eau, ne contienne pas encore d'embryon, smon il ne résisterait pas à la dessication. Œufs d'Anophélès.
L'Anophélès femelle pond de cent à cent cinquante œufs, qu'elle dépose à la surface de l'eau, généralement sans ordre géométrique bien caractérisé. A l'encontre de ce que nous avons observé pour le Culex, ces œufs sont déposés horizon-
Fig. 44
Œufs d'Anophélès à la surface de l'eau.
(Extrait de : The Thomson Yates Laboratories Report, Liverpool 1901,
Vol. III Part II)
talement sur l'eau ; de sorte qu'ils flottent à la surface, couchés sur un de leurs flancs. Ils ne sont pas intimement accolés les uns aux autres comme les œufs de Culex ; les Anophélès les déposent sous forme de bandes composées chacune de trois, quatre, dix et même vingt œufs. Les œufs d'une même bande sont réunis entr'eux par une substance peu adhésive ; et l'ensemble de ces diverses bandes provenant d'une même ponte, forme à la surface de l'eau une tache d'apparence variée. L'Anophélès bifurcatus dépose ses œufs en étoiles plus ou moins bien dessinées ; dans ce cas, les œufs se touchent par leur pointe. L'Anophélès claviger peut exceptionnellement pondre ses œufs sous cette même forme d'étoiles, (fig. 44)
Les œufs n'adhèrent pas fortement les uns aux autres ; un petit choc contre le bocal qui les contient, ou une brise légère à la surface
de la mare où ils sont déposés, les disperse, dissociant les bandes en amas de deux à cinq œufs. C'est ce qui explique comment on rencontre rarement à un même endroit d'une mare un grand nombre de larves, comme c'est le cas pour les larves de Culex.
Vœuf est fusiforme, et présente deux pôles dont l'un est moins pointu que l'autre. D'un pôle à l'autre de l'œuf, et de chaque côté de celui-ci, s'étend une pellicule chitineuse qui montre un élégant treillis de coUonnettes noires circonscrivant des aréoles d'un beau bleu clair ; ce treillis n'est autre chose qu'une petite chambre à air ouverte vers le haut.
Sous notre climat, la larve éclot généralement deux ou trois jours après la ponte. Dans les pays intertropicaux, l'éclosion in vitio peut se produire au bout de 24 heures.