LARVES
Les larves de moustiques se composent de trois parties : la tête, le thorax et l'abdomen.
„ , ^ La tête porte latéralement
En haut . ^
2 yeux noirs et 2 antennes barbelées ; elle est en outre munie de robustes appendices buccaux entourés des deux côtés par des touffes de soies mobiles ayant l'aspect de grosses moustaches brunes. Ces soies sont des organes rotatoires ; elles servent à déterminer dans l'eau un tourbillon qui entraîne vers la bouche de la larve les matières alimentaires ; elles sont plus déve- •^^ loppées chez l'Anophélès que
FiG. 45 chez le Culex.
Larves sortant des œufs. t -, i.
^^?vfr..;f a ^, ^ete est en outre recou-
(iixtrait de : 1 hc Thomson Yatcs Laboratories
Report, Liverpool 1901, Vol. III, Part II); vcrtc entièrement de touffes de
soies légèrement barbelées. Elle est mobile dans tous les sens ; est plus large que longue, et est reliée au thorax par un cou mince et flexible.
Le thorax se compose de trois pièces soudées ; sur les côtés de chacune d'elles est implantée une paire de soies. '
L'abdomen se compose de neuf segments qui vont s'amincissant d'avant en arrière, et qui sont nettement séparés les uns des autres par des incisures profondes. Les trois premiers segments portent latéralement et en leur milieu une touffe de soies longues ; cette touffe est plus courte sur les segments suivants. Le huitième présente deux ouvertures qui sont les stigmates des tubes trachéaux ; et le neuvième porte à son extrémité l'anus entouré de quatre lamelles délicates qui sont les papilles anales ; on y trouve également des soies natatoires dirigées vers le bas. Certains auteurs considèrent ces papilles comme des branchies ; d'autres n'y voient que des organes de fixation.
Les larves jeunes sont transparentes ; elles noircissent au fur et à mesure de leur évolution. Elles ont l'aspect d'une épingle ou d'un point d'exclamation. A un faible grossissement, on distingue le long de leur thorax et de leur abdomen le tube digestif situé au milieu de deux tubes trachéaux.
Une larve de moustique fait quatre miîes ; les trois premières mûes se font lentement, la peau se détachant par morceaux, tandis que lors de la dernière mûe, la peau se détache d'une pièce. Au sortir de l'œuf, les larves ont un millimètre de longueur environ ; elles en ont trois après la première mûe, de quatre à cinq après la deuxième, et de sept à neuf après la troisième. Ces chiffres sont des chiffres moyens, calculés spécialement pour le Culex et l'Anophélès claviger.
La croissance et la métamorphose des larves sont très rapides. A cette rapidité d'évolution correspond une alimentation vigoureuse ; aussi, les larves dévorent-elles jour et nuit ; elles sont très carnassières, et, faute d'aliments, se nourrissent volontiers de larves d'une autre espèce ; les Anophélès particuhèrement, ne dédaignent nullement les larves dé Culex. En règle générale, les larves se nourrissent d'infusoires, de protozoaires, d'algues, de diatomées.
Larves de culex. (fig. 46)
Elles se reconnaissent facilement à distance,
grâce à leur attitude dans l'eau ; elles restent suspendues verticalement à la surface par un prolongement du 8^ anneau abdominal qui fait avec le ge anneau un angle de 60" environ, et qui se termine par une ouverture entourée de quatre papilles ; c'est dans cette ouverture que débouchent les deux tubes trachéaux. Le prolongement est
Fig. 46 Larve de Culex.
aussi long que la moitié de l'abdomen. La larve se suspend au miroir de l'eau par ses quatre papilles déplissées ; ainsi elle se trouve en état de respirer en équilibre stable sans nul effort musculaire. Elle peut pivoter autour de ce point d'attache en se plaçant dans toutes les positions, et en décrivant même un cercle complet ; de plus, grâce à la flexibilité de son thorax sur l'abdomen, elle peut tourner la tête dans toutes les directions, et arrive ainsi à pouvoir dévaster, pour se
nourrir, toute une sphère dont le diamètre est aussi grand que son corps ; enfin, grâce au tourbillon qu'elle est en état de provoquer avec ses pièces buccales, elle attire à elle les proies situées en dehors de cette sphère.
La larve peut, quand elle le veut, gagner le fond de l'eau ; c'est ce qu'elle fait d'ailleurs, au moindre danger. Il lui suffit pour cela de fermer ses papilles trachéales ; n'étant plus alors accrochée à la surface, et étant plus lourde que l'eau, elle descend à pic, sans devoir exercer le moindre effort musculaire ; toutefois, elle peut, grâce à des mouvements de flexion et d'extension de ses anneaux abdominaux, et grâce aussi à ses soies natatoires, varier la direction de la descente. La larve ne peut rester longtemps au fond de l'eau ; elle doit assez rapidement retourner à la surface pour respirer. Pour remonter, elle doit faire appel à sa force musculaire ; à cet effet, elle bat l'eau de ses anneaux abdominaux qu'elle infléchit et étend alternativement, en décrivant des mouvements d'anguille.
Larves d'Anophélès.
Tandis que les larves de Culex se tiennent suspendues verticalement dans l'eau, celles d'Anophélès affectent à
Nymphe Larve d'anophélés Larve de culex (dans l'eau) FiG. 47
la surface liquide une position horizontale. Cette différence dans l'attitude est due à ce que les larves d'anophélés ne possèdent point de prolongement trachéal, tandis que les deux stigmates trachéaux s'ouvrent directement chez eux à la surface dorsale du 8^ anneau. Cette disposition anatomique fait que la larve d'anophélés ne peut plonger la tête profondément dans l'eau ; sinon, ses stigmates se
détacheraient de la surface, et l'insecte cesserait d'être en communication avec l'atmosphère.
Ceci nous explique pourquoi les larves d'anophélès sont si difficilement transportables : les mouvements imprimés au bocal qui les contient ne leur permet pas de rester en communication avec l'air extérieur, et elles meurent asphyxiées. Ces mêmes considérations nous permettent de conclure que le champ d'alimentation de la larve d'Anophélès sera forcément plus restreint que celui de la larve de Culex ; heureusement, l'insecte parvient à suppléer à cet inconvénient par la rotation très aisée de la tête, laquelle peut tourner de 180° environ, tout en déterminant au moyen des appendices buccaux et des organes rotatoires, un tourbillon intense dans l'eau ; grâce à ce tourbillon, les matières alimentaires viennent frapper le miroir de l'eau d'où elles sont réfléchies vers la bouche de l'insecte. Si par hasard, la bouche est parvenue à saisir une grosse pièce telle que larve de culex, la tête se remet immédiatement en position normale.
Lorsqu'elle est dérangée dans sa tranquillité, la larve d'Anophélès ne gagne pas immédiatement le fond de l'eau, comme la larve de Culex ; elle ne fait que se déplacer horizontalement par quelques rapides mouvements en coups de fouet imprimés par ses derniers anneaux abdominaux ; ces mouvements sont plus puissants et plus rapides que ceux de la larve de Culex. Ce n'est que lorsqu'elle se croit sérieusement en danger qu'elle gagne le fond de l'eau.
A la surface de l'eau, la larve d'Anophélès n'avance pas, mais recule ; la face ventrale de son abdomen est tournée vers le bas, la face ventrale de sa tête est tournée vers le haut. Pour descendre au fond de l'eau, la larve se laisse choir sans déployer le moindre effort musculaire ; arrivée au fond, elle repose sur le dos. Pour remonter, elle fouette l'eau de ses anneaux abdominaux et regagne la surface dans la position verticale, tête en bas.
Habitat des larves.
Les larves de Culex aiment de préférence les eaux plus ou moins putrides. Elles ne se développent que rarement dans les mares permanentes, c'est-à-dire dans des eaux marécageuses non putrides, maintenues claires par des animaux inférieurs,
notamment les protozoaires ; elles ne se développeront donc pas dans des eaux claires des fontaines ou des ruisseaux, où pousse une végétation abondante. Aux larves de culex, il faut des eaux dans lesquelles existent des végétaux ou des plantes aquatiques, pour autant toutefois que ces eaux ne deviennent pas franchement putrides. Ces larves se développeront donc de préférence dans de petites collections d'eau accidentelles, dépourvues de végétation verte et quelque peu riches en bactéries, telles les eaux d'ornières, et les eaux que la pluie a déversées dans des récipients divers tels que boites en fer blanc vides, tonneaux etc.
Si l'on met des larves d'Anophélès dans un aquarium contenant de l'eau de pluie sans trace de végétation, la plupart de ces larves ne tardent pas à mourir. Si on y met des larves de Culex, au contraire, celles-ci s'y développent très bien. Il semblerait résulter de ce fait qu'un milieu favorable au développement des larves de culex est défavorable pour les larves d'Anophélès. Si les larves d'Anophélès ne se développent pas dans un tel aquarium, c'est parce qu'il se formera rapidement à la surface de l'eau une petite pellicule composée de bactéries et d'autres animaux inférieurs. Les larves de Culex peuvent traverser cette pellicule grâce à leur appendice stigmatifère ; mais les larves d'Anophélès, qui sont dépourvues de cet appendice, et dont les deux tubes trachéaux s'ouvrent directement à la face dorsale de leur abdomen, ne peuvent plus, dans une telle eau, mettre leurs stigmates en contact avec l'air.
C'est ce qui explique pourquoi les larves d'Anophélès se développent toujours dans des mares permanentes, claires, dont la limpidité et la propreté sont entretenues par des protozoaires et des animaux inférieurs.
Pour résumer, nous dirons donc qu'en règle générale, les larves de Culex ont un habitat fovéal, et les larves d'Anophélès un habitat palustre.