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DURÉE DES MÉTAMORPHOSES

On distingue dans l'évolution d'un moustique six stades : un pour l'œuf, quatre pour la larve, et un pour la nymphe.

La durée des métamorphoses varie considérablement, suivant :

1° Le genre et l'espèce. Les Anophélès se développent plus lentement que les Culex.

2° le climat. L'évolution est plus rapide en Afrique qu'en Europe.

3° la température. Le développement des larves cesse en dessous de 12° centigrades. En Europe, à la température de 25 à 27" centigrades, il faut environ 25 à 27 jours pour que l'œuf d'Anophélès arrive à l'état d'insecte parfait. Trois à quatre jours peuvent suffire en Afrique, d'après Ross.

40 la quantité de nourriture. Quand la nourriture est abondante, et que la température dépasse 25°, le culex peut se développer en une semaine.

Kerschbaum dit que la durée d'un stade est égale à la durée totale de tous les stades divisés par 6.

Les moustiques se multiplient d'une façon extraordinaire. Kerschbaum a établi à ce sujet des calculs édifiants :

Nous avons vu que le Culex pondait en une seule fois une moyenne de 3oo œufs ; d'autre part, la femelle qui a hiverné peut donner naissance à 7 générations. En admettant que la moitié des œufs donne naissance à des femelles, le total de i5o femelles pour la ire génération, sera porté à un million de milliards à la 7e.

L'Anophélès claviger pond en une fois environ i5o œufs, et peut

donner naissance à 4 générations en une année. En admettant que la moitié des œufs donne naissance à 75 femelles, ce total sera porté à 3i 1/2 millions de femelles à la 4^ génération.

Chap. V. — MŒURS DES MOUSTIQUES.

Habitat.

Les moustiques, quel que soit le genre auquel ils appartiennent, se tiennent à l'abri du soleil, du vent et de la pluie. Pendant le jour, ils restent immobiles dans les herbes, les roseaux, les branches, et les buissons, autour des mares qui leur ont servi de berceau. Souvent aussi, on les trouve en grande quantité sous l'arche des ponts. Certaines espèces, tel l'Anophélès claviger, abandonnent souvent les endroits qui les ont vu naître, pour élire domicile dans les maisons et les étables, où elles se tiennent dans les coins obscurs, à l'abri des courants d'air et de la lumière. Ces Anophélès pénètrent dans ces habitations et étables par les portes et les fenêtres qui s'ouvrent dans la direction de la mare où ils ont pris naissance ; c'est ce qui explique ce fait depuis longtemps observé, que certaines parties d'une même maison sont réputées malsaines, alors que d'autres ne le sont pas ; c'est ce qui explique encore comment il existe dans certains villages des maisons réputées malarigènes, à côté d'autres qui sont salubres, mais orientées différemment.

D'autres moustiques, tel l'Anophélès bifurcatus, se réfugient rarement dans les maisons et les étables. Ils vivent de préférence à l'air Hbre, dans les forêts et dans les bois, autour des fontaines et des sources.

Epoque du vol.

Nous avons vu que les moustiques fuyaient la lumière du jour ; ce ne sont donc pas des insectes diurnes. Ils ne quittent leurs retraites qu'à la tombée du jour, et se mettent alors à la recherche de leur nourriture. Ils se reposent assez longtemps

vers le milieu de la nuit, pour recommencer à voltiger, quoique moins longtemps, au crépuscule du matin.

C'est donc le soir, quand le soleil est descendu à l'horizon, qu'on est le plus exposé aux piqûres infectantes des Anophélès. C'est pourquoi, dans les pays à malaria, il faut prendre la précaution de fermer les fenêtres de ses appartements avant la tombée du jour.

Influence de la lumière.

Les moustiques sont attirés par la lumière artificielle, mais ne voltigent pas autour de cette lumière, à l'instar des autres insectes. Comme cette lumière artificielle ne lés retient pas, et ne les empêche par conséquent pas de chercher à piquer, il est indiqué, à l'époque des moustiques, de garder fermées, les fenêtres des appartements où il y a de la lumière.

Alimentation.

Le mode d'alimentation des moustiques est absolument différent chez les mâles et les femelles : tandis que les premiers se nourrissent exclusivement de sucs végétaux, les femelles se repaissent principalement de sang ; elles ne se contentent du repas du mâle que lorsque la nuit déjà avancée ne leur a pas fourni l'occasion d'un repas sanguin. C'est ce qui explique pourquoi les moustiques femelles dirigent toujours leur premier vol soit vers les habitations humaines, soit vers les étables. Il a été observé que lorsque des Anophélès se trouvent en présence de deux mammifères de taille différente, ils s'attaquaient généralement à l'animal le plus grand. Ce fait pourrait peut-être s'expliquer par l'organisation de leur organe visuel ou peut-être même, de leur odorat.

Le moustique femelle est avide de sang. Nous avons vu d'ailleurs qu'il était admirablement outillé pour s'attaquer à la peau et la perforer, alors que ces mêmes armes n'existent qu'à l'état rudimentaire chez le mâle. Lorsque la femelle a trouvé une victime, et lui a perforé la peau de son dard, elle se met à sucer le sang avec avidité. Si on continue à l'observer, en ayant soin de la tenir prisonnière dans un tube à réactif dont l'ouverture est maintenue appliquée contre la peau, on constate qu'au bout d'une ou deux minutes, l'abdomen s'est déjà notablement distendu. L'insecte n'en continue pas moins son repas; et, si c'est un Anophélès, ne tarde pas à évacuer par l'anus une cer-

taine quantité de sérum contenant quelques globules rouges ; dans les mêmes circonstances, le Culex n'émet qu'un liquide clair. L'abdomen, pendant ce temps, devient rouge et transparent, mais ne se distend jamais considérablement ; le repas est généralement digéré et éliminé endéans les 24 heures.

Les choses se passent d'une façon toute différente chez les moustiques qui ont pu se nourrir en toute liberté. Si on observe ceuxci le matin, dans l'appartement où ils ont passé la nuit, on constate que leur abdomen est énormément distendu, et que le contenu en est opaque et noir. Au lieu de voir la digestion terminée endéans les 24 heures, on constate que cet état ne se modifie guère qu'au bout de trois jours. Comment exphquer cette bizarrerie ? Il faut probablement admettre que dans ce dernier cas, l'animal s'est repû de sang à plusieurs reprises, dans le courant de la nuit.

La plupart des moustiques qui ont pénétré le soir dans une habitation, ne s'y retrouvent plus le lendemain matin ; le plus grand nombre a disparu, si, bien entendu, les fenêtres de l'appartement ont été maintenues ouvertes. Si on fait alors une inspection minutieuse de ce dernier, on remarque la présence de quelques uns de ces insectes, soit au plafond, soit dans quelque endroit obscur ou caché ; et, si l'on veut se donner la peine de les capturer, on constate que la majorité d'entr'eux se compose de femelles gorgées de sang ; les mâles sont en moins grand nombre. Le Dr Annett (1), lors de son séjour au Niger, eut la curiosité d'examiner le sexe d'un grand nombre d'Anophélès capturés à l'intérieur d'habitations d'Européens et d'Indigènes, et compta seulement 22 mâles pour 298 femelles. Si les femelles ainsi gorgées de sang n'ont point quitté l'appartement en même temps que la plupart de leurs congénères, c'est parcequ'elles étaient incapables de regagner leur habitat ; elles sont tellement lourdes, dans cet état, qu'elles ont peine à se transporter à deux ou trois mètres du lit où reposait la victime sur laquelle elles se sont repûes. Quant aux quelques mâles que l'on retrouve à leurs côtés, ils ne sont restés que pour assurer la fécondation des femelles ; aussitôt cette fécondation

(i) Thomson Yates Laboratories Reports. Liverpool 1901. Vol. III, part. II, p. 236.

assurée, ils quittent l'appartement à leur tour, pour y réapparaître le soir ; de telle sorte que, pendant la journée, il ne reste dans l'appartement que des femelles gorgées de sang et fécondées.

Conditions de l'infection.

Les premiers expérimentateurs qui tentèrent des essais d'infection d'Anophélès obtinrent un pourcentage d'échecs considérables, en nourrissant des Anophélès femelles, prisonnières dans des tubes à réactif, sur des sujets manifestement atteints d'infection paludéenne. Grassi attribua ces échecs à une certaine immunité individuelle, propre à certains moustiques. Mais, quoique le fait pût être exact exceptionnellement, il était probable qu'il fallût en rechercher la cause dans une faute expérimentale. C'est ce que l'expérience suivante, faite par Ross aux Indes, vint d'ailleurs démontrer :

Un certain nombre d'Anophélès furent nourris en toute liberté sur un sujet infecté, et couché dans un lit hermétiquement fermé par une moustiquaire. Mâles et femelles s'y trouvaient réunis. Ces dernières furent sacrifiées après 48 heures, et l'examen microscopique démontra que toutes étaient infectées par le parasite. Tandis que se poursuivait cette expérience, des Anophélès identiques aux précédents, furent nourris également sur un sujet infecté, mais prisonnières dans un tube à réactif. Ces animaux furent sacrifiés après 48 heures ; mais l'examen resta, pour la plupart, négatif. On peut donc avancer presqu'avec certitude, que l'absence d'infection dans ce dernier cas était dûe au fait que les animaux mis en expérience n'avaient point, comme les premiers, été soumis à la fécondation.

Nous donnons trois thèses émises par Ross, et dont la place est ici marquée :

1° Le repas sanguin est absolument nécessaire pour assurer le développement des ovules fécondés.

20 Si les ovules ne sont pas fécondés, le sang ne saurait être de grande utilité à l'insecte, et est probablement évacué sans avoir été digéré.

3° La digestion de ce sang est probablement nécessaire pour assurer la vitalité des zygotes (copulas).

Ce qui revient à dire que, pour que l'essai d'infection artificielle d'un moustique femelle puisse réussir, il faut que le sang qu'on off"re à

l'insecte pour se repaître, rencontre dans son corps les conditions requises pour assurer sa digestion, conditions qui se trouvent assurées par la fécondation des ovules. En résumé, la fécondation est nécessaire pour assurer l'infection du moustique.

En ce qui concerne la vitalité des copulas, il est certain que des causes très subtiles doivent pouvoir l'influencer. S'il n'en était pas ainsi, on ne les verrait pas périr dans certaines espèces de moustiques, et se développer très facilement dans d'autres. Leur nombre, dans l'estomac de moustiques nourris d'une façon identique, sur un même sujet et au même moment, varie considérablement. Ces différences dépendent, selon Ross, de la quantité de sang ingérée par les différents individus, et probablement aussi de la qualité des sucs digestifs de chaque insecte en particulier.

Locomotion active.

Nous avons dit qu'à la tombée du jour, les moustiques abandonnaient la mare pour se mettre à la recherche de leur nourriture. La mare étant prise comme centre, les moustiques s'envolent dans le sens des rayons du cercle dont la mare est le centre. Ces rayons sont généralement très courts et inférieurs à cent mètres ; ils peuvent atteindre cinq à six cents mètres, et avoir même exceptionnellement plusieurs kilomètres de longueur. C'est ce qui explique les rares cas de malaria observés dans des endroits dépourvus de marais ; les anophélès ont dans ces cas, franchi plusieurs kilomètres en plusieurs étapes, et à plusieurs jours d'intervalles, à la recherche d'un repas sanguin introuvable durant plusieurs jours. Mais, en règle générale, c'est passivement comme nous le verrons plus loin que les moustiques sont ainsi transportés à de grandes distances. La mare où se fera la ponte est toujours choisie par l'insecte dans un endroit aussi rapproché que possible des habitations ou des étables. Le moustique a d'ailleurs le vol peu soutenu ; aussi le rencontre-t-on surtout au rez-de-chaussée des maisons, en moins grand nombre au ler étage, et plus rarement encore aux étages supérieurs. C'est ce qui explique aussi pourquoi les rivières de quelque largeur constituent un obstacle infranchissable pour eux ; sous ce rapport, Anvers se trouve convenablement à l'abri des moustiques de S'e Anne, localité située vis-à-vis de la ville, sur l'autre rive de l'Escaut. Dans certaines circonstances cependant, lorsque la nappe d'eau est tran-

quille, le moustique peut la franchir en plusieurs étapes, en s'y reposant souvent. Le moindre vent fait disparaître les moustiques ; c'est la raison pour laquelle les bateaux amarés sur les rivages sont généralement à l'abri de la malaria.

Depuis longtemps, on savait que les bois et les forêts constituaient de véritables filtres pour les germes malariques. Ceci peutêtre vrai dans certains cas ; c'est ainsi que l'Anophélès claviger recherche souvent les mares situées à l'abri des vents dominants, à la lisière d'un bois. Dans ce cas, les habitations et les étables situées de l'autre côté du bois seront presque certainement privées de leurs visites ; mais, on conçoit d'autre part, que si on abattait un tel bois il y aurait grande chance pour que ces Anophélès aillent visiter ces mêmes habitations ; mais par contre, la disparition du bois entraînerait la destruction des Anophélès bifurcatus qui pourraient s'y trouver, et qui, comme nous l'avons déjà dit, font des forêts leurs retraites préférées.

Les maisons peuvent également constituer des obstacles au vol des moustiques. Ceux-ci se précipiteront toujours dans les maisons situées au voisinage le plus immédiat de la mare, mais n'atteindront qu'assez rarement celles situées sur un 2^ plan.

Enfin, les maisons situées sur les hauteurs seront généralement indemnes — les moustiques volant assez difficilement dans le sens de la hauteur — tandis que celles situées aux pieds des collines en seront généralement infestées.

Locomotion passive.

Lorsqu'ils sont surpris par le vent, les moustiques peuvent être transportés passivement à des distances plus ou moins longues. Ils peuvent également se trouver emprisonnés dans des charrettes à foin, dans des malles, dans les cales de navires, etc. ; arriver ainsi dans des endroits normalement indemnes de malaria, et y causer des cas sporadiques.

La ponte.

Au bout de deux ou trois jours, à moins de pluie ou de vent qui retiennent les moustiques cachés, la femelle fécondée quitte l'appartement où elle a satisfait ses appétits sanguinaires, et se rend à la mare qu'elle a l'habitude de fréquenter pour y déposer ses

œufs. La ponte a presque toujours lieu la nuit ; quant à la mare, elle est généralement située à proximité de l'habitation où l'insecte s'est nourri ; et c'est là une nécessité, car la femelle qui est sur le point de pondre, ne saurait, en raison de son poids, voler très lom.

Le choix de la mare est différent suivant que le moustique appartient au genre Culex ou Anophélès. Ross a observé, durant son séjour d'études à Sierra-Leone en 1899, que les Culex déposaient généralement leurs œufs à la surface de petites collections d'eau qui s'étaient formées après la pluie, dans des récipients ou débris de poterie et de vaisselle, tels qu'on en rencontre généralement autour des habitations des Européens et des Indigènes, aux Colonies. Au contraire, il n'observa des œufs et des larves d' Anophélès qu'à la surface de petites mares existant d'une façon permanente dans les dépressions de terrains où elles s'étaient formées. Il n'en observa jamais dans des récipients artificiels (boîtes en fer blanc, débris de vaisselle, etc.,) ni dans des mares exposées à une dessication rapide, ni à la surface de grandes nappes d'eau, ni dans des eaux courantes. A Sierra Leone, les mares à Anophélès les plus fréquentes, étaient constituées par les fossés bordant les routes ; la plupart d'entr'elles renfermaient des mauvaises herbes ; quelques unes des crapauds et des grenouilles, mais aucune ne contenait de poissons.

Le Dr Annett confirma ces observations, lors de son expédition scientifique au Niger l'année suivante : il trouva néanmoins une ou deux exceptions à la règle, c'est-à-dire qu'il vit des larves d' Anophélès dans une collection d'eau qui s'était formée dans un vieux canot hors d'usage, et depuis longtemps ensablé à la rive. IJ en trouva également dans des débris de vaisselle, autour d'habitations humaines ; mais il fit remarquer qu'à cet endroit, toutes les mares naturelles étaient désséchées, et qu'il n'avait plus plu depuis longtemps.

Des Anophélès furent 'parfois trouvés loin d'habitations humaines. Il faut présumer que dans ces cas, les femelles se nourrissaient de sang d'animaux ; il est d'ailleurs prouvé qu'elles peuvent se nourrir sur des chevaux et des bestiaux.

Dans nos pays, où nous n'avons guère l'habitude de laisser traîner autour de nos habitations, des récipients de toutes espèces, les mœurs des moustiques devaient fatalement être quelque peu différentes. Aussi, d'après notre étude personnelle des moustiques, faite

aux environs d'Anvers, avons-nous constaté que Culex et Anophélès choisissent l'un et l'autre de petites mares d'eau stagnante formées dans les fossés ou les anfractuosités du sol. Pour les caractères propres aux mares que choisissent respectivement ces deux genres de moustiques, nous renvoyons le lecteur au chapitre : Habitat des Larves.

Conditions de la ponte.

1° Un repas sanguin est nécessaire pour assurer la ponte. On peut s'en convaincre en répétant l'expérience de Ross : On emprisonne dans une cage métallique un certain nombre de moustiques mâles et femelles ; et on place dans cette cage des bananes — fruit dont les moustiques sont très friands — ainsi qu'un récipient contenant de l'eau. Jamais, dans ces conditions, on ne voit une femelle déposer ses œufs. Mais si l'on s'empare d'une de ces femelles, et si on lui permet un repas sanguin sur la main, en la tenant prisonnière dans un tube à réactif ; si, après le repas, on la remet dans la cage d'où elle était sortie, elle poudra ses œufs quelques jours après. Seulement, la ponte sera unique ; c'est-à-dire qu'il faudra à l'insecte un nouveau repas sangum pour assurer une ponte ultérieure ; par contre, une seule fécondation peut suffire à plusieurs pontes.

2° L'insecte a besoin d'eau pour déposer ses œufs. On peut s'en convaincre en tenant prisonnière dans un tube à réactif, une femelle gorgée de sang. L'animal mourra généralement sans s'être débarrassé de ses œufs, si l'on n'a pas pris la précaution de laisser tomber quelques gouttes d'eau au fond du tube. Il existe quelques rares exceptions à cette i"ègle. Voir : Œufs de Culex.

3° Il faut que cette eau soit calme. Les moustiques ne déposent pas leurs œufs dans les eaux courantes pour plusieurs motifs : une eau courante risquerait de noyer la femelle au moment de la ponte. Les larves qui écloraient de ces œufs seraient entraînées loin de leur lieu d'origine, et pourraient ne pas trouver à un certain moment les conditions nécessaires à leur développement ; elles exigent pour leur respiration une surface plane permettant à l'ouverture de leurs tubes trachéaux de se maintenir en contact constant avec l'air. Les nymphes ne mangeant pas et ne faisant que respirer, ont besoin d'une eau tranquille leur permettant de se maintenir en contact constant avec

l'air. Enfin, au moment de l'éclosion, l'insecte parfait risquerait de se noyer, si l'eau était agitée.

40 L'eau ne peut être couverte de lentilles d'eau. Celles-ci empêcheraient les larves et les nymphes de se maintenir en communication avec l'air extérieur.

5° L'eau ne peut être putride.

6° L'eau de mer ne convient pas, de même que les eaux renfermant du chlorure de sodium dans une proportion dépassant 2 0/0. Les larves d'Anophélès sont un peu plus résistantes à l'eau salée que les larves de Culex. Toutefois, le Culex nemerosus aurait de la préférence pour une eau légèrement salée.

70 L'obscurité est nécessaire pour la ponte. L'Anophélès l'exige la plus complète ; tandis que le Culex saura, au besoin, pondre dans une demi obscurité, voire même peu après le lever du soleil.

8° Il n'y a plus de ponte quand la température devient inférieure à 10° centigrades. Il serait à rechercher si une température supérieure n'est pas nécessaire dans les pays chauds.

Humidité.

Les moustiques ont besoin d'un certain degré d'humidité. Ils meurent en effet rapidement, quand ils sont enfermés dans un tube à réactif ne contenant pas d'eau. Ce besoin d'humidité se fait sentir plus intense chez l'Anophélès que chez le Culex ; peutêtre l'épaisseur de l'exosquelette plus mince chez l'Anophélès que chez le Culex explique-t-il ce fait, de même que l'absence d'écaillés à l'abdomen de l'Anophélès.

Hivernage.

Aux premiers froids qu'amène l'automne, les moustiques mâles disparaissent et meurent, après avoir fécondé une dernières fois les femelles. Celles-ci quittent les mares et les étages des maisons pour aller se cacher dans les endroits les plus obscurs des caves et des étables, où elles passeront l'hiver immobiles, et sans prendre de nourriture. Quoique fécondées, elles ne pondront plus avant le printemps suivant ; car leurs œufs exigent pour arriver à mâturité, une température plus élevée. Plus l'hiver est rigoureux, plus cet hivernage est de longue durée. On peut toute-fois les en faire sortir artificiellement, en chauffant la cave où elles se tiennent : on les voit alors se mettre en mouvement en même temps que leur

appétit sanguinaire se réveille. C'est d'ailleurs l'élévation de la température qui, aux premiers beaux joui-s du printemps, les fait quitter leur quartier d'hiver, pour les faire réapparaître à l'intérieur des appartements. Aussitôt leur premier repas sanguin digéré, elles se rendent à la mare, y déposent leurs œufs arrivés à mâturité, et meurent généralement:

Ces mœurs des moustiques expliquent très bien les faits suivants, connus depuis longtemps :

1° La malaria est endémique. Les Anophélès sont, en effet, plus nombreux en certains endroits qu'en d'autres, et sont totalement absents de certaines localités.

2° Il est dangereux de passer la nuit dans des.localités reconnues malarigènes ; en effet, les moustiques ne sortent de leur retraite, et ne se nourrissent que la nuit.

3° La malaria règne surtout dans les terrains marécageux. Nous avons vu que quantités de mares constituaient le berceau des Anophélès.

40 Les terrains malarigènes sont généralement des terrains plats. La raison en est qu'ils favorisent la formation des mares, lesquelles se rencontrent naturellement dans les plaines et les vallées plutôt que dans les pays montagneux.

50 La malaria éclate souvent ou augmente en fréquence à l'occasion de certains travaux de terrassement ; l'action de bêcher et de retourner la terre favorise souvent la formation de petites mares. C'est ainsi que la construction des chemins de fer en Afrique, le percement de l'Isthme de Panama, et les travaux des fortifications de Paris ont engendré un grand nombre de cas de malaria.

6° La culture et le drainage de la terre font diminuer les cas de malaria ; ils s'opposent à la stagnation de l'eau, et à la formation

de mares. *

70 La malaria peut être influencée par la présence de rochers ; ce qui s'explique par le fait que des mares à Anophélès peuvent se développer dans les anfractuosités des rpchers.

80 Les cas de malaria diminuent à mesure qu'augmente l'altitude. D'après Koch, il n'y aurait plus de malaria au-dessus de 2000 mètres; à ces hauteurs, la température n'est plus favorable au

développement des larves. D'autre part, nous savons qu'on ne contracte pas la malaria aux étages supérieurs des maisons ; les moustiques volent difficilement dans le sens de la hauteur.

9° La chaleur favorise l'éclosion de la malaria, parce qu'elle favorise et hâte l'éclosion des larves.

io° La malaria apparaît avec son maximum de fréquence après de fortes pluies, parceque celles-ci forment et entretiennent des mares. Aussi est-ce pendant la saison des pluies, et surtout à l'époque qui forme la transition entre la fin de la saison des pluies et le commencement de la saison sèche que l'endémie fait le plus de victimes au Congo.

Chap. VI. — TECHNIQUE.

Captation.

L'examen d'un moustique doit nécessairement être précédé de sa captation. On peut l'attraper au moyen d'un filet à papillons, ou si l'on ne désire pas l'insecte vivant, en jetant sur lui un mouchoir qu'on presse et qu'on tord aussitôt délicatement ; on retrouve généralement le moustique fort peu abîmé. Mais le moyen le plus facile lorsque l'insecte est au repos, est d'en approcher tout doucement l'ouverture d'un tube à réactif, qu'en un petit mouvement rapide, on applique finalement sur la surface de repos (mur, armoire etc) de l'insecte. On aura soin de tenir le tube à réactif le plus loin possible de l'embouchure. Dès que l'animal s'aperçoit qu'il est prisonnier, il gagne en voltigeant le fond du tube. A ce moment, on retire prudemment le tube qu'on maintient bouché à l'aide du pouce ; et lorsqu'on jugera le moment propice, on retirera rapidement le pouce pour le remplacer par un bouchon d'ouate. Si l'on désire tuer l'msecte, il suffira de verser sur ce bouchon d'ouate quelques gouttes de chloroforme, d'éther ou de benzine. Nous avons pu garder pendant plusieurs semaines des culex dans de simples tubes à réactif

dont le fond était rempli d'environ 5 ctm^ d'eau ; nous les nourrissions tous les trois ou quatre jours environ au moyen d'une baie de raisin pelée, d'un morceau de poire, de banane etc. Nous en avons également conservé pendant plus de huit jours, dans des tubes à i-éactif ne contenant pas d'eau, et sans les nourrir.

Au lieu de conserver le moustique dans un tube à réactif, on peut le faire passer dans un flacon à large goulot et fermé au moyen de gaze. Cette gaze sera trouée d'un orifice permettant le passage d'un tube à réactif, orifice qui sera tenu fermé au moyen d'un bouchon d'ouate. On mettra un peu d'eau de pluie au fond du flacon, et sur cette eau on déposera quelques fragments de branchages de balais, sur lesquels les moustiques pourront se reposer. Pour faire sortir les moustiques de ce récipient, on se servira d'un tube à réactif courbé.

Examen.

Quand on tient un moustique entre les doigts, il est aisé de distinguer les antennes et la trompe dans les deux sexes. Chez le culex mâle, les palpes labiaux sont également visibles à l'œil nu ; ils sont en eftet une fois et demi plus longs que la trompe ; leur extrémité libre est relevée en croc comme les défenses du sanglier. Chez les anophélès des deux sexes, et chez le culex femelle, les palpes ne se distinguent pas : chez le culex femelle, ces palpes sont très courts, tandis que chez les anophélès, ils sont à peu près aussi longs que la trompe avec laquelle ils ne semblent former qu'une seule et même

tige, (voyez chapitre III)

Pour examiner un moustique en détails, on aura recours à la loupe ; mais mieux vaut encore, de coller l'insecte sur un porte-objet avec un peu de gomme arabique, et d'examiner au microscope, à un très faible grossissement On perçoit de cette façon les petits détails anatomiques des ailes, des palpes, des antennes, des pattes, etc. •

Si l'on désire examiner les différentes particularités de la trompe, on recouvrira l'insecte d'un couvre-objet par l'intermédiaire duquel on écrasera le thorax. La trompe alors s'épanouit en ses divers éléments, si l'on a eu soin de remplacer la gomme arabique par de la glycérine. Disons toutefois, que cette petite manœuvre ne réussit pas toujours dans son entièreté.

Préparation du tube digestif.

Il importe de mettre spécialement en évidence la partie de l'estomac constituée par le ventricule chylifique, et qui est celle dans laquelle les parasites malariens accomplissent toute leur évolution. Cette opération, qui de prime abord peut paraître très difficile, se fait au contraire d'une façon assez aisée pour autant qu'on veuille se donner la peine de s'y exercer quelque peu.

Avant de l'entreprendre, il faudra avoir présent à la mémoire ce fait que seules les anophélès femelles peuvent transmettre la malaria. C'est donc à ces insectes uniquement qu'il faudra s'adresser lorsqu'on aura en vue la recherche dans le corps d'un moustique, des parasites malariens. Toutefois, le débutant fera bien de se familiariser avec la technique de l'opération, en s'exerçant sur des moustiques pris au hasard : mâles ou femelles, culex ou anophélès.

Nous avons dit dans un chapitre précédent que tous les anophélès ne sont pas atteints par l'infection malarique. Le pourcentage d'insectes infectés varie de locahté à localité suivant, que celles-ci sont fortement ou faiblement malarigènes. Le mo3^en le plus simple pour s'en procurer qui le soient à coup sûr, est de s'emparer le matin, des femelles que l'on trouve gorgées de sang dans la chambre d'un impaludé. On aura soin d'en capturer un certain nombre qu'on sacrifiera successivement de jour en jour, de façon à pouvoir suivre pas à pas le développement des parasites à leurs différents stades.

En opérant sur des culex femelles, il peut arriver qu'on y découvre également des ookinets et des ookystes ; mais ceux-ci n'ont rien de commun avec les parasites de la malaria humaine ; ce sont des stades évolutifs de parasites endoglobulaires d'oiseaux.

Pour faire une préparation d'estomac de moustique, on procède comme suit : on coupe les ailes et les pattes, qui pourraient gêner rexamen ; on étend l'insecte sur le côté, au milieu d'une goutte de liquide physiologique versée sur un porte-objet. Au moyen d'une fine aiguille, on pique le thorax ; et, tandis qu'à l'aide d'une aiguille courbe, on presse et on maintient appliqué le dernier anneau abdommal contre le porte-objet, on attire lentement à soi, en s'arrêtant de temps en temps, l'aiguille qui traverse le thorax et qu'on maintient verticale. L'abdomen se déchire au niveau de son dernier anneau •

puis, au fur et à mesure que l'écartement augmente, on voit sortir les ovaires sous forme de petites masses globuleuses ; puis les tubes de Malpiphi, et enfin le ventricule chylifique. Le tube digestif se déchire généralement au niveau de l'œsophage.

Les ovaires, quand ils sont gonflés, peuvent parfois s'opposer à la sortie du tractus digestif. Dans ces conditions, pour éviter une déchirure au niveau de l'intestin postérieur, il faut alors faire glisser l'aiguille courbe d'avant en arrière, le long de l'abdomen, en dehors duquel les ovaires sont généralement chassés par cette manœuvre. On remet ensuite les deux aiguilles dans leur position primitive, et on reprend l'écartement.

Si on perçoit une trop forte résistance au moment où l'estomac va sortir, il faut craindre de rompre le tube digestif à ce niveau ; c'est lui, en effet, qui contient les parasites, et constitue par ce fait même, la partie la plus importante pour l'examen. Si l'on craint une déchirure, on séparera le thorax de l'abdomen ; on piquera le premier anneau abdominal au moyen de l'aiguille droite, et on reprendra ainsi l'écartement, toujours en ayant soin de maintenir l'aiguille courbe appliquée sur le dernier anneau de l'abdomen.

Lorsque le tube digestif se trouve ainsi étalé sur le porte-objet, on recouvre la préparation d'un couvre-objet, et on l'examine au microscope, d'abord à un faible grossissement. On voit alors les deux ovaires, qui peuvent être très gros si la femelle avait été fécondée ; puis successivement l'intestin, les tubes de Malpighi et l'estomac. Tous ces organes sont couverts par des ramifications trachéennes plus ou moins déchirées par les manipulations, et disposées en réseaux.

Avant d'être complètement digéré, le sang séjourne de deux à quatre jours dans l'estomac du moustique. Si l'on désire examiner l'estomac d'un tel insecte avant la digestion de ce sang, il faudra songer à évacuer celui-ci artificiellement, faute de quoi on ne saurait percevoir distinctement les kystes à sporozoïtes. Pour ce faire, on pique l'estomac avec une fine aiguille ; on le fait nager dans une goutte d'eau salée ; on retire l'aiguille, et on laisse tomber sur la préparation un couvre-objet. L'estomac crève et abandonne une partie de son contenu au liquide physiologique. On relève prudemment le couvre-objet, on ajoute une nouvelle goutte d'eau salée, et on laisse retomber la lamelle. Cette manœuvre est exécutée plusieurs fois,

jusqu'à évacuation complète du contenu de l'estomac. Avant de laisser retomber la lamelle, il faut avoir soin d'ajouter chaque fois de la liqueur physiologique; en cas d'oubli de cette précaution, le couvre-objet adhérerait à la préparation, déchirerait les parois stomachales, et rendrait l'examen difficile, si pas impossible.

Pour avoir des préparations durables, il faudra les fixer pendant uiie demi minute dans des vapeurs d'acide osmique ; Grassi recommande de remplacer l'eau salée par une solution aqueuse de formaline à 2 o/o. Lorsque la préparation est recouverte de son couvre-objet, on y laisse pénétrer quelques gouttes de picrocarmin, et on porte le tout en chambre humide. Après 24 heures, on fait pénétrer sous la préparation quelques gouttes de glycérine, et on obtient ainsi une préparation durable dans laquelle le pigment du parasite est bien mis en évidence.

La préparation des glandes salivaires

du moustique est beaucoup plus délicate et plus difficile que celle du tractus digestif.

Le procédé le plus expéditif consiste à presser sur le thorax avec une aiguille tenue horizontalement, tandis qu'à l'aide d'une autre aiguille, on détâche la tête qui entraîne avec elle les glandes salivaires. Ces glandes apparaissent à la partie postérieure de la tête arrachée, sous forme de filaments.

Cette manœuvre doit être faite dans une goutte d'eau salée.

On peut également comprimer la tête pour faire sortir les sporozoïtes par la trompe. Mais ce procédé est mauvais, car il ne montre que les sporozoïtes se trouvant dans la trompe et les gros canaux excréteurs. Il doit être effectué sous le Fie. 49

microscope. •

Un excellent procédé rapide et commode, indiqué par Ruge, est le suivant : séparer le cou de l'insecte par une incision qui porte sur la partie antérieure du thorax et par une autre incision portant sur la partie postérieure de la tête. (fig. 49) Dilacérer le cou avec des aiguilles dans de la liqueur physiologique ; l'écraser sur un couvre-

FiG. 5o

objet, et chauffer le tout un instant. Les sporozoïtes se voient disséminés dans la préparation.

La dissection des glandes salivaires est une opération fort délicate et qui ne réussit que rarement. Elle débute par la section

des muscles thoraciques au moyen d'une incision faite parallèlement à la face supérieure du cou. (fig. 5o) On pique ensuite une aiguille dans le thorax, et une autre dans la tête, et on ramène tout doucement la tête sur la partie supérieure du thorax, de façon à la luxer. Cette opération doit se faire sous le microscope, de chaque côté duquel l'opérateur aura eu soin d'avoir disposé des supports pour les bras. Lorsque la tête et le cou se sont détachés du thorax, on aperçoit alors, si l'opération a bien réussi, les glandes salivaires à la partie postérieure du cou. On coupe la tête à sa partie postérieure ; on fixe la partie médiane du cou au moyen d'une aiguille ; tandis qu'à l'aide d'une autre aiguille, on cherche à faire sortir les glandes en dilacérant le cou. A partir de ce moment, on n'emploiera plus que très peu de liquide. Les sporozoïtes se trouvent surtout dans le lobe médian.

Si, après avoir luxé la tête sur le thorax, on constate que les glandes salivaires restent enfouies dans le thorax au lieu d'adhérer à la partie postérieure de la tête, on les en fait sortir, en pressant le thorax au moyen d'une aiguille.

Pour la préparation des glandes salivaires, jamais on ne pourra se servir de formaline, à moins d'en modifier la solution comme suit: Formaline gr. 2, Na Cl 0.75 gr., aq. still. gr. 100. Il sera préférable d'avoir recours à la solution suivante qui est très bonne également pour la préparation du tube digestif : Albumine i gr., Na'Cl 1,5 gr., aq. still. 260 gr. Agiter fortement et filtrer avant emploi. Les préparations qui auront été faites dans cette solution, seront séchées, puis fixées pendant une demi minute dans des vapeurs d'acide osmique, et consei-vées dans la glycérine. On pourra également après fixation dans les vapeurs d'acide osmique, colorer les sporozoïtes par la méthode de Romanowsky : les sporozoïtes auront

leur noyau coloré en rouge carmin ou rouge pourpre, et leur protoplasme en bleu.

Les glandes salivaires. de même que le tube digestif, peuvent être inclues dans la paraffine et débitées en coupes très fines (i à 3 fi) ; elles devront être fixées dans la solution suivante : Sublime o.5o gr,, Na Cl 0.75 gr., aq. still. 100 gr.

Enfin, on peut encore obtenir de très belles préparations, en faisant des coupes à travers tout le corps du moustique. L'insecte sera tué au chloroforme ; après lui avoir enlevé ses pattes et ses ailes, on le plongera dans le liquide suivant chauffé :

Solut. aq. conc. sublimé 2 p.

Alcool absolu .... i p.

Ac. acèt une trace

Le moustique se brise en deux ou trois morceaux, qu'on fait passer à travers la série des réactifs usuels pour les inclure ensuite dans la paraffine. On peut ainsi obtenir des coupes en séries irréprochables, dont quelques unes montreront même le parasite libre dans la lumière intestinale.

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5m« PARTIE

Prophylaxie.

La lutte antimalarique est une question d'importance primordiale ; d'une solution heureuse de ce problème, dépendent la vitalité et la prospérité d'un grand nombre de nations. En effet, la malaria a été de tout temps, et reste toujours le principal obstacle à la colonisation des pays chauds ; dans certaines contrées de l'Europe même, en Italie et en Grèce notamment, elle sévit encore avec la dernière rigueur, et frappe de stérilité des provinces entières.

La perte subie chaque année de ce chef, par l'Italie, est immense, et dépasse les prévisions les plus pessimistes qui pourraient être émises à ce sujet. Les statistiques des dix dernières années montrent qu'il meurt dans ce pays, par suite de la malaria, une moyenne de quinze mille personnes par an. De ces chiffres, il nous est permis de déduire, sans crainte d'être taxés d'exagération, qu'au moins deux millions d'individus doivent être atteints annuellement par cette affection.

Les conséquences énormes d'une pareille calamité au point de vue politique et économique ne sont pas toujours appréciées à leur juste valeur, et imputées à leur vraie cause : latifundia Italiam perdidere, répète-t-on encore avec Pline ; mais ne peut-on pas aussi accuser avec autant de raisons la malaria? en effet, la force de travail et de production sont considérablement diminuées ; les dépenses annuelles que nécessite la lutte contre pareille maladie, se chiffrent par plusieurs millions de francs ; la malaria abrège la durée moyenne de la vie, et détermine une forte mortalité infantile ; près de deux millions d'hectares de terrains fertiles restent incultes ; enfin, c'est précisément dans les provinces italiennes les plus éprouvées que l'émigration atteint les proportions les plus fortes.

Signalons encore ce fait, que la C'e du chemin de fer du Sud en

Italie, fait annuellement, pour un réseau de quatorze cents kilomètres et pour 6416 employés qu'elle a dans les zones malarigènes, une dépense d'un million cinquante mille francs, du chef de soins médicaux et de dommages subis de par cette affection. Ces considérations permettront de comprendre l'importance que la lutte antimalarique possède encore de nos jours.

L'étude de la prophylaxie doit être envisagée à un point de vue général et à un point de vue individuel. La prophylaxie générale comporte la cure radicale et systématique de tous les cas de malaria, et la destruction des moustiques, de leurs œufs, larves et nymphes. La prophylaxie privée comporte les divers moyens capables de mettre l'individu à l'abri de toute infection : tels sont les agents culicifuges, la quinine prophylactique, l'hygiène spéciale du vêtement et de l'habitation, etc.

Chap. I. — PROPHYLAXIE GÉNÉRALE

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