‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 100 sur 109 · ARE UN · texte numérisé non relu

ARE UN

mon a amener Nom 6

368 LA MALÉDICTION D'UN PÉUK frappe, il nous accable sans pitié | Rien n'a pu le fléchir, sa justice est inexorable...

Il fit quelques pas en arrière, chancelant, et s'affaissa sur un siège, sa figure dans ses mains.

Rouvenat pleurait. L'homme de fer devenait faible comme un enfant ; devant la mort, son courage paraissait vaincu.

Lucile et Blanche le regardèrent silencieusement, elles n’osuient linterroger, “elles respectaient sa douleur.

Au bout d’un instant, il releva la tête et tendit ses bras à Blanche.

Maïs soudain ses yeux s'ouvrirent démesurément et, étincelants, se fixèrent sur le visage de Lucile,

D'un seul mouvement, il se dressa sur ses jambes en criant :

— Lucile! Lucile !

La, jeune femme s’approcha de lui et lui prit la main.

— Oui, Pierre, dit-elle, c’est moi. Mon père m'a vue, mon père n'a pardonné; il à retiré sa malédiction, il m'a bénie!... Pierre, il ne voulait pas mourir avant votre retour, il vous à appelé plusieurs fois. Je vous répèterai ses dernières paroles, je vous dirai ses dernières volontés. 11 s'est éteint sans souffrir, là, près de la fenêtre, dans son fauteuil, entre Blanche et moi, les yeux aux “ciel, regardant le soleil... Son âme est près de Dieu et nous prions pour lui.

— Maintenant, Pierre, continua-t-elle d’une voix tremblante, dites-moi où “est mon fils.

Rouvenat baissa tristement la tête.

— Pierre, vous ne me répondez pas. Mon Dieu, qu'avez-vous ?

— Lucile, ma chère maîtresse, je suis désolé. ,

— Mon fils ! un nouveau malheur! s'écria la jeune femme effrayée.

Blanche arrêta un cri dans sa gorge.

-—— Non, non, rassurez-vous, reprit vivement Rouvenat ; il n'est rien arrivé de fâcheux à Edmond, je le sais. Seulement, à peine de retour à Paris, il est .parti de nouveau avec Jérôme Greluche. Où sontls allés? On n'a pu me l’ap prendre. Mais nous le retrouverons, je vous le promets, nous le retrouverons,

Lucile fit entendre un long gémissement,

Bianche l’entoura de ses bras en disant :

— Espérons, espérons !

— Îl faut toujours espérer, prononça derrière elles la voix de Jean Renaud.

Il était entré pendant que Rouvenat parlait et s'était avancé sans bruit, la tête découverte.

Rouvenat lui tendit la main.

— Hélas! murmura Lucile d'une voix éteiute, la colère du ciel n'est pas en core apaisée !

— Ainsi, dit Jean Renaud à Rouvenat, vous ne l'avez pas trouvé?

— Îl était parti depuis deux jours

— Avec (treluche ?

— Oui.

C'est singulier ! fit Jean Renaud, qui réfléchissait,

-— Tout de suite, en arrivant à Paris, reprit Rouvenat, je me suis fait con duire à l'adresse que vous m'avez donnée, Jean Renaud, rue de la Montagne Sainte-Cieneviève, Je m'adressai à la concierge de la maison, une brave femme, qui me répondit avec beaucoup de complaisance et de politesse.

“ C'est bien ici, me dit-elle, qu'habitent M. Edmond et son père adoptif,

Jérôme Greluche, qui s'appelle aussi le père Rigolo, parce que c'est un homine

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qui a toujours quelque bonne drôlerie à dire, et qu’il a, aux Champs-Elysées, ‘un petit théâtre de marionnettes, auquel il a donné le nom de théâtre de Ri. golo. Malheureusement, mon bon monsieur, vous ne pourrez pas les voir. Le

père Rigolo a fermé son théâtre, il ÿ à une quinzaine, et je ne crois pas qu'il le wouvrira de longtemps.

“ Bref, après un voyage qui sont revenus ; mais il par car ils sont partis ave dit le papa Greluche.

“ Et vous ne savez pis où ils sont allés ? Jui demandai.je,

“ Point du tout. Dame, ils ne disent pas comme Ça leurs affaires. Le père Rigolo est un bon homine, mais cachottier en diable. Quant à M. Edmond, c’est bien pire encore : il faudrait être surcière pour savoir ce qu’il pense, Il est très-doux, très-gentil, très-poli, mais un peu fier, un peu sauvage, Après tout, il ne peut pas être comme ja familier avec tout le monde, A Paris, voyez vous, chacun doit savoir tenir son rang; c'est non avis, faut de la dignité. M. Edmond est très-savant : le papa Rigolo, qui a dû faire sa pelote, lui à fait donner une belle inducation.

“ Bref, il sait ce qu’il vaut, il tient son rang, il à raison... faut de la dignité.

“ Moi, je l'aime comme ça, le cher mignon, car, vOyez-vVous, monsieur, il y a sept ans qu'ils demeurent dans la maison : c’est vous dire que je l’ai connu jeune, attendu qu’il ne doit pas encore avoir vingt ans. Il était au vollège Sainte- Barbe, tout à côté, et il m'est arrivé plus d’une fois de lui porter des friandises que lui envoyait le bon papa Greluche. M. Edmond n'est pas ingrat, et, sans ie vanter, je peux bien dire qu’il m'aime aussi.

“ Tenez, monsieur,vous pouvez me croire,vu que je ne mens janais,quand il s’agit de choses sérieuses, eh bien, avant de partir, M. Edmond m'a embrassée, oul, monsieur, il m'a embrassée, moi, la vieille concierge !... Ah! dame, ce n'est pas un petit crevé comme il ÿ en à tant, il a du cœur, lui! Eten sortant de la loge il m'a dit: “Ki bientôt, comme je l'espère, je suis heureux, vous serez une des premières à le savoir, ”

— Cher enfant, cher enfant ! murmura Lucile v

Les yeux tixés sur Rouvenat, la bouche entr’ tion, elle écoutait avec ravissement.

Jean Renaud, la tête inclinée sur sa poitrine, réfléchissait toujours,

— Malgré ma vive contrariété et la déception que je venais d'éprouver, reprit Rouvenat, j'écoutais la brave femme avec un plaisir infini.

Elle continua :

‘ Comme je vous l'ai dit, monsieur, ils ne m'ont pas raconté leurs affaires, et je me suis Lien gardée de leur adresser des questions indiscrètes ; mais, voyez-vous, rien ne m'ôtera de l'idée que M.

sa mère. ?

a duré plus d'une semaine, mes deux locataires ait qu'ils vont passer comme ça leur vie à voyager, int hier pour trois mois, peut être plus, d’après ce que m'a

iolemment émue.

ouverte, retenant sa r'espira-

Edmond à retrouvé son père et

Jean Renaud releva brusquement la tête

Lucile ne put retenir un eri d’étonnement.

— Ma surprise fut grande aussi, dit Rouvenat. Eutin, voici à peu près les paroles de la concierge :

“ Le jour même de leur retour à Paris, Greluche sortit. Il de deux heures dans une belle voiture armoriée perbes, accompagné d’un monsieur âgé et en noir. Le monsieur, le cocher et un

revint, au bout , attelée de deux chevaux sud’une dame âgée aussi, habillée tout autre domestique avaient un crêpe de

“ Le monsieur et la dame mirent pied à terre, et j'entendis le papa Greluche qui les appelait M. le comte et madame la comtesse, Ils montèrent tous les trois au logement de Greluche et de M. Edmond, Que s'y est-1l passé ? Je ne le sais pas. Toujours est-il qu'ils redescendirent au bout de vingt minutes, et que la vieille dame, paraissant très-heureuse, s’appuyait sur le bras de M. Edmond. Ils montèrent tous les quatre dans la calèche. Le cocher fit tourner ses chevaux, et la voiture fila comme le vent.

“Moi, debout sur le seuil de la porte, tout ahurie, éblouie, n'en pouvant croire mes yeux, je suivis la belle calèche jusqu’à ce quelle eût disparu au tournant de la rue,

“ Bref, monsieur, je n’ai revu le père Greluche et M. Edmond qu'avant-hier, quand ils sont venus prendre leurs malles pour partir en voyage, comme j'ai eu l'honneur de vous le dire. ”

Lucile restait immobile, comme pétritiée.

Blanche était devenue très-pâle.

Jean Renaud prit la parole.

— La concierge ne s’est pas trompée, dit-il ; ce matin, il est venu ici, à la ferme, un avocat de Paris qui se nomme M. Nestor Dumoulin. Il m'a dit: “ Edmond, le fils de Lucile Mellier ne s’appellera pas Mellier, il portera le nom de son père, ” Ces paroles disent que le fils de Lucile Mellier a retrouvé la faiwille de son père et que celle-ci l’a reconnu.

— Ah ! je comprends ! s’écria Lucile, Dans les papiers que vous aviez cachés dans votre maison, Jean Renaud, et que vous avez remis à mon fils, il y avait des lettres... Oui, oui, je me souviens... Une de ces lettres, écrite par la ourrice du père de mon enfant, lui donnait des renseignements sur sa famille, qui, jusqu'alors, lui était restée inconnue ; elle parlait d’un homme riche, puissant, d’un comte... Mon fils s'est servi de cete lettre.

Blanche soupira. Et, laissait tomber sa jolie tête sur l'épaule de Jean Renaud :

— Ah! mon père, mon père, dit-elle avec un accent impossible à rendre.

— Blanche, ina fille, mon enfant, qu’as-tu ?

— Comte, il est comte! murmura la jeune fille.

Jean Renaud devina la pensée de sa fille,

I] l’entoura de ses bras et dit :

— J’ai causé assez longuement avec l’homme qui est venu au Seuillün ce: matin ; je suis sûr qu’il a été envoyé par la famille du père d'Edmondi Voici encore ce qu'il m'a dit: Edmond, le fils de Lucile Mellieret Blanche se: sont rencontrés, ils s'aiment ; ces deux enfants seront heureux, Blanche sera la femme d'Edmond !

XXITI— ou EST LE BEAU FRANCOIS

Blanche avait défendu [ia porte de la chambre du mort, atin que Lucile pût rester près de son père. Rouvenat, au contraire, décida que toutes les personnes qui viendraient à la f t qui désireraient voir Jacques Mellier seraient admises à lui jeter de l’eau bénite,

Séraphine reçut des ordres en conséquence,

Lucile, persistant dans sa volonté de ne pas se faire reconnaître enon s'installa provisoirement dans la chambre de Rouvenat où elle se tint cachée.

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Ni Séraphine, ni les autres domestiques ne soupçonnaient la présence d’une femme inconnue dans la maison,

Quand on eut appris à Rouvenat ce qui s'était passé dans la nuit, et qu'on lui eut dit que les gendarmes étaient venus demander des renseignements sur l’un des faits connus, la tentative de vol, des éclairs terribles sillonnèrent son regard,

— L'homme qui a voulu voler Jacques, dit:l, et qui l’a tué, n’est autre que Joseph Parisel ; mais ne songeons pour le moment qu’à notre douleur et aux funérailles de Jacques Mellier ; nous examinerons ensuite si nous devons, oui où non, livrer les deux misérables à la justice,

Il se rendit à Frémicourt pour faire lo déclaration du décès et s'entendre avec le curé au sujet de la cérémonie des obsèques, qui fut fixée au lendemain à dix heures du matin.

Le soir quand les gens de journée se trouvèrent tous réunis dans la grande salle, Rouvenat leur dit :

— Mes amis, demain aura lieu l'enterrement de Jacques Mellier; le travail restera suspendu toute la journée, mais la journée sera portée sur les comptes comme si vous aviez travaillé, J espère vous voir tous, demain, derrière le cercueil de Jacques Mellier,

Immédiatement après le souper, pendant que jes garçons étaient dans les écuries, Gertrude mit ses souliers et sortit furtivement de la ferme sans être vue, Elle n'avait pas voulu attendre que les portes fussent fermées, Elle s’était dit que, cette nuit-là, Rouvenat, Séraphine et peut-être aussi les garçons ne se coucheraient pas, et que, dans ce cas, il lui serait difficile de sortir.

D’un pas rapide elle traversa le jardin, en suivant le mur de clôture, qu'elle franchit par une brèche, et alla se cacher dans l’oseraie, lieu ordinaire de ses rendez-vous avec le beau François,

Elle attendit jusqu'à onze heure heures et demie. Alors, perdant patience, et à peu près certaine que le fils Parisel ne viendrait pas, elle sortit de l’oseraie et s’élança à travers champs pour gagner la route qui conduit à Artemont.

Elle marcha ou plutôt elle courut pendant près de deux heures. Elle haletait, elle était tout en nage. Mais elle n’était plus qu'à une faible distance d’Artemont,

Tout à coup, elle er 2vit sur la route une ombre noire qui disparut aussitôt, scit en s’effaçant derrière un arbre, soit en se couchant dans ie fossé.

Le cœur de Gertrude se mit à battre : cependant elle n'avait pas peur. Elle s'arrêta un instant, autant pour observer que pour reprendre haleine, puis elle se remit en marche, mais d’un pas moins rapide,

Arrivée à l'endroit où elle avait vu l'ombre disparaître, elle jeta à droite et à gauche un regard inquiet.

Soudain, une voix p'ononça son nom, et un homme, sortant de derritre un buisson, bondit sur la route,

C'était le père Parisel.

Gertrude le reconnut aussitôt,

— J'ai attendu François jusqu’à près de minuit lui dit-elle; voyant qu’il ne venait pas, je me suis décidée à aller à Artemont. Où est-il? I] faut absolu. ment que je le voie,

— Où il est? répondit Parisel, ie n’en sais rien, Ï1 n’est pas venu à Artemont hier, je l’ai attendu en vain toute la journée,

— Mon Dieu ! mon Dieu ! où peut-il être allé? — Nous le saurons plus tard. Vous aviez quelque chose à lui dire ?

mr

= ep2

—+ Oui.

— Est-ce important ?

— J'e le crois bien !

Elle ne s'aperçut pas que Parisel tremblait, que ses dents claquaient.

— Ven», lui dit-il en lui Prenant la main, il n'est pas prudent de causer sur une route, . Î l'entraina. Après avoir fait deux cents pas dans les champs, ils s’arrétèrent,

— Maintenant, nous Pouvons causer, dit Parisel : pourquoi teniez-vous tant dt nn 14 FRE MR = : +t 0 & voir François cette nuit ? Qu'aviez-vous à lui dire? Que se passe-t-il à la ferme ?

— Monsieur Parisel, répondit Gertrude, Jacques Mellier est mort

— Mort, répéta Parisel d'une voix étranglée, de Oui, hier matin, entre sept et huit heures : on l’enterre aujourd'hui à dix heures,

— Ensuite, ensuite? fit Parisel haletant.

— Pendant que François voulait prendre l'or qui est duns caisse, il parait que le maître s’est réveillé. Alors François s'est jeté sur lui et à essayé de lé. trangler..,

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