‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 99 sur 109 · XXI LES GENDARMES · texte numérisé non relu

XXI LES GENDARMES

Le corps de Jacques Mellier s'était à peine refroidi, qu'on savait déjà à Fré icourt que le vieux fermier avait cessé de vivre. Et comme le médecin avait crû devoir prévenir le maire de ce qui s'était passé au milieu de la nuit dans la chambre de Jacques Mellier, on ne doutait pas que la lutte qu'il avait soutenue contre le voleur et la révolution qui devait s'être faite en lui ne fussent “ause. de sa mort,

Vers dix heures, le brigadier de gendarmerie de Saint-Trun et un de ses gendarmes, faisant leur tournée, passèrent à Frémicourt.

Hs centrérent chez le maire afin de lui demander, comme d'habitude, s’il is m'avait rien à leur signaler. l

— Si, vraiment, répondit le magistrat municipal,

Et il leur apprit comment, dans la nuit, Jacques Mellier, le fermier du Seuil. lon, s'était défendu contre un voleur, qu'il avait surpris les mains dans son coffre-fort et qui avait failli l'étrangler ...

— Oh! oh! fit le brigadier, voilà une grave affaire,

— D'autant plus grave, messieurs, que le vieux Mellier est mort ce matin probablement des suites des coups qu'il à reçus,

‘Les deux gendarmes se resarderent,

— Je ne vous attendais pas aujourd'hui, reprit le maire, et j'allais écrire à M. le juge de paix de Saint-Irun pour lui faire connaître les faits.

— Nait-on le nom de cet audavienx malfaiteur, demanda le brigadier,

— Non, malheureusement ; comme Je viens de vous le dire, la chose s’est passée au milieu de la nuit, Jacques Mellier n'a pas pu voir le visage du voleur.

— C'est peut-être un des domestiques de la ferme ?

“Jacques Mellier à dit ce matin au médecin de Frémicourt que l’horame qui s’est introduit dans sa chambre pour le voler n’est pas un de ses serviteurs,

— El bien, monsieur le maire, dit le brigadier, nous allons aller au Seuillon afin de recueillir nous-mêmes des renseignements aussi exacts que possible. H

À l'exception de Gertrude, les domestiques du Neuillon ignoraient encore que deux hommes s'étaient introduits, nuitamment, dans la maison, et que l’un d'eux avait tenté de voler leur maître,

N'étant retirée dans sa chambre sur l'injonètion du beau François, Gertrude ne savait absolument rien de ce qui s'était passé au premier étage de l'habita-

tion. Mais lu mort subite de Jacques Mellier avait mis en elle un grand trou-

ble, Elle se disait avec terreur que le père gers à ce mallieur inattendu.

Elle traversait la cour, venant des éc le chemin de Ja ferme, La peur la saisit et elle se ] criant :

— Voici les gendarmes ! Voici les sendarines !

Heureusement pour elle, il n'y avait alors dans |: ne remarqua ni la pâleur, ni le trouble de Gertrude.

Un instant après, les gendarmes mettaient pied à terre dans la cour de ferme, Ils passérent la bride de leurs chevaux dans un anneau de muraille, et ils entrèrent.

Gertrude s'était affaissée sur un banc.

Séraphine S'avança à la rencontre des gendarmes:

— Qu'est-ce que vous désirez, messieurs les gendarmes ? deinanda-telle.

— Est:il vrai que M. Jacques Mellier soit mort ? interrogea le brig:

—— Hélas ! oui ; il est mort ce matin à huit heures.

Pouvez-vous nous donner des re la ferme la nuit dernière ?

idier.

iselgnements précis sue ce qui s’est passé à

-— Je sais peu de chose. I] paraît que le maître s'est trouvé indisposé tout à Coup et qu'il à appelé, Mlle Blanche a entendu, elie est accourue aussitôt. M Mellier était sans connaissance, Alo

rs elle est descendue pour réveiller tout le monde, Jean à vite atteté un cheval au cabriolet et est allé à Frémicourt chercher le médecin. Voilà tout ce que je peux vous dire, monsieur le brigadier.

— Comment, fit le gendarme en fronçant les sourcils, vous ne savez pas autre chose ?

-— Je ne sais que cela, et je ne suppose pas que d’autres puissent vous en apprendre davantage.

Le brigadier se tourna vers Gertrude.

— Et vous, la grosse renseiger !

Son regard hébété se fixa sur lui.

— Je n'ai rien entendu, répondit.elle avec un roulement d'yeux de carpe qui se pâme ; je dormais comme sabot dans mon lit. Moi, quand je dors, toute la Maison pourrait bien s'écrouler sans que je l’entende.

— Vous avez le sommeil dur, tit le brigadier.

Et il lui tourna le dos.

— Je voudrais voir M. Rouvenat, reprit.il er, raphine.

— M. Rouvenat est parti avant-hier pour Paris e

— Ah !.., Où sont les autres domestiques ?

— Les garçons sont allés porter à manger

fille, lui dit-il, est-ce que vous ne pouvez pas nous mieux

s'adressant de nouveau à Sét n'est pas encore de retour.

aux gens de journée, Le vacher vient de faire rentrer ses bêtes : il doit être dans les écuries. Quant au berger, il est venu tout à l'heure prendre sa nourriture pour la journée, et il est retourné à son parc.

— Est-ce que nous ne pouvons pas voir Mile Blanche ?

— Elle est près de son père. Mais si vous tenez absolument à la voir, Je vais aller l'appeler.

— Oui ; la chose est assez gravé pour que je ne craigne pas de la déranger dans un semblable moment : priez-la de vouloir bien descendre.

Séraphine monta l'escalier et frappa doucement à la porte de la chambre mortuaire,

et le fils Parisei n'étaient PAS étranuries, lorsqu'elle vit les gendarmes sur récipita dans la rnaison en \ salle que Séraphine. Celle-ci

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LE MALÉDICTION D'UN PÈRE Lucile, dont lu présence de Blanche, celle-ci av:

Sur le désir exprimé par nue que de Jean Renaud et Chambre d’une façon absolue, Grâce à cette préc: près du corps de son père sans craindre d'ê

En entendant frapper, la jeune femme Blanche alla entr'ouvrir la porte.

-— Madeinoiselle, dit Sér qu'ils ont à vous demander

— C'est bien, Sér

tre surprise,

aphine, les gendarme , Mais ils veulent absolument vous voir.

aphine ; dites-leur que je suis à eux dans un instant, Elle revint Précipitamment près de Lucile et lui dit d'une voix émt — Le médecin a parlé, les gendarmes sont ici, — J'ai entendu, répondit Lucile,

— Que dois-je faire ? S'ils interroge — Blanche il est inutile d’

ie :

nt, que répondrai-je ?

apprendre à des étrangers que François Parisel à eu l’audace de pénétrer dans votre chambre pendant votre sommeil. Quant à ce qui s’est Passé dans celle-ci, rien ne s'oppose à ce que vous racontiez aux gendarmes ce que mon pauvre père à dit lui-même au médecin connu le voleur, le misérable, qui est cause de sa mort : droit de nommer l’homme que nous soupéonnons,

— J'ai compris, dit Blanche.

Elle essuya vivemer

; il n'a pas renous n'avons pas le

at ses yeux et sortit de la ch Quand el’: parut devant eux, les gend

Gertrude était assise à la la cheminée,

— Mademoiselle dit le brigadier nous avons appris la mort de M.Mellier par M le maire de Frémicourt. Si M. le maire est bien informé, un voleur se seraît introduit la nuit dernière dans la chambre de votre père pour le voler : il 3 aurait eu même, entre M. Mellier et le voleur, une lutte, Enfin. après avoir tenté d'étrangler M. Mellier, le malfaiteur se serait enfui sans avoir commis le vol qu'il avait prémédité, Tout cela est-il exact, mademoiselle ?

— Oui, monsieur, tout cela est vrai, répondit Blanche.

— C'est un crime épouvantable, mademoiselle, et notr metire à là recherche du criminel, Avant de mourir nommé ?

3ertrude écoutait, |

— C'était la nuit, l’a pas reconnu.

— Àb n’a soupçonné personne !

— Personne.

— Et vous, mademoiselle, n'avez-vous pus un soupçon sur — Non, monsieur.

—- Savez-vous comment le voleur est entré dans 1

& Maison ?

— de: l’ignore, monsieur, Peut-être avait-on négligé d: fermer une porte — Hier soir, toutes les :

portes ont été formées comme d'habitude, dit Séraphine.

— Et les fenêtres? fit 1 — Les fenêtres aussi.

— Îl faut bien, cependant Ne pensez-vous pas, madem tiques?...

1 jeune fille secoua la tête,

ambre, armes la saluèrent 1

‘espectueusement, même place, Néraphine se te

nuit debout devant

e devoir est de nous , M. Mellier ne l’a-t.il pas

es yeux hagards et trembl

ant de tous ses membres, monsieur, répondit Blanche

» mOn père n’x pu le voir, il ne

quelqu'un ?

e gendarme.

» Que le voleur ait trouvé une ouver

ture Pour entrer, oiselle, que le coupable puisse

être un de vos domes

36) dans la maison u était conait défendu l'entrée de la aution, Lurile pouvait rester

s'enveloppa dans un rideau du lit.

s sont en bas : Je ne sais pas ce

tes

er

EL Pot

LS

— Je vous téiondr ai par ces paroles de mon père avant sa mort, dit-elle ! “ Leur fidélité est éprouvée, et je ne voudrais pas même qu’on les soupçonnût.”

— Tout cela est bien singulier, bien mystérieux, murmura le brigadier.

Puis, tout haut :

— Vous voudrez bien nous excuser, mademoiselle, de vous avoir dérangée aujourd’hui, quand vous êtes tout entière à votre douleur ; mais nous somines forcés de faire notre devoir et nous devions vous interroger, Je regrette que vous ne puissiez pas nous mettre sur la trace de ce dangereux malfaiteur qui, il n’y à pas à en douter, est cause de la mort de M. Mellier ; mais nous le chercherons activement, et il faut espérer qu'il n’échappera pas à Ja justice et eu châtiment qu'il mérite. Nous nous retirons, mademoiselle ; nous reviendrons au Seuillon dans un moment plus opportun.

Les gendarmes sortirent de la ferme, remontèrent à cheval et partirent à franc-étrier.

Blanche rentra dans la chambre mortuaire,

Lucile l'interrogea du regard.

— Ils sont partis, répondit la jeune fille ; j’ai répondu aux questions qu'ils m'ont adressées ainsi que vous le désirez,

— C’est bien, dit Lucile.

Après un moment de silence :

— Blanche, reprit tout à coup la jeune femme, savez-vous quelles sont les heures du passage des trains à Vesoul?

— Venant de Paris? Le matin cinq heures et huit heures ; le soir une heure et six heures.

Si Rouvenat et mon fils sont arrivés à Vesoul ce matin à cinq heures, ils ne tarderont pas à être ici.

— Oui, surtout si mon parrain trouve une voiture à louer à Saint-Trun.

— Ils peuvent aussi passer par Gray.

— Mon parrain a pris le chemin de fer à Vesoul, il est plus que probable que c’est par Vesoul qu'ils viendront. Il n'y à pas à Gray de correspondance directe pour Saint-[run.

— Attendons, soupira Lucile.

Aprés le départ des gendarmes, Gertrude se sentit à per res rassurée, Elle croyait savoir, enfin, ka véritable raison de l'excursion nocturne du beau François.

— Voilà, se dit-elle, veyant que le maître ne mourait pas assez vite, 1l a voulu lui prendre son or ; mais le maître ne l’a pas reconnu, On ne saura point que c’est lui... Il n’y a que moi qui pourrais dire... mais, moi, je l'aime, mon beau François, il n’y à pas de danger que je le trahisse. On ne saura pas non plus comment il est entré: ce matin, tout en me levant, quand la demoiselle nous à réveillés tous, j'ai eu soin de pousser le verrou de la porte du jardin. Le maître est mort, mais il était vieux, il avait fait son temps...

Francois va hériter, à son tour il va devenir le maître à la ferme, nous nous marierons... Je serai la femme de Francois, on n'appellera Mme Parisel, ja fermière du Seuillon ! |

La joie faisait palpiter son cœur. Elle se grisait d'espoi : et d’orgueil.

— [] faudra que je le voie ce soir,reprit- elle, que je lui dise que le maître ne Va pas reconnu, que personne ne peut savoir que © ‘est lui... Nil ne vient pas dans l’oseraie, j'ai de bonnes jambes, j'irai jusqu'à Artemont.

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Puis, se redressant, les intraduisible sur les lèvres, elle s’écria :

— On m’appellera Mme Parisel, je ser

ai Ja fermière du Seuillon !

XXTI-LA crra MBRE DU MORT

1] était deux heures de l'après-midi, Une voitur cour de la ferme. Elle ramenait Pierre Rouvenat. Le vieillard ne savait pas encore qu'il allait tr de son ami, étendu sans vie le front assombri, e

e de lonage entra dans la

ouver le corps de son maître, sur son lit; et pourtant il avait les yeux mornes, & on pouvait lire sur son visage pâle une profonde tristesse, Rouvenat était seul, Rouvenat n'amenait pas avec lui celui qu'il était allé chercher.

1 descendit de la voiture et dit la main :

— Le prix convenu est dix francs, les deux francs sont pour vous, Mais la chaleur est étouffante, vous devez avoir besoin de vous rafraîchir, venez,

Le conducteur ne se fit pas prier. Il sauta à bas de son siège et suivit Rouvenat,

Séraphine était seule,

— Boujour, monsieur Pierre, dit-elle : enfin vous : che vous attend avec une vive impatience,

— Séraphine, dit-il, vous ce brave garçon.

— Tout de suite, monsieur Pierre,

Et elle fit signe à l’homme de “asseoir près de la table.

À ce moment, Rouvenat regarda la servante et son ajr triste le frappa ; il vit aussi qu’elle avait les yeux rouges,

— Que vous est-il donc arrivé ? lui demanda-til d dirait que vous avez pleuré,

— Vous ne savez donc rien, monsieur Rouvenat ? On ne vous tit. ,

— Quoi ?

— Ah ! un grand malheur !

— Un malheur! s'écria-t:il d'une voix anxieuse,

— Mellier..,

— Malade ?

— Hélas ! monsiem Pierre, il est mort !

11 porta vivement la main à son cœur et poussa un cri rauque, Puis il bondit dans l'escalier et se précipits comme un fou dans la chambre de Jacques Mellier,

Sa brusque apparition fut suivie de deux exclamations.

Près du lit, il vit Blanche et I

Blanche jui sauta au cou en pleurant, I] l’étreignit fortement contre son cœur, lui mit un baiser sur le front, puis, Ja repoussant doucement, il se jeta sur le cadavre du vieux fermier

au conducteur,en lui mettant 12 francs dans

“oilà de retour, Mlle Blan-

allez donner à boire et quelque chose à manger à

‘un ton bienveillant : on

a donc pas

ä-t-1] d’une voix étranglée, tout est fini... Je l'ai quitté bien portant, presque joyeux, et le voilà roide, glacé... plus rien... Malheur ! malheur!, . Si seulement j'avais été Jà, j'aurais entendu ses dernières paroles, il m'aurait dit ca dernière volonté, j'aurais recueilli son dernier SOUpir... Trop tard, trop tard!,,, Ah! Dieu est terrib'e pour nous ! [! nous

poings sur les hanches, les yeux brillants, un sourire:

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SRE Gaia ax

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