XXIV-—paxs LA CARBIÈRE
Le spectacle qui venait de s'offrir aux yeux de Gertrude était de nature à territier et justifiait le cri d'horreur qu'elle avait fait entendre.
Au fond de la carrière, un homme, couché sur le ventre, la face contre terre, gisait dans une inare de sang.
Cer homme respirait-il encore? N'’était.il déjà plus qu’un cadavre ?
Gertrude se fit ces deux questions lorsque, revenue de sa frayeur, elle put ré. flécair. Elle était pressée, mais elle oublia complétement combien il était important pour elle de rentrer au Seuillon avant qu'on ne se fût aperçu de son absence,
Quelque chose d'irrésistible, une force attractive. puissante, l’arrêtait au bord de cette excavation, de cet abime creusé pas la main des hommes.
Maintenant, la curiosiré s'était emparée d'elle ; elle avait vu, elle voulait voir encore de plus près. Peut-être connaissait.elle ce malheureux ? Une sorte de fascination étrange l’attirait dans la carrière,
Et puis, les êtres les moins bons, les plus dégradés, les être, parfois, saisis par un sentiment de pitié.
Si l'individu existait encore, ne devait-elle pas essayer de le secourir ?
Elle tourna autour de la cürrière et arriva à son entrée, dont elle descendit la pente douce sillonnée de profondes ornières. Elle se trouv sence de l’homme, Sur ja partie visible de sa tête, on v horrible blessure.
Il était sans mouvement, Sa casquette avait roulé était vêtu d’un pantalon de treillis et d’un veston d'é
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Gertrude vit tout cela. Aussitôt, ses traits se décomposèrent et elle sentit passer en elle comme une barre de fer, Elle eut une sorte de rugissement et elle se précipita sur le corps immobile en criant :
— François! François !
Elle lui souleva tête. Le contact du froid la fit frissonner, Elle ne put d'abord voir les traits du visage souillé de terre que le sang avait délayée. Le corps était roide. Elle eut l’extréme courage de le tourner sur le dos. Puis, avec son mouchoir, elle essuya la igure.
Alors, le doute ne fut plus possible. C'était bien François Parisel, son arzat, un cadavre maintenant.
Elle le contempla un instant avec un regard de folle. Ses cheveux se hérissèrent, un tremblement nerveux secouait tous ses membres, sa bouche s’était horriblement contractée, ses yeux mornes, fixes comme ceux d’une figure de cire, restaient secs.
Enfin, elle poussa un cr: affreux, quelque chose qui ressemblait à un hurlement de bête fauve, et elle se roula sur le cadavre, en s’arrachant les cheveux, en poussant &es plaintes et d’effroyahles gémissements,
C'était une douleur sombre, farouche, sauvage !
Gertrude, rugissante, ne ressemblait plus à une femme, mais à une furie.
La fin tragique du beau François devait-elle être attribuée à un crime, au suicide ou à un accident ?
Pour croire au suicide, il eût fallu admettre que le fils Farisel, saisi soudain par 1: remords et se faisant horreur à lui-même, aurait eu le courage de juger ses actes, de se condamner et d'exécuter sa propre sentence en mettant un terme à son existence déplorable.
Mais, non, le beau François n'était pas homme à se repentir, à avoir des regrets, si ce n’est d’avoir vu échouer sa tentative criminelle. D'ailleurs, comme la plupart des scélérats, il était lâche.
Non, le beau François ne s'était pas fait justice lui-même,
Ainsi que l'enquête et l'examen des lieux ]: firent constater plus tard, il avait trouvé la mort sans la chercher, au moment où il s’y attendait le moins. I! devait finir ainsi.
Foursuivi par le regard terrible de Lucile, il s'était enfui épouvanté.
Etourdi par le sang qui était monté à son cerveau et bourdonnait dans ses oreilles, aveuglé par la sueur qui coulait de son front, il ne vit point quelle direction il prenait dans sa course vertigineuse, Aiguillonné par la peur, il courait comme un insensé, sautant les fossés, bondissant par-dessus les haies et autres obstacles qui se trouvaient devant lui.
Il ne vit point le trou béant, Un demi-mêtre carré de terre s’écroula sous le poids de son corps et il se trouva lançé dans le vide.
Ti dut alors pousser un cri effroyable.
Il tomba comme un homme qui plonge, la tête en avant. Ce fut horrible. La tête heurta l'angle d’une pierre, qui enfonça l'os frontal à partir de l'œil gauche et fendit le crâne jusqu’au sommet de la tête, laissant la cervelle à découvert : le sang coula à flots et forma une mare autour du corps.
Cependant la mort ne fut pas instantanée.
Les observations qui furent faites permirent de supposer que le beau François avait vécu encore pendant deux heures environ, endurant d’atroces souffrancs, et que son agonie avait dû être épouvantable.
Il avait certainement fait des efforts inouïs pour se relever. On le voyait à des rigoles creusées par le bout de souliers, dans lesquelles le sang avait coulé,
—— mr, us
ICTION D'UN :PÈRE
et par les empreintes de ses
Il avait essayé de s’accrocher à la pierre fatale contr quelle ses ongles s'étaient brisés et ses doigts déchi
Rien ne saurait rendre l'expression effrayante qu dans la mort, et celle de ses yeux restés grands ouy bite... C'était répoussant, hideux !
Rien n'indiquait qu'il avait eu la force de Cvier, d'appeler à son secours ‘ AIS ON ne pouvait douter qu'il eût eu un terrible accès de rage et quil se fût tordu longtemps dans d'horribles convulsions.
Quand on lui desserra les dents et qu'on lui ouvrit la bouche, on la trouva
leine de sable ce qui attestait que endant son agonie, il avait mordu ja. ? 1 | ? Le] ) terre...
Pendant l'enquête qui, d’ailleurs, ne fut pas de longue durée, on chercha à Savoir si le beat François n'avait Pas été précipité dans la carrière par une main criminelle ; Mais, comme nous l'avons dit, l'examen des lieux démontra bientôt que la mort devait être simplement attribuée à une chute involontaire.
Gertrude ne crut Pas au suicide ; elle n’admit pas davantage que le beau François fût tombé accidentellement dans la carrière,
Après être restée pendant près de deux heures accrou elle se redressa tout à COUP, une énergie farouche dans le Une idée inserisée venait de jaillir de son cerveau.
Dans sa pensée, le beau François avait été violemment jeté dans la carrière ; le père Parisel avait assassiné son fils pour ne Pas avoir à lui donner la moitié de sa part de l'héritage de J acques Mellier,
— Ah! le brigand ? s'écria-t-elle, je vengerai François
E5 abandonnant le cadavre aux grosses mouches qui à s’abattre sur lui, elle gravit la pente au pas de course e
Alors, elle regarda le ciel.
Pendant qu’elle était près du corps monté,
Avec l'habitude qu'ont les paysans de connaître, à quelque chose près, les eures du jour par la psition qu’occupe le roi des astres, Gertrude jugea qu'il était au moins huit heures et demie,
Or, son absence de Ja fertne, ayant été fo-cément remarquée, on avait dû découvrir qu’elle n'y avait point passé la nuit,
Cette réflexion l’arrêta net.
Elle ne se souciait nullement de s'exposer aux repr colère de Rouvenat, Elle comprit aussi que sa di dû faire naître des SOUpçons graves,
Sans aucun doute, on voyait déjà en elle la com avait tenté d'étrangler le vieux fermier,
— En ne me Voyant pas à l'ouvrage ce matin, se dit-elle, ils ont-deviné, bien, sûr, que c’est moi qui ai ouvert la porte l’avant-dernière nuit.
Sans se rendre exactement compte de ce qu'il y avait de terr dans sa complicité avec les Parise
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Son instinct suffisait Pour la prévenir d'un danger, disque j'ai quitté la ferme, pensa-t-elle Je ny veux plus rentrer.
Mais quel parti prendre ? Où allait-eile aller ? Elle point.
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ne le savait vraiment.
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L'esprit fort troublé
une Situation affreuse.
Elle se mit à errer dans la campagne, allant à droite, allant à gauche, revepant constamment sur ses Pas €t toujours dans le méme périmètre,
Plusieurs fois, épuisée, toute en Sueur, elle s'affaissa à l'ombre d'un arbre ou d’un buisson, mais, au bout d’un instant, elle se relevait et se remettait à mar°cher avec une agitation tébrile.
Elle pouss reur.
À lu ferme, quand, à traire les vaches pela. :
Rouvenat n'eut qu'à entrer dans la char bre pour étre certain qu'elle n'avait. Pas passé la nuit à la ferme. 1] devina la vérité.
— C'est elle, c'est cette misérable fille qui à ouvert une des portes de la maison au deux Parisel, se dit:il. Elle à eu peur et elle à pris la fuite, Klle est probablement allée rejoindre les deux scélérats à qui elle a servi d'instrument, car elle est trop bête pour qu'ils en aient fait autrement leur complice. Bien. certainement elle ne savait rien de leurs projets et n’a pu deviner que les deux. infâmes avaient Prémédité un double crime.
Deux femmes de Frémicourt étant alors arrivées à la ferme, Rouvenat les. pria de faire l'ouvrage de Gertrude, ce à quoi elles c msentirent avec empressement.
De leur côté, Séraphine et les autres domestiques étaient convaincus que Gertrude avait ouvert la porte à l'individu qui s'était introduit dans l'habitation. afin de\oler l'argent de leur maître. Seulement, ne sachant pas, comme Rou- Venat, que les deux Parisel étaient restés dns le pays et rôdaient continuellement autour du Seuillon, ils ne Pouvaient soupçonner que les cousins de J acques: Mellier fussent les coupables,
Gertrude était encore au milieu des champs à une heure « n'avait pas eu le Courage de retourner à la carrière,
Sa longue course de la nuit, ses marches et cont avaient amené la faim. A sa duulerir se joignit la tiraillements d'estomac.
Elle avait entendu les cloches de Frémicourt glas des morts, ce qui indiquait les différentes Puis, plus tard, une des cloches sonna midi,
À partir de ce moment, insensiblement et peut-ê procha du chemin de la ferme,
Persuadée que le père Parisel avait tué son fils, et surexcitée poir et l’anéantissement de tous ses rêves de bonheur et d’ambi cherché longuement, sans Pouvoir le trouver, le François.
Tout à Coup, sur le chemin, à une distance la ferme, elle aperçut deux gendarmes,
Ceux-ci étaient à la recherche du voleur. N'ayant rien appris à Fr ils se rendaient au Seuillon espérant sans doute être plus heureux.
Des lueurs sombres passerent dans le regard de Gertrude. Elle avait la fièvre, elle ne raisonnait plus.
Elle s'élança vers les agents de la force publique en ces :
» Yant au cœur une douleur profonde, elle était dans
ait des plaintes sourdes, des cris rauques, des exclamations de fu-
à six heures et demie, on ne la vit point à l’étable occupée #vant qu'on les menât à ja pêture, on la chercha, on l’ap-
le l'après-midi, Elle.
re-marches de la matinée.
souffrance physique d’affreux
sonner à plusieurs reprises le Phases de la cérémonie funèbre.
tre à son insu, elle se rap- Par son désestion, elle avait, moyen de venger le beau
à pru près égale du village et de
émicourt,.
criant de toutes ses for
— Arrêtez! arrêtez! 1 Lu Les gendarmes, voyant cette femme échevelée qui accourait, arrêtérent leurs <hevaux.