‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 11 sur 109 · CON · texte numérisé non relu

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Le juge de paix faisait donc cette réflexion avec un certain dépit, lorsque le brigadier poussa tout à coup une exclamation.

IL venait de ramasser, à peu de distance de la tache de sang, du côté de Frémicourt, un morceau de papier à moitié brûlé, Il n’y avait pas à en douter, ce papier était la bourre de la balle. Le brigadier la remit triomphalement au juge de paix, qui s'empressa de la serrer dans son portefeuille, :

On venait de découvrir en même temps que la victime, au moment où elle avait été frappée mortellement, marchait vers Frémicourt,

— Monsieur le maire, demanda le juge de paix, quelles sont les personnes qui travaillent là-bas près de la rivière ?

— Ce sont les gens du Seuillon.

— Ah! Nous allons passer près d'eux, nous les interrogerons.

Et, à travers la prairie, les quatre hommes se dirigèrent du côté des travailleurs. Ceux-ci, voyant qu'on venait à eux, suspendirent leur travail et se réunirent en un seul groupe au milieu duquel se trouvait Pierre Rouvenat.

Le juge de paix le connaissait et savait aussi quelles importantes fonctions il remplissait à la ferme.

—Comment va Mellier ? lui demanda-t-il.

— Très-bien, monsieur le juge de paix, je vous remercie.

— Vous lui souhaiterez le bonjour de ma part, je vous prie.

—Je n’y manquerai pas.

— Îl a connaissance déjà, sans doute, du terrible événement de la nuit dernière ?

— Nous l'avons appris ce matin par nos faucheurs de Frémicourt, et M,

Mellier et nous tous en sommes encore tout bouleversés, Je comprends cela ; notre pays, heureusement, n’est pas habitué à ces violentes émotions, Nous ne pouvons préciser à quelle heure juste le crime a été commis ; mais dites-moi, mes amis, n'avez-vous rien entendu pendant la nuit ?

Les domestiques se regardèrent comme pour s'interroger,

— Rien, absolument rien, répondirent-ils,

— À la ferme, en ce temps-ci, monsieur le juge de paix, reprit Rouvenat, on se couche de bonne heure afin de pouvoir être debout avant le soleil levé ; à dix heures tout le monde dort ; je n'ai pas besoin de vous dire comment dorment les gens qui ont travaillé dur pendant seize heures sous le soleil de juin,

—Je m'en doute, fit le juge de paix avec un sourire bienveillant,

— Et hier, dans la soirée, continua-til, vous n'avez pas remarqué, VOUS N'&vez pas vu par ici quelque figure suspecte ?

Plusieurs voix répondirent non.

— Un individu ayant un fusil ? ajouta le juge de paix.

Il y eut des mouvements de tête négatifs,

— Moi, dit une femme, j'ai vu Jean Renaud, de Civry ; il portait son fusil.

Rouvenat tressaillit,

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Mais le juge de paix eut un mouvement d'épaules significatif qui le rassura,

— J'ai vu aussi Jean Renaud, reprit un des garçons de ferme, et je suis sûr qu'il n'avait pas son fusil,

— J'étais avec toi, dit un autre ; Jean Renaud nous a causé ; il n'avait pas son fusil.

— Je suis pourtant bien sûre de ce que je dis, reprit la femme ; à preuve que Jean Renaud n'a raconté qu'il avait couru toute la Journée après une grosse louve dans le bois de Sueure.

— Qu'importe ! répliqua le juge de paix, il n'est pas question du tueur de loups dans la grave affaire qui nous occupe, Ainsi, poursuivit-il, vous n'avez rien entendu, rien vu, vous ne savez rien ?

— Rien, monsieur le juge de paix.

— Eh ! bien, au revoir, mes amis ; bon courage !

Le juge de paix et ses compagnons retournèrent à Frémicourt en suivant le bord de la Sableuse,

A midi, le procureur de la République, le juge d'instruction et son greffier arrivèrent, accompagnés d'un médecin de Vesoul, Le juge de paix leur remit ses notes, en afhirmant leur exactitude, ayant lui-même véritié les lieux. Il montra ensuite la bourre, en disant comment elle avait été trouvée.

Il était facile de voir que ce morceau de papier appartenait à un numéro de journal ; une parcelie, coilée dans une partie de la longueur de ce débris, indiquait encore que cette portion de journal avait été préparée en forme de cornet, Mais il devenait impossible de deviner à quel usage avait précédemment servi ce petit sac et quelle substance lui avait été confiée,

Toutefois, le juge d'instruction ayant prononcé les mots : “tabac à fumer,” tout le monde partagea son opinion.

Donc, en supposant qu'on ne se trompât point, l'assassin était fumeur,

— Je me reserve de continuer ultérieurement l'étude de ce papier, dit le juge ; en cherchant bien, peut-être ne nous sera-t-il pas impossible de découvrir à quel journal il appartient et dans quelle maison de débit le cornet à été fabriqué. Il ne faut rien négliger, ne rien perdre de vue, les plus infimes détails ont leur utile importance,

On procéda ensuite à l'examen du cadavre.

La parole était au inédecin,

Il écarta les vêtements de la victime, coupa une partie de la chemise collée sur le corps, enleva des plaques de sang coagulé et découvrit le trou fait par la balle, Il expliqua la position que le corps devait avoir au moment où il fut frappé, et parla avec beaucoup de savoir des désordres immédiats causés dans l'organisme par l'entrée du projectile, lesquels ne pouvaient manquer de déterminer la mort au bout de quelques instants.

— Îl s'agit, maintenant, d'extraire la balle, dit le procureur de la République.

Le docteur prit sa sonde et la plongea dans la plaie, Ilne tarda pas à sentir le projectile, qui s'était logé un peu au-dessus du cœur. Il fit deux incisions profondes, afin d'élargir le trou, puis il prit dans sa trousse un nouvel instrument et, deux minutes après, il remettait la balle dans la main du juge d’instruction.

Ensuite, on fouilla les poches du mort, De l’une on tira un mouchoir blanc, sans marque ; de l’autre, un canif: dans une des poches du gilet on trouva quelques pièces de menue nonnaie formant ensemble la somme de six francs cinquante centimes, C'était tout,

On devait supposer que le voyageur présumé avait sur lui une somme beau-

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