‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 13 sur 109 · XII—LE JUGE D'INSTRUCTION · texte numérisé non relu

XII—LE JUGE D'INSTRUCTION

On passa dans la pièce à côté de la chambre du mort : les magistrats s’assirent autour d’une table, et le juge d'instruction continua à interroger l’aubergiste.

— Ainsi, lui dit-il, vous êtes bien sûr que le cadavre que vous venez de voir est votre locataire ?

— Absolument certain, monsieur le juge.

— Vous nous avez dit que vous ne saviez que son nom d’Edmond,

—C'est la vérité.

— T1 est donc inutile de vous demander si vous connaissez sa famille. Pouvez-vous nous dire où il demeurait, il y a deux mois, avant de devenir votre locataire ?

—Je l’ignore, mais je sais qu’il arrivait de Reims, en Champagne.

— C’est un renseignement. Ecrivez et n'oubliez rien, monsieur le greflier, Recevait-il des lettres ?

Le père Bertaux secoua la tête,

—Je rois qu'il en écrivait beaucoup, qui restaient sans réponse, répondit-il. Pourtant, à ma connaissance, il en à reçu une. C'était, je crois, avant-hier,

—Ï ne l'avait pas sur lui, nous la retrouverons probablement dans la chambre où il logeait, dit le juge d'instruction en se tournant vers le procureur de la République,

— Savez-vous pourquoi ce jeune homme était venu s'installer chez vous, à Saint-Irun ? continüa-t-il en s'adressant de nouveau à l'aube raiste.

— Non, monsieur le juge.

— Que faisait-il ?

— Rien. Quand je dis rien, je me trompe; mais c’est à peu près la même chose : il écrivait... En usait-il du papier |

Le greflier fit une grimace ; le procureur de la République et le juge d’ins-

ruction ne purent s'empêcher de sonrire,

— D'ap:

devait êtr —Je n° — Cepe:

— Oui, :

rangé, pas — Possé —.Je ne Est-ce —Je ne —Navez heures pou je croyais « — Est-ce — La nu sortait que — Etait.

— Plusie — Et vo — Je l’ig — Je vor uer à la jt Le bonhc décida à r'é] — Oui, n — Nous — On su une vieille :

de l’autre c -— Père 1 été assassin — [I] n'a | Alors ell —Savez- — Ma foi, Eh bie sement, par — Cétait — Pas du Les audit — Elle ba C'était le Le juge d échangèrent impassible, — Qui est juge d'instrr Le maire — C’est ui ton : il se nc

dez,

‘ela, nse, irde ème sta bre, ule, vun

r la

S'AS- Pau-

voir

ou * tre

— D'après sa mise, la beauté de son linge et ses mains fines et blanches, il devait être riches, reprit le magistrat instructeur,

—Je n’en sais rien.

— Cependant, vous l'avez dit vous-même, il vous payait très-exactement,

— Oui, tous les quinze jours, et rubis sur l’ongle, Mais c'était un garçon rangé, pas de dépenses folles : son nécessaire, voilà tout.

— Posséduit-il des bijoux ? Une montre, par exemple ?...

—Je ne lui en ai jamais vu,

— Est-ce que vous ne pensez pas que le vol à été 1e mobile du crime ?

—-Je ne peux pas dire,

— Savez-vous où il est allé hier dans ln journée ?

— Non, monsieur, Il est parti après son déjeuner et il était rentré à six heures pour dîner, Vous savez ce que je vous ai dit tout à l'heure ; ce matin, je croyais qu'il était dans sa chambre.

— Est-ce qu’il sortait souvent la nuit ?

— La nuit, je ne sais pas ; je ne m'en suis jamais aperçu. Mais, le jour, il sortait quelquefois,

— Etait-il longtemps absent ?

— Plusieurs heures, parfois toute la journée,

— Et vous ignorez où il allait

— Je l’ignore,

— Je vous remercie, monsieur Bertaux, Avez-vous autre chose à communi- Quer à la justice ?

Le bonhomme se gratta la tête derrière l'oreille, puis le bout du nez et se décida à répondre : :

— Oui, monsieur le juge d'instruction.

— Nous vous écoutons, parlez.

— On sut bientôt à Saint-Irun que mon locataire avait disparu. Pour lors, une vieille femme qu’on appelle la Suissesse, parce qu’elle est native de par là, de l’autre côté des montagnes, vint me trouver et me dit :

-— Père Bertaux, on raconte que le jeune homme qui demeure chez vous a été assassiné la nuit dernière, près de Frémicourt,

—Îl n'a pas couché ici, ça se pourrait, répondis-je.

Alors elle me dit tout bas :

— Savez-vous ce que j'ai vu dans la nuit à peu près vers une heure ?

—Ma foi, non. Comment lesaurais-je? A une heure je dormais comme un sabot.

— Eh bien, père Bertaux, j'ai vu un homme sortir de chez vous, mystérieusement, par la petite porte,

— Cétait lui, mon locataire !

— Pas du tout.

Les auditeurs écoutaient avec une curiosité anxieuse,

— Elle baissa encore la voix, continua l’aubergiste, et elle me dit à l'oreille :

C'était le tueur de loups,

Le juge d'instruction se dressa sur ses jambes. Le maire et le juge de paix échangèrent un regard de surprise ; seul, le procureur de la République resta impassible,

— Qui est-ce, cet individu que vous appelez le tueur de loups ? demanda le juge d'instruction.

Le maire prit la parole,

— C’est un ancien militaire, un brave homme, bien connu dans tout le canton : il se nomme Jean Renaud et demeure au village de Civry.

bon tireur, a eu l'excellente idée de faire la chasse à ces carnassiers, Depuis trois ans environ, il en à tué déjà au moins une dizaine,

Le juge d’intruction resta un moment silencieux.

— Ainsi, reprit-il, cet homme demeure à Civry et il aurait été vu à Saint- Irun au milieu de la nuit, sortant de la maison de M. Bertaux, imystérieusement, c'est-à-dire en cherchant à ne pas être aperçu ou reconnu, Ceci, messieurs, est d'une extrême gravité,

— Je ne crois pas qu'un soupçon seulement puisse atteindre Jean Renaud, répliqua vivement le maire,

— Jusqu'à plus ample informé, monsieur le maire, nous respectons votre opinion, sans doute justement favorable à cet homime ; mais un crime atroce à été commis, il y & un coupable... nous le cherchons et notre devoir est de le trouver,

La révélation inattendue de l'aubergiste avait, en effet, un caractère de gravité exceptionnelle,

Le jnge de paix pensa qu'il ne pouvait garder le silence sur ce qui avait été dit devant lui, le matin, dans le pré du Neuillon, au sujet de Jean Renaud. 11 rapporta fidèlement les paroles de la femme et des deux domestiques.

L'expression de sévérité du visage du juge d'instruction Ss'accentua encore,

— Encore Jean Renaud, dit-il ; vous le voyez, cet hommie semble apparaître fatalement. Déjà, même, on parle du fusil. La victime à été frappée d'une balle, ce qui est une nouvelle prévention contre Jean Renaud, dont l'arme doit être naturellement chargée pour la chasse au loup. Une femme dit: J'ai vu Jean Renaud, il avait son fusil; deux hommes qui l'ont vu, également, aftirment qu'il ne l'avait pas ; ceci est à éclaircir,

Un des homines que le maire avait chargé de garder le mort s'avança alors près de la table des magistrats.

—- Messieurs, dit-il, hier soir j'ai vu Jean Renaud à Frémicourt : il allait au moulin ; je puis certifier qu'il n'avait pas son fusil,

— Quelle heure était-il ?

Je ne sais pas au juste, mais il faisait nuit,

— Monsieur le maire, dit le juge d'instruction, voulez-vous avoir l’obligeance de prier une personne du dehors d'aller dire au meunier qu'on l'attend innédiatement à la mairie,

Dix minutes après il rentra avec le meunier, qui était accouru tout enfariné.

— Approchez, monsieur, lui dit le juge d'instruction, et veuillez répondre aux questions que je vais vous adresser en disant toute la vérité, Vous avez eu hier soir la visite d'un habitant de Civry appelé Jean Renaud ?

— Oui, monsieur,

— À quelle heure ?

— 11 devait être plus de neuf heures,

— Quel était le motif de cette visite ?

— Il venait voir si du grain qu'il m'avait donné était moulu. — Savez-vous s’il venait directement de Civry ?

— {1 arrivait de Terroise, où il était allé pour affaire.

— Portait-il un fusil ?

— Non, monsieur,

— À qu — Ma amusés à « — Merc La sorti —Jusq Jean Ren:

heures, alo pres le l'AP sort du no en face du passer sur Examin:

Terroise, il laftirment.

naud dans celui des a Cette fer heures et n un quart d' coupable qu supposer qu le crime, Suivons-] demie : il v bord de la »

Le crime ce quelle po le traîne ; « mords de S0 tellement, 1 Si le meu dans son es] de monnaie ailleurs ce q une heure, c sortir furtiv D'où vena bre de la vic Le maire consterné, ‘T interêt ; mai essayassent ( pesait sur lu:

Les preuv malheureux naient de dé qui ne laissai Le procure trois magistr basse, Puis 1

os lant Lr'ospuis

intusehes-

iud,

otre ce & le le Qraété

ore, itre une loit VU fir-

lors

[au

— À quelle heure est-i] sorti de chez vous ?

— Ma foi, il était bien dix heures et anmusés à causer en buvant un petit ve

— Merci ; c’est tout ce que j'avais à vous demander ; VOUS pouvez vous retirer,

La sortie du meunier fut suivie d'un instant de profond silence.

— Jusqu'à présent, dit le Procureur de la République, tout indiquerait que Jean Renaud est l'auteur du crime. L'assassinat a eu lieu évidement après dix heures, alors que tout le monde est couché à la ferme du Seuillon, puisque, d’apres le rapport de M. le juge de paix, on n'y a rien entendu, Or, Jean Renaud sort du moulin à dix heures et deinie, il s achemine vers Civry et bientôt il est en face du jeune homme. Il savait probablement que ce malheureux devait passer sur la route à cette heure de la nuit,

Examinons, maintenant, la question du fusil, 11 ne | Terroise, il ne l'avait pas en sortant du moulin ; l'aflirment, Mais une femme dit le contraire ; naud dans la soirée avee son fusil. Je crois celui des autres,

Cette femme peut avoir rencontré Jean Renaud à six heures et demie, à sept heures et mûme plus tard ayant son fusil, et on peut parfaitement l'avoir vu un quart d'heure, dix minutes aprés ne layant plus, Si Jean Renaud est le coupable que nous cherchons, il avait pr'émédité son forfait, et il y à lieu de supposer qu'il à caché dans les champs l’arn le crime,

Suivons-le à son départ du moulin :

demie : il va prendre son fusil bord de la route et il attend...

Le crime accompli, il s'approche de sa victime pour ce quelle porte sur elle, Le malheureux respire encore le traîne ; dans quel but? Je ne puis le mords de son crime et cherche-t-i] tellement, Mais la victime retombe

Si le meutrier a eu un moment d dans son espoir de s'emparer d'une de monnaie qui sont dans la poch ailleurs ce qu'il convoite

deniie ; nous nous sommes un peu rre,

‘avait pas en allant à c'est prouvé: plusieurs témoins elle prétend avoir vu Jean Reau témoignage de celle-ci comme à

1e qui devait lui servir à commettre

il sort de Frémicourt, il est dix heures et

à l'endroit où il l'a caché, vient s'embusquer au

s'emparer sans doute de ; Son meutrier le soulève, deviner. Peut-être a-t.il déjà le reà secourir celui qu'il vient de frapper mor- » Ce n'est plus qu’un cadavre.

e regret, de repentir, c'est déjà passé, Déçu Somme importante, il dédaigne les pièces e du gilet ; il sait ou il espère qu'il trouvera . I s'éloigne, il arche, il arrive à Saint-Trun, et à une heure, comme nous venons de l'apprendre, une femme voit Jean Renaud sortir furtivement de }: aubergiste Bertaux.

& Maison de | D'où venait-il ? D'achever son œuvre, À moins que sa Visite d suivie d’une nouvelle déception.

ans la chambre de la victime n'ait été

Le maire de Frémicourt baissa la tête.

consterné, Tout deux connaissaient Je interêt ; mais après ce qu'ils ve essayassent d'élever | pesait sur lui,

Les preuves les plus acenblanto subitement accumulées contre le malheureux Jean Renaud, et les paroles du procureur de la République venaient de démontrer sa culpabilité avec une clarté, une logique impitoyables, qui ne laissaient même pas subsister un doute.

Le procureur de la République se lev trois magistrats, s'étant retiré basse, Puis le juge d’inst

Comme lui, le juge de paix était an Renaud et lui portaient un véritable naient d'entendre, il était impossible qu'il à Voix afin de prostester contre la terrible accusation qui

& a'AL + > S ELUICNG

a, fit un signe au Juge de paix, et les S au fond de la salle, causèrent un instant à voix ruction appela le brigadier.

— Combien avez-vous de gendarmes? lui demandast ‘1.

— Deux,

— Vous en laisserez un de planton à la porte de la mairie. Accompagné de l'autre, vous allez vous rendre à Civry et vous arrèterez Jean Renaud, le tueur de loups.

— Et si nous ne le trouvons pas?

— T1 faut espérer qu'it n’a pas déjà pris la fuite, Dans le cas contraire vous reviendriez immédiatement et nous aviserions,

Où faudra-t-il le conduire ?

— Vous l'amènerez ici, et si nous ne sommes pas encore revenus de Saint- Trun, où nous allons nous rendre, M. le maire voudra bien mettre une nouvelle pièce du bâtiment communal à votre disposition, et vous y gurderez à vue le prisonnier,

Allez, brigadier, allez, et faites diligence,

Le gendarme sortit en faisant le salut militaire.

Page 1