XIV—L'INTERROGATOIRE
Plusieurs fenêtres de la maison commune sont éclairées. Un gendarme fait faction devant la porte. Sur la place, une cinquantaine de personnes causent, gesticulent, discutent avec animation.
LA MALÉDICTION D'UN pin
Les magistrats viennent d'entrer en séance,
Le fusil de Jean Renaud, complétement déchargé, est devant eux, sur lu table, Les balles sont placées l’une à côté de l'autre sur les fragments de Papier qui ont servi de bourres, |
Comme le tantôt, ces messeurs sont assistés du médecin, du Juge de paix de Saint-Jrun et «lu inaire de Frémicourt Le brigadier debout, attentif, appuyé sur son sabre, attend qu'on lui fasse Un Signe où qu'on lui donne un ordre,
Le troisième gendarme se ti nt, à wi
La chambre où se trouve à veiller prés de lui,
Gendarme, faites entrer Jean Renaud publique,
iuche, devant une porte fermée, le cadavre est à droite Deux hommes continuent
, ordonne le procureur de ln BR.
€ gendarme ouvre fa porte, fait un signe, et Jean Renaud paraît sur le seuil,
Le gendarme le prend par le bras et le Le malheureux est affreusement pâle loureuse, 1] reconnaît le juge de regard empreint d'une sonnages,
pousse doucement vers la table,
, il a les yeux mornes, l'attitude dou.
paix et le maire : il leur adresse à chacun un
profonde tristesse, puis il s'incline devant les autres per-
À qu'il ne connaît pas, mais dont il devine la qualité,
OUS Vous nommez Jean Renaud, lui dit le Juge d'instruction, vous avez
été militaire, vous êtes marié et vous demeurez avec votre femme au village
de Ci l'Y. Quel âge avez vous ? :
— Quarante ans,
— Vous êtes très connu dans le canton de Saïnt-Trun où, Jusqu'à ce jour, VOUS avez joui d'une bonne réputation, Vous avez même rendu de sérieux services à Ja population en détruisant un ertain nombre de bites mulfiisantes, ce qui vous à valu votre Surnom, honorable d'ailleurs, de tueur de loups. L'administration a voulu vous récompenser en vous autorisant à porter uu fusil, même pendant que la chasse est prohibée, Nous
LLONS que vous n'avez pus abusé de cette faveur exceptionnelle : vou
n'êtes pas un braconnier
Aujourd'hui, Jeun Rena une accusation des plus graves, terrible, pèse sur vous, Donnez-nous ex ment l'emploi de votre journée d'hier.
— Je suis sorti de chez moi à inq heures du matin.
— Avec votre fusil ?
— Oui, monsieur, avec mon fusil. J'avais appris qu'une louve et deux jeunes loups avaient été vus dans le bois de Sueure, J'ai parcouru le bois en
fouillant tous les fourrés, Je vis bien
es traces du passage des bôtes : mais elles n’y étaient plus. Je gagnai les boi
d'Artemont que je parcourus inutile-
ment. Les loups ne m'avaien Pas attendu, J'étais harrassé, j'avais fnim : je me reposai en dinant à Artemont
— À quelle heure êtes-vous sorti de cett: commune ?
— Vers uatre het res
— Vous n'êt entré chez vous, à Civry ?
— Non, monsie:
— Pourquoi ?
— J'avais 28 terroise et à Frémicouet © je voulais voir le meunier.
—Ilya; is lieues d'ici à Artemont : c’est donc entre six et sep
heures du soi US & vu, du Seuillon. \ de la ferme ?
—Je me le rapp:
non pas à Frémicourt, mais sur le domaine venez-Vous d’avoir parlé à une femme qui travaillait pres
Vou Je |
- Peu lesquels \
athrment Jean R — Vou fusil, qu'e Le mal] — Eh —Je n — Je ré femnie, av de cacher L'accus Jean — Oui, — C'est
— Oui,
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LA MALÉDICTION D'UN pint
— Vous aviez votre fusil ?
—Je l'avais,
- Peu de temps après, vous vous trouvez en présence de deux hommes avec lesquels vous avez échangé quelques paroles, Or, ces deux hommes disent, atlirment que vous n'aviez pas votre fusil, Est ce vrai ?
Jean Renaud tressuillit : mais il resta muet
— Vous voilà embarrassé, reprit le magistr fusil, qu'en aviez-vous fait ?
Le malheureux poussa un soupir et baissa ln tôte,
— Eh bien ! parlez, répondez,
— Je ne peux pas répondre, non, je ne le peux pus,
— Je répondrai donc pour vous, Jean Renaud : après avoir causé avec la femme, avant de rencontrer tes deux garçons de fe de cacher votre fusil.
L'aceusé resta calme en apparence,
at, Oui, vous n'aviez plus votre
rie, vous aviez eu le temps
Jean Renand, regardez : reconnuissez-Vous cette arme ? — Oui, monsieur, — C’est bien votre fusil, celui qui & été saisi chez vous par les gendarmes ? — Oui, monsieur, — Sur la crosse et sur le canon il y à encore de | pas besoin de cette preuve pour avons assez d'autres, En court où vous êtes entré déposition du meuni fait ensuite ?
a terre ; mais nous n'avons montrer que l'arme à été cachée, nous en vou. allez à Terroise et vous revenez à Frémiooulin, Vous n'aviez pas votre fusil. Suivant la us êtes sorti de chez lui à dix heures, Qu'uvez-vous
Jean Renaud re silencieux,
— Ces messieur “nine moi, comprennent votre système, Jean Renaud : il consiste à ne pus vouloir répondre, Ecoutez-moi, si excellents que soient vos antécédents, votre crime est tellement odieux que vous ne pouvez compter sur l'indulgen: | justice qu'autant que vous témoignerez un reuret profond, un repentir . Mais, avant tout, la justice vous demande la vérité... elle a le droit d'exiger l'aveu de votre crime, et vous refusez de lui répondre !
Deux larmes vinrent aux yeux de Jean Renaud.
—Je n'ai qu'une chose à dire, prononçu-t-1 d'une voix vibrante d'émotion :
Je suis innocent !
Le juge d'instruction fronça les sourcils,
C'est cela, répliqua.tl sévéremenut, lorsque vous vous sentez écrasé sous tant de preuves que vous ne pouvez combattre, vous appelez à votre secours la dénégation, Je vous le répète, ce système est absurde, et, au lieu de vous servir il vou perd tout à fait,
— Je suis innocent, reprit doucement Jean Renaud : Je n'ai que cette seule protestation à faire entendre.
- Ainsi, vous refusez de nous faire savoir ce que vous avez fait hier so
partir de dix heures ?
— Ce n'est pas que je refuse, monsieur : je ne peux pas, je ne peux pas !
— C'est absolument la même chose : Je ne peux pas, signifie pour nous, je ne veux pas ! Soit, je vais vous le dire, moi, Vous êtes allé reprendre votre fusil où vous l'aviez caché, puis vous êtes allé attendre sur la route votre vic time, Elle arriva, se lirigeant vers Frémicourt: vous étiez à sa gauche, dans le pré, Vous avez tiré le coup de droite de votre fusil et le Jeune homme est tombé frappé mortellement en pleine poitrine,