‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 16 sur 109 · PES · texte numérisé non relu

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Voici la balle qu’il a reçue ; elle est absolument du même calibre que cette autre, qu'on a retirée tout à l'heure de votre fusil, dont le canon de gauche restait seul chargé, Ce n’est Pas tout, cette bourre à demi-brûlée, qui a été retrou-

vée sur le lieu du crime, appartient au même morceau de papier que celle-là,

extraite de votre fusil en même temps que la halle, Le doute n’est pas possible ;

c'est une balle de votre fusil qui a frappé, c’est vous qui avez tué!,.,

Le crime accompli, la malheureuse victime respirait encore, elle faisait niême des efforts pous se relever, Alors vous vous êtes approché, Pourquoi faire ? Pour lui enlever l'argent ou les valeurs que vous supposiez qu'elle avait sur elle, pour la voler !..,

Jean Renaud sursauta et deux éclairs jaillirent de son regard.

—Oh ! moi un assassin, moi un voleur ! exclama.t-il d’une voix qui révélat toute son indignation.

Cette énergique protestation impressionna les magistrats eux-mêmes.

— Mais je ne vous empêche pas de vous défendre, reprit le juge d'instruction, visiblement ému ; dites nous ce que vous avez fair après votre départ du moulin,

— Je ne peux pas, je ne peux pas! s’écria-t-il en joignant convulsivemont ses mains au dessus de sa tôte.

— C'est toujours la même chose, reprit froidement le juge d'instruction. Nous verrons si votre déplorable système continuera jusqu'au bout, Je ne puis pas dire si la victime a été volée ; vous seul et Dieu le savez. Cependant... Jean Renaud, faites-nous voir la semelle d'un de vos souliers,

Il obéit en levant sa jambe droite.

— Vous voyez, messieurs, dit le juge, forte semelle ferrée de clous à grosses têtes. Eh bien, Jean Renaud, continua-t-il, vous avez saisi la victime et, marchant à reculons, vous l'avez traînée à quelques pas où elle est restée sans vie.

Le malheureux haissa de nouveau la tête,

—- 1] ne répondra pas, dit le juge d'instruction avec un certain dépit.

— Qu'importe, répondit le procureur de la République, il ne pourrait rien nous dire que nous ne sachions aussi bien que lui.

Le regardde Jean Renaud eut une lueur étrange, On crut voir au mouvement de ses lèvres qu'il allait parler ; mais il reprit aussitôt son impassibilité,

— Jean Renaud, continua à interroger le juge d'instruction, à quelle heure êtes-vous rentré chez vous à Civry ?

— Ce matin, à six heures, répondit-il.

— Voilà, enfin, une réponse et une vérité, Mais de Frémicourt à Civry, il n'y à qu'une bonne heure de chemin, Vous auriez dû être chez vous à onze heures, à minuit, si vous voulez, Où donc avez-vous passé le reste de la nuit ?

Nouveau silence de Jean Renaud,

— Vous ne pouvez pas nous dire non plus, cela se comprend. Jean Renaud, à une heure du matin, deux heures environ après le crime, le temps qu’il faut pour faire le chemin à pied, vous étiez à Saint-Irun.

Le malheureux homme promena autour de lui ses yeux égarés.

— Cela, vous ne pouvez pas le nier, reprit le magistrat ; on vous a vu, on vous a reconnu,

Cette fois, Jean Renaud Parut complètement accablé,

Le juge d'instruction poursuivit :

— Vous vous êtes introduit dans la maison de l’aubergiste Bertaux

Jean Renaud se mit à trembler.

— Soit que vous ayez pris la clef dans la poche de la victime, soit qu’elle fût

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LA MALÉDICTION D'UN PÈRE 53 Rs nc ou ES restée dans la serrure, sur la porte, vous avez pénétré dans la chambre. Vous y avez pénétré, car avant de trouver la bougie pour l’allumer, vous ayez usé trois allumettes, les voilà, lesquelles ont été ramassées sur le parquet, qu’on avait balayé dans la journée. Jean Renaud quel était votre but ? Que cherchiez-vous ?

— Îls ne savent rien, pensa le tueur de loups.

Aussitôt il se redressa et on aurait pu voir sur son visage comme un rayonnement,

11 reprit son attitude calme.

Voyant qu'il gardait le silence, le juge d'instruction continua :

— Voyons, Jean Renaud, répondez : vous êtes devant la justice, montrez-lui un peu de courage.

— Oh ! le courage ne me manque pas, fit-il.

— Eh bien, dites-nous donc ce que vous êtes allé faire à Saint-Irun, pourquoi vous vous êtes introduit dans la chambre de la victime ?

La bouche de l'accusé resta fermée,

— Enfin, s'écria le juge d'instruction perdant patience, oui ou non, étiez vous à Saint-Trun la nuit dernière à une heure du matin ?

— J'y étais.

— Vous refusez de nous dire dans quel but ?

— Mon Dieu, monsieur, fit Jean Renaud tristement, si je ne vous réponds point, c'est, comme je vous l'ai déjà dit, que Je ne peux pas.

— Le magistrat ne put se défendre d’un mouvement de colère. 11 mordit ses lèvres blémissantes et, se levant ;

—Je n’ai jamais rencontré une semblable opiniâtreté, murmura-t-il,

Presque aussitôt, il ajouta d’un ton brusque :

— Montrez-nous les manche de votre chemise.

Jean Renaud tencdit ses deux bras,

Tout le monde put voir facilement sur le poignet de la manche droite de la chemise plusieurs taches de sang.

Certes, il y avait assez de charges accablantes contre le pauvre tueur de loups pour qu'on n'eût pas besoin de cette nouvelle preuve, qui, à elle seule, n'aurait absolument rien prouvé, car on peut très bien avoir du sang à sa chemise et sur ses vêtements sans être pour cela un criminel ; mais la justice ne néglige rien, elle s'empare des moindres détails.

—Ce sang est évidemment celui de la victime dit le juge d'instruction.

-—Sans aucun doute, appuya le procureur de la République.

Les autre se contentèrent de faire un mouvement de tête qui disait la même chose,

Le juge d'intruction tendit la main vers la chanbre où se trouvait le cadavre et dit au brigadier :

— Ouvrez cette porte,

Puis s'adressant à Jean Renaud :

— Entrez dans cette salle, lui dit-il.

Le tueur de loups entra. Les magistrats le suivirent. Sur un signe, le brign. dier enleva le châle qui couvrait le corps. Jean Renaud se trouva en présence du cadavre, dont le visage était vivement éclairé par la lampe.

Au lieu de se rejeter en arrière avec terreur comme on s'y attendait, il fit, au contraire, un pas de plus en avant, et, pendant un instant, il contempla le jeune et beau visage du mort avec une tristesse profonde,

On vit de grosses larmes sortir de ses yeux et descendre le long de ses joues,

s, se disait Jean Renaud, tu dois être content de moi ; autant que je l'ai pu, j'ai rempli tes dernières volontés et je garde mon serment !

Il passa la manche de sa blouse sur ses yeux et on l’entendit murmurer ces mots :

— Pauvre jeune homme !

Puis il ajouta dans sa pensée :

— Pauvre Lucile !

Si le juge d'instruction avait compté que Jean Renaud aurait en ce moment une défaillance, il fut déçu dans son espoir, Loin de là, la vue du cadavre donna à l'accusé une énergie nouvelle et il se sentit plus fort,

— Jean Renaud, persistez-vous à ne pas répondre ? lui demanda le magistrat,

— Qui, monsieur, répondit-il d'un ton pleinement résolu.

Le juge frappa le plancher du pied ec s'écria :

-— Gendarmes, faites rentrer cet homme dans sa prison,

Un instant après, on lui apporta à souper. Il avait faim et soif : il mange d'assez bon appétit, N

A dix heures, on le fit monter dans une voiture, qui allait le conduire à Saint-Irun, Un gendarme prit place à côté de lui, les deux autres l’'escorterent. Il passa le reste de la nuit à la gendarmerie, et le lendemain matin il fut dirigé sur Vesoul, où il arriva à midi. Il fut écroué à la prison de la ville et immédiatement mis au secret.

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