‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 17 sur 109 · XV — LES RÉFLEXIONS DE PIERRE ROUVENAT · texte numérisé non relu

XV — LES RÉFLEXIONS DE PIERRE ROUVENAT

La présence à Frémicourt du procureur de la République et du juge d’instruction n'était pas ignore à la ferme du Seuillon,

Jacques Mellier, toujours dans sa chambre et sos pistolets à portée de sa main, prèt à se faire sauter le crâne, les attendit toute la journée, A six heures il apprit l'arrestation du tueur de loups, contre qui, disait-on, s'élevaient des charces terribles.

Si la surprise des domestiques de la ferme fut grande ce fut pour Jacques Mellier plus que de l'étonnement, mais de Ja stupéfaction.

—- Allons done, se dit:il, il est impossible que Jean Renaud ne soit pas inis immédiatement en liberté. La Justice, comme ceia lui arrive souvent, divigé son enquête et à pris une fausse p'ste ; mais elle reconnaitr

& mal a Son erreur, J'uilleurs, Jean Renaud n'avra pas de peine à prouver son innocence, Allons, attendons toujours : grâce à cette étrange bévue de messieurs les iagistrats, J'ai eu quelques heures de plus à vivre. Mais ils ne tarderont pas à arriver ici avec les gendarmes,

Il se mit à sa fenêtre et plongea son regard sur le chemin de la ferme à Frémicourt, croyant voi "apparaître à chaque instant les grands feutres gaulonnés des agents de la force publique,

Il est bon de dire que, jusqu'alors, rien de ce qui s'était passé dans la salle de la mairie, avant l'arrestation de Jean Renaud, n'avait transpiré au dehors.

Pierre Rouvenat n'était pas moins anxieux que son maître ; l'arrestation du tueur de loups ne l'avait pas Surpris ; il savait qu'il avait passé la nuit hors de chez lui et qu'ayant été vu aprés dix heures à Frémicourt, c’est-à-dire au moment du crime, des soupçons devaient se porter sur lui; mais il fut saisi d'une nouvelle épouvante,

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Dans la matinée, comme un grand nombre d'autres personnes, il était allé sur le lieu du crime, et il avait pu voir les pas marqués sur la route et l’empreinte des semelles ferrées. Sans aucun doute, Jean Renaud, se dirigeant vers sa demeure, était passé là ; il avait trouvé la victime et peut-être causé avec elle, si, comme cela se disait, le jeune nomme n'était pas mort inmédiatement. Qu'avait pu lui dire le malheureux Edmond ?

Jean Renaud venant à la ferme, dès le matin, pour voir Lucile, ne lui apportait il pas les dernières paroles prononcées par le mort ? Rouvenat restait à peu près convaincu que le tueur de loups était instruit des relations qui existaient entre le jeune homme et Lucile Mellie:.

Or, cette seule révélation faite aux magistrats était la pert( du fermier, On comprend au milieu de quelles terreurs s'agitait le serviteur dévoué,

ët puis, il y avait encore quelque chose d'égilement terrible : le fusil, il avait joué un rôle si important daus le drame de li nuit.

Jean Renaud, faussement accusé, n'avait qu'à dire ces seuls mots pour prouver SON HINOCENUE :

Pour ser à Frémicourt et à Terroise, je n'avais pas besoin de mon fusil ; je lai le” a ferme du Seuillon, où je l'ai repris ce matin.

Sans cr ne dénonciation directe, ceci provoe-ait une enquête, T1 faudrait répondre, L'absence de Lucile, si on l'interrogeait à ce sujet, devrait être expliquée. Il avait pu, répétant le mensonge fait à Jean Renaud, satisfaire les wens de la ferme, mais la justice est moins facile à tromper,

Le pauvre Rouvenut croyait entendre déjà les détonations de pistolets de son maître, désespérément décidé au suicide

Cependant, dix heures du soir approcliaient. Jacqnes Mellier, terrassé par la fatigue, venait de s'assoupir dans un fauteuil.

— Que se passe-t-il donc au village ? so deminda Rouvenat.

N'y pouvant tenir plus longtemps, il quitta Jacques endormi, mit peau, sortit de la maison et coutut jusqu'à Frémicourt, I arriva devant la mairie au moment où Jean Renaud montait dans la voiture qui devait le me-

san cha-

ner à Saint-Irun,

La voiture partie Rouvenat s'approcha successivement, tendant l'oreille, de tous les groups d'hommes et de femmes, qui stationnaient sur la place, On parlait du crime, de Jean Renaud, et on discutait à tort et à travers. Mais ce qui ressortait clairement de toutes les conversations, c'est que le tueur de loups avait été reconnu coupable d'assassinat, puisque les gendarmes l'emmenaient.

Et déjà, le pauvre Jean Renaud, la veille encore estimé et aimé de tout le monde, était traité comme le plus vil scélérat,

La-dessus, Rouvenat savait à quoi s'en tenir: il voulait apprendre autre chose,

Il aperçut le maire, qui sortant le dernier de la mairie, — les magistrats étaient partis, -— se dirigeait vers sa demeure, Il courut après Jui.

Pardon, monsieur le maire, dit-il, je viens de veir partir le pauvre Jean Renaud dans une voiture accompagnée des gendarmes, où donc le mèue-t-on ?

— Ah! c'est vous, Pierre Rouvenat. Ce pauvre Jean tenaud, comme vous dites, est un fieffé coquin ; on le mène à Saint-Lrun, où il passera la nuit et de là à Vesoul où il verra les prochaines assises.

__Mon Dieu, mon Dieu! gémit Rouvenat, mais il est done coupable !

__ Coupable ! je le erois bien ; c’est lui l'assassin !

— Lui, monsieur le maire, lui ?

-Oh! son affaire est claire ; s’il sauve sa tête il aura de la chance.

— Ainsi, il st reconnu coupable ?

— Cent fois plutôt qu'üne, — Et il a avoué?

— Rien. Il se borne à dire: \ Je suis innocent ! à Et quand on lui met sous

les yeux les Preuves matériellles Jes plus irrécusables, les plus convaincantes.. —Eh bien?...

— Il ne répond Pas. On l’a mis en présence du cadavra ; Oh! il n’a pas tremblé ; il l'a regardé avec une effrayante audace ! Joignant à cela la plus lâche hypocrisie, le croiriez-vous, Rouvenat, i] a pleuré !.., oui, ila pleuré, le

misérable !.., Alors M. le juge d'instruction lui a demandé s'il persistait à ne Pas avouer son crime,

— Et il a répondu ?

— Qu'il ne répondrait pas.

Mais, ayant , couter, le maire

us la main un auditeur qui ne demandait qu'à savoir et de Frémicourt oublia que la discrétion est une vertu. Il raconta à Rouvenat l'interrogatoire qu'avait subi l'accusé,

Le maire était à sa porte. Rouvenat lui souhaita une bonne nuit et reprit le chemin de la ferme,

Tout en écoutant le maire, il avait, lui aussi avec le juge d'instruction, suivi Jean Renaud pendant cette nuit terrible,

II l'avait vu trouvant le blessé sur la route et cherchant à le secourir, puis courir à Saint-Irun, obéissant à une des dernières volontés du mort, pour aller prendre chez lui... Quoi? Sa visite du matin à la ferme était une réponse, Quelque chose à remettre à Lucile, probablement les lettres que la jeune fille lui avait écrites

Et ces lettres, n'ayant pu remplir complètement sa mission, il les avait détruites ou’ cachées atin qu'on ne découvrit point le secret de Lucile, peut-être aussi pour détourner de Jacques Mellier une accusation,

Et Rouvenat Pouvait croire cela d'autant plus, que, ayant peu de choses à dire pour prouver son innocence, le tueur de loups refusait absolument de parler,

— Tiens, fit-il tout à Coup en s'arrêtant sur le chemin, rleure !..

Il pleurait vraiment, il pleura à chaudes larines,

— À Jein Renaud, Jean Renaud, noble cœur! Et dire que les gens de Frémicourt l’appellent scélérat. .. les imbéciles !... Je le connais, moi,

quand on devrait lui trancher ln tête, il a refusé de parler, il ne dira rien !

à lé

il me semble que je

se disait-il, quel brave homme ! quel

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