‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 23 sur 109 · même · texte numérisé non relu

même

elle est outes les it seule,

LA MALÉDICTION D'UN PÈRE 13 D ln

Le fermier releva brusquement la tête, des lueurs fauves passèrent dans son regard et ses mains se crisperent sur les bras de son fauteuil,

— Je comprends, reprit tristement Rouvenat, l'heure n'est Pas encore venue : mais souviens-toi de ce que je vais te dire, Jacques : un jour qui n'est peutêtre pas bien éloigné, c'est aux “enoux de ta fille, versant des larmes, sanglo. tant, que tu la Supplieras de venir reprendre la place qui lui appartient dans citte maison !

b Mellier garda un sombre silence,

— Quoi! poursuivit Rouvenat avec violence, Lucile Mellier, la fille de mon naître, serait condamnée à travailler comme une mercenaire, pour ne pas mourir de faim, quand il y à ici abondance de tout, la richesse !... Non, c'est linpossible, c'est impossible !

— Je suis prét à lui rendre la dot de sa mère, dit froidement le fermier.

— Ce qu'il faudrait lui rendre d'abord, Jacques, c’est ton cœur, La dot de sa mére, de l'argent ! mais elle le refuserait avec indignation, avec colère, , Ah! elle te ressemble bien, vu... Elle à ta fierté superbe, ta volonté terrible, ton orgueil funeste ! Comme toi, elle est impitoyable, même pour elle !

— Alors, qu'elle fasse ce qu'elle voudra,

Ces paroles cruelles furent suivies de quelques minutes de silen e,

— Jacques, reprit Rouvenat d'une voix oppressée, J'ai commencé à rendre des services à la ferme dés l'âge de douze ans : or, depuis plus de quarante ans, j'ai servi ton père, d'abord, toi ensuite,

On m'a mis à l'école, on m'a logé, habillé, nourri, ,, Cela me sSuflisait, je n'avais pas besoin d'autre chose, je n'ai jamais rien demandé. Cependant, Jacques, ne crois-tu pas qu'il n'est dû quelque chiose?

—— Oui, certes, sans Compter ma reconnaissance pour toutes les preuves d'a: mitié et de dévouement que tu m'as données.

Mais où donc veux:tu en venir ?

—Je désirerais (

jue nous fissions mon compte ensemble, — Ah ! est-ce que tu veux me quitter ?

— Te quitter, J'Penses-tu ? A moins que tu ne me chasses J'espère bien mourir au Seuillon, comme mon pére et ma more y sont morts !

—Je croyais... Enfin tu réclanes ce qui t'est dû, c'est ton droit, Fais ton compte toi-même,

— Si je dis cinq cents francs pi: an d mille francs.

— Et tu calculerais fort mal, Pierre, car il reste le ton capital successivement augmenté,

— Alors ?...

— Tes vingt mille francs sont au moins triplés,

Rouvenat eut un éblouissement.

— Est-ce que tu veux changer le placement de ton argent ? demanda Mellier.

— Non, répondit le vieux se drais avoir dans les Mains une Tu sais, Jacques, on ne ?

epuis quarante ans, cela ferait vingt

s intérêts accumulés de

rviteur avec embartas : mais, Voistu, je youassez forte sonime ; je la ferais peut-être valoir. UL pas prévoir ce qui peut arriver...

Le fermier n'eut pas de peine à deviner ce qu'il voulait cacher, et maloré lui, il se sentit profondément ému.

— Liens, dit-il, voila la clef du coffre-fort, }

rends ce que tu voudras.

Rouvenat ouvrit la caisse, où des vale

urs diverses se trouvaient entassées, et prit douze rouleaux d'or de mille francs, qu'il posa sur la table devant Mellier, — Trouves-tu que c'e. trop ? lui demanda-t-il timidement. — Non, Puisque Je te dois bien davantage, Le visage du vieux serviteur #illumina,

[1 referma le coffre-fort et rendit la clef à son maître, Ce dernier ne lui fit aucune question et ne laissa point voir qu'il avait deviné sa pensée,

Un instant après, Rouvenat se retira emportant son trésor, qu'il cacha sous le traversin de son lit,

Il se coucha de bonne heure, mais il ne put fermer l'œil de la nuit. Il avait devant lui Lucile et son enfant, et il croyait toujours entendre résonner à ses oreilles ces cris désespérés de sa malheureuse maîtresse :

Je suis maudite ! Je suis maudite !

[l se leva avec le jour, s'habilla, fourra les rouleaux d'or dins toutes ses poches, et sans rien dire à personne, comme la veille, il se mit en route pou Naint-Trun.

Lucile l'attendait, Le petit Edmond, l'ayant reconnu, vint se jeter dans ses jambes en lui tendant ses petits bras,

— Cher mignon, dit Ronvenat attendri en l'embrassant, toute la nuit ja pensé à toi: va, pas plus que ta mère, je ne t'oublierai jamais. En attendant que j'aie le bonheur de te voir courir,et te rouler dans la prairie du Keuillon, je t'ai apporté un petit cadeau.

[1 s'assit, tenant l'enfant sur ses genoux, et commença à vider ses poches sur la robe de la jeune mère.

— Pierre, vous n'avez trahie ! s’écria-t-elle : pas ; je vous ai pourtant dit que je n'accepterais rien de mon pére :

Cet or est à moi, Lucile, répondit fièrement Rouvenat : je l'ai gagné pau mon travail, et vous me reconnaitrez, j'espère, le droit de le donner à votn

rveprenez cet or, je nel veux

enfant.

Lucile éclat en sanglots,

Le petit garçon s'échappa des bras de Rouvenat, glisse sur le plancher, et s'acrochant à sa mère :

— Maman, lui ditil d'une voix touchante, qui révélait une sensibilité exquise, voilà encore que tu pleures comme hier et toute la nuit, ‘Fu veux donc toujours pleurer ?...

Lucile prit l’innocent dans ses bras et le pressa contre son cœur avec tune tendresse passionnée. Puis tendant la main à Rouvenat :

— Pierre, mon seul ani, dit-elle d'un ton pénétré, ce pauvre petit saura

votre dévouement et ne vous oubliera jamais, Eh bien, oui, mon bon Pierre,

j'accepte votre don pour lui. Merci, merci | — Lucile, est-ce que vous allez retourner la-bâs au pays des montagnes ! — Oui, c'est mon intention.

— C'est bien loin.

En effet, mais j'y ai trouvé un peu de tranquillité. Ma chère maîtresse je voudrais vous demander de me faire une pro

inesse, ee Laquelle, Pierre ?

— Celle de m'écrire quelquefois.

——.Je vous le promets.

Et, si vous aviez besoin de quelque chose, de ne pas craindre de me le

dire, — Pierre, je vous le promets encore.

Un éclair de joie éclata dans le regard du vieux serviteur. Il était plus de deux heures lorsqu'il songea à retourner au Seuillon. Les adieux furent touchants.

— Brave

Dans la

au grand « femme pût

enfant,

Certes, c

soin idée fix Le ciel & Lorsqu'e

La mère sur une tor neige couti L'enfant vr montrait ui le mieux qu tion de Ter En trave

La crainte « Déjà fati, junbes et sc reprit dans commençait La neige mis à souffle bourrasque ] de ses forces heureuse ser des gémissen Elle regarda voyait rien s nain, pas ui L'enfant p Elle éleva le baisers délira — Je voud Elle pouss:

— Maudits Elle ôta co noire fait au « puis elle l’env qu'il pât resp Mais elle n fondant lente:

Le froid la sa se fiv dans se:

lointaines son vant elle, dan:

Alors, la p

mort !...

1ne

ui Fre,

XXT-0xXE NUIT DE DÉCEMBRE

— Brave et bon cœur, pensait Lucile, je ne le reve

Dans la soirée, elle paya ses dépenses et, à huit he au grand ébahissement de maître Bertaux, femme pât avoir la folle idée de voyager enfant,

rrai probablement jamais.

ures, elle quitta l'auberge, qui ne comprenait point qu'une par une nuit d'hiver avee un jeune

Certes, c'était pour le moins une grande imprudence ; Mais, poursuivie par sn idée fixe, elle ne raisonnait pas.

Le ciel était couvert, Ja nuit sombre, le froid humide et pénétrant.

Lorsqu'elle arriva à Frémicourt, une neige fine cemmençait à tomber,

La mère et l'enfant pénétrèrent dans le cimeticre, sur une tombe, puis sur une autre, Ils restèrent là moins de dix miuutes, La neige coutinuait à tomber, toujours fine, mais plus serrée,

L'enfant grelottait, ses petites dents battaient les unes contre les autres : mais il montrait un courage extraordinaire, La mère le prit dans ses bras, l’'enveloppa

le mieux qu'elle put dans un pli de son châle de laine et S'élança dans la direction de Terroise,

Tous deux s'agenouillèrent

En traversant ce village, l'idée de S'y arrôter et d'y passer La crainte d'être reconnue lui fit Poursuivre son chemin,

Déjà fatiguée, hors d haleine, elle essaya de faire marcher l'enfant : mais ses jambes et ses pieds engourdis par le froid ne pouvaient plus le porter, Elle Je reprit dans ses bras : il pleurait silencieusement, A son tour elle pleura, Elle commençait à reconnaître combien elle avait été imprudente,

La neige tombait toujours, chassée avee violence par un vent d'est qui s'était nis à souffler très-fort, A chaque instant elle était aveuglée et la force de la bourrasque la faisaitt chanceler, Elle n'avançait plus qu'avec peine, Le reste de ses forces s'épuisait dans cette lutte contre les éléments déchaînés. La mal: heureuse sentait son enfant frissonner contre elle : elle l'entendait pousser des gémissements, qui étaient pour son cœur autant d'atroces déchirements, Elle regardait devant elle aussi loin que Sa vue pouvait porter, mais elle ne voyait rien sur la route déserte et glissante : pas une maison, pas un être bn Main, pas un abri, Son âme était torturée par d'horribles

L'enfant poussa un eri auquel elle répondit par un au Elle éleva le visage glacé du pauvre petit baisers délirants.

— Je voudrais dormir, murmura l'enfant d'une voix à peine distincte.

Elle poussa une sorte de rugissement et cria :

— Maudite ! maucte !

Elle ôta complétement son châle : elle avait sur les épaules un fichu de laine noire fait au croclot, elle l'enleva aussi et le noua autour du cou de l'enfant, puis elle l’envelopya dans le châle, laissant juste l'ouverture nécessaire pour qu'il pât respirer,

Mais elle n’était plus couverte, la neige tombait maintenant sur son cou et, fondant lentement, coulait en eau glacée dans son dos et sa poitrine haletante. Le froid la saisit tout à coup, el'e se sentit glacée Jusqu'à la moelle des os I] se fit dans se: oreilles un bourdonnement étrange, comme un bruit de cloches lointaines sonnant un glas funèbre. Sa vue s'obscurcit, il lui sembla que, de-

la nuit lui vint.

angoisses, tre cri d'épouvante, Jusqu'à ses lèvres et le couvrit de

vant elle, dansuient des spectres grimacants, Alors, la peur, à son tour, s'enpar d'elle, Uui, mort!,,,

elle eut peur, peur de In Ï ;

tr EE — — — rm RE

Elle remplit d'air ses poumons appela deux fois

— Au secours ! au secours |

Sa voix se perdit dans un siflement du

Elle fit encore quelques pas en chaucelant ; puis le nuage qui couvrait ses yeux s'épaissit, elle ne vit plus rien, Ses deux jambes fléchirent ensemble ; dans un râlement elle jeta ce dernier cri :

— Maudite !

Et elle tomba en travers de la gnait dans ses bras roidis,

La secousse fut violente. Le petit se réveilla en sursaut. bien euranti du vent, de ln neige et du froid, il s'était peu à peu réchauffé, Ne se sentant plus he, il glissa dans son enveloppe et sortit sa

et, avec un l'este d'énergie désespérée, elle

route, sans lâcher son enfant, qu'elle étrei-

bercé par le mouvement de la mar tôte, [1 vit sa mère sans mouvement, étendue sur la neige,

Aussitôt il se mit à pousser des cris perçiunts, Sans écho sur ce coin de terre désolé,

Mais, comme si le ciel se fût subitemen trouvé satisfait, la neige cessa de tomber, une dernière bourrasque tourbillonna sur le lieu du drame et la tem pète passa, allant porter plus loin son soufHe furieux.

Sur la mème route, en arritre, deux voiture bien fermées, trainées par des chevaux efflanqués, s'avançaient lentement. Les sabots des chevaux, mal ferrés, s'enfoncaient dans 1 neige et glissaient sur la terre gelée. Ces deux voitu appartenaient à des saltimbanques, qui, revenant d'une foire, se rendaient à Gray.

Duns la première voiture, envelo; pés dans de vieux manteaux, des couvertutures de laine trouées, des lambeaux d étoffes de toutes les couleurs, des hommes, des enfants étaient couchés pêle-mêle, les ns sur des minces matelas, les autres sur de la paille,

C'était un mélange bizarre de visages vi de regards sombres, de traits contraëtés par la souffrance demain, de tristesse profonde et de gaieté stupide ou navrante iuntrer de plus douloureux.

rassemblé ces homines et ces fem-

ux et jeunes, plutôt laids que beaux, e ou les soucis du | : l'image, enfin,

de ce que la misère peut

C'était bien la misère, en effet, qui avai mes déclassés, destinés fatalement à souffrir ens mble,

Cependant, la troupe entière n'était pas dans la voiture. Deux hommes, dont le plus âgé pouvait avoir trente ns, en étaient descendus. Ils marchaient en avant, les mains dans leur poch tôte baissée, et, à si peu de distance? du premier cheval, qu'ils sentaient p ist la vapeur chauite qui s’'échappait de ses naseaux.

Tout en marchant, ils eausaint. Naturellement ils se plaigna-ent de leur triste destinée.

Le plus âgé était le pail'asse, coups de pied des uns, les gites des pleurs ou éclats de rire. Il faut bien amuser le publie qui regarde !

L'autre, un grand garçon de vingt-cinq ans environ, jouait les premiers rôles : Busidan dans la Tour de Nesle, le comte de Geneviève de Brabant, et je ne sais plus quoi dans la Pie voleuse ou la servante de Palaiseau.

I1 portait des moustaches et avait les cheveux coupés courts.

Son compagnon, au contraire, avait la figure rasée et ses cheve plats tombaient sur son cou tout autour de sa tête. Autant le plus jeune avait l'air fier, content et sûr

le pitre de la troupe, celui qui recevait les autres avec force grimaces, contolsions,

ux Jongs et

de lui, autant le paillasse

paraissu lèvres, (:

qu'il fût un peu ( Tu pendant n'as-tu 1 — Où La Chap que je fa —M:

7 Noi — Al St mont quelques No

— As.

— Hél, — Au; pe sutht | Our arri — Du:

‘autre

ie

À son |

— Enfi

—Je V!

— Et vi

—Je n moi, à mo âne,

—Tun — Avec de village — Parb ment ; ma Premièren

tous les rô le la duès —Oh!

ou quatre — Ah!

— Maihe

- Aché:

t'en coûter:

—àh | |

l'argent il e

ait ses emble ;

» étrei-

unti du nt plus ortit S&4

le terre

essa de

la tem-

par des l ferrés, roitu

aient à

u vertulonines, s autres

beaux, du |

e, enfin,

ces feim- 1omes, rchuent anC? «au happait

ur triste

svait les torsions,

premiers toant, et longs et

paillasse

paraissait humble, timide, désolé, lèvres, quelque chose de triste et « qu'il fût tombé, ve malheureux n'avait pas perdu un peu de l'homme subsistait encore en lui,

— Tu te plains, Paillasse, dit le Buridan, co pendant tu Hanges à peu près tous les jours : quand la rocett. N'as-tu pas, comme moi, ton demi-setier de vin et

— Oui, je ine plains parce que ma mère, une | La Chapelle, prés de Paris, que Je fais,

— M dame ta mère était don:

— Non, mais c'était une

[Il y avait de l’amer tuine «

lans le pli de ses e résigné dans l'éclat de

son regard, Si bas toute conscience de sa dignité ;

itinuont lu conversation, et ce à été bonne, tir tasse de café 1

wave femme qui demeurait

û ne a pas mis au monde pour ce

chien de métier

1e princesse ?

honnète femme. — Ah çà on bel ami, te croirais-tt

Il déshonoré P ‘st montée,

tu fais une heure de pirade quelques sros sous dans leurs poches ?

Non, mais cela ne me

— As-tu un autre état ?

arce que, quand la baraque atin d'allécher les bonnes gens qui ont

plait pas ; j'aimerais mieux faire autre chose,

— Hélas ! mon : seulement, j'ai été à l’école et Je sais hre et écrire. — Aujourd'hui, mon pauvre Paillasse, tout le monde sait lire et ée ne sufhit pas, il faut du talent. Est-ce que tu crois que je our arriver à remplir les premiers rôles dans la troupe du père Croquefer ? — Du talent, j'en ai pent-être, répondit modestement le paillasse, autre haussa les épaules en riant, Si seulement tu avais fait tes classes -— Est- - que tu es bachelier, toi ?

-N is je sais lire le latin.

À son tour le paillasse ébaucha un sourire, — Enfin, quel serait ton rêve ? interroge — Je voudrais pouvoir me nettre — Et vendre ?

—Je ne m'entendrais pas au névoce, moi, à moi seul, une petite voiture âne,

rire ; cela n'ai pas travaillé

; l'eprit-il ironiquement,

a le Buridan.

à mon Hnpte,

Ce que je voudrais, ce sernit d'avoir à

avec un cheval, une mule ou s ulement un

— Tu n'es pas dégoûté

— Avec cela, une douzaine de marionnettes habillées de village en village pour amuser les petits enfants.

— Parbleu, répliqua l’autre avec son ton narquois, voilà un beau rêve, vraiment ; mais, mon cher Paillasse, il faudra les faire parler tes marionnettes, Premièrement, il faut avoir des pièces : deuxièment, il faut en Savoir par cœur tous les rôles ; ensuite, faire la voix du vieillard de l'enfant, celles de la mère,

le la duègne, de l'amoureux, du traître, de la jeune fille...

— Oh! je saurais contrefaire ma VOIX ; ou quatre dans ma tête, toutes

— Ah! c’est différent, du mo et M. d'Ennery n'ont qu'à se bien

— Malheureusement

- Achève, Paillasse, achève :

t'en coûtera pas davantage,

— Eh bien, ce qu' me manque c'est l'argent,

— Ah ! la bonne histoire! s’écria le l'argent ! est-ce que nous savons le

... Et avec cela ?

que j'irais faire causer

quant à des pièces, j'en ai déjà trois

faites,

ntque monsieur est auteur, ., M. Bonchardy tenir,

va, pendant que tu Yes, ne te gène pas ; il ne

jeune homme en riant aux éclats. De poids qu’il pèse, nous autres ? Paillasse, si

que je serais sur la route à cette heure

j'en avais, moi, est-ce que tu t'imaginé de la nuit, marchant dans la neige et grelottant de froid ?

Le puillasse poussa un profond soupir et serra frileusement autour de lui son quart de manteau rapiécé,

A ce moment, les eris de l'enfant, à genoux près de sa mère immobile, frappérent leurs oreilles,

XNII—LE PAILLASSE

Les chevaux, sentant que quelque chose d'extraordinaire se passait sur la route, avaient dressé leurs oreilles, reniflé bruyamment, puis, finalement, s'6taient arrêtés.

Le paillasse et son compagnon étaie à remplir l'air de ses cris et de ses gémissements,

{ls virent la pauvre Lucile glacée, roide. Ts la velevérent, si elle était morte ou s’il lui restait encore un souflle de vie.

Le paillasse, remarquant qu'elle avait à son bras un sac de euir, le prit et le passa au sien,

Trois hommes étaient sautés lestement à bas de la voiture que l'un deux fit avancer. Alors, sur l'ordre du chef, qui portait le nom caractéristique de Croquefer, la mère et l'enfant furent reçus dans la voiture par les femmes, qui essèrent de donner des soins à Lucile et de réchauffer le pauvre petit qui

nt déjà auprès de l'enfant, qui continuait

ne pouvant dire

s'empr était, lui aussi, dans un fort pitenx état, La malheureuse vivait encore ; mais on € lerait son dernier soupir.

Sous l'action de frictions énergiques et de quelques gouttes « à lui faire avaler, un peu de chaleur revint à ses

royait à chaque instant qu'elle exha

l'eau-de-vie qu'on

parvint, non sans peine, membres paralysés. Elle ouvri Elle ne voyait pas. Entendait-elle? On n'aurait pu le dire ; Son corps conservait la rigidité d'un cadavre, mort ou paralysé comme le reste, ne pouvait indi-

t même les yeux, mais ils restèrent sans regard

et sans lumière.

mais il y à lieu d'en douter.

son visage sans mouvement, quer qu'elle eût retrouvé la sensation.

Le petit Edmond, réchauffé, s'était endormi entre les pautes d'un gros chien qui lui léchait, sans s'arrêter, avec une sollicitude

et

de montagnes à longs poils, touchante, la figure et les mains.

Les hommes de la troupe devaient marcher en tète du premier cheval, pro bablement pour l'exciter, deux par deux, à tour de rôle, pendant une heure ou deux heures.

Buridan et Paillasse avaie première voiture. Encore un avantage, dû à la supériorité de son emploi, sur le pauvre paillasse qui n'était pas admis dans l'appartement roulant de l'aris tocrate Croquefer,

Paillasse avait donc grimpé dans la seceond voiture, où, tant bien que mal, il s'était arrangé une niche parmi les toiles de l+ tente, les décors du théâtre [1 était fort impressionnable et ilfut assez long

lui avait causée la douloureuse rencont rl

nt été remplacés, Le premier était monté dans la

et les bois du baraquement.

temps à se remebtre de l'émotion que de tout à l'heure.

Alors il se souvint du sac du cuir qu'il avait pris au bras de la jeune femmr, sans que son camarade, fort troublé d'ailleurs, s'en fût aperçu. Qu'en avait-il fait ? Il ne se souvenait pas de l'avoir jeté dans la pren ière voiture ; il l'avait donc apporté avec Jui, Comme il lui était abs ument interdit d'avoir de la

lumièr sortit € bou, qu'il ét a l'inté du pail attache rure et Une — ( Mais imnaiti HA — Je [l en Ce [l CON tant LI etait ( tant sur

femme es Après = Et.

voler un voleur ti 1 & men Il appu — Voy quefer? ( femme me héritage, tres, en troupe et pas de lot si elle mer Ici, Jér Mais il né taines ma inarlionnet:

Appelan réfléchir su honnête il Sa médit Alors 1 dans Si pot qui conten:

et son costt La valise

heure de lui

, [rap

sur la nt, ScC-

tinuuit nt dire itet le

deux fit de Crones, qui etit qui

le exha

ie qu'on nt a -

regal'c le dire ; lavre, et ait indi-

*0S chien licitude

val, pro ne heure

é dans la ploi, sut de l'aris-

que mil, u théâtre sez long rencontre

1e femmr, n avait-il

il l'avait voir de là

LA MALÉDICTION D'Ux PÈRE

lumière, par respect de la Propriété ambulante de l'honorable Croquefer, il sortit de sa niche et chercha dans la voiture, à tâtons, en rampant comme un bou, Au bout de quelques minutes sa main rencontra le sac, [Il s'aperent qu'il était peu rempli et cependant assez lourd. [lle secoun : mais il n'y eut à l'intérieur qu'un bruit sourd, Peu à peu le démon de du paillase : le sue était fermé, mais il avait senti la cle attachée à l'anse, Après un moment d'hésitation, rire

4 curiosité s'empara

f d'acier qui penduit il mit la clef dans la ser.

et le sac s'ouvrit.

Une voix Jui criait :

— C'est mul, ce que tu fais !

Mais la Curiosité fut plus tort: que le cri

mai audacieuse jusqu'au fond du sue e — Je m'en

de sa conscience, il plongeu sa t palpa les rouleaux l'or !

doutais, Murmura-t-1] en frissonnant.

[l'en prit un et le posant dans sa main, C'est lourd, pensa-t-il, ce doit être de l'or ! Il compta les rouleaux, il en mesura la lonswueur, tante Maloré le froid, de “rosses vouttes de Îl était comme pris de ve

Sa respiration était hale-

sueur perlérent sur son front, tige, Il resta un instant immobile, accroupi, palpi-

tant sur le sac ouvert.

— De l'or, Un Las d'or,

Un nouveau frém

— J'ai pris le sac à

une fortune ! murmura:t il ‘ement passa sur tout

ü bras de la femme, repritil, personne ne m'a vu, uis sûr ; l'enfant est trop jeune ;

pour savoir, pour parler, il ne dira rien :

femme est morte, si elle meurt, on ne saura jamais.

Après un moment de silence il continua :

— Et lui, lui, l'enfant ? L'or de voler un enfant !.. Est-ce que je suis devenu un coquin ? Est-ce que je suis un voleur ?.. Jérôme Greluche un voleur! Ce n'est pas vrai: celui qui dit cela 1 à menti! non, non, Je ne suis pas un voleur !...

[l appuya fortement sa main sur son front brûlant. — Voyons, r'éfléchissons :

quefer ? C’est ce que je devrais faire. M femme meurt, il] prendra tout et le héritase, Croquefer le gard

uitres,

son COrps,

j'en si la . l'or est à moi !

Si

: luère Jui appartient, je le vole... Oh !

Il reprit ;

e le sac et ce qu'il contient à Crois je le connus, le patron, pauvre petit era avec lui,

Dois je remettr

si la

n'aura jamais un liard de son ne le rouera pas de coups comme les

en considération de l'or Qu'il lui aura volé,

troupe et i] en fera quoi? U

pas de l'or, Je le ourde, Si

si elle meurt...

mais il l'enrôlern dans sa us dtinbanque ! Eh bien, non.

Cr quefer n'aura L Iéinine ne meurt

pas, je lui rendrai son bien :

Ici, Jérôm: Greluche se Mis il n'était pas dépourvu d'imagination, J] créait, taines machines. qu'il appelait des Pièces de Marionnettes rôvées, afin d'iunuser: les Appelant à son aide toutes réfléchir sur Ja Situation e{ honnête il devait prendre, Sa méditation dura un bon quart d'he Alors il referma le sue, coupa le cordon qui retenait la clef e dans sa poche, T ujours à tâtons, il ouvrit qui contenait quelques loques et SOn costume de parade e

La valise était petite et

trouva de nouveau trés. mbharrassé et fort perplexe, dans son COrVeau, cer théâtre, destinées petits enfants.

les ressources de son e chercha laborieusement

au jeu de ses

sprit inventif. il se mit à quel parti raisonnable et ure,

& mit celle-ci une vieille valise, — Ja sienne, — ; AYant la prétention vaine de s'appeler du linge, n toile de coton écrue, à r

aies rouges, malgré cela loin d'être ple

ine, Elle contenait toute

80 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE la fortune de Jérôme Greluche, Nous sa défroque de paillasse, il plaga le sa aux rouleaux d'or et referma la valise, Cela fait, il regagna sa niche, s'allon gen sur les haillons et les oripeaux hors d'usage qui lui servaient de matelas, et ne tarda pas à s'endormir.

Quand il se réveilla, le jour était venu, Les voitures entraient dans la ville cu Gray. Un intant après on s'arrêta devant une auberge. Pendant qu'on dételait les chevaux, impatients de trouver un râtelier bien garni et de mettre leurs pieds dans une litière fraiche, Jérôme Sapprocha timidement de Fappartement où, si vous le préférez, du sérail du patron, et d'une voix inquiète demanda de nouvelles de la jeune femme ramassée sur la route,

— Elle n'est pas encore morte, mais n'en vaut guère mieux, lui répondit-on. Elle à les yeux ouverts, elle respire, mais elle ne remue ni les bras, ni les jtunbes, et elle n'a pu encore prononcer un mot,

—— Est-ce qu'on ne va pas la mettre dans une chiunbre et la faire soigner ?

-Des bêtises ! le patron à déeidé qu'on allait la porter à hôpital,

— Ah! tit le paillasse, qui parut contrarié,

— Le patron l'aurait bien gardée, attendu que c'est une trés-belle fille qui aurait pu jouer les amoureuses et même faire des recettes, SI y avait quelqu espoir de la sauver; mais il y à mille à parier contre un qu'elle n'a pas plus d'un jour à vivre encore,

Le paillasse étouffa un soupir,

— Et le petit garçon ? demanda-t-1l.

—Oh! lui, c'est différent ; il est complètement remis. En ce moment, cou ché à côté de sa mère, tenant une de ses moins, 1 attend qu’elle se réveille : il croit qu'elle dort... Non avenir est assuré, le patron à déclaré qu'il le gardait : le gamin est embauché ; on va lui apprendre à mettre ses deux talons sur son cou et à faire le saut périlleux.

Superbe perspective, pensa Jérôme Greluche en frissonnant,

Croquefer, qui était entré dans l'auberge, revint en ce moment,

— (à, dit-il de sa voix enrouée, il faut savoir ce qu'on va faire, D'abord, je ne veux pas qu'elle tourne de œil chez moi, I va falloir que deux d’entr vous la portent tout de suite à l'hôpital : vous trouverez un brancard'en face, : la caserne. Pendant ce temps, j'irai, moi, faire une visite à M, le maire, à l'eñei d'offrir au public intelligent de cette noble cité le spectacle intéressant, saisi sant et étourdissant des grands succès dramatiques du jour. Si je suis con tent, tantôt, dans cet hôtel splendide, je vous réunirai tous à la méme table : on boira du vin, il y aura le café et le pousse café, En avant la grosse caisse

Diable, tit ilen devenant tout à coup soucieux, ee qui va étre embarassant peur le moment, c'est le moutard ? quand il va voir enlever sa mere il voudra la suivre, il criera, . . Comment faire? L'éloigner ? Oui, c'est urgent, Toi, Pail lasse, mon ami, toi qui adores les enfants, je vais te contier le bambin, et, pendant qu'on se débarrassera de x mere, tu feras avec lui un tour de promenadi dans la ville, N'il lui prenait envie de pleurer tiens, voilà un sou, tu lui fourrerais une brioche dans la bouche pour étouffer ses cris... Voilà l’ordre, à l'œuvre tous! En avant la grosse caisse !

L'enfant fut sorti de la voiture, maloré sa résistance, et jeté dans les bras de Jérôme Greluche, dont le cœur battait à se briser, IT le <errx contre son cœur, l'embrassa sur les deux joues et s'éloigna rapidement.

Un instant après, Lucile, toujours inerte, étendue sur un brancard, était portée à l'hôpital, où elle fut immédiatement admise.

Les saltimbanques déclarèrent, ce qui était la vérité, que cette jeune femmi

leur était i de vie ; mi point du P.

Le méde — À mo Ces paro autour de 1 — Allon Il regard naman.” — Uno ne t’abande elle ne peut serai pour t Li revint berge, Il p!

sareon par Au bout Celle d'Aux dement env La diliger revint à l’ar de Gray le planter sa ti — En ava l'auberge, A nous montet srrrande rep le monde si Frès-bien, v vos entrées, dans une vil gués, génére littérature.

sur toute la Ah ! çà, j cher: on ne sieurs, est le et qui fait re On se mit tous les sens, Jérôme Ca La squefer

aca le sac e, s'allon » matelus,

la ville de n dételait ttre leurs dau'tement aanda des

ondit-on.

ii les jaun-

oiuner ?

* fille qui it quelque , pas plus

nent, cou éveille ; il e gardait :

1s sul SON

V'abord, je ux d'entn en face, :

re, à l'effet ant, SAiSis suis COoTrine table :

sse caisse ibarassant il voudra Toi, Pail h, e6, penromentac sou, tu lui là l’ordre,

s les bris sontre son

card, était

une fenune

leur était inconnue, qu'ils l'avaient trouvée sur la route ne donnant plus signe de vie; mais, se conformant aux instructions de Croquefer, ils ne parlèrent point du petit garcon

Le médecin qui examina la jeune femme secoua tristement la tête en disant :

— À moins d'un miracle, cette malheureuse est perdue !

Ces paroles furent rapportées a Greluche, qui était venu ave autour de l'hôpital.

— Allons, se dit-il, il n'y a plus d'espoir.

Il regarda l'enfant, qui à chaque instant lui disait: “] maman.” Et ses yeux se remplirent de larmes.

— Un orphelin de plus au monde, se dit-il; pauvre enfant !... Mais va, je ne t'abandonnerai pas... Ta mère est là, couchée sur le lit où elle va mourir, elle ne peut pas m’entendre : mais Je lui jure que je veillerai sur serai pour toi un père,

c l'enfant rôder

tetournons près de

toi, que je

Li revint vers les voitures. La troupe tout entière s'était installée dans l'auberge, Il prit sa valise sans qu'on le vit, la mit sur son dos, et, tenant le petit Sarçon par Ja main, il s’empressa de gagner une ruelle déserte,

Au bout de quelques minutes, il arriva au bureau des voiture Celle d'Auxonne et de Dijon allait partir. Il y prit place ave dement enveloppé dans le châle de sa mère.

La diligence roulait depuis environ vingt minutes, quand le célèbre revint à l'auberge en se frottant les maine de plaisir, Il de Gray lautorisation de Séjourner dans la ville pe planter sa tente sur un des quais au bord de la Saône,

— En avant la grosse caisse ! cria-til à Sa troupe en entrant dans la salle de l'auberge. Après le déjeuner, que je paye, Sans retenue sur les appointements, fous Mmonterons notre théâtre, le premier du monde, et demain soir, première grrrande représentation du Chevalier Macaire où le Chien de Montargis. Tout le monde sur la scène, Grand premier rôe, Azor... Boum, levez la patte, Très-bien, vous aurez deux os à ronger au lieu d’un, et, si vous ne ratez pas vos entrées, un morceau de sucre pour dessert, Boum !... Nous sommes, ici, dans une ville riche, je ne sais pas combien d'habitants, mais il y en a, distinqués, généreux, aimables et grands appréciateurs du vrai talent et de la haute littérature... Boum? Nous ferons des recettes fabuleuses sur toute la ligne,

Ah! çà, je ne vois pas Greluche, Jérôme Greluche : qu'on aille me le chercher; on ne se mettra pas à table sans lui. Mon paillasse, mesdames et inessieurs, est le plus précieux de nos pensionnaires, c'est lui qui appelle le public

S publiques, c l'enfant, chau-

Croquefer

avait obtenu du maire ndant huit jours et de

et il y aura bombance

et qui fait remplir la salle... et ln caisse, Boum, boum ! On se mit à la recherche du paillasse ; on parcourut vainement la ville dans tous les sens, Jérôme Greluche et l'enfant avaient disparu, Livquefer ne devina point que la diligence Jes emportait sur | on,

a route de

Page 1