‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 24 sur 109 · ÎLE REMORDS · texte numérisé non relu

ÎLE REMORDS

Le gai soleil de mai rayonne sous un ciel splendide, Dans les haies du coteau où l’aubépine est en fleurs, chantent les linots et les fauvettes. La vallée de là Sableuse, émaillée de fleurs, est magnifique, Entre les saules qui la bordent, et dont le feuillage vert agité par la brise a des reflets gris perle, la rivière coule et serpente semblable à un large et long ruban d'argent pailleté d’étincelle. d'or,

Au Seuillon rien ne paraît changé : les bestiaux mangent l'herbe tendr dans la grande piture, les coqs crient, les brebis bélent : un garçon, les bras nus, armé d’une fourche de fer, chante, dans la grange, à gorge déployée, ut vieille chanson comtoise,

A une fenêtre, une jeune fille montre sa tête éveillée, curieuse et ravie,

Ce n'est plus Lucile ; c’est Blanche,

L'autre était brune, celle-ci est blonde comme Cérès, la déesse des moissons mais on l'appelle, comme autrefois Lucile, la demoiselle du Seuillon.

On a gardé le secret de sa naissance, On lui a dit que sa mère était morte, sans rien ajouter ; elle n'en sait pas davantage, Elle croit que Jacques Mellie: est son père, comme Pierre Rouvenat est son parrain,

Le non de Jean Renaud n'a peut-être jamais été prononcé devant elle,

De fait, ce nom est bien oublié, et c'est à peine si à Civry et à Frémicour quelques-uns parmis les anciens se souviennent du tueur de loups. Depuis l'assassinat du 24 juin 1850 le neige a couvert la terre bien des fois : que de choses nouvelles, que d'événements se sont passés, lesquels ont été aussi l'un après l’autre oubliés !

Une génération tout entière à disparu, faisant place à une autre, — Où done sont-ils les vieillards d'il y à vingt ans? Dans la tombe, — Et les enfants d'alors ? Ils sont grands, ce sont les hommes d'aujourd'hui. Tnutile de les inter roger, ils ne se souviennent pas,

Cependant, quand ils passent sur la route à l'endroit où le cadavre à ét trouvé, ils disent :

— Là, un homme a été assassiné,

Si un étranger entend ces paroles et veut interroger, on lui répond :

— Je ne saurais pas vous dire... il y a si longtemps de cela,

Voilà comme l'oubli tombe sur chaque chose, Les plus grands événement: de l'histoire n’ont-ils pas le même sort souvent ? Et pourtant chacun d'eux sa page écrite : mais si peu se donnent la peine de lire et d'apprendre, Quand les faits éclatants et mémorables restent dans le souvenir du peuple, c'est qu'il

sont passés à l’état de légende,

Blanche n’a pas encore dix-neuf ans : mais on lui en donnerait quinze à peine, tellement son visage rose est fraîchement épanoui, son joli petit corps

délicat et mignon, son regard, son sourire, ses mouvements pleins de grâce en-

fantine, C’est que les années ont passé pres d'elle sans qu’elle s'en aperçoive au

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