‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 29 sur 109 · REP · texte numérisé non relu

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— Oh! je le vois bien : non, vous n'êtes pas méchant, vous êtes plutôt malheureux, C'est vrai, je suis malheureux, — Et vous mendiez !

— [lle faut bien, pour ne pas mourir de fai. - Comment se fait-il que je ne vous aie Je connais tous les pauvres du pays.

Le mendiant Pi

jamais vu ?

irut vivement impressionné, — Ah! vous connaissez tous les pauvres du PAYS, reprit-il ; cela prouve qu'ils s'adressent à vous souvent,

La jeune file baissa les yeux en rougissant,

— On n'a qu'à vous regarder, mademoiselle, Savoir que vous êtes ausssi bonne « que j'arrive seulement dans ce jours, Ce matin, comme Je Suivais le bord de l'eau, je me suis senti trés faticué :, Je me suis assis là, sous ce vieux saule ; jai mangé un morceau de pain trempé dans l'eau, puis je me suis endormi, couché dans l'herbe, Je me réveillais et J'ouvrais les yeux lorsque vous ur'êtes apparue, J'ai cru voir un ange !.., sûr, mademoiselle, vous me porterez bonheur, ncore berucoup de chemin à faire ?

— Non, je serai bientôt arrivé,

-Si vous Vouliez venir voyez la raison, bien reçu : il y

continua le vieillard, pour que Jolie, Vous ne me connaissez pas parce pays. Je viens de loin, je marche depuis plusieurs

Bien

Le Est-ce que vous avez e [

avec moi, jusqu'à la ferme, — VOUS pourriez vous reposer e à toujours à boire et à manger pour ceux qui ont besoin, Un bon verre de vin vous rendrait plus fort pour continuer votre voyage,

— Merci, ma belle enfant, merci : je n'ai plus loin à aller et J'ai hâte d’être arrivé,

— c'est tout près, vous neore une heure, Vous y serez

La jeune tille plongea sa main dans s

à poche et.la retira avec quelques pièces de menue monnaie qu'elle pr

‘ésenta au mendiant en disant :

—Je ne puis vous donner que cela, c'est tout l'argent que j'ai sur moi. Les yeux du vieillard se Mouillèrent de larmes,

——Je ne voudrais Pourtant pas faire tort

dit-il,

— Oh ! n'ay » pas cette crainte :

on ne refuse jamais de m'en donner.

venir jusqu'à la ferme.

-— Est-ce donc à la ferme que vous demeurez ?

— Sans doute, puisque je vous invite à y venir,

— Ah! vous êtes tout à fait charmante. , permettez-moi de l'embrasser,

Eh, joignant l'action à la parole, il s'empara de la main de l laquelle il colla ses lèvres,

— Oui, reprit-il avec émotion, j'irai à la ferme pou revoir encore unie fois,

AUX pauvres que vous connaissez,

quand je n'ai plus d'argent, j'en demande ‘ Si un jour vous r'epassez par ici, il faudra

- Laissez moi prendre votre main, à jeune fille sur

avoir le bonheur de vous

— Je vous attendrai, répondit la gentille enfant, vieillard inconnu une sympathie étran

— Dites-moi votre nom.

— Blanche,

qui éprouvait pour le ge

— Je me souviendrai toujours de ce joli nom et de le porte,

— Et vous, quel est votre nom ?

la belle demoiselle qui

90 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE — Je m'appelle Mardoche.

— Vous avez peut-être des enfants

Le vieillard tressaillit, puis, après un moment d'hésitation, il répondit :

— Je ne sais pas,

— Je comprends, fit la jeune fille attristée, vous étiez pauvre, vous n'avez pu conserver vos enfants pres de vous, et vous ne savez pas aujourd'hui ce qu'ils sont devenus.

— Oui, c'est bien cela, mademoiselle, vous avez deviné,

— Oh! je vous plains de tout mon cœur !

— Je suis à plaindre, en effet ; et pourtant, depuis un instant, depuis que vos jolis yeux se sont fixés sur moi, il me semble que je suis moins malheureux. Oh! j'en suis sûr, vous me porterez bonheur ; il y a dans mon cœur quelque chose qui meie dit! Ki, comme je l'espère en ce moment encore, je me fixe dans ce pays, je viendrai à vous, mademoiselle, et je vous demanderai votre protection,

— Moi, je ne peux rien ; mais si vous avez besoin d'être aidé, d'être protécé, je dirai un mot, et vous aurez au Seuillon des amis: mon père et mon parrain.

— Est-ce que 11 ferme n'appartient plus à M Jacques Mellier ?

— Vous con: donc M. Jacques Mellier ?

— Non, mai refois, il y à bien longtemps, j'ai souvent entendu parler de lui.

— Jacques Ml

— Votre père :

— Oui, puisque je suis sa fille.

Le mendiant porta la main à son front et parut réfléchir.

Ni mes souvenirs ne me trompent pas, reprit.il, M. Mellier doit avoir près de soixante-quinze ans,

— C’est son âge

— Et vous, mademoiselle, vous en avez quinze à peine,

On me croit toujours plus jeune parce que je ne suis pas grande : j'aurai bientôt dix-neuf ans.

— Dix-neuf'ans, répéta le vieillard comme se parlant à lui-même. Excusezmoi, mademoiselle, coutinua-til, si je vous parais étonné et si je me montre trop curieux ; je savais, en effet, que M. Mellier avait une demoiselle charmante, belle à ravir : on disait aussi qu'il était veuf. Il est vrai que ces souvenirs datent de loin. Dans tous les cas, la demoiselle Mellier dont je vous parle ne peut être vous, puisqu'il y a vingt ans et des années elle était déja, comme vous aujourd'hui, bonne à marier, À

— C'était Lucile,

— Oui, Lucile ; je me souviens de son nom, maintenant.

La physionomie de la jeune fille prit une expression de tristesse profonde.

—dJe ne l'ai jamais connue, dit-elle ; elle n’était plus au Seuillon quand je suis venue au monde ; j'ai appris, l’année dernière seulement, que Lucile était partie un jour de la ferme, — on ne n'a pas dit pourquoi, — et qu'elle n’était jamais revenue. On n'a plus eu de ses nouvelles, on ignore ce qu'elle est devenue, on la croit morte !

Le mendiant put voir de grosses larmes couler lentement sur les joues de la jeune fille ; lui-même était sous le coup d’une émotion extraordinaire,

—Mademoiselle, dit-il, pardonnez-moi de vous interroger encore : je suis si heureux de causer un moment avec vous! Votre mére, qui doit bien vous aimer, est-elle avec vous au Seuillon ?

est toujours au Seuillon, monsieur : c'est mon père,

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— Pas celui-là ; il a l'air bon Pauvre et malheureu X.

st de ma mére Comme de Luc norte en me mettant au monde, -Tout cela est étrance, pénsa le mendiant.

Puis il reprit tout haut -Tl y avait dans le temps,

—- Hélas ! non : il en e ‘ile, je ne lui pas connue non plus : elle est 1

à la ferme, un vieu jui était en même tenips l'ami de M, Mellier,

— Vous voulez parler de Pierre Rouvenat ?

— Oui, Pierre Rouvenat, Vit:il toujours ?

Certainement, etil n'a pas envie de mourir, Ah! c'est Pierre Rouvenat qui est votre Oui, Si un Jour, vous qui êtes pauvre et

de quelqu'un, d'un homme tou pourrez vous adresser

teur, un brave homme,

MON parrain, Parrain, malheureux, vous avez besoin Jours prêt à rendre service, à faire du bien, vous & lui sans craint. quoi que vous lui demandiez, si c'est juste et s’il le peut, il le fera.

Mon Parrain ! continua.t elle avec Qu'il y ait au monde, c'est le faibles, l'ami de tous sa vie ÿ s'occuper de pour lui-même.

—Je n'ai pas besoin de vous deman:

— Oh ! oui, je l'aime !

VOIS ainsi, sans savoir

enthousiasme. c'est l'homme le meilleur

eur dévoué Par excellence, le Protecteur des .. Toujours bienveillant, Lénéreux, affectueux, ji] passe s autres ; plein d'indulgence Pour tous, il n'est sévère que

ler si vous l'aimez, ... Tenez, il est SOuvVent triste :

Pourquoi, malgré moi, je me mets à pleurer... Alors il as, il essuie mes YEUX et il m'embrasse… ; til se gronde lui-même de aussi, allez! Parfois ‘aime mieux que mon père :

votre parrain, eh bien, quand je le

Oh ! comme il avoir fuit pleurer, Ah! c'est ie ne m'explique pas cela, cela n'est Pas naturel si plein de tendresse pour moi!

il me , N'est-ce pas ?

Regardez : voyez-vous, là-bas, un homme qui vient de ce côté ? — Oui, C'est mon Parrain :

je suis sûre qu'il trouve ( qu'il est inpatient de ne , il vient au-devant de moi,

Allez donc le rejoindre, mn

ue je suis trop longtemps à Pas me voir, Pour que je sois

ademoiselle, et Pauvre vieux Mardoche.

N'oubliez Pas la promesse que — J'irai certainement,

— Alors, au revoir :

La jeune fille sé

merci d'avoir bien voulu causer vous m'avez faite de venir à la ferme,

vous viendrez me dire si je

Vous ai porté bonheur.

loigna rapidement, Un instant

après elle était au bras de — Je n'ai pas reconnu l'homme avec Qui tu causais, lui dit-il, qui est-ce /

- Il n'est pas de nos pays

; il vient de loin, n'a-t-il dit, — Blanche, reprit gr

avement Rouvenat $ gens qu'on ne connaît pas.

— Tu me grondes ?

— Non,-Je te-donne un conseil :

, il est souvent imprudent de causer

EU es sans défiance parce que tu es la bonté PAS au mal ; mais, vois-tu,

ucoup de méchants.

ct il l'est, j'en suis sûre, E

ma mignonne, il y à mal-

t puis il est vieux,

Pourquoi n'est-il Pas Venu à la ferme ?

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