‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 46 sur 109 · XX—VISITE À MARDOCHE · texte numérisé non relu

XX—VISITE À MARDOCHE

Le malheureux Edmond venait d’être frappé d’un coup aussi terrible qu’inattendu. De nouveau l'obscurité l'enveloppait. 11 retombait dans la nuit,dans le néant... Il lui semblait, à chaque instant, que la terre allait s’enfoncer sous ses pieds et qu’il marchait entraîné dans un tournoiement vertigineux.

Un abîme se serait ouvert devant lui, qu'il n'aurait pas fait un pas en avrière pour l’éviter...

Au bout de quelques minutes, il quitta brusquement la route et s'élança à ‘travers champs.

Où allait-il? Il n’en savait rien. Cela lui importait peu.

Les désespérés n’ont plus rien qui les guide.

Comme le paria, Edmond cherchait à s’isoler : il fuyait la clarté du jour, il aurait voulu se dérober même aux rayons du soleil,

La mort dans l’âme, l'esprit en délire, il se mit à courir comme un insensé, sautant les fossés, franchissant les haies ; aucun obstacle ne semblait pouvoir l'arrêter dans sa course effrénée.On aurait dit qu’il était poursuivi par une troupe de démons invisibles.

Sa pauvre tête n'avait plus une idée, il ne réfléchissait plus ; mais son cœur gardait son horrible douleur,

Le son d’une cloche, puis d’une autre arriva jusqu’à lui. On sonnait midi à Frémicourt et à Civry. Il se trouvait presqu’en haut du coteau qui fait face au Seuillon, Il s'arrêta et pencant un instant sa vue erra dans la verte vallée. Il vit les saules et les grands peupliers qui bordent la rivière, puis, derrière ce rideau de verdure, les pignons blanes ot les toitures rouges des bâtiments de la ferme.

Il poussa un cri déchirant, Ses bras tendus s’agitérent convulsivement,

— C'est fini, Je ne la verrai plus! gémit-il. Blanche, Blanche, adieu !...

11 se remit à marcher.

Sur sa gauche s’étendait le bois de Sueur et devant lui se dressaient in posantes, dans leur aspect sauvage, les masses grisâtres d'énormes roches amon- BR celées ; çà et là, prenant racine on ne sait comment, on voyait sur les roches un arbuste rabougri, un bouquet de ronces,

Ces roches géantes, pierres monstrueuses de forme bizarre, crevassées, pointues, dentelées, menaçantes, ressemblaient aux murailles sombres d’une forte.

resse du moyen-âge avec ses aiguilles, ses meurtrières et ses créneaux:

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L'œil d'Edmond mesura la hauteur du colosse de pierre qui, debout depuisla création du monde, et sûr de son éternite, semble jeter à l’homme un perpétuel défi.

Quelque chose d'irrésistible attirait le jeune homme de ce côté. T1 y alla, IL cherchait la solitude : tout ce qui était sombre et Sauvage devait lui plaire, Il se trouva bientôt au pied des roches.

— Hé, bonjour, monsieur, comment allez-vous ? dit tout à coup une voix derrière lui,

Edmond tressaillit et se retourna vivement,

Il reconnut le vieux mendiant.

Mardoche, assis sur une pierre, au soleil, une autre pierre lui servant de table, était en train de prendre un modeste repas,

— Vous avez l'air consterné, vous n'êtes pas content, reprit le vieillard ; êtesvous contrarié de me rencontrer ici ? C’est une surprise à laquelle vous ne vous attendiez pas. Je la partage, car j'avoue que je ne pensais guère vous voir aujourd’hui, Je ne vous remercie pas d'avoir dirigé votre promenade de ce côté ; c'est éviCs:5::6 sans vous en douter que vous venez me faire une visite,

—Q1 0 a7-vous dire ?

—Cirincat, vous ne comprenez pas que c'est ici que je de neure !

Le jeune homme regarda autour de lui.

—Je ne vois aucune habitation, dit-il,

— Voyez cette montagne de pierre, dit Mardoche en sou riant, c'est mon château, Abandonnées aux hiboux, aux lézards et anx couleuvres, je me suis emparé de ces roches ; j'en ai fait ma propriété. Regardez, là, cette large fente ; c'est l'entrée de la galerie qui conduit à mon appartement : une grande salle, d'abord, puis une autre, puis une troisième,

— Quoi, vous logez au milieu de ces pierres ? s’écria Edmond.

— Et je m'y trouve à merveille, répondit le vieillard : jy suis libre comme les oiseaux de proie qui, eux aussi, y cachent leurs nids; je n’y crains ni le vent, ni la pluie, ni l'éclair, ni la foudre, Si le jour y vient à peine, si les rayons du soleil n’y pénètrent Jamais, on y est bien tout de même... D'ailleurs, je n'ai qu’à sortir et je suis ici, sur ma terrassse, qui a une vue magnifique, comme vous pouvez le voir, Aussitôt qu’il se lève, le soleil vient éclairer ma ter. rasse et me dire bonjour, Je suis déjà là, car j'ai mon réveil-matin : le rossi. gnol qui chante toujours de bonne heure et me fait la gracieuseté de se percher sur cet arbre, à l'entrée de ma demeure. Il sait mes habitudes. Quand il juge que j'ai assez dormi, il m'appelle,

Enfin, le bois est à ma porte, c’est mon parc ; je m'y pronène avec plaisir ; J'ai toujours aimé les bois : on y trouve le silence, la fraîcheur et l'ombre ; c'est là qu'on peut rêver à son aise. V Oyez-vous, tout vieux que je suis, j'éprouve: encore, parfois, le besoin de M'égayer par un rêve,

Les bonnes gens du Seuillon, — voyez dans la plaine, :omme on le découvre d'ici au millieu de la verdure, — les bonnes gens du Seuillon m'ont offert une petite chambre dans la maison du berger ; il y a trois pièces et le berger qui est garçon n’en a besoin que d’une, Pour ne pas contrarier Mlle Blanche, je n'ai pas refusé; mais bien que j'aie là un bon lit et la facilité d'entrer dans la maison n'importe à quelle heure du jour et de la nuit, puisque j'ai une clef, je n’y couche Presque jamais ; je me trouve mieux ici, I] y a des gens qui disent, en parlant de moi :

— C’est un vieux fou !

Is ont peut-être raison.

nn DR ES to piments ” = PS

Vous me plaisez, cela se com-

Voyons, avez-vous refléchi à ce que je vous ai dit hier à Frémicourt? Je sais un peu ce qui se passe au Seuillon, Vous pouvez me croire, mon jeune ami, songer à M'le Blanche, avec l'espoir de l'épouser, serait de votre part une folie.

— Hélas ! je ne le sais que trop maintenont, dit Edmond d'un ton douloureux.

Mardoche bondit sur ses jambes.

— Mlheureux ! s’écria-t-il, vous êtes allé au Seuillon !

— Je ne suis pas allé jusque-là.

— Alors, vous n'avez pas revu Mile Branche ?

— Si, je l'ai rencontrée au bord de la rivière.

— Ah l'après ce que je vous ai dit !.. Tenez, c’est mal ce que vous avez fait,

— Ne me jetez pas votre mulédiction, Mardoche ; je suis assez puni de n'avoir pas suivi votre conseil, assez châtié de mon audace

— Que vous à donc dit la demoiselle de Seuillon ?

— Mlle Blanche n'a dit d'espérer.

Le vieillard parut très-agité.

= Mais elle vous aime ! exc'ama-t-il, elle vous aime !

Edinond secoua tristement la tête.

—Je ne souhaite point que cela soit, dit-il,

— Enfin, pourquoi avez-vous cet air désolé, désespéré ? Que s'est-il passé ? Dites-moi tout, ne me cachez rien, j'ai besoin de savoir...

:—Mlie Blanche allait à Frémicourt, où elle avait affaire ; je venais à peine de la quitter, le cœur rempli de confiance et d'espcir, lorsqu'un homme, qui se tenait caché derrière des arbres, se jeta brusquement devant moi.

— C'était Pierre Rouvenat ?

— Oui, le parrain de Mile Mellier,

— Alors ?

— Alors, sans colère, sans menace, il m'a répété ce que vous m'avez dit vousmême. :

— Toujours la méme chose, pensa Mardoche, que veut-il done ?

— 11 ne m'a pas défendu d'aimer sa filleule, continua le Jeune homme, il m'a supplié au nom de son avenir, de son bonheur, de ne plus chercher à la revoir... Ah! un poignard plongé dans ma poitrire ne m'aurait pas fait plus de mal! Mais il s’agit du bonheur de Mile Bianche, j'ai promis à son parrain que je partirais et qu'on n’entendrait plus parler de moi, Si elle est heureuse, il importe peu que je traine ici ou là ma misérable existence, fatalement condamnée,

— Oui.

— Ainsi, Rouvenat vous à dit, comine à d’autres déja, que vous deviez renOncer à l'espoir d'épouser sa filleule ?

—Si elle vous aimait cependant !

— La situation est la même ; il me l'a fait comprendre,

— Ah ça! s'écria Mardoche, il ne veut donc pas la marier ! Oh! il y a dans sa tête une idée fixe, une volonté que rien ne fera fléchir ! Quelle est donc cette idee ?

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— C'est son secret,

— Oui, c’est son secret... Ah! il le garde précieusement, puisque j'ai vaine. ment essayé de le pénétrer, Je cherche et je ne trouve rien Si inexpliquable que soit la conduite de Rouvenat, il n'y a pas à douter, cependant, qu'il ne veuille le bonheur de sa filleule ; elle est tout pour lui, il l'adore... Je connais bien quelqu'un qui aurait le droit de lui demander une explication et doit se taire encore,

Enfin, jeune homme, vous n'avez pas voulu suivre le conseil que je vous ai donné hier, et, aujourd'hui, Ronvenat lui-même vous à confirmé mes paroles,

— Hélas ! oui,

—Ïl à dû vous donner au moins un semblant de raison ?

—Oui

— Parlez, parlez, qu’a-t-il dit ?

—Îl prétend que Mile Blanche n'avait pas encore six ans lorsqu'elle à été fiancée, et que c’est pour cela...

— Fiancée à l’âge de six ans, fit Mardoche avec surprise, qu'est-ce que cela veut dire ? .

Il porta la main à son front, ferma les yeux et parut réfléchir profondément, Mais au bout d’un instant il hocha ln tête en murmurant :

— Je ne comprends pas.

Puis, s'adressant à Edmond :

-- Vous avez promis à Rouvenat de ne plus revoir sa filleule, dit-il : qu'al lez vous faire !

— Partir.

— Vous n'êtes pas de ce pays ?

— Non, et je n’y connais personne,

— C’est donc le hasard

-- Eh bien, vous avez raison, il faut que vous partiez. Où allez-vous ?

— Où je vais? Je n’en sais rien ; OÙ ma mauvaise chance me conduira. Le ressort de ma vie s’est brisé, je suis sans courage, je n’ai plus de volonté, l’avenir m'épouvante, Celui qui me préciperait du haut de ces roches, au bas desquelles je tomherais sans vie, me rendrait un immense service,

Mardoche lui saisit le bras.

— Quel âge avez-vous ? demanda-til.

— Je ne saurais le dire exactement : dix-neuf ou vingt ans.

— Et vous osez parler comme vous je faites, répliqua le vieillard d'un ton moitié affectueux, moitié sévère ; jeune homme, vous êtes fou ! vous êtes fou ! — Non, je suis désespéré,

Mardoche haussa les épaules.

— Avant de vous plaindre, dit-il, attendez done que vous ayez souffert,

— Mais que voule:-vous done que je devienne? s'écria le malheureux d'une ix déchirante.

— Un homme, répondit froidement Mardoche,

Edmond ne put supporter Îa fixité de son regard, il baissa les yeux.

— Avez-vous de la fortune ? interrogea le vieillard,

— Non.

— Alors vous avez un emploi ?

-— Pas davantage,

— Et vous songiez à épouser Blanche Mellier ! s'écria Mardoche avec empor « tement,

—— ne

— Ne me jugez pas sans m'entendre, répondit vivement le jeune homme :

pour avoir droit à ce bonheur, il fallait m'en rendre digne. Je le voulais. J'ai fait à Paris de sérieuses études ; au bout de trois ans, j'aurais pu être avocat, médecin ou ingénieur, A défaut d’une fortune que je n'ai pas, c’est un état, une position honorable que je pouvais offrir à Mlle Mellier.

— Oui, je comprends... Eh bien, mon jeune ami, votre voie est toute tracée, voilà ce qu’il faut être, Reprenez courage, retournez à Paris et mettez-vous hardement au travail,

Edmond secoua tristement la tête et un sourire amer crispa ses lèvres,

XXT-L'ESPOIR REVIENT

Après un court silence, Mardoche reprit :

— La vie n'est pas toujours facile, jeune homme ; pour tous elle à des doueurs et des charmes ; il y a plus de jours sombres que de jours de soleil. Croyez vous être seul à vous déchirer aux épines qui poussent partout? Comme les plus pauvres et les plus humbles, les riches et les puissants ont leurs chagrins, leurs tourments, leurs misères ! Croyez-moi, la vie est une lutte continuelle, le bonheur s’achète quelquefois bien cher et il faut souffrir, oui, souffrir beau- Coup, pour avoir droit au repos. March : à travers les obstacles, Iluiter, utter sans cesse, voilà le sort de chacun... Ce sont les forts, ce sont les courageux, ce sont ceux qui ont la foi qui arrivent au but. A eux le triomphe ; ils ont combattu, ils l’ont mérité !...

Vous êtes jeune, intelligent, instruit, plein d’avenir et vous vous plaignez et vous désespérez !... Ce n’est être ni fort, ni courageux, ni croyant. Jeune homme, il faut croire entendez-vous ? il faut croire !

— À quoi ? soupira Edmond,

— En Dieu et en votre jeunesse, répondit Mardoche d’un ton solennel. Ailez, continua-t-il en bralant la tête, vous vous croyez bien malheureux ; Mais à à chaque pas que vous ferez, si vous prenez la peine d'examiner autour de vous, vous verrez des malheurs autrement grands que le vôtre. Regardez un peu moins cu haut et un peu plus en bas.

Moi, voyez-vous, je suis devenu philosophe ; pourtant, je ne sais ni lire, ni écrire ; mais, à force de me trouver seul avec mes pensées en contemplation devant l’immensité de le création, j'ai senti que la nature, livre ouvert pour tous, contenait toutes les grandes vérités. Et je l'ai étudié, ce livre merveilleux. et mon cœur et mon âme se sont pénétrée de ses enseignements. Un malheur épouvantable, inouï, m'avait frappé ; avec la pensée de Dieu, la plaie s’est peu à peu cicatrisée et je suis parvenu à me consoler.

— Vous avez donc été bien malheureux. Mardoche ?

— Plus que vous ne le serez jamais, répondit lentement le vieillard. Mais c'est de vous qu'il s’agit, et non de moi, dont la vie doit bientôt finir, Je voudrais vous voir renaître à l'espoir, et si j'ai fait allusion à mes malheurs passés, c’est afin de bien vous faire comprendre que chaque être humain a sa croix à porter et que pour avoir droit au repos, au bonheur, comme je le disais tout à l'heure, il faut avoir beaucoup et quelquefois longtemps souffert,

Comment vous appelez-vous ?

— Edmond.

— Edmond, Edmond, répéta Mardoche rêveur.

Ce nom il re l'avait jamais oublié. A ce moment encore que de souvenirs horribles il évoquait !

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— Edmond est votre prénom, reprit-il, c’est demandais,

— Je n'ai pas de famille, répondit le jeune homme,

Mardoche tressaillit,

Edmond continua :

— Ma naissance est un m mon père,

— Mais votre inère ?

— J'avais cinq ans, six ans au plus lorsque je

— Pauvre enfant ! dit Mardoche,

—— Comprenez-vous, maintenant, que j'ai le tinée? soupira Edmond.

— Oui, sans doute ; mais cela ne justifie pas le découragement que je vois en vous. Vous habitez à Paris ?

— Oui.

— Pourquoi êtes-vous venu dans ce pays ?

— Pourquoi? Je vais vous le dire, C’est à quelques lieues d'ici, sur la route de Gray, par une épouvantable nuit de décembre, que ma mére saisie par le froid, et me tenant dans ses bras, est tombée dans la neige.

— Morte?...

— Non, sans connaissance, mourante

— Alors ?..,

—Des saltimbanques vinrént à Passer avec leurs voitures : ils nous ramassèrent, ma mère et moi. Ils se rendaient à Gray. Dès qu'ils furent arrivés dans cette ville, ils transportèrent ma mère à l'hopital,

— Où elle est morte ?

— Je le crois, personne n'a pu me le dire,

— C'est étrange, se dit Mardoche.

Puis il reprit à haute voix :

— Que firent de vous les saltimbanques ?

— L'un d'eux, le plus pauvre, le plus infime, — un paillasse, pitié de moi, Craignant que son maître ne fit de l'orphelin un acrobate, un misérable, il quitta ses Compagnons le même jour et m’emmena avec lui. Jérôme Greluche, — c’est son nom — depuis treize aus travaille pour moi; il m'a élevé, m'a fait instruire il est devenu mon père.

Du revers de sa main, Mardoche essuya furtivement une larme.

— En peu de mots, voilà toute mon histoire, dit Edmond.

—Mais comment Jérôme Greluche, comment ce brave homme, Pauvre, a-t-il pu vous nourrir, vous élever, vous faire instruire ?

— La providence avait songé à cela,

— Ah! ah! vous avez dit la providence : vous croyez donc

Le rouge monta au front du jeune homme, — Continuez, reprit Mardoche, continuez ;

votre nom de famille que je vous

JStére, j'ignore où je suis né et je n'ai Jamais connu

l'ai perdue,

droit de me plaindre de ma des-

un pître, — eut,

qui était

à quelque chose ?

tout, tout cela m'intéresse vive-

— Quand les saltimbanaues releyèrent ina mère dit, elle avait à son bras un sac de cuir, dont J érôme Greluche s'empara à l'insu de ses camarades. Or, dans ce sac de cuir il trouva douze mille francs.

— Douze mille francs ! exclama Mardoche.

— Oui, douze mille francs en or. Greluche co placement, dix mille francs, 11 me mit en une petite voiture, une mule et

» tombée comme je vous l'ai

nfia à un notaire, qui en fit le pension à Dijon. Puis il acheta.

un théâtre de marionnettes avec lesquels il

courut les campagnes afin de gagner sa vie et de subvenir aux dépenses qu il considérait comme un dépôt dont il aurait à me rendre compte un jour. Il fit si bien que, depuis dix ans, les rentes de cet argent se sont accumulées et ont presque donblé ma petite fortune. Greluche a pu, par son travail, nonseulement payer tous les frais de mon éducation, mais encore économiser, d'autre part, une quinzaine de mille francs qui, selon lui, m’appartiennent aussi.

— C’est superbe! s’écria Mardoche. j !

— En interrogeant mes souvenirs ‘enfant, reprit Edmond, je me suis rapp lé cette nuit fatale qui m'a fait orphelin. Et, depuis,j'ai constamment devant les yeux ma pauvre mère étendue sur la neige, pâle, inauimée, sans vie... C'est dans l'espoir de recueillir quelques renseignements sur elle, c'est dans l’espoir, vague, il est vrai, de retrouver une famille que je suis venu dans ce: peYE: À l'hôpital de Gray, où je suis allé, on n’a pu rien me dire. Premier espoir détruit; je n’ai plus le droit de croire que ma mère existe encore !

— Dans le sac, il n’y avait donc pas de papiers ? demanda Mardoche.

— Aucun. ; nie

— En vérité, tout cela est bien + traordinaire, murmura le vieillard. Enfin, continua-t-il, vous êtes parti de Gray pour venir à Frémicourt alin de revoir Mlle Blanche ? a

— Non, j'ignorais que Mile Blanche habitât dans ce pays et Je n espérals plus la rencontrer. :

— C'est donc le hasard qui vous a fait entrer dans l'église du village?

— Le hasard, non, mais plutôt le besoin de prier.

— Oui, je vous ai entendu ; alors vous n’étiez pas décou ragé comme en cé moment, vous vouliez croire et espérer.

Le jeune homme baissa la tête.

— Je pensais à elle, dit-il tristement. à ,

— Vous ne m'avez pas dit le motif qui vous amenait à Frémicourt, reprit Mardoche,.

— J'y suis venu sur une indication que m'a donnée l’aubergiste Bertaux de Saint-Irun.

— Ah! fit le vieillard, un renseignement ! :

— Oui. Il faut vous dire que ma mère, avant la catastrophe terrible, avait passé quelques jours à Saint-[run, chez M. Bertaux, daus une chambre que J'ai louée, il y a trois jours, pour un moi...

La tête de Mardoche se pencha lentement. :

— Il n’a qu'un nom, Edmond, comme l’autre, se disait le vieillard ; il loge chez Bertaux, à Saint-Irun, comme l’autre ; il aime la demoiselle du Seuillon, comme l’autre encore ; oh! c’est étrange, étrange !...

Edmond, surpris de attitude de Mardoche, s'était'interrompu.

Celui-ci releva la tête et d’une voix émue :

— Comment avez-vous su que votre mère était venue à Saint Irun ! demanda-t-il.

— Un autre souvenir qui n'a frappé comme une clarté subite au moment d'entrer dans l’auberge.

— Ce souvenir ?...

— De chaque côté de la porte d'entrée il y a deux énormes chiens de pierre. — Oui.

— Eh bien, je me suis rappelé tout à coup que je les avais déjà vus. Mardoche leva vers le ciel ses mains tremblantes.

logé cl

genoux, la convi Greluch Mard

se faisai plusieur mère du lier. Al il avait « S'effor

— Vo êtes vent — Ma Berteaux court où, trouver u — Et,

— Rie che Melli Mardo

I paraiss:

rent de se ÿes bra

Poitrine, — Jeun ciel : l'éto toujours, ] vous trom — Mon

— Tout vous les 50 Hier, je d'hui: Re:

che ; aujou Vous aime, — Oh! :

expliquez-n

dépenses qu'il injour, Ilfit mulées et ont travail, nonmiser, d'autre it aussi.

1e suis rapp lé nt devant les vie... C'est dans l'espoir, s cé pays. À espoir détruit; rdoche.

illard. Enfin, tin de revoir

: ) Apais je n esperals village ?

comme en cë

icourt, reprit

te Bertaux de

terrible, avait chambre que

illard ; il loge e du Seuillon,

Irun ! deman-

e au moment

ens de pierre.

à vus,

—J’interrogeai l’aubergiste,continua Edmond, il se souvient très bien d’avoir logé chez lui une femme avec son jeune enfant, — Atil pu vous dire comment elle était, ce — Oui, grande et belle, figure pâle, les lèvre et sévère,

tte femme, votre mère ?

$ Sans sourire, le regard brillant

— Avec de beaux cheveux noirs, peut-être ?

— Oui, elle avait, dit-il, de beaux cheveux noirs,

Est-ce là tout ce qu il vous a dit ?

— Non. Il m'a dit encore venu voir ma mère,

— Le nom de cette homie ?

— Depuis peu de temps dans le

— Et 1l n’a pu vous dire ce qui

qu'un homme des environs de Saint-Trun était

pays, Berteaux ne le connaissa: t pas,

s'est passé entre votre mère et cet inconnu ?

— Non; mais, moi, je me suis souvenu encore : cet homme m'a pris sur ses genoux, m'a embrassé, ,, Ma mère sanglotait, il pleurait aussi. Ah ! j'en ai la conviction, c’est cet homme qui a remis à ma mère l'or trouvé par Jérôme Greluche dans le sac de cuir.

Mardoche était en proie à une agitation extraordinaire, Un travail énorme se faisait dans sa pensé, Bien qu'il y eût, dans tout ce qu'il venait d'entendre, plusieurs points obscurs et incompréhensibles pour lui,il ne doutait plus que la mère du jeune homme, qui était devant lui, ne fût la malheureuse Lucile Mellier. Alors s’expliquaient, pour lui, là véritable cause de l'assassinat, pour lequel il avait été condamné, ainsique la disparition de Lucile jusqu'alors inexpliquée,

S'efforçant de ne Pas trahir son émotion il reprit :

— Vous ne m'avez pas dit par suite de quelle indication de l’aubergiste vous

D tes venu hier à Frémicourt.

— Ma mère à quitté Saint-Tru n, à la nuit noire, Berteaux m'a assuré qu'en sortant de chez lui elle court où, prétend'il, elle avait quelqu'un à voir, trouver un nouvean souvenir.

— Et, rien ?...

— Rien, Je me che Mellier.. .

Mardoche se redressa, Ses yeux étincelaient. Ce n'é fl paraissait transfiuuré, Nepouvant se contenir plus longtemps, des larmes jaillirent de ses yeux et se perdirent dans sa longue barbe,

Ses bras frémissants entourérent le jeune homme et il l'attira sur sa large Poitrine, :

— Jeune homme, dit-il d'une voix vibrante, ciel ; l'étoile dont vous parliez hier toujours, Fixée au firmament par | Vous tr'ompiez pas

par un froid glacial ; or, à pris le chemin de Frémi- Hier, j'y suis allé, espérant y

trompe, pour Compléter mon malheur, j'ai revu Mlle Blan-

tait plus le méme homme.

levez les yeux et regardez le n'y brille pas en ce Moment, inais elle y est à volonté de Dieu, elle y restera. Vous ne en disant qu’elle vous à conduit ici, près de moi. — Mon Dieu, que voulez-vous dire ? interrogea Edmond stupéfié, F — Tout à l'heure vous étiez découragé, brisé, vous les sombres pensée € Hier, je vous disais :

sans force ; chassez loin de

S et que de nouveau votre cœur s'ouvre à l'espoir !

Ce pays vous sera fatal, Partez; je vous dis aujour-

d'hui : Restez! Hier, je vous disais: Vous ne pouvez pas épouser Mlle Blan-

che ; aujourd'hui, moi, Mardoche le vieux mendiant, je vous dis: Si Blanche

Vous aime, elle sera votre femme !

— Oh ! vous me rendez la vie! exclama Edmond éperdu ;

mais de expliquez-moi. ..

grâce

— Plus tard, quand le moment sera venu. je ne puis rien vous dire encore

— Mais qui donc êtes-vous ! s'écria le jeune homme avec exaltation ; quelle est donc votre puissance?

— Qui je suis! Vous me connaissez comme tout le monde ; je suis le vieux mendiint Mardoche ! Si vous le voulez, je suis encore votre ami,

— Oh! oui, mon meilleur ami, mon protecteur, mon...

— C'est tout, l’interrompit le vieillard,

— Ah! laissez-moi vous embrasser ! s'éeria Edmond ivre de joie.

Et il se jeta au cou du mendiant.

-- Allons, murmura Mardoche, il y encore de bons instant dans la vie.

— Nous allons nous quitter, reprit-il ; je vais aller faire ma promenade dans la vallée.

— Quand devrai-je vous revoir ? demanda le jeune homme,

— Ce soir,

— Ici?!

— Non, à Frémicourt, Vous m'attendrez à neuf heures devant l'église, J'ai dans l’idée qu’à nous deux nous retrouverons encore un de vos souvenirs. C’est ce que je veux voir.

Quand Edmond l’eut quitté, Mardoche, le front rayonnant, se tourna du côté du Seuillon.

— Ah ! Rouvenat, grand cœur ! s'écria-t-il, maintenant, je connais ton secret

Pauvre Rouvenat, continua-t-il en souriant, il ne se doute guère er ce moment, que ce matin il a repoussé, presque chassé, l'enfant qu'il à fiancé à sa filleule dans la chambre d’auberge de Saint-Irun, le fils de Lucile Mellier l'héritier de son maître, qu’il cherche depuis si longtemps, le mari de Blanche de ma fille, qu’il attend toujours !

Blanche, ayant fait ses achats à Frémicourt, rentra au Seaillon avant midi

Rouvenat ne lui dit rien.

Elle remarqua qu’il était sombre, préoccupé, inquiet. Depuis quelque temps, surtout, elle le voyait ainsi. Elle ne se douta point de la véritable cause de ce nouvel accès de tristesse,

L'heure du dîner était arrivée. On se mit à table, Les deux vieillards, pas plus que la jeune fille, n’éprouvaient le besoin de parler, Comme toujours li vieux Mellier restait plongé dans ses idées noires, Rouvenat observait Rlanche à la dérobée, cherchant à se convaincre que le mal qu’il redoutait n'existait pas

Ja jeune fille surprit plusieurs fois, attaché sur elle, le regard perçant de son parrain, qui semblait vouloir scruter sa pensée.

— Pourquoi me regardes-tu ainsi ? lui demanda-t-elle,

— Mais je te regarde comme toujours, répondit-il, en essayant de sourire,

Blanche secoua la tête et avec une petite moue charmante :

— Non, dit-elle, il y a quelque chose dans ton regard que je ne puis défini

— Trouves-tu done qu’il est moins affectueux ?

— Oh ! non, au contraire.

— Mon, Dieu, quand je te regarde, je ne sais pas ce qu’il y à dans mes yeux, mais ils ne peuvent exprimer autre chose que le contentement. Les tiens sont comme un miroir dans lequel j'aime à regarder ; aujourd hui, tes joues sont fraîches et roses comme la rose elle-même ; il me semble que tu es, en ce moment, mille fois plus jolie que les autres jours.

Mellier leva la tête, regarda la jeune fille et dit :

— C'est vrai. Blanche est allée à Frémicourt ce matin, cette promenade a

été pour elle un plaisir qu’elle éprouve encore.

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Rouvenat tressaillit. La jeune fille baissa les yeux. Sans le savoir, Mellier venait de se faire l'écho de Je En sortant de la salle à manger Blanch

ur pensées, — Ce soir après le souper

e dit à son parrain :

, Quand nous serons réunis d

père, j'aurai une confidence à vous faire à tous les deux. Rouvenat se sentit frissonner,

— Une contidence ? balbutin-t-i],

— Oui,

ans la chambre de mon

— Est-ce donc un secret ?

— Ce n'en sera plus un ce soir, Les yeux de Rouvenat se voilère

Il s'éloigna rapidement, en proie aux plus cruelles appréhensions, Il avait une affaire à traiter dans les environs de Saint-Trun : il attela lui. uème un cheval au cbriolet et il partit.

Blanche prit son Puvrage et alla s'asseoir sous un ber Elle pensait à Edmond et se laissait entr l'une délicieuse réverie.

Soudain, le beau François, qui Suettait sans doute le moment jeune fille seule apparut à l'entrée du bercenn. Le mécontentement de Blanche fut visibie.

Cela ne déconcerta point le fils Parisel, I] Pénétra sous le hardiment sur le banc à côté de la jeune fille, Elle voui aller. Ti lui saisit le bre

as presque violemment et ] m6 temps il lui dit d’une voix creuse :

— Il faut que nous causions,

Mais je n’ai rien à vous dire ! s’écria-t-elle prise d’un effroi peser sur elle le regard faux et intincelant du paysan,

— Si vous ne dites rien, je parlerai seul, répliqua-t-il d'un ton

— Non non, je ne veux PaS vous écouter, vous n'avez rien à m

Elle essaya de nouveau de quitter la place.

Il la retint encore.

— Je vous dis qu'il faut, que voix farouche,

Elle lui jeta un regard dédaigneux, superbe,

— Eh bien, soit, dit-elle résolûment ; parlez.

— Vous savez que je vous aime ?

— Votre façon d'agir ne le prouve gure, dites, mais je ne vous crois pas.

— Si je ne vous aimais hier pour vous demander

Elle eut un hausse

— Vous savez ce

nt. Il avait compris,

ceau au fond du jardin.

aîner doucement Pur le charme

de trouver la

berceau et s'assit ut se lever pour s'en à força à rester assise. En mé.

subit, en sentant

aigre, e dire...

je veux que vous m'entendiez, reprit-il d’une

répondit-elle sèchement : vous le Pas, mon père ne se

rait point venu exprès en mariage,

au Seuillon ment d'épaules significatif, qui s’est passé, continua-t-il, “on père et à moi la plus mortelle injure,

— Farce qu'il vous plait d'interpréter ainsi la ré Parisel, Sans vous ôter aucune de je ne me sente pas disposée à unir

François pâlit et une contraction nerveuse fit grimacer ses lèvres,

— D'ailleurs, ajouta-t-elle, je ne veux pas me marier,

— En attendant, répliqua-t-il avec ironie, vous avez des renclez-vous amou-

'Eux sous les tilleuls de Frémicourt et au bord de la Sableuse, Blanche sursauta.

Rouvenat et Vous avez fait à

‘Os qualités, vous devez bien ma vie à la vôtre,

— Que voulez-vous dire? exclama:t elle,

— Oh! vous le savez bien, ,, Vous étiez moins fière, moins dédaigneuse, matin, quand ‘ous causiez avec lui dans le chemin près de la rivière, ,, Qu'il prenne garde à lui aussi ce freluquet, ce mirliflore ! continua-t-il d'un ton plein de menace, Voyez-vous, je vous aime avec fureur, avec passion, avec rage, ave: ...je ne sais pas comme je vous aime ., Je suis jaloux, oui, jaloux, et si vou en aimiez un autre,,, eh bien je ne répondrais pas de moi! Ecoutez bien ceci: je ne peux pas vous forcer à m'aimer, mais je vous jure que, si je ne pui ètre votre inari, vous ne serez pus la femme d'un autre

— Mais vous êtes fou ! s'écria-telle éperdue, vous êtes fou !

[1 arréta sur elle un regard fauve.

Vous êtes prévenu, dit-il sourdement,

— Par exemb'e, c'est trop fort, exchuna la jeune Hlle en se redressunt : où croirait, en vérité, que vous avez des droits sur moi !

— Oh vos grands airs ne n'effrayent pas, fitil,

La jeune fille était à bout de patience,

- À vos ienaces, à vos insolence: je l'épe nelrai seulement piur ces Hots monsieur Francois Parisel, vous êtes un méchant homme ! - C'est votre faute, riposta-tA1l brutalement-

— Tenez, reprit-el'e froidement,, jusqu'à ce jour je n'éprouvais pour vou qu'un éloignement dont je ne me rendais pas compte, mais, maintenant, qu vous vous êtes dépouillé dé votre masque de fourbe, je m'aperçois que ce n'est pas seulement de lantipathie que vous m'inspirez, mais de laversion et du dé goût,

Elle se leva et le couvrit d'un regard de mépris.

Il se dressa à son tour, livide, le regard chargé d'éclairs.

— Vous êtes bien imprudente, lui dit-il d'une voix sifflante; vous ne savez done pas que du jour au lendemain l'amour le plus violent peut se changer en une haine implacable.

Il tenait la jeune fille sous son regard comme le vautour prêt à fondre sur sa proie,

À ce moment, il était repoussant, hideux à voir, Blanche sentit un frisson courir sur tout son corps.

— Il me fait peur, murmura-t-elle, il me fait peur !...

Elle voulut s'éloigner, il se jeta devant elle pour lui barrer le passage. Elle recula comme à la vue d’un reptile,

— Oh? fit-elle d'une voix railleuse, et cet homme voudrait m'épouser ! cet homme prétend qu'il m'aime !

Rien ne saurait rendre le mépris avec lequel ces paroles furent prononcées, Le beau François les reçut en plein visage comme un coup de cravache.

— Allons, laissez-moi passer, lui dit-elle d'un ton impérieux.

Il croisa ses bras sur sa poitrine et resta immobile, fermant l'entrée du berceau, Il avait sur les lèvres un sourire de démon et ses yeux ardents, fixés sur elle, brillaient cemme ceux d'un tigre dans la nuit.

La jeune fille trépignait d'impatience et de colère. Tout en elle se révoltait en présence d’une pareille audace.

— je veux bien vous laisser passer, dit le beau François, conservant son méchant sourire, mais à une condition : il faut que vous n'embrassiez !

La jeune fille le regarda avec effarement.

— Ah! il ne vous manquait plus que de m'insulter ! s’écria-t-elle avec indignation ; mais vous êtes done tout à fait un misérable !

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Il se mit à rire.

— Un peu plus tôt, un peu plus tard, reprit}, il faudr que Vous ne soyez pas surprise, ajouta-t-il ce que Vous ne me donne

Blanche était atterré :

gard plein d'angoisses, secours,

ü en venir là, Ft pour Cyniquement, je vous préviens que rez pas, je le prendrai,

elle jeta autour d'elle, à travers le feuillage, un re- Elle espérait Peut-être voir venir quelqu'un à son

Le beau François marcha ve échappa à son étreinte en se :

rs elle les bras ouverts, [ voulut la saisir, Elle jetant brusquement en arricre, — Monsieu: François, s'é via-t elje (une voix frémissante, vous ne méritez aucune pitié ; je me Plaindr ii, je dirai out à mon père !

— Ah! ah! ah! votre pere, ricunact il» il est bien loin, votre pere,

— Mais il est fou, murmura flanche de plus en plus efrayée, il est fou...

Ni vous tenez à aller lui fu: une visite, à monsieur votre père, reprit la

voix sardonique du beau François, je puis vous dire où il est, Ce est pas près d'ici, par exemple, mais une bonne fille comme vous n'hésitera pas à traverser la mer pour aller embrasser son père, un si honnête homme !

— Mais que dit-il done ? que dit-il donc? s'écrin Blanche en le regardant vec Stupeur,

— Ah ! ah! continua-t-il, votre Parrain ne vous n pas dit cela, le vieux cachottier ; il vous à fuit croire que vous étiez la tille de Jacques Mellier... La bonne histoire... c’est drôle tout de même, Et vous avez cru cela, vous, I] y 4 plus de trente ans que Jacques Mellier est veuf ; il n'a jamais eu qu'une fille : elle se nommait Lucile : elle est morte... Quant à vous, vous n'êtes rien à Jacques Mellier, pas même sa Parente, Si vous êtes ici au Seuillon, c’est qu’un

Jour, Sans qu'on sache bien Pourquoi, il a plu au vieux Rouvenat de vous y # amener,

Comme vous le voye

2, ma chère, vous n'avez pas le droit d’être si tière, et, û

en vous demandant en mariage, je ne vous faisais Pas une si grande injure. & Blanche, pâle comme un suaire, les yeux démesurément ouverts, les membres

agités par un tremblement convulsif, restait immobile et comme foudroyée, Est-ce vrai, cela, est-ce vrai ? s'écria-t-elle tout à Coup d’une voix étran-

; glée,

— L'honnète Rouvenat, qui ne ment se, n'osera pas vous dire que j'ai menti, - Eh, mon père, mon père ?

jamais, répondit-il de sa voix moc ueu- | , 1

réprit-elle avee égarement.

— Ah ! cela, c'est une autre histoire.

Vous avez dû entendre raconter qu'un homme, il y à de cela dix neuf ans, à été assassiné sur la route non loin du Seuillon...

— Oui, oui, je me souviens.

— L'assassin se nommait Jean Renaud.

— Jean Renaud, répéta-t-elle comme un écho,

— Ce Jean Renaud a été arrêté, condamné et envoyé au bagne pour toute

sa vie. il n’est pas mort depuis, ii est encore à Cayenne parmi les forçats, La malheureuse enfant entrevit l'horrible vérité. Mais la fatalité la poussait à interroger, — Eh bien? eh bien? fit-elle.

—- Eh bien, puisqu'il faut tout dire, voilà : vous êtes la tille de Jean Renaud !

Blanche porta ses mains à son front, ferma les yeux, chancela et s'affaissa sur le sol en faisant entendre un sourd gémissement,

Le misérable la contempla un instant froidement, d'un

œil sec et dur. Il

n’y avait plus en lui aucun bon sentiment, peut-être n'avait-il jamais connu celui de la pitié.

— Bah! dit-il en relevant brusquement la tête, elle n’en mourra pas.

Il s’élança hors du berceau, prit sa course à travers le verger et ne tarda pas à disparaître.

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