X XIV L'EXPULSION
Au ton dont le fermier venait de lui parler, François Parisel comprit que la révélation faite à la Jeune fille avait produit tout son effet, Loin d'éprouver un regret, son cœur haineux se réjouit, Ce que Rouvenat allait lui dire il le savait d'avance, et il se prépaura à faire bonne contenance.
Le front haut, l'œil hardi, l'attitude pleine de défi, il entra dans la salle à manger,
Rouvenat debout, les mains derrière le dos, avait l'air très-calme,
— Îl parait que vous avez quelque chose à me dire ? interrogea le beau Fran çois d’un ton impertiment.
— Oui, monsieur Parisel, ji quelque chose à vous dire.
— Alors dépêchez-vous
— Ce ne sera pas long. Le mois dernier, vous avez reçu d'avance la moitié de vos giges de l’année :on ne vous doit rien, au contra're.
— Je le sais, où voulez-vous en venir ?
— À vous dire ceci, monsieur Parisel : Je nai plé E soin de vos services : à partir de ce moment vous n'êtes plus employé à la fo 2: montez donc dans votre chambre, prenez y ce qui vous appartient et alk :-vous-en,
— Ah! ah! vous me renvoyez! fit-il avee un rire forcé,
Je vous renvoie,
— J'ai le droit, it me semble, d'en demander la raison. Rouvenat haiussa les épaules, — La raison est que je ne veux plus de vous au Seuillon, dit-il froice aent € vous renvoie parce que telle est ma volonté, voilà tout. — E6 si je ne veux pas m'en aller, riposta-til effrontément. Rouvenat fronça les sourcils.
— J'ai prévu ce cas, dit-il, et j'ai déja pensé au moyen que j'emploierais pour vous forcer à déguerpir.
Le beau François eut un éclair de colère, — C'est bien, Htil sourdement, demain je verrai ce que j'aurai à faire, — Ce n'est pas demain que vous partirez, c'est ce soir. — Vous êtes expéditif, monsieur Rouvennt, répliqua-t-” ON DAU'QUOIS : habituellement, quand on renvoie quelqu'un, on lui dos «it jours. — Ou on les fui paye, On est en avance : deux
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Sa large main s'abattit sur l'épaule du beau François, qui pirouetta comme
Pour un instant, le vieillard était sorti de sa léthargie ; ses yeux étincelaient de colère, il se dressa en face du jeune paysan et lui dit d’une voix dure :
— Quand Jacques Mallier, dort vous êtes le parent, malheureusement, donne son amitié, sa confiance, son autorité entière à Pierre Rouvenat, il sait qu'il en est digne, et il lui donne cette confiance et cette autorité pour que toujours, quelles que soient les circonsta:ices, il parle et agisse en son nom. Aujourd'hui, cependant, j'ai un reproche à adresser à Pierre touvenat: c’est de ne vous avoir pas pris par les épaules pour vous jeter à la porte comme un valet infidèle où une bète malfaisante,
Vous n'êtes pas seulement un mauvais parent, continua le vieillard en haussant la Voix, vous êtes un misérable, un lâche! Possesseur d’un secret, que votre père à dû vous révéler, vous vous êtes fait une joie de le ; ‘er comme une insulte à la face d’une enfant afin de satisfaire je ne suis quel besoin de basse vengeance, Frapper le cœur d'une femme, l'insulter dans son malheur, afin de jouir de sa douleur, de son désespoir, ah! c'est digne d'une âme comme la vôtre !... Et vous disiez l'aimer. menteur !... suit pas ce que c’est qu'un noble sentiment : plus vils instincts...
Vous ne méritez aucune pitié, ni inûme mon mépris, De la pitié! j'en à aujourd’hui, elle + pas pour vous !
Pierre Rouvenat
votre cœur, pétri de boue, ne
il ne contient que du fiel et les
‘ous à dit qu'il vous congédiait, vous lui avez réponclu avec insolence qu'il n'avait pas d’ordr: à vous donner : J'étais là, j'ai eutendu.. Eb bien, c'est moi, Jacques Melli . le maître encore puisqu'il le faut, qui vou chasse... Vous entendez, Je ve chasse! TI faut que dans une heure vou ayez quitté la ferme.
Et, lui montrant la porte d'un geste impérieux, il ajouta d’une voix éclatante :
— Allez-vous-en, allez vous en !
Le beau François se dirigea vers la porte, ne perdant rien de son de démon révolté,
Sur le seuil il se retourna ct lune:
menace,
— Enfin, nous en voilà débarrassés, dit Rouvenat,
— J'aurais dû suivre ton conseil, dit Mellier, et ne point consentir à garder ici ce misérable, Je ne l'avais pas encorè examiné comme tout à l'heure; i! a dans le regard quelque chose de funeste.
— J'ai toujours dit qu'il finirait mal.
— Mais que veut-il? que veut-il ?
— Ce que veut son père : ta fortune.
Je ne suis pas encore mort, murmura le fermier.
— Les autres reviendront-ils ? soüpira Rouvenat, Et Blanche ? reprit-il, tu l'as vue !
— Oui, je l'ai un peu consolée ; nous ferons le reste ensemble, S'il faut lu dire la vérité, Pierre, je n'hésiterai pas,
Rouvenat tressaillit,
— Non, non, dit-il, Pas, encore. Ne va-t-elle pas descendre ?
— Elle désire être seule ; elle soupera dans sa chambre,
A neuf heures, le beau François s'éloignait du Seuillon, ayant sur son dos un paquet de hardes,
audace
aux deux vieillards un regard plein de
u bord de la rivière il rencontra son père, qui venait rôder aux alentints de la ferme. Il lui raconta son exploit de la journée, leoue] avait eu pour con séquence son expulsion de Ja ferme.
Joseph Parisel ne chercha pas à dissiniuler son mécontentement,
— Pourtant, fitil, je t'avais recommandé d’être prudent, de ne rien dire à Blanche,
— Ce qui est fait est fait, répliqua le fils d'une voix sombre.
— Oui, mais ta sottise de tantôt peut nous coûter cher,
— C'est ce que nous verrons.
Parisel saisit le bras de son fils, et s’arrêtant bru quemer
— lu tas pas vu! dit-il à voix basse. .
— Qui ?
— Une ombre clisser à travers les arbres.
——Je n'ui ion vu du tout : je ne crois pas aux fantômes.
— Je suis sir de ne pas n'être trompé.
—— Allons done, tu as vu, comme je la vois en ce moment, l'ombre mouvante ce peuplier dont le vent agite la cime.
Neuf heures sonnaient à l'horloge de la paroisse de Frémicourt, lorque Mar doche arriva sur la petite place de l'église,
Edmond se détacha d'un arbre auquel il était adossé et s'avanca vers lui,
Le vieillard lui prit la main.
—— Est-ce qu'il y à longtemps que vous m'attendez? demanda-t:il.
— Non ; mais j'ai hâte de savoir dans quel but vous n'avez donné ce rendez-Vous, Qu'allons-nous faire ? Où allons-nous ?
— Mon jeune ami, répondit Mardoche en souriant, il faut savoir calmer votre impatience, N'est-ce pas déjà quelque chose de s'offrir une promenade par cette belle nuit ? Les bonnes gens de Frémicourt sont en train de se mettre au Hit; dans une demni-heure,ils dormiront tous comme des bienheureux : il n'y aura plus dans le village, debout et éveillés, que les chats qui courent et miaulent sur les toits. Vovez-vous, les habitants des campagnes se soucient peu d'la fraicheur et des parfums d’une nuit étoilée : ils aiment mieux voir e soleil, qui brûle les visages, mius qui chauffe la terre et fait mûrir les blés. Moi, je préfère la lune, sx clarté est discrète... Regardez comme elle est belle! e soleil est trop brillant pour moi : la nuit je m'aperçois moins de ma misère, et, sil me prend des envies de pleurer, je ne mme gène pas, je pleure sans avoir peur qu'on me voie et qu'on ne m'entende,
— Dans cette maison, en face de nous, continua-t-il, tout à l'heure il y avait une fenêtre ouverte et de la lumière: la fenêtre vient d'être fermée, on à éteint a Jumière : c'est ce que j'attendais.
Jeune honnne, reprit-il d'un ton plein de gravi naintenant, pensez à votre mère et interrogez vos souvenirs.
Supposez que nous sommes en décembre. T1 fait il, le ciel est couvert, sombre, c'est ui :reuse nuit d'hiver, Votre : ort de Saint-Frun, elk prend le chemin ::: Frémicourt, la bise siffle du, 14 arbres, la neige tombe. Elle arrive iei, sur cette plnee, devant l’église. V2 marchez à côté d'elle, la tenant par la main, ou elle vous porte dans ses | Où va-t-elle ? Où allez-
vous ?...
Venez, suivez-moi Ils marchèrent pendant quelques minutes, gardar ua profond silence, Mardoche ouvrit une porte où plutôt une grille et ils entrèrent dans un terrain entou # de murs,
Les 1 blanche Edm — U Sa re nua à st Entin des mor une gros les ronce Marde —Voi — Ou — Ell Le jeu Jl lut
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venu à Na Frémicour Na destiné étoile, lui Il pou vi VOUS ; com il avait un La main — Eh b Mardocl — Jeunx Le chape redressant — Je me décembre !.
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Les rayons de la lune éclairaient des massifs blanches debout, d'autres couchées, Edmond tressaillit.
— Un cimetière ! murmu a-t-il,
Sa respiration devint difficile ; mais, nua à suivre le vieux mendiant.
Enltin celui-ci s'arrêta à l'endroit le plus Sauvage et le plus désolé du champ des morts. Sur ce coin de terre la lune jetait toute sa clarté et frappait en plein une grosse pierre grise dont une main inconnue avait écarté les hautes herbes les ronces et les lierres rampants,
Mardoche toucha le bras du jeune homme,
— Vous voyez cette pierre ? dit:il.
— Oui. Le — Elle porte une inscription. Baissez-vous et lisez, Le jeune homme obéit, Ï lut d'une voix tremblante :
— sombres, et ça et là des pierres
sans rien Comprendre encore, il conti-
MORT TA SSASSINÉ
24 juin 1850
XXV= sur ux\r TOMBE
Edmond se redressa brusquement, Son regard effaré interrogen Mardoche, Mardoche lui dit :
— Îl y à dix-neuf ans, un Jeune homme inconnu dans le pays fut assassiné sur la route, entre Frémicourt et Civry. Ce jeune homme, dont il a été impossible de découvrir la famille, avait loué une chambre au mois à Saint-Trun chez l'aubergiste Bertaux, l'oncle du Bertaux que Vous connaissez, Pourquoi était-il venu à Naint-[run ? Pourquoi se trouva-t-il un soir à dix heures entre Civr
yet Frémicourt pour recevoir une balle en pleine poitrine? Je ne vous le dir
ai pas, heureuse
Sa destinée était de finir ainsi... Ah! il n'était pas né sous une étoile, lui !
[l pouvait avoir vingt ans ; c'était un grand et beau jeune homine come YOus ; comme vous il était distingné ; comme vous il était instruit, comme vous il avait un noble cœur, comme vous, enfin, il se nommait Edmond.
La main du jeune homme se crispa sur le bras du vieillard.
— Eh bien ! balbutia-t:il.
Mardoche répondit :
— Jeune homme, découvrez-vous, vous êtes sur la tombe de votre père !
Le chapeau d'Edmond tomba à terre, sx tête s’inclina lentement ; puis, la redressant aussitôt, il porta la main à son frout,
—Je me souviens, je me souviens, dit-il d’une voix Oppressée, la nuit de décembre !. . ,
Là, devant cette pierre, je ine suis agenouillé à côté de ma mère...
Les yeux de Mardoche étincelèrent.
— Attendez, atrendez, reprit Edmond, ma mère n'avait appris une prière,
Il tomba sur ses genoux et resta un instant immobile, silencieux, concen-
tant sa pensée, faisant un effort de mémoire prodigieux.
Soudain, sa voix se fit -ntendre. Il disait : “ Dieu de Puissance et de bonté
infinies, donnez à mon père le ciel, pardonnez à celui qui a fait orphelin,