‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 5 sur 109 · VI——APRÈS LE CRIME · texte numérisé non relu

VI——APRÈS LE CRIME

Lucile n’était pas encore rentrée, Elle entendit l'explosion de la poudre, et aussitôt un frisson glacial courut dans tous ses men.bres, en même temps que la sueur qui couvrait son front se refroidissait. Et cependant, rien ne pouvait lui faire penser que ce coup de feu eût été tiré sur celui qu’elle venait de quitter. Du reste, elle pouvait s'expliquer l'impression qu’elle éprouvait par sa surprise au bruit d’un coup de fusil troublant le silence à cette heure de la nuit,

Pierre Rouvenat venait de reprendre connaissance, et il se relevait lorsque la détonation sinistre, traversant l’espace, arriva également jusqu’à lui.

Le mal leur et de était avr rage, aÎté

Trop Oh! Juci

Soudait précipités

C'est de fusil pe

La jeur

Il n'eut fermer dou poussé par comme un sol, Elle se marches, s

Lucile r à prier,

Pensant Rouvenat dor, il atte

Dix ou« courant, ré trée du ver dans le mê

Mellier à Malgré la « aurait pu © une seul wo et Sa poitrii gouttaient ( haletant et fusil, qu'il }

de gagner s:

Rouvenat

tale dont le —Jacque

la porte de | Mellier le — Non, n — Hein, « —Jacque Une lueur — Mort !

— Mort ! :

Rovvenat — Eh bier

je me suis ve

Le servite:

— Oui, ass

Les

Le malheureux prit sa tôt

e dans ses mains et s'arracha les cheveux de douleur et de désespoir, Hélas !

le malheur épouvantable qu'il avait voulu prévenir était arrivé, LE avait essayé en Vain d'arrêter son maître ivre de colère et de rage, altéré de vengeance: Le crime horrible était commis ! Trop tard ! trop tard ! gémit-il eu se tordunt convulsivement les bras Oh! Jacques, Jacques Mellier devenu un assassin ! Soudain, par les deux portes du corridor restées ouvertes, précipités parvint Jusqu'à Jui, es C'est Lucile, pensat-il, car trop I de fusil pour que ce pût déjà être lui, La jeune fille entrait, Il n'eut que le temps de se blottir duns un fermer doucementet le fail

un bruit de pas

eu de teinps s'est écoulé depuis le coup

coin, Ilentendit la porte se le grincement du verrou de fer entrant dans le mur, poussé pur Lucile, Presque aussitôt elle sortit du corridor et passa devant lui comme une ombre ; on aurait dit que ses pieds légers ne posuient pas sur le sol. Elle se dirigea vers l'escalier et monta rapidement, effleurant à peine les marches, sans que Pierre pût entendre même un craquement du bois,

Lucile rentra furtivement dans sa chambre, tomba sur ses genoux et se mit à prier,

Pensant bien que Son maître ne tarderuit Rouvenat alla tirer le verrou de | dor, il attendit,.

Dix ou douze minutes S'écoulérent, 1 courant, résonna su* la terre sèche, 1 trée du verger, IL sortit préc dans le même coin de lu grande salle, le dos collé au mur.

Mellier arriva, Un tremblement nerveux le secouait de la tête aux pieds, Malgré la course qu'il venait de faire, son vis aurait pu croire que le sang s'était figé d une seul goutte dans sa tête, Pourtant, | et St poitrine, Ses cheveux, plaqués sur son crâne et collés à ses tempes, dégouttaient d'eau, comme s'ils eussent reçu une pluie battante, I] était oppressé, haletant et pouvait à peine se soutenir sur & fusil, qu'il plaçca debout contre | de gagner sa chambre.

touvenat s'élançca derrière lui.

tale dont le fermier l'avait traité.

— Jacques, malheureux :qu'as-tu fait ? lui dit-il, après avoir vivement refermé la porte de la chambre, Mellier le regarda avec effarement,

pas à rentrer à son tour, Pierre à petite porte et, debout au milieu du corri-

Enfin, le pas du fermier, qui arrivait en ientôt, Rouvenat le vit üpparaître à l’enipitamment du corridor et se cacha de nou veau

age conservait sa lividité : on ans ses veines ou qu'il n’en restait plus a sueur coulait à flots sur son visage

es jambes, Il se débarrassa du a muraille, puis il se jeta dans l'escalier, pressé

Il ne se souveñait déjà plns de la façon bru-

— Non, murmura-t-il d’une voix creuse, J'ai visé au cœur, et... il est tombé — Hein, quoi! fitil, je ne sais pas.

—Jacques, Dieu te prenant en pitié, aurait-il fait dévier le coup ? Une lueur sombre passa dans le regard du fermier. — Mort ! s'écria Pierre avec terreur, — Mort! répita la voix étranglée de Mellier.

Rocvenat s’affaissa sur un siège et cacha sa figure dans ses mains. — Eh bien! après ? reprit le fermier ; il m'a déshonoré ; c'était un voleur, je ne suis vengé, le l'ai tué! ë Le serviteur releva la tête.

—Oui, assassiné ! ditil.

LR TS

DT

— Ni tu le veux, cela m'est égal,

— Et la justice, Jacques, tu ne penses donc pas à la justice ?

— La justice, c'est moi, quand je défends mon bien, quand je venge mon honneur !

— Jacques tu ne raisonnes plus, c'est de la folie...

- Quand je rencontre une vipère sur le coteau, je l'écrase ; quand une bête nuisible, loup ou chien enragé, fait invasion sur mes terres, je prends mon fusil et je la tue... c'est mon droit, Voilà ce que j'ai fait ce soir,

— Ah [il ne comprend pas, il ne veut pas comprendre ! s'écrin Rouvenat avec désespoir, Mais c'est horrible, Jacques, horrible !.,, Et ton calme mé pouvante ! Malheureux, quelqu'un peut t'avoir vu, reconnu...

-— Qu'est-ce que cela me fait ?

— Jacques, toutes tes réponses sont insensées, Ah! tu es fou, tu es fou !.. Sans doute personne ne t'a vu; à cette heure, aussi bien à la ferme qu'à Frémicourt et ailleurs, tout le monde dort... Mais je t'en conjure, réfléchis, examine ta situation ; Jacques, tu as commis un crime épouvantable, et, si tu es découvert, on t'en demandera un compte terrible, Tu n'es pas plus qu'un autre, pas plus que le dermier de tes manœuvres, à l'abri des atteintes de ja loi, Elle est égale pour tous, et la justice des hommes est impitoyable, comme celle de Dieu. Tu auras beau crier : I] avait séduit ma fille, j'ai vengé l'outrage fait à mon honneur!” On te répondra que nul n'a le droit de se faire justice soi-même, Jacques, voilà la vérité,

Mais on net'a pas vu, personne ne t'accusera, et à moins que tu ne te trahisses toi-même... Puisque je n'ai pas pu retenir ton bras, maintenant que le malheur affreux est arrivé, il faut bien que je songe au moyen de te sauver... Non, on ne saurait accuser ; d'ailleurs, il faudrait des preuves, il n'y en a pas: non, il n'y en a pas...

l'y eut un moment de silence pendant lequel Rouvenat parut réfléchir profondément,

Milier, appuyé contre un meuble, restait immobile, comme pétritié, la tête baissée et les yeux dilatés, fixés à ses pieds. Peut-être réfléchissait.il aussi,

Soudain, Rouvenat se dressa d'un bond sur ses jambes,

Ses yeux étaient devenus hagards et l'expression de son visage tournenté révélait les plus cruelles angoisses.

I s'approcha du fermier et, lui mettant la main sur l'épaule :

— Jacques, lui dit-il à voix basse, il vient de m'arriver une pensée qui me glace d'épouvante, Ecoute-moi, au nom du ciel, Jacques, écoute-moi : Ni une autre personne seulement sait que des relations existaient entre ce jeune homme et ta fl! qu'ils se rencontraient la nuit secrètement, nous sommes perdus !

Meliier . ‘eva brusquement la tête, Ses yeux, dont la flamme s'était éteinte, se fixèreut :. lis ivenat.

—Ï]l your ‘ siquête, continua ce dernier ; quand il y a un crime, on en cherche d'2} 1: 41 cause pour +: découvrir l'auteur, Il suffit d'un mot ou d'une parole dits voion.irement où isême imprudemment pour faire naître le soupgon et amener ici les gens de justice... Jacques, il faut penser à tout cela.

— J'attends, répondit froidement Mellier.

—Mais ce n'est pas assez, il faut être prêt à te défendre.

Mellier fit un brusque mouvement de tête en arrière, et un sourire singulier glissa sur ses lèvres pâles,

— Mais comprends done, Jacques, les gendarmes, la prison, la cour d'assises.

— Eh bien ! on me condamnera,

— Mais tuité ! Et qu Rouven — Lu vi fHante, } hommes sc fumée, cet de leur or fous !.., les faux vices, dévore cell l'égoisme d sont vils, | et la scélér vre chose 4 terre, ce so ne suis plu replongé di Il se jet:

Rouvena —Oh! ] Au bout serviteur | soulagent e Il s'assit C'est ain Jean Re:

sion dont il s'asseyait le qu'il avait :

le vin, ‘le mére, de la inentation faisait un pP vin pour dé Jean Re:

du chemin, arrivant à | Son blé € — C'est i voiture pass -— A lors, — Conime désobliger u trop lourde, de mare. Ce le déguste, à tirant-d’eau, dans un moi

Qui

LA MALÉDICTION D'UN PÈRE 23 — Mais c'est le bagne, malheureux ! Entends-tu, le bagne, le bagne à perpétuité !

Et quand ce serait l'échafaud ! répondit le fermier avec un accent farouche, Rouvenat le regarda avec Stupeur et recula jusqu'au milieu de ln chambre, — Lun vie! une belle chose, vraiment, que la vie ! reprit le fermier d’une voix

tante, pendant qu'un sourire ironique crispait ses lèvres ; faut-il que les homes soient stupides pour y tenir autant !... Tous ils courent après cette fumée, cette chimcre qu'ils appellent le bonheur, les fous ! Ils ont la richesse, de leur or ils font un Dieu ! ils sont misérables, ils maudissent le ciel... Les fous !

.. les fous !,,, La maladie, les infirmités rendent les uns dignes de pitié ;

aux vices, à ln honte, à l'opprobre des autres on jette le mépris... L'aumbition

dévore ceux-ci, la jalousie déchire ceux-là, L'honnêteté n'est plus eu'un mot, l'égoisme devient une vertu, Partout la lâcheté, l'hypocrisie, l'infamie Les cœurs sont vils, la gangrène s'est mise dans les âmes. Le mal l'emporte sur le bien,

et la scélératesse des uns exploite la loyauté des autres, Ah! ah! ah! la pauvre chose que la vie ! Les heureux, ce sont ceux qui n'ont fait que passer sur la terre, ce sont ceux qui sont morts !.,, Mort, voilà ce que je voudrais tre, Je ne suis plus rien, je ne possède plus rien, je ne crois plus à rien, Je suis déjà replongé dans le néant, d'où je n'aurais jumais dû sortir,

[se jeta dans un fauteuil et y resta affaissé comme une masse inert:

Rouvenat le contemplait avec une profonde commisération,

—Oh ! le malheureux, pensait-il, quel écrasement !

Au bout d'un instant la tête de Mellier tomba dans ses mains et le ieux serviteur l’entendit sangloter, Il le laissa pleurer, Il savait que les larmes soulagent et sont souvent un dérivatif qui raméne à de plus saines pensée

Il s'assit à quelques pas de son maitre, son regard désolé fixé sur lui,

C'est ainsi qu'ils attendirent le jour, silencieusement,

Jean Renaud, le tueur de loups, était allé à Terroise, Ayant rempli la mission dont il s'était chargé, on lui offrit une place à la table autour de laquetle s'asseyait la famille pour prendre son repas du soir, Il accepta, mais en disant qu'il avait mangé une heure auparavantet qu'il accepterait seulement un ver le vin. !l en but trois ou quatre, car il dut trinquer à la santé du vère, de mère, de la fille aînée, nouvellement mariée, et à l'espoir d'une pro. anine aug imentation de famille, Ajouté à la bouteille qu'il avait vidée au Neuiilon, cela faisait un petit coup de trop. Or, il n'y a rien comme la gaieté que donne le vin pour délier la langue, Elle ferait parler un muet,

Jean Renaud quitta Terroise enchanté de son sort et fredonnant, le long du chemin, une joyeuse chanson des soldats d'Afrique, Il n'oublia point, en arrivant à Frémicourt, qu'il avait à réclamer au moulin son sac de farine.

Son blé était moulu, le sac prêt, [l manifesta son intention de l'emporter,

— C'est inutile, répondit le meunier, attendu que, demain avant midi, ma voiture passera à Civry, faisant sa tournée,

-—A lors, c’est bien, fit Jean Renaud.

— Comme il était d'unehumeur vais tout fait guilleret ettrop poli aussi pour désobliger un honnête meunier, qui ne puisait pas dans son blé avec une main

24 LA MALÉDICTION D'UN PäRE

————— > —— her

C'est ainsi qu'on ne s'aperçoit pas que l'aiguille tourne sur le cadran qui marque les heures,

La Gemie de dix heures sonnait, lorsque Jean Renaud sortit du moulin ayant attaché un grelot de plus à sa gaieté. M. mines

Cependant, une fois sur la route, il pensa à Geneviève, qui l'attendait, inquiète peut-être, et il convint en lui-même qu'il était un abominable flâneur,

Au souvenir de ses courses en Algérie à la poursuite de l'émir, dernier commandeur des croyants, il prit le pas gymnastique, MG]

Tout à coup un gémissement frappa son oreille, 11 s'arrêta net,

Page 1