VII-—S$sUuR LA ROUTE
Jean Renaud n'était pas peureux, Aucun bruit dans la nuit ne pouvait le faire trembler, Plus d'une fois il avait entendu les glapissements de joie des chacals autour d'un cheval mort ou déterrant le cadavre d'un bédouin, le 2Tognement des hyènes au regard féroce et louche, et les mugissements terribles du lion dans les gorges de l'Atlas. Dans maintes circonstances, bravant le dangor, il avait jeté un défi à la mort. Certes, il eût été difficile de trouver sur les deux rives de la Saône un cœur plus solide, une âme mieux trempée,
Il regarda autour de lui, et, à quelques pas, il vit un homme replié sur luimême, qui semblait faire des efforts suprêmes pour se relever, Il courut à lui, se mit à genoux, le souleva en le prenant sous les bras, et parvint à le mettre sur son seéant,
Le blessé respira avec force, puis sa tête retomba lourdement sur la poitrine de Jean Renaud. Le tueur de loups saperçut alors que les vêtements de l'inconnu étaient couverts de sang, 11 ne put s'empêcher de frissonner,
Le malheureux qu'il voulait secourir tremblait : il sentait les palpitations de sa chair, il entendait à peine sa respiration courte, oppressée, qui ressemblait à un râle étonfté, |
Tout près il y avait un tas de pierres amassées pour le servie» de la voie. Il le traîna jusque la. Avec une large pierre il lui fit une espèce d'oreiller
Au bout d'un instant, le blessé ouvrit ses.yeux brillants de fièvre, qui s'arrétérent sur Jean Renaud avec une fixité effrayante.
— Merci, merci, murmura-t-il d'une voix faible,
— Pouvez-vous m'entendre ? demanda le tueur de loups.
Le blessé répondit, par un mouvement de tête.
— Alors, dites-moi qui vous êtes, dites-moi ce qui vous est arrivé,
L'inconnu mit la main sur sa poitrine,
— Coup de fusil, prononça-t-il d'une voix saccadée, là... frappé... une balle,
— Oh l'un assassinat ! fit sourdement le tueur de loups.
Puis, après avoir jeté un regard rapide autour de lui, à reprit :
— Nous ne sommes pas bien loi: de la ferme du Seuillon, Jy cours, je réveillerai tout le monde,
Ces paroles produisirent sur le blessé un effet extraordinaire, Tout son corps tressaillit et sa tête se redressa,
— Non, dit-il avec énergie, et comme s'il eût recouvré ses forces subitement, non, ne vous éloïgnez pas, je vous en prie... D'ailleurs, à quoi bon?.., Tout secours est inutile, dans un instant, je le sens. je serai mort !
— Mais je ne veux pas vous laisser mourir ainsi !
— Vous ne pouvez me sauver, vous dis-je, je suis frapp à mort,
— Par qui? Le savez-vous ?
— Non! 5
— Oh! ; d'un ton m — Vous comment v —Jean ] Le visage All ! ] parlé de vo: — Lucile Elle est bot vous, de Ge avoir... Elle cile ?
— Autan — Eh bie me rendre u — Un ser — Oui, ur — Ïl suffi à vous refus Le regard — Ainsi, — Que fiu —- Étes-vo — Souvent!
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— Oh! je le découvrirai, moi, je saurai son nom ! exclama Jean Renaud d'un ton menaçant.
— Vous ne découvrirez rien, je veux qu'on n'accuse personne... Dites-moi, comment vous appelez-vous ?
— Jean Renaud, le tueur de loups,
Le visage de l'inconnu parut s'illuminer,
— Ah ! je sais, fil, je suis. Jean Renaud, un brave homme, Lucile m'a parlé de vous.
— Lucile ! vous connaissez Mile Mellier ?
— Oui, mais silence... ne prononcez pas son nom, on pourrait entendre... Elle est bonne, n'est-ce pas ? plus encore que belle !... Oui, elle n'a parlé de
vous, de Geneviève votre femme, et aussi d'un petit être adoré que vous allez avoir. Elle doit être sa marraine... Jean Renaud, aimez-vous sincèrement Lucile ?
— Autant que ma femme ! répondit-il avec feu,
— Eh bien ! au nom de Lucile et de votre femme, Jean Renaud, voulez-vous me rendre un service ?
— Un service ?
— Oui, un service de la plus haute importance,
— Il sutlit que vous invoquiez le nom de Mlle Lucile pour que je n’aie rien à vous refuser,
Le regard du blessé eut un éclair de joie et de reconnaissance,
— Ainsi, reprit-il, vous consentez ?
— Que faut-il faire ? Je suis à vos ordres.
—- Êtes-vous allé quelquefois à Saint-Irun ?
— Souvent,
— En ce cas, vous connaissez l'auberge tenue par M. Bertaux ?
— Parfaitement, On l'appelle l'hôtel des Deux-Chiens, Devant l'entrée principale, il y à un grand escalier de pierre, et, de chaque côté de l'escalier, deux énormes chiens, également de pierre, couchés sur le ventre,
—C'est bien cela, Jean Renaud, il faut que vous alliez à Saint-Trun tout de suite, avant qu'on ait appris ma mort,
— J'irai,
— Quelle heure est-il maintenant ?
— Onze heures doivent être sonnées.
— 1] sera une heure du matin quand vous arriverez à Suint-Trun : à l'hôtel tout le monde dormira. C'est ce qu'il faut, Je ne veux pas qu'on vous voie, qu'on vous entende, L'auberge à une entrée qu'on laisse ouverte la nuit.
— Oui, je la connais.
— On pénètre dans une allée qui conduit aux écuries : mais, à droite, on trouve un escalier par lequel on arrive au premier étage, au milieu d’un long corridor qui s'étend à droite et à gauche, A gauche se trouvent les greniers : à droite sont les chambres destinées aux voyageurs. Vous comprenez bien, n'est-ce pas ?
— Oui, oui, j'entends.
— Ma chambre est la première...
— La première, très-bien, Mais je n'ai pas besoin de tous ces renseignements, le père Bertaux sera là,
— Ah ! vous ne m'avez pas compris, Jean Renaud, je ne veux pas qu'on vous voie, entendez-vous : cela éveillerait la curiosité, et demain on vous appellerait ; vous seriez obligé de parler, et vous devez être muet ; rappelez-vous
bien cela, mon ami, muet, Autrement, vous causeriez un malheur épouvantable ; c'est assez de ma mort !..
Je sens que ma voix s’affaiblit, continua-t-il péniblement ; le peu de forces qui me reste va s’éteindre, et je ne vous ai pas dit tout encore. Ecoutez-moi bien. Avez-vous des allumettes ?
— Oui, je suis fumeur,
— C'est bien. Sur la porte de ma chambre il y a un numéro — quatre. — Vous l’ouvrirez et vous entrerez... Là, dans cette poche, il y a deux clefs, prenez-les.
Jean Renaud obéit passivement.
— La plus grosse est celle de la porte, poursuivit le blessé, dont la voix baissa encore ; l’autre appartient à un petit bureau à deux tiroirs. Vous ouvrirez celui de droite, dans lequel vous trouverez une large er.veloppe. Dans cette enveloppe il y à divers papiers très-importants, qui ne peuvent et ne doivent être lus que par une seule personne : Mlle Lucile, Ils contiennent un secret que nul ne doit connaître et dont la révélation à ia justice aurait une effroyable gravité,
Jean Renaud, vous prendrez ces papiers pour les remettre à Mlle Lucile, à elle seule, sans témoin
— Ah ! si vous voulez me donner la dernière joie que je peux avoir en ce monde, faites-en le serment, et je vous bénirai.
— Je vous le jure ! dit solennellement le paysan.
— Merci, mon ami, merci... Je vous dois la dernitre et suprème consolation. Me promettez-vous, me jurez-vous aussi, que la mission dont je vous charge et que vous allez accomplir, ainsi que tout ce que je viens de vous dire, resteront un secret enseveli au fond de votre cœur ?
Out.
— Jean Renaud n’oub...
Un hoquet lui coupa la parole, La tête retomba en arrière sur la pierre,
Jean Renaud voulut le prendre dans ses bras,
— Non, dit-il en le repoussant doucement, laissez-moi, je suis bien ainsi... Je ne respire déjà plus... mes yeux se voilent... la pensée m'échappe... ie froid monte... il arrive au cœur... C’est mon dernier instant...
Sa voix s'était tout à fait éteinte, Mais faisant un dernier et suprème effort, ajouta :
— N'oubliez pas qu'il s'agit du bonheur de Lucile. Maintenant, partez... partez !
— Mais je ne peux pas vous laisser comme ça, seul ! s’écria Jean Renaud,
— Ni, si, laissez-moi, je... je le veux.
Il avait fermé les yeux ; plusieurs tressaillements le secouèrent avec violence, puis, se roidissant sous l’étreinte de la douleur et de l'agonie, il perdit son point d'appui et roula sur le sol. Il poussa un soupir, et le nom de Lucile glissa entre ses lèvres, dans un souffle ; c'était le dernier,
Jean Renaud se pencha sur lui pour le relever,
I le toucha. Lé contact du froid le fit frissonner, Il souleva un bras, qui retomba lourdement. Il mit sa main devant la bouche ; ellen'avait plus d’haleine, [1 approcha son oreille ; il n'entendit rien,
Alors il poussa un cri rauque et se redressa d’un bond, T1 était livide.
Il jeta ua regard du coté de Civry, un autre sur la ferme et il s'élança sur
route dans la direction de Saïint-Irun.
Vers deux heures du matin, un marchand forain qui se rendait à Frémicourt
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vit en passant le cadavre étendu sur la berge. Toutefois, après s'être assuré que l'individu avait cessé de vivre, il continua son chemin.
Arrivé au village, l'esprit encore troublé de son &freuse rencontre, il s'empressa de raconter qu'un crime horrible avait été commis à un quart de lieue de Frémicourt et qu'il avait vu et touché sur la route le cadavre roide et sanglant d'un homme,
On courut prévenir le maire, qui se leva aussitôt et shabilln à la hâte, Quand il sortit de chez lui, une douzaine d'hommes l'attendaient dans la rue ; parmi eux se trouvaient l’adjoint et le garde-champêtre, Tous étaient terrifiés. Is se rendirent précipitamment à l'endroit indiqué par le marchand forain et trouvérent le cadavre.
Le sang, dont les vêtements du malheureux jeune homme étaient souilés, ne laissait aucun doute sur le genre de sa mort. Evidemment, il avait été assassiné, Le crime devait remonter à quelques heures,
Un peu plus loin, le garde-champêtre découvrit une mare de sang, Done, la victime était tombée à cette place,
L'aube blanchissait, le jour venait rapidement,
On put voir dans la pousière l'empreinte des mains du blessé, cherchant à se relever, Cela indiquait que la mort n'avait pas été instantanée et expliquait pourquoi le cadavre se trouvait à quelques pas de la mare de sang.
Au premier abord on pouvait croire que la victime était parvenue à se mettre sur ses Jambes pour aller retomber bientôt près du tas de pierres, Mais en exn- Mminant plus attentivement le sol, de la mare de sang aux pierres, on r'emarqUua deux lignes parallèles, parfaitement rayées sur la couche de poussière, et qui ne pouvaient avoir été causées par la victime, marchant même en se traînant. Ensuite, ces deux lignes passaient sur des empreintes faites par de larges semelles de souliers, dont les clous à fortes têtes étaient profondément marqués. On fit la remarque que les pas étaient très rapprochés et que les talons se trouvaient tournés du côté du tas de pierres, On reconnaissait ainsi que lu victime avait été traînée par le meutrier où une autre personne marchant à reculons,.
Ces constatations faites, on examina le cadavre avec plus d'attention : mais le maire fit en vain appel à la mémoire des hommes présents. Aucun d'eux ne connaissait la victime,
Après une assez longne hésitation,le maire se décida enfin à faire enlever le cadavre,
Trois hommes robustes le prirent et on revint lentement à Frémicourt.
La victime fut déposée dans une salle de In Mairie, sur une table, et un long châle noir fut étendu sur le corps.
Le garde-champêtre et deux hommes restèrent près de lui. Un autre montait à cheval pour courir à Saint-Lrun afin de prévenir je juge de paix et le brigadier de gendarmerie.
VTiT-Le phRe Er LA FILLK
Au mois de juin, on est sur pied de bonne heure à la campagne, Le soleil luimême se lève avant quatre heures. Les faucheurs sont particulièrement matinals ; ils aiment à profiter de la fraicheur, car l'herbe est plus tendre et se coupe plus facilement avec la rosée, C
Les premiers faucheurs qui arrivèrent à la ferme annoncèrent un crime qui
avait été commis dans la nuit sur la route, non loin de Frémicourt et tout
près du Seuillon. ,
Lis racontèrent comment le maire prévenu était allé chercher le cadavre, accompagné de plusieurs hommes ; comment on l'avait rapporté et déposé à la mairie en attendant la justice et les gendarmes qu'en était allé chercher,
— C'est épouvantable ! c’est horrible ! crièrent les deux servantes affolées de peur,
Lucile, qui n'avait pu fermer l'œil de la nuit, étant en proie à toutes sortes de pressentiments qu'elle ne pouvait repousser, Lucile, entendant des éclats de voix et des cris au-dessous d'elle, sauta à bas de son lit, passa un peisnoir, entr'ouvrit la porte de sa chambre et écouta.
-— Sait-on qui a commis le crime? demanda un des garcons,
— Pas encore. Naturellement, il n’est pas venu le crier dans les rues de Frémicourt, Mais il aura beau se cacher, le brigand, les gendarmes sauront bien le trouver.
— Connaît-on la victime ?
— Non. I] paraîtrait que c'est un étranger.
— Ah !.. Avec quoi l’a-t-on assassiné ?
— On croit qu'on a tiré sur lui, à bout portant, un coup de fusil où un coup de pistolet.
— Et c'était pour le voler ?
— Cela va sans dire, On ne tue pas un homme pour le seul plaisir de tuer,
— Est-il jeune ?
— Tout jeune, paraît-il, pas plus de vingt ans.
— Oh ! le pauvre jeune homme ! s’'écria une des servantes,
Les exclamations et les cris recommencèrent, C'était un concert de malédictions et d’injures à l'adresse de l'assassin.
Lucile ponssa un cri terrible et tomba roide, tout de son long, sur le parquet,
KRouvenat qui, l'oreille tendue, écoutait lui aussi ce qui se disait en bas, entendit le cri de Lucile et presque en même temps le bruit de sa chute. Il s'élança hors de la chambre de son maître et courut au secours de la jeune fille qu'il trouva inaninmée, Il l'enleva dans ses bras, ln porta sur le lit et lui prodigua les soins les plus tendres.
Pendant ce temps, les faucheurs et les domestiques avaient quitté la salle basse , ceux-ci pour aller à la prairie, les autres aux écuries
Lucile commençait à revenir à elle, Redoutant peut-être les questions que la jeune fille pouvait lui adresier, Rouvenat s'éloigna précipitwmment et descendit au rez-de-chaussée,
Le premier objet qui frappa sa vue fut le fusil dont Mellier s'était servi pour le crime. Il s'empressa de le remette à la place qu'il occupait la veille au man teau de la cheminée, Puis. les deux mains dans ses poches, calme, ayant l'air satisfait d’un homme qui vient de quitter son lit où il a fait un bon somme, 1l sortit de li maison, traversa la cour et entra dans les écuries, qu'il parcourut en jetant de tous côtés, comme d'habitude, son coup d'œil de maître,
Cependant Lucile reprit l'usage de ses sens, D'abord elle regada autour d'elle avec étonnement, puis tout à coup elle se souvint. Elle vit se dresser devant elle l'impitoyable vérité, comme un spectre hideux ; elle se sentit broyée sous son effroyable malheur. Une expression de douleur, de désespoir, de colère et d'horreur en même temps se peignit sur son visage blème. Nes yeux resterent secs, mais ils avaient des lueurs étranges desquelles semblaient jaillir dés étincelles,
Elle bond de panthère Par un im ses cheveux ses mains, Entin, pre un vêtement et S'habilla :
Elle ache:
sa chambre Elle se re Elle ne vi une nuit cot crime, Ses yeux | Le buste rauque :
— Assassi Mellier, q un coup viole table énergie — Malheu Lucile ne — Oui, ass — Miséral suis vengé !..
—Je l'aim — Un ave —.Je l’aim
—Oh! Ia — Jacques votre vengei souvissez don —Oh! ne — Allons, Le fermier Pierre Ror pu as 1 de mépris, ce
— Oui, je & —.Jacques, cest ton enfa — Cette mi = Jacques, ter impitoyal:
Mellier tre:
lutte se fit da à sa fille, il lu — En souv.
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lavre, Sala
Tolées
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