DUN PÈRE
que dans la t tranquille, pour le lendemain
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Malgré son âge, Rouvenat était encore d'une force peu commune ; si l’un de ses ennemis fût tombé entre ses mains, il n’en serait probablement pas sorti vivant, Fgpur
M — Ils le savaient, les misérables, aussi avaient-ils combiné leur plan de façon à frapper la victime sans danger pour eux.
W — Tâche! lâche! disait Rouvenat, viens done me frapper, viens donc si tu l'oses... vis
# Il fit un pas en avant,
Le bout d’une perche s’appuya fortement sur sa poitrine. Ses deux mains saisirent le bois. Mais il n'eut pas le temps de s'en débarrasser. Poussé viole. ment enarrière, il chancela, perdit l'équilibre et tomba à la renverse en poussant un cri horrible, dont la note aiguë s’éteignit au fond de j'abime.
Les mains de Rouvenat, crispées sur la perche, ne l'avaient point lâchée ; il l'entraîna avec lui dans son effroyable chute.
Les deux scélérats se penchèrent sur le puits.
Uu gémissement monta jusqu’à eux.
— Îl a la vie dure, grommela Joseph Parisel.
— Il ne remontera pas, repondit la voix sinistre du beau François.
— Soit, répliqua le père, mais il faut pousser cette pierre et la faire tomber dans le puits.
— À quoi bon?
— Tu ne comprends pas ? On s’'expliquera ainsi la cause de sa chute.
— Oui, c’est vrai.
Réunissant leurs efforts, ils poussérent la lourde pierre qui, tombant, devait écraser Rouvenat au fond du puits. Elle penchait déjà au bord du gouffre, un dernier effort et elle était précipitée, lorsque, soudain, une forme noire se dressa en face d'eux.
D'une voix rauque elle leur jeta ce mot :
— Assassins !
Ils se redressèrent avec terreur. La lune sortant d'un nuage leur fit voir une femme aux longs cheveux épars, au visage blanc comme du marbre, Sous son large front, ses yeux étincelants ressemblaient à deux tisons enflammés.
— Oh ! le fantôme ! dit Joseph Parisel d’une voix étranglée et tremblant de tous ses membres.
La femme jeta une seconde fois son cri lugubre ;
—— Assassins !
Saisis d’épouvante, les deux misérables s'enfuirent à toutes jambes et disparurent dans fa nuit.
La voix de Rouvenat, sertant du puêts, criait : f£ — À moi! nu secours !
F La femme l’entendit. Alors, rapide comme une flèche, elle s'élança dans la direction de la ferme en criant à son tour d’une voix éclatante :
— Au secours! au secours |
Elle se trouva brusquement arrêtée par deux hommes. C’étaient Mardoche et Edmond — Qu'avez-vous ! Qu'y a-tiif iui demanda Mardoche. Là, dans le puits du berger... Rouvenat... Sauvez-le, répondit-elle d'u: ne voix haletante.
* Frappé par le son de cette voix, le vieillard porta vivement la main à s01 front ; il voulut faire une nouvelle question. Mais la femme avait déja repri
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pieds ne touchaient pas le sol, — Vous avez entendu? dit Edmond, cette iouvenat, elle appelait au secours...
— Oui, oui, courons Arrivés près du puits, ils ente Mardoche retrouv — C'est Rouvenat prix !
La perene, dont s'étaient servis les P
femune à parlé d'un puits, dé
ndirent un gémissement,
à vite sa présence d'esprit,
, dit-il d’une voix étranglée. Oh ! il faut le saiver à tout arisel pour renverser le vieux serviteur, et qu'il avait entraînée avec lui dans le puits, avait heureusement rencontré une brèche dans la maçonnerie et S'y était solidement enfoncée : l'autre bout Sappuyait contre Ja Partie opposée du cercle, L'instrunent du crime, placé ainsi comme un soliveau en travers du puits, un peu au-dessus du niveau de l'eau, s'était transformé momentanément en une branche de salut.
En effet, Rouvenat, après avoir touché le fond du puits, était revenu à la surface de l'eau. En jetant désespérément ses mains au-dessus de sa tête, prêt à disparaître de nouveau, il avaït saisi la perche et s'y était cramponné avec cette énergie qu'ont toujours au moment d'un péril extrème ceux qui ne veulent pas mourir.
Ses pieds parvinrent aussi à rencon la maçonnerie et à s’y fixer. I] put verse providentielle, se tenir en
Mais le malheureux ne se fais
trer les alvéoles de pierres détachées de ainsi, le haut du corps appuyé sur la traéquilibre, la tête au dessus de l'eau.
ait pas illusion: sentant le froid engourdir ses membres et ses forces s'épuiser, ne pouvant espérer que sa voix serait entendue et qu'on viendrait assez tôt à son secours, il voyait déjà le spectre de la mort étendre son cadavre au fond du puits.
Alors il pensa à Lucile et aux deux autres orphelins :
Blanche et Edmond, Ainsi, il allait mourir sans avoir
accompli la grande œuvre de réparation à laquelle il avait juré de consacrer le reste de sa vie, Il allait mourir, Mellier ne tarderait pas à le suivre dans la tombe et des héritiers infâmes viendraient s'emparer du bien de Lucile, et, Sans pitié, jetteraient à la porte, comme une étrangère, comme une autre maudite, la fille de Jean Renaud. l'innocent qui avait porté la peine du coupable,
Lui mort, qu’allaient-ils devenir,ces trois à sa pensée et qui se partageaient toute | son cœur ?
Aveuglé par la poussière, il n'avait pu voir son lâche agresseur,, et il ignorait qu'ils eussent été deux contre lui; maisil devinait que François Pirisel était son meurtrier. [l n'avait pas besoin de se demander pourquoi le misérable n’avait pas reculé levant un crime pour se débarrasser de lui. 11 le savait. La fortune de Jacques Mellier, convoitée par le pere et le tils, devait faire de l’un où de l’autre un criminel, I] comprenait aussi que sa mort serait attribuée à un accident, Alors c'était l’inpunité pour le coupable, Cette idée emplissait son cœur d’une rage sourde.
tres qui occupaient constamment à tendresse, tout l'amour renfermé dans
— Après moi, les misérables frapperont Jacques, se disait-il avec terreur ; ils sempareront de tout et Blanche, Blanche, que deviendra-t-elle ? Quel sort horrible les infâmes lui ont-ils réservé ?
Non, non, je ne veux pas mourir ! s’écria-t-il en se tordant avec désespoir sur le morceau de bois qui lui servait d'appui et qui, craquant à chaque instant, ployant déjà, menaçait de se rompre sous le poids de son corps,
I rassembla toutes ses forces et jeta encore un cri d'appel désespéré, Puis, d'une voix éperdue, navrante :
— Es sont tous couchés, ils dorment, dit-il; d’ailleurs, d'ici personne ne Pourrait m'entendre, Plus d'espoir, plus d'espoir !...
Mon Dieu? gémit.il, vous qui êtes la Justice, pourquoi me faites-vous mourir si tôt !
Sa tête alourdie s'inelina prêt à retomber dans l’eau,
À ce moment Mardoche et Edmond arrivaient près du puits.
Rouvenat entendit un bruit de pas et des voix au-dessus de sa tête, Mais un sourire douloureux crispa ses lèvres, Ses oreilles bourdonnaient ; il crut s'être ‘rompé,
— Plus d'espoir! dit-il encore.
Et il poussa un sourd gémissement,