XXIX-LE SAUVETAGE
Nous savons que Mardoche avait donné rendez-vous à Edmond sur le pont de Frémicourt, Ils furent exacts l’un et l’autre : neuf heures n'avaient pas encore sonné à la paroisse lorsqu'ils se rencontrérent.
— Partons vite, dit le jeuñe homme, je voudrais être déjà à Civry, car j'ai hâte de posséder ces précieux papiers que vous m'avez promis.
— J'ai fait une visite tantôt à l'endroit où ils sont cachés, dit Mardoche : le travail que nous allons avoir à faire sera moins difficile que je ne l'avais supposé d’abord : toutefois, il nous faut une pince de fer et une lanterne : nous trou verons ces deux objets dans la maison du berger du Seuillon. Donc, ou lieu de nous rendre à Civry par la route, nous allons prendre le sentier de la Sableuse, que vous connaissez déjà, et nous passerons derrière les bâtiments afin d'éviter quelqu'un de la ferme,
— Vous avez done peur aussi de M. Rouvenat !
Non, imais j'ai mes raisons pour ne pas vouloir qu'on nous voie ensemble,
D prirent le sentier au bord de l’eau, qui rappelait à Edmond de si doux souvenirs, etils marchérent aussi vite que possible dans la direction du Neuillon, dont les masses grises leur apparurent bientôt à travers les arbres.
Is débouchaient de derrière les écuries lorsque le premier cri : “au secours! retentit tout à coup au milieu de la nuit. Ils pressèrent le pas et ils se trouvérent en présence de la femme échevelée, dont la voix, sans qu'il l’'eût reconnue, pourtant, avait si vivement impressionné Mardoche.
Tous deux penchés sur lepuits,ils entendirent les gémissereats de Rouvenat Mais ils ne pouvaient le voir.
— Rouvenat, cria Mardoche, c’est moi, Mardoche, m’entendez vous ?
Ces paroles arriverent cette fois distinctement aux oreilles du malheureux, L'espoir lui revint aussitôt, il releva la tête etétreignit la perche avec une nou: velle énergie.
— Oui, répondit-il
Il vit passer devant lui, comme une fantasmagorie, le rêve de Blanche.
— Courage, cria de nouveau la voix de Mardoche, nous allons faire Pimpossible pour vous sauver.
— Une corde, une corde, répondit Rouvenat d'une voix faible. Jetez-moi une corde !
— Où faut-il la prendre ?
— Dans. l'armoire du berger.
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— Au nom du ciel! s'écria Edmond, ne perdons pas de temps. Ils s'élancèrent vers la maison, Mardoche ouvrit la porte, pendant que le jeune homme allumait une allumette-bougie, dont il avait une boîte dans sa
pi he.
— J'ai préparé ce matin la lanterne, dit Murdoche, elle est sur l'évier. Elle s'y trouvait, en effet,
dans l'huile,
L'armoire du ber de chercher la clef.
pas très solide.
Edmond l'éclairait.
Dans le fond de l’armoir, l'extrémité de laquelle é sunment qu'elle avait servi autrefois à retirer puits. L'ancienne chaîne était là également. Il prit la corde et la chaîne et ils
revinrent au puits,
Edmond posa la ianterne sur la margelle,
Ensuite il aida Mardoche à dérouler la corde, Après s'être assurés de sa s0lidité, ils préparèrent un nœud coulant, et la firenv descendre dans le puits. la corde descend, cria Mardoche, — J'entends, répondit Rouvenat, HU Edmond avait repris la lanterne et cherchait à éclairer le fond du puits. MEA à fleur d'eau, Mardoche sentit que Rouvenat venait de la
— Attention,
La corde arriva à
saisir,
— 1 y à un nœud coulant, dit-il, tâchez de vous le passer autour du corps,
sous les bras,
* Rouvenat essaya ; ment la liberté de
la traverse de bois que par
peu brusque pouvait ou ron
— Je ne peux
an des montants de fe
encore l'arbre vermouiu Cela fait, il tendit la | — Maintenant
Il se dressa de — Mon Dieu !
— La chaîne e — Malheureux — Oui, répond
Ses mains étreignirent la ç
trou profond,
— Vous ne pourrez pas remonter !
Le jeune homme descendait.
— Je n'ai pas encor
répondit-il.
st | it
Edmord.
Au bout d'un instant, il cria :
ger était fermée, Mais Mardoche ne se donna pas la peine D'un coup d'épaule il brisa Ja porte qui, d’ailleurs, n'était
tait encore attaché un grappin, ce qui indiquait suffi-
mais la position qu’il occupait lui était presque complèteses mouvements ; d’un une merveille d'équilibre, et un mouvement un 1pre la perche ou le faire couler à fond.
as! cria-t-il avec désespoir, je ne peux pas !
— Je m'en doutais, dit Edmond.
— Que faire? fit Mardoche avec anxiété,
-- Je le sais, moi, répondit le jeune homme.
Il avait déjà pris la chaîne et il se mit en devoir de l’attacher solidement à vu de fonte scellés dans la margelle, et qui supportaient autour duquel elle s’enroulait autrefois.
anterne à Mardoche en disant :
, Autant que possible, tâchez de m'éclairer.
bout sur la pierre.
qu'allez-vous faire ? s'écria Mardoche avec terreur.
solide, cette tige de fer aussi, ne c aignez rien.
vous voulez descendre dans le puits ?
e oublié les leçons de gy nnastique qu'on na données,
Edmond la prit et alluma la mèche qui baignait
Mardoche découvrit une longue et forte corde, à
les seaux tombés au fond du
autre côté il ne se soutenait sur
haîne et son corps se suspendit à l'ouverture du
cria Mardoche éperdu.
184 LA MALEDICTION D'UN PÈRE Sbghiahe chan
— Lâchez de la corde,
Une lumière suffisante arrivait jusqu’à lui, Voyant l'impossibilité d'exécuter lui-même ce que Rouvenat n'avait pu faire, toujours en raison de la positi: périlleuse de ce dernier, il attacha son corps à la chaîne, en s’enroulant auteur d'elle, afin de pouvoir se servir de ses deux mains.
Il était dans l’eau jusqu’à la poitrine, Mais il avait assez de force pour agir
Rouvenat attendait, n’osant faire un mouvement.
Le jeune homme saisit la corde qui flottait sur l’eau, défit le nœud coul: puis après lui avoir fait former un double anneau autour du corps de Roue nat, il fit un nouveau nœud, qui serra fortement le lien,
Quelques minutes s'étaient écou lées, terribles et pleines d'angoisse pour Mi doche,
Couché à plat ventre au bord du puits, tenant la lanterne d'une mains, su crochant de l’autre à la margelle, il écoutait, respirant à peine pendant que de grosses gouttes de sueur mouillaient son front,
Enfin, la voix d'Edmond se fit entendre.
— C'est fait, dit-il, je n'ai plus besoin de lumière. Attachez solidement |, corde, je suis à vous.
Marde:e noussa un soupir de soulagement, Il se releva, et, obéissant à l'or dre qu'il rannit de recevoir, il fixa la corde au second montant de fer. 8 } # pouvait se rompre, maintenant, Rouvenat n'avait plus à craindre
de retsxr au fond du puits.
Ediiou:! yrimpa le long de la chaine et reparut à l’orifice du trou, pâle, le: cheveux hérissés, dégouttant d’eau, mais ayant dans l° regard le rayonnemer! du triomphe,
En le revoyant, Mardoche poussa un cri de joie,
— Îl est attaché, dit le jeune homme, mais il faut le faire monter ; le pou: rons-nous, à nous deux ?
— Oh ! j'ai encore de bons bras, répondit Mardoche ; vous allez voir.
— Eh bien, achevons notre œvre.
Ils saisirent la corde à quatre mains, et debout sur la margelle, le corps re. jeté en arrière, pour ne pas risquer d’être entraînés par le poids, ils tirèrent à eux.
Rouvenat ne faisait aucun mouvement, et n'avait plus ni plainte, ni gémissement ; il venait de perdre connaissance. C'était une difficulté de plus pou: le sauvetage.
—- C’est lourd, dit Mardoche haletant.
— Je n'ai plus de force, dit Edmond d’une voix mourante.
Rouvenat n'avait pas encore monté d’un mètre, Mardoche poussa un cri de douleur.
À ce moment, les deux garçons de ferme, guidés par la lumière, arrivaient près du puits.
Déjà couchés, ils s'étaient élancés hors de leurs lits en entendant appeler au secours. Après s'être habillés à la hâte, ils coururent aux écuries, où ils ne vi rent rien qui pât justifier les cris d'alarme qu'ils avaient entendus. Ils en sor. tirent, croyant déjà que quelqu'un de Frémicourt, passant devant la ferme, avait trouvé plaisant de troubler leur repos, lorsqu'ils aperçurent la lumière de la lanterne. Et ils s'étaient empressés d’accourir.
— Ah ! c’est le ciel qui vous envoie, leur dit Mardoche. — Qu’y a-t-il donc ?
— M. Rouvenat est tombé dans le puits. Venez vite, aidez-nous !
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Les deux domestiques ne demandèrent pas d'autre explication et ils prirent la corde des mains de Mardocle et d'Edmond, un instant te de Rouvenat était hors du puits,
— Mort ! il est mort! exclama Edmond.
Mardoche se mit à genoux et approcha son oreille de la poitrine de Rouvenat, en même temps qu'il appuyait sa muin à e du cœur,
- Non, ftit-il en se relevant, son cœur bat est qu'évanoui,
Puis, s'adressant aux domestiques, il leur dit avec une certaine autorité :
— Il ne faut pas que Mile Blanche sache ce qui vient de se passer, Vous allez transporter M, Rouvenat dans la maison du berger, vous le coucherez, vous lui donnerez les soins dont il a besoin et vous resterez près de lui jusqu'à ce qu'il soit en état de rentrer à la ferme sans le secout
Les deux hommes ne firent aucune objection.
Dix minutes plus tard, Rouvenux, déshabillé, e était couché dans le lit du berger.
aprés le corps iner
de personne,
t toujours sans connaissance,