‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 7 sur 109 · C( UP · texte numérisé non relu

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Elle bondit au milieu de sa chambre, en faisant entendre un grondement

de panthère irritée,

Par un mouvement fébrile, elle re ses cheveux dénoués, et à plusie ses mains.

jeta sur ses épaules les longues boucies de urs reprises elle pressa fortement son front dans

Enfin, prenant soudain une énergique résolution, elle sortit de son armoire un vêtement de demi-saison : robe de laine noire, petit manteau de drap noir, et s'habilla avec une rapidité extraordinaire.

Elle achevait de tixer un chape:

sa chambre s'ouvrit brusquement,

Elle se retourna, Son père était devant elle.

Elle ne vit point ses yeux renfoncés dans l'orbite, son front qui s'était en une nuit couvert de rides, son visage crime,

Ses yeux s’enflammérent et deux éclairs terrible

Le buste en arrière, le bras tendu ve rauque :

— Assassin !

Mellier, qui ne s'attendait pas à ce ert d'implacable age, chancela comme si un coup violent l'eût fr:

appé en plein cœur, Mais, retrouvant bientôt son indomptable énergie :

— Malheureuse ! exclama-t-il,

Lucile ne changea pas d'attitude,

— Oui, assassin ! reprit-elle avec une nouvelle violence, assassin !

—Misérable ! hurla Mellier exaspéré, cet homme suis vengé !... ;

—Je l'aimais ! cria Lucile,

— Un aventurier !…..

—Je l’aimais !

— Un vagabond !

— Je laimais! je l'aimais ! Je l'aimais !.

— Oh! la misérable! exclama Mellier sourdement !

—Jacques Mellier, reprit la Jeune fille votre vengeance l'est pas complète, souvissez donc votre rage !..

u de velours sur sa tête, lorsque la porte de

affreusemant ravagé ; ellè ne pensa qu'au

S sillonnèrent son regard, rs son pére, elle lui cria d’une voix

assassin !

était un lâche !.., je me

avec exaltation en marchant vers Jui, . Je suis coupable aussi, moi! Mais ns-

— Oh! ne me tente pas ! ne me tente pas !

— Allons, tueZ-WO1, tuez-moi, tuez-moi done !.

Le fermier bondit sur une chaise, qu'il leva sur la tête de su fille !

Pierre Rouvenat arriva à temps pour le repousser et arrêter son bras,

— Tu as riuson, dit froidement Mellier en jetant sur « fille un regard plein de mépris, cette fille est folle !

— Oui, je suis folle, répliqua Lucile, folle de douieur, folle de désespoir !

—-Jacques, implora la voix du vieux serviteur, sois moins dur pour elle, cest ton enfant,

— Cette misérable n'est plus rien.

—1Jacques, Jacques, insista Rouvenat, apres cette horrible nuit, peux-tu res. ter impitoyable ? N'est-ce pas le moment de pardonner ?

Mellier tressaillit, et il eut un mouvement d'indécision pendant lequel une lutte se fit dans son cœur entre deux sentiments opposés, à sa fille, il lui dit :

— En souvenir de votre mère, qui était une honnête et digne femme, elle !

Enfin, s'adressant

je veux bien avoir pitié de vous et vous permettre de rester dans cette maison.

— Vous, avoir de la pitié ! répondit-elle d'un ton amer et plein d'ironie ; ah! ce sentiment-là n'est jamais entré dans votre cœur !...Mais je ne vous demande rien, je ne réclame rien, De la pitié! Mais si vous pouviez en éprouver pour moi, je la refuserais, je la repousserais. . .

Le fermier se tourna vers Rouvenat,

— Tu l'as entendue, dit-il d'une voix sombre : ce n'est pas seulement une malheureuse égarée, c'est une fille perdue !

— Après m'avoir pris mon bonheur, reprit Lucile d'une voix étranglée, après l'avoir tué, lui, vous croyez être généreux en me laissant In vie, .. et vous tppelez cela de la pitié! Ah! je vous trouve plus cruel que le lion, que le tigre, que toutes les bêtes féroces ! Voyons, est-ce que j'ai besoin de vivre, maintenant que je n'a? plus rien à espérer? Vivre ! pourquoi faire? Pour pleurer et gémir éternellement, pour maudire l'existence ! Vous aviez découvert mon secret, je vous avais trompé, gravement offensé, c'est vrai, et vous aviez le droit de me demander compte de ma conduite. Il fallait m'interroger, je vous aurais tout dit... Oh! votre colère eût été terrible, je le sais, mais vous êtes mon pére, vous avez le droit de me punir: j'aurais supporté le châtiment sans proférer une plainte, Cela, vous ne l'avez point fait. Votre cruauté sans égale a mieux aimé frapper lâchement, dans l'ombre... Vous avez préféré la vengeance atroce, vous avez préféré le crime !... Ah! vous disiez la vérité tout à l'heure ; ah ! oui, je suis perdue, bien perdue ! je n'ai plus d'avenir, plus d'’espoir, plus rien à désirer, pius rien... que la mort !... Et pourtant, je pouvais avoir une vie heureuse... Il m'aimait, il serait devenu votre fils.

— C'était un misérable, il vous trompait !

— C'est faux !

— Personne ne le connaît, il cachait son nom.

— I] ne le cachait pas, il l'ignorait lui-même. Mais ce nom, il était au moment de le découvrir, Il allait partir, plein d'espoir et de confiance, Il serait revenu bientôt avec un nom, une famille, peut-être une fortune, pour vous demander ma main,

— Mensonge, mensonge !

— C'est la vérité !... Le malheureux ne pouvait se douter que vous l’attendiez sur la route pour lui donner la mort,

En achevant ces mots elle éclata en sanglots.

—Je ne veux pas que vous pleuriez, lui dit durement le fermier, vos larmes sont pour moi un nouvel outrage.

Elle se redressa les yeux étincelants, superbe d'indignation.

— M'empècher ae pleurer ! s’écria-t-elle d’une voix vibrante, arrachez-moi donc le cœur !... Elles ne se sécheront jamais, mes larmes... Je suis condam née à pleurer éternellement le père de mon enfant !...

Cette déclaration inattendue fut un nouveau coup de foudre pour Jacques Mellier, qui ne savait pas encore toute l'étendue du malheur de sa fille, 11 poussa un rugissement de rage, et, les lèvres tremblantes, les dents serrées, lœil en feu, il s’avança sur elle le poing levé.

Rouvenat intervint encore en se jetant devant lui.

Lucile n'avait pas fait un mouvement pour se soustraire au coup qui la menaçait, Son calme, plus effayant encore que sa colère, semblait provoquer et braver l'orage,

— Pierre, s'écria le fermier avec fureur, je n'ai plus de fille !

Puis, s'adressant à elle :

— Misére Va, je n’en t'en, va-t'en

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—Ah! c' pas ta fille,

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— Mais, n lez-vous alle

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—Mon bo inutile, je ve ne m'oubliez

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Pierre étai pelle-la, cour:

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Mellier eut — J'attend serai emmene dit, la justice leur jetterai n Pierre retir — Mais on même pas.

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—Misérable ! lui dit-il, tu as bien fait tout à l'heure de repousser ma pitié !

Va, je n’en ai plus pour toi... Je t’abandonne, je te renie, je te chasse ! Va. t'en, vat'en ! Emporte avec toi ma malédiction, je te maudis !..,

Et d'un geste menaçant il lui montra la porte,

— Ah ! c'est impossible, s'écria le vieux serviteur désespéré, tu ne chasseras pas ta fille, je m'y oppose !

— Tais-toi, reprit le fermier d'une voix sombre, Je ne veux plus la voir ! Qu'elle parte, je l'ai maudite. :. Qu'elle aille cacher où elle voudra sa honte et son infamie !

Lucile marcha vers la porte d'un pas ferme et résolu.

Rouvenat voulut l'empêcher de sortir,

— Non, non, dit-elle, je ne resterai pas une minute de plus dans cette maison.

— Mais, malheureuse enfant, s’écria le vieux serviteur en pleuraut, où voulez-vous aller ?

—Je n’en sais rien.

— Oh ! non, vous ne partirez pas... Jacques, au nom du ciel, retiens.la,

Mellier ne fit pas un mouvement et resta muet,

—Mon bon Pierre, reprit la jeune fille, ne cherchez pas à me retenir, c’est inutile, je veux partir... je suis chassée, je suis maudite !.., Pierre, Pierre, ne m'oubliez pas, pensez quelquefois à la malheureuse Lucile !

Elle s’élança hors de la chambre et descendit rapidement l'escalier.

Rouvenat voulut courir après elle,

— Reste ! lui ordonna son maître d’un ton impératif.

Le vieux serviteur baissa la tête,

La jeune fille sortit de la maison par la petite porte de derrrière, traversa les jardins, prit un sentier entre deux haies et ne tarda pas à se trouver hors du domaine du Seuillon.

Pierre était resté près du fermier, espérant encore qu'il lui dirait : “ Rappelle-la, cours après elle.” Mais le mot qu'il attendait ne fut pas prononcé.

Cependant, au bout d'un instant, Mellier fut pris d’un tremblement nerveux d'une violence extrême. Ses cheveux se hérissèrent et ses dents claquèrent.

— Jacques, tu es malade, tu souffres, dit Rouvenat.

— Malade, non. Mais je ne sais : que j'éprouve: j'ai la tête en feu, les membres comme brisés, et puis là, dans ma poitrine, il y a quelque chose qui me déchire, qui me brûle... Ma vue se trouble et je vois, Je vois... du sang !..

— Est-ce le remords? murmura Pierre Rouvenat.

Ce ne fut qu'un moment de faiblesse contre laquelle se roidit le fermier et qu'il parvint à vaincre,

Il rentra dans sa chambre où Pierre le suivit.

Il s’assit près de son bureau et ouvrit un tiroir d'où il sortit deux pistolets chargés qu'il posa devant lui.

— Que veux-tu faire de cela? demanda Rouvenat avec terreur.

Mellier eut un sourire farouche,

— J'attends les gendarmes, dit-il froidement. Crois-tu donc que je me laisserai emmener comme un voleur, comme un vulgaire assassin ? Je te l'ai déjà dit, la justice c’est moi! les gens du parquet pouvent venir, je les attends ; je leur jetterai mon cadavre !

Pierre retint un cri prêt à s'échapper de sa poitrine.

— Mais on ne sait rien, dit-il, personne ne t’accuse, on ne te soupçonnera même pas.

Le fermier laissa éclater un rire effrayant.

— La misérable que j'ai chassée, qui est partie, ira me dénoncer, répliqua-t-il sourdement,

— Jacques, s'écria Rouvenat frissonnant, ce que tu viens de dire est monstrueux !

Mellier eut un mouvement brusque des épaules,

— C'est son droit, reprit-il d'une voix creuse : j'ai tué son amant, elle se venge ! !...

—Jacques, s'écria l'honnête serviteur indigné, en se redressant plein d'une superbe audace, c'est trop, c'est trop !...Tu as eu pour ta fille moins de pitié que pour un chien ; tu l'as chassée, tu l'as maudite, maintenant tu l’insultes ! Je te savais irritable, emporté, violent, colère jusqu'à la frénésie, jusqu'a la rage, tu l'as été jusqu'à la férocité... Ah! malgré mon dévouement, malgré mon affection, j'ai peur aujourd'hui de te trouver odieux !.., L'éclair qui s’alluma dans les yeux du fermier s'éteionit aussitôt,

Cette fois Rouvenat le dominait, Il laissa tomber sa tête dans ses mains.

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