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Malheureusement, je n'étais pas alors dans son intimité comme aujourd'hui ; elle garda son secret, Il est évident qu'elle attendait que vous fissiez votre demande, Je me souviens maintenant de son abattement, de ses tristesses ; ses yeux rougis (lisaient aussi qu'elle pleurait secrètement, Enfin, c’est seulement lorsqu'elle eût appris que Vous aviez quitté Paris, sans la prévenir, sans lui donner aucune explication, qu'elle céda aux pressantes sollicitations de son tuteur et Consentit à épouser le comte, Elle crut certainement que vous ne l’aimiez pas.
— Chère Valentine, soupira Lucien,
— Îl faut croire aussi qu'elle fut extrêmement froissée de votre oubli apparent puisque, malgré l'amitié qui l'unissait à votre sœur, elle cessa completemen de la voir. Depuis le mariage de la comtesse, elles se sont rencontrées, ce soir pour la première fois,
— Je le sais,
Vous avez été témoin de l'accueil qu'elle à fait à Mlle de Luranne : elle n’a pu résister à l'entraînement de son cœur.
— Oui; il n’y a que pour moi qu'elle garde sa froideur. Elle me iméprise peut-être,
Laure se pencha à son oreille et lui dit :
— Je ne voudrais pas affirmer qu'elle ne pensait pas à vous en embrassan votre sœur,
Il secoua la tête,
— Hélas ! titil, elle est mariée, tout est fini, Niseulement Je pouvais lui parler, lui dire...
— Que vous l'aimez toujours ?
— Non,ce serait l’offenser ; mais lui donner seulement l'explication de ma conduite,
— Qui vous empêche de le faire ?
— Elle ne consentira pas à m'écouter,
— Aujourd'hui, oui: mais pourquoi pas un autre jour !
—— Vous croyez qu'elle me recevrait ?
Oh! je ne dis pas qu'elle laissera ouvrir pour vous la porte de son boudoir mais, si vous le désiriez réellement, je pense qu’elle ne refuserait pas de se rencontrer avec vous,
— Je payerais ce bonheur de ma vie, dit il d’une voix tremblante.
Le regard de Laure étincela,
— Eh bien, fitelle, je lui parlerai de cela ; je crois, en effet, qu'une franche et loyale explication est nécessaire entre vous. Elle sera pour notre chère com. tesse un soulagement, Pour vous une consolation. Ki je réussis, comme je l’espère, je m'empresserai de vous prévenir.
— Comme vous êtes bonne ?
— Vest bien, c’est bien, vous me remercierez plus tard dit-elle, ca se levant,
La comtesse rentrait dans le salon.
Le regard de Lucien et celui de la jeune femme se croisèrent rapidement, Ce furent deux éclairs dont ils ressentirent l’un et l’autre la commotion
Laure, son sourire le plus gracieux sur les lèvres, était allée au-devant de la comtesse,
— Demain, j'irai vous voir, lui dit-elle.
— Je ne VOUS Vois jamais assez, répondit Valentine d'un ton charmant.
— J’auraiibenucoup de choses à vous dire, ajouta Laure d’un air mystérieux,
La comtesse sentit le rouge monter à son front. Elle voyait le nom de Lucien
Re nu LU
sur les lèvres de Laure le Jeune homme, Elle le vit debout l'enveloppant dans une sorte de re
et dans son regard. Involontairent ses yeux cherchèrent à la même place, la regardant toujours et ayonnement qui s'échappait de ses yeux.Son a frappaet une angoisse indéfinissuble s'empara d'elle, Ses yeux telle se demanda :
— Qu'est-ce que cela veut dire ?
Ces paroles de Julie : « Tu ne sais
extrême pâleur | se voilèrent e
sp pas ce qui s'est passé, tu ne dois pas le Savoir ”, bourdonnaient encore à ses oreilles, Son trouble augmenta;: elle se se sentit gênée, mal à son aise et prit le parti de se retirer, Elle sortit du salon €n jetant ce mot à l'oreille de Laure :
— À demain.
Le lendemain, Laure tesse l’attenduit.
Le conte leur tint e
— Maintenant ne femme,
arrivait à deux heures à l'hôtel de Bussières, La com.
OMpagnie un instant, puis les laissa seules, > OUS pouvons causer, dit Laure en se rapprochant de la jeu-
— Vos paroles d'hier m'ont rendue inquiète, ma chère Laure ; j'y ai penst toute la nuit, Est-ce donc bién grave toutes ces choses que vous avez à me dire ?
— Oh! rassurez-vous : il s'agit seulement, dans l'intérêt de votre l'épos, que e voudrais ne voir jamais troublé, de couri ‘au-devant d’un danger possible.
NES Un danger ! s'écria la comtesse effrayée.
— Vous m'avez confié une partie de vos peines, ma chère Valenttine,mais par une réserve bien naturelle et que J'ai parfaitement comprise, vous ne m'avez PaS ouvert entièrement votre cœur, La véritable amitié qui veut se rendre utile cherche toujours les moyens de consoler ; elle devient ingénieuse et a le privilége, souvent, de deviner ce qu'on n'ose pas lui confier, Vous me pardonnerez
avoir interrogé vos pensées, lu dans vos yeux et regardé dans votre cœur, Valentine, j'ai deviné votre secret.
— Mon secret ? fit la comtesse en tressaillant,
— Qui. Hier je doutais encore ; votre trouble m'a prouvé que je ne n'étais Pas trompée
Valentine laissa tomber sa tête sur son sein,
— Mon Dieu, ce n'est pas là qu'est le danger dont je vous parlais tout à ‘heure, continua la perfide créature, on guérit de tout, même d'un premier amour, et nous vous guérirons, il le faut : muis il vous aime, lui, il vous aime à en perdre la raison.
Un sourire effeura les lèvres de la comtesse,
— Je ne crois pus cela, dit-elle,
— Malheureusement, cela est,
— Laure, il vous a done parlé ?
— Que vous a-til dit ?
— Îl m'a raconté, d'abord, comment son père, instruit de la demande du comte de Bussières et des projets de votre oncle, qui tenait, vous le savez, à vous marier magnifiquement avait exigé qu'il renonçât à vous, M. de Luranne. père, effrayé par votre grande fortune, à craint d'essuyer un refus et à eu peur surtout, paraît-il, qu'on ne l’accusât de vous avoir attirée dans sa maison dans le but unique de vous faire épouser son fils, ref, il fit de cela une question d'honneur et, redoutant que Lucien désespéré ne se livrât à quelque folie, il s’empressa de l'éluigner de vous en le faisant nommer à une place de substitut,
— Ah ! je comprends, je comprends! murmura la comtesee,
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Et elle cacha son visage dans ses mains,
— Îl m'a ensuite parlé de ses regrets, de s ment de son amour qu'il n’a pu arracher de plus fortes racines.
Valentine laissa échapper un gémissement, Laure poursuivit :
— Je l'ai vu si malheureux, tellement dé de lui.
La comtesse releva brusquement la tête,
— Laure, Laure, dit-elle d’une voix anxieuse, vous ne lui avez pas appris dans quel état déplorable se trouve mon cœur !
— Oh! je me suis bien gardée de commettre cette imprudence.
— Alors il croit que je ne l'aime plus ?
— Ma chère comtesse, répondit Laure, la plupart des femmes savent se con. tenir et cacher ce qu’elles pensent, elles possèdent admirablement l'art de la dissimulation ; vous n'êtes pas de celles-là. Vos yeux, comme un miroir, réflé tent toutes vos pensées, Vous vous êtes trahie, M. de Luranne a compris que vous ne l'aviez pas encore oublié.
— Oh! c’est un malheur! un grand malheur ! s'écria Valentine désolée,
— Qui n’est pas irréparable, repliqua Laure, Toutefois, je dois vous dire qu'il est dans un état d’exaltation qui me donne des craintes sérieuses,
— Mon Dieu, expliquez-vous.
— Hier, si je n'avais été assez heureuse pour le retenir, pour le calmer, il aurait fait quelque extravagance fort compromettante pour vous.
— Le malheureux, le ma'heureux ! murmura la comtesse.
— C’est un amour terrible que le sien. A tout prix, il vut vous revoir, ob. tenir de vous un entretien...
— Mais c'est impossible, c'est insensé ! s’écria Valentine avec effroi.
— Oui, mais ron idée est tixe : pour vous voir il est capable de tout ; il for cerait la porte «. + tre salon,de votre chambre,je crois même qu'il ne reculerait pas devant votre mari qui lui barrerait le passage,
— laure, vous n'avez donc pas pu lui faire comprendre sa folie,
— Îl n’y à rien à dire à qui ne veut pas entendre raison.
— Que fuire, mon Dieu, que faire ? murmura la comtess: éperdue,
— Voilà le danger dont je vous parlais tout à l'heure et que nous devons conjurer,
— Mais comment ? je ne sais pas, moi, je ne sais pas...
— Avec un caractère singulier comme celui de M. de Bussières relle éclatait entre lui et M. de Luranne ce serait épouvantable,
La jeune femme se sentit frissonner.
— Laure, dit-elle d'une voix suppliante, ne m'abandonnez pas, conseillezmo,
+ douleur, reprit Laure, et longue.
de son cœur et qui a pris, au contraire,
sespéré que, vraiment, J'ai eu pitié
, Si une que-
La malheureuse se livrait elle-même à son ennemie, * Laure fit semblant de réfléchir un instant, puis soudain : — Voulez-vous que je vous dise, alentine, ce qua je ferais si j'étais à votre
place ?
— Eh bien, pour prévenir un coup de tête de M, de Lu anne, je lui accorderais ce qu'il demande : je consentirais à le voir une fois,
— Ÿ songez vous, Laure ? Je ne peux le recevoir ici,
— Assurément, pas plus que vous ne pouvez aller chez lui. Mais Paris est grand, il y a mille moyens de s'y rencontrer ; il peut aussi se trouver sur votre
216 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE passage, comme par hasard, dans une allée du bois de Boulogne ou de Vin. cennes.
— Un rendez-vous ! exclama la comtesse avec terreur ; nOn, non, je n'oxerai jamais...
Laure se mordit les lèvres, et une lueur fauve, qui s'éteignit aussitôt, passa dans son regard.
— Ma chère Valentine, reprit-elle d'une voix doucereuse, je vous ai dit ve que je ferais ; inais je n’ai ni la prétention, ni le droit de diriger votre conduite, Je vois votre tranquillité menacée et, inquiète, je cherche à éloigner de vous un péril dont je m’exagère peut-être la gravité. Un rendez-vous, d’ailleurs, n'est pas un si grand crime. Je ne vois pas, en vérité, comment vous feriez un acte répréhensible en vous rencontrant, ici ou là, avec M. de Luranne, lorsqu'il sa git, pour vous,de prévenir un malheur réel qui peut étre la conséquence de son désespoir ou de sa folie.
La comtesse avait mis de nouveau son visage dans ses mains, Un tremble. ment nerveux agitait ses membres.
— Ma chère Valentine, reprit après un moment de sil nce la haineuse jeune file, qui tremblait de voir sa proie lui échapper, réfléchissez bien à tout ce que je viens de vous dire. Il s’agit d'arrêter un malheureux qüe quelque chose de fatal semble pousser sur une pente au bas de laquelle s'ouvre un abüne et de calmer l’exhalation d’un esprit en délire. Je ne veux pas vous cacher que je me suis presque engagée pour vous ; c’est ainsi que j'ai évité, hier, un scandale dont le bruit serait peut-être arrivé déjà aux oreilles du comte. M. Lucien attendra pendant quelques jours, mais si vous lui refusez une entrevue, je vous le répète, un coup de tête de ce malheureux peut avoir pour vous les const. quences les plus funestes.
Il s'agissait pour Laure de vaincre les scrupules de la jeune femme en frappant son imagination, en la terrifiant. Pour cela elle ne négligeait rien. Ce. pendant, malgré le spectre menaçant qu'elle faisait passer sous les yeux de la comtesse avec une cruauté impitoyable, celle-ci restait hésitante.
Laure frappa un dernier coup.
— Savez-vous ce que je crains, Valentine ? Le savez-vous ? dit-elle,
La comtesse leva sur elle ses yeux craintifs, mouillés de larmes,
— Dites moi tout, ne me cachez rien, fitelle,
— Eh bien, je crains que le désespoir de M. Lucien d’une part et de l'autre la jalousie du comte ne les mettent en présence le fer à la main.
La comtesse poussa un cri.
— Je le verrai, dit-elle d’une voix oppressée, je le-verrai; mais où? com. ment ?
Laure lui prit la main en disant :
— Ne suis-je pas votre amie ?
— Alors, vous m'aiderez ?
— Oui,
— Vous serez avec moi, et, s'il le fallait, Tvous me protégeriez contre moi. mème,
— Je vous le promets,
— Qui le préviendra ?
— Moi.
— Oh! dites-lui bien que c’est pour tenir la promesse que vous lui avez faite; sans cela je n'aurais pas consenti
pe
br:
] du pie et 1 pro plac de :
1] Fiec mer
À Cou
Le
son $S truit,
logne ou de Vin.
on, non, je n'oserai nit aussitôt, passa
je vous ai dit ce ger votre conduite, à éloigner de vous us, d’ailleurs, n'est vous feriez un acte ranne, lorsqu'il sa conséquence de son
ains, Un tremble.
e la haineuse jeune bien à tout ce que quelque chose de re un abîmne et de Is cacher que je me hier, un scandale comte, M. Lucien > entrevue, je vous ir vous les conte 1e femme en frapégligeait rien, Ce.
us les yeux de la inte,
dit-elle, rimes,
part et de l'autre ain.
; mais OÙ? con
seriez contre moi
ous lui avez faite:
LE MALÉDICTION D'UN PÈRE 217 — Je lui dirai aussi que vous voulez surtout l'empêcher de se perdre en vons perdant avec lui,
— Ah! ce serait horrible ! murmura la comtesse,
— Où pourrons-nous nous rencontrer ?
— J'y pense en ce moment, et je crois avoir trouvé,
— Eh bien, que ce soit demain, dans deux jours, le plus tôt possible, Laure passa son bras autour de la taille de sa victime, l'attira à elle et l’'em- Dr'assa,
— Allons, fit-elle avec un faux sourire, nous en serons quittes pour la peur,