‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 68 sur 109 · VIT--LA MAISON D'ASNIÈRES · texte numérisé non relu

VIT--LA MAISON D'ASNIÈRES

Le visage de M. de Bussières, horriblement contracté, portait l'empreinte des passions violentes qui s'agitaient en lui ; ses lèvres blèmes frémissaient, ses jeux injectés de sang semblaient lancer des flammes, Sa main droite tenait an pistolet armé,

[ tit un pas et son regard menaçant, terrible, Surrêta sur M, de Luranne.

— Ecoutez, écoutez? lui cria la comtesse folle d'épouvante,

la repoussa avec violence, Le malheureux n'avait plus sa raison,

— Monsieur le comte, commença Lucien, je vous...

I ne put dire que cela, M. de Bussières avait levé son arme, iltira en même emps ses deux coups à bout portant,

Le malheureux jeune hommie fit entendre un gémissement sourd et s'abattit aux pieds du comte,

La comtesse poussa un cri perçant, horrible, bondit en avant, recula, et, à son tour, roula sur le parquet sans connaissance,

Le comte jeta un regard sombre sur sa victime, puis d’une voix étranglée, il murmure :

— Je me suis vengé !

FH tenait encore l'arme homicide ; il la lança dans le jardin par une des fe. nêtres ouvertes,

Alors il se précipita vers sa femme, la souleva, l'enlaca dans ses bras et se releva, la tenant serrée contre lui, Il sortit du salon, marchant dans le sang qui séchappait des blessures du malheureux Lucien, traversa rapidement le jardin et arriva près de sa voiture, dont le cocher causait avec animation avec an de ses camarades,

, L'apparition du comte, portant dans ses bras une femme qui par tissait sans rie, coupa court à leur conversation ; mais ils eurent l’un et l’autre un regard de terreur.

M. de Bussitres coucha sa femme inerte dans un coin du coupé, se plaça à gôté d'elle et ordonna au cocher de reprendre la route de Paris.

— Un coup de pistolet, une femme qu’on emporte, une autre qui s’est suurée, tout cela me paraît louche, grommela le cocher en grimpant sur son sièse,

Il échangea un dernier regard avec son camarade et partit.

Le cocher qui restait était celui de la voiture qui avait amené Laure et

M. de Luranne.

* Laure, cachée comme nous l'avons dit, avait vu arriver M. de Bussières. Elle sttendit un instant, puis, épouvantée par la double détonation de l’arme à feu, ele s’élança hors du jardin, courut à la voiture de la comtesse, dont le cocher était évidement un homme à elle, et s’éloigna au plus vite du lieu du drame horrible dont sa haine implacable avait créé et si audacieusement conduit toutes les péripéties.

La voiture du comte n'avait pas encore franchi la barrière, lorsque la comesse, secouée par les cahots,revint à elle et ouvrit les yeux. Elle parut d’abord très-surprise de se trouver avec son mari dans une voiture. Mais, aussitôt, son

ægard changea d'expression et une nouvelle tombée de neige se fit sur son vi-

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- Lh bien, dit le comte sour nt, j’ 6 oi de etes sourcdemeé nt, jai usé du droit qu'a tout homme de . a venger son honneur ; j'ai tué votre amant ! 41e se redressa et un éclair de colère inilli RS re Jaulit de ses y gar ] il pa rm nt e) Ilit de ses yeux hagards. Une pro Hs rs 4 de son cœur à ses lèvres, Pourtant, elle gurda le si- Ce Vruellement offensée, sa fierté dédaigna d'antronr justificatic facile, à fierté dédaigna d' ntreprendre une justification Un sourire étrange passa sur ses lèvres tremblantes L ' * ‘À * . ss — ex : il fallait donc me tuer aussi ! s'écria-t-elle — LÉ avez un fils, répondit-il, et, maloré - ‘ À lit elle, prise d'une terreur subite.

— \alentine, je vous dis rérité, repri i sa voix, ouf. : » Je vous dis la ve "té, reprit le comte en adoucissant le son de SU YUIX, OUI, Je vous aime encore, je tâcherai d'oublier — Votre crime ? l’interrompit-elle, L'outrage sanglant que vous m° Je vous pardonnerai, ma Pr mouvement des épaules plein de dédain A in “e est brisée, dit-elle d'un ton sec ; il ne peut plus y avoir d'espérance ; : onheur pour moi : je n'ai plus que des larmes à verser. Je n'ai pas de pi on : jits demander et je ne veux pas de votre pitié, Si cela vous est pos- 7 QUoNez, monsieur ; moi, je n'oublierai pas, je me souviendrui toujours — Vous réfléchirez.

7 Qui, au parti que je dois prendre, A tomber sa tête dans ses mains et se prit à sangloter tr n De € Pa . ? à =. ù sn : Instant après, la voiture s'arrêta. Le cocher, penché sur son siège, deë ia où il fallait aller. Le comte lui jeta le nom de la ruc Bellechasse et le us de son hôtel. Le cheval reprit sa course, 7 comte enveloppa sa femme d’un regard où il y avait plus de compassion au de nes et s’absorba dans ses sombres pensées, #4 Jalousie le mordait toujours au cœur : mai soi dun ie le PORN PUJOUTS au Cœur; mais son besoin de vengeance sa- Toul ni ie Insensee quiavait armésa main s'était Subiterent éteinte e10 S 1 1 à , 1 € , ÿ V * 1 : 1 = :

se 2 (prouvait aucun regret du crime qu’il venait de commettre. a À à : re Sarrêta enfin devant l'hôtel, il toucha légèrement la com- Se, Qui etait restée la figure caché s ses mai it pi Î de de ja Fa figure eo mains, et mit pied à terre, Il ë ë le lemme à descendre, Elle n’eut pas l'air oi i ulut : ), s l'air de voir ë ME ma pas l'air de voir la main Elle s'élança sur le trottoir, s’ lle : iça sur le tr ns a sous la por ê i al ge e trottoir, s’'enfonça sous la porte cochère, traversa rapide- De 1 cour Se te et courut s'enfermer dans sa chambre. Elle avait e se trouver seule afin de permettre à oi re à sa douleur, à s is :

faire explosion. D :

El i à it poi . Le ne songeait pas à elle et ne se demandait point ce qu’elle allait devenir HA ét: ‘val : elle ef 7 î i Ï 1 :

ie lui ee ; elle eût À oulu mourir, Elle ne sentait plus si elle souffrait, el déjà son Cœur avait cessé de battre ; el!e était anéantie, son corps : ee frappé d’insensibilité ; mais dans l’âme quelle torture! C'était un *p : antable écrasement, Qu'importe, son malheur était si complet qu’elle ne a rien faire pour lui échapper !

Mais à É : is, si elle dédaignait de s occuper d'elle-même, toutes ses pensées étaient

Pour ce ab jeune homme qui l’aimait, qu'elle avait aimé, qu’elle aimait

tout, je vous aime encore,

avez lait, répliqua-t-il, et, si vous le voulez,

SET RERE © eo mo

ses yeux.

Puis l’image de Laure se dressant tout à coup devant le cadavre sanglant de Lucien, elle trissonna d'horreur.

— Quel monstre ! s'écria-t-elle avee dégoût,

Etendue sur une causeuse, elle poussait de sourds gémissements, des cris rauques, se tordait les mains et les bras avec des mouvements fièvreux, déses. pérés, et haletante, le sein bondissant, roulait sa tête échevelée sur la soie du coussin,

Pendant ce temps, le comte de Bussières s'était fait conduire à la préfecture de police, déclarait au préfet de police lui-même ce qui s'était passé dans la maison d’Asnières. Il offrit de se constituer prisonnier, Le préfet le connaissait, On crut pouvoir, jusqu'à nouvel ordre, lui laisser sa liberté. I] promit, d'ail leurs, de se tenir à la disposition du parquet et d’être prêt à répondre à toutes les questions qu'un juge d'instruction aurait à lui adresser.

Des ordres furent immédiatement donnés,et un commissaire de police, acconipagné de deux agents, partit pour Asnières.

D'après les indications foûrnies par M. Bussières,le commissaire n'eut pas de peine à trouver la maison, La petite porte sur la rue était grande ouverte, I] pénétra dans le jardin suivi de ses agents. Tls furent aussitôt entourés par une vingtaine de personnes qui étaient là, dans le jardin, discutant et se livrant a une foule de commentaires sur l’épouvantable événement de la journée.

Le commissaire de police n’adressa d’abord aucune question ; il se fraya un passage et entra dans la maison où, comme nous l'avons dit, tout était ouvert. Dans le salon il vit du sang, mais le corps qu’il venait relever avait disparu.

Alors il s’informa. On lui apprit que l'homme, -- on ne put dire son non, — n'avait pas été tué sur le coup. Avec l’aide du cocher, il avait pu monter dans une voiture qui, ayant traversé le pont d'Asniéres, s'était dirigée vers Paris.

Parmi les curieux, trois ou quatre seulement avaient entendu les détonations. vu le jeune homme blessé et partir la voiture. Quant à ce qui s'était passé dans la maison, ils l’ignoraient absolument,

Le commissaire de police paraissait très-soucieux du résultat insignifiant de la mission et ne cherchait pas à dissimuler son désappointément,

S'il eût su seulement le nom de la victime ! Mais le comte de Bussières n'avait pu le donner, ne le connaissant pas. Toutefois, il prit divers renseignements au sujet de la maison,pensant qu’il ne seraient pas inutiles dans l’enquête,dont lui-même ou un de ses collègues serait chargé,

N'ayant plus rien à faire à Asnières, il donna l’ordre de fermer les fenêtres et les portes de la maison et fit évacuer le jardin. La porte verte fut également fermée, et le commissaire emporta les :iefs abandonnées par Laure.

Disons maintenant ce qui s'était passé après le départ du comte de Bussières, emmenant sa femme évanouie,

Le cocher, resté seul dans la rue, avec son cheval et sa voiture, attendait en proie à une vive inquiétude, Bien qu’il eût le pressentiment d’un malheur ou d'une catastraphe quelconque, il éprouvait une certaine appréhension à aller se renseigner. Mais un quart d'heure, vingt minutes s’écoulèrent et son client ne paraissait pas. Son inquiétude n'avait fait qu'augmenter. N'y pouvant tenir plus longtemps, il se décida à entrer dans le jardin et marcha vers la maison en regardent à droite et à gauche avec anxiété. Il ne voyait personne, rien ne remuait; c'était un silence lugubre. Son cœur se serra et: il se sentit frissonner.

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Cependant il parvint à dompter sa terreur, de pierre et sur 'e seuil il cria :

— Personne ! personne !.

Une plainte, une sorte de râle étouffé Jui répondit,

Il pâlit affreusement, 1] fraversa une première trouva dans le salon, en présence du malheure

11 le prit sous les bras, le soulev

Le regard morne du blessé s'ani tête tomba lourdemant en

— À boire !

Le cocher entendit, 1] regarda autour de lui, mais, ne voyant pas dans le salon ce que le blessé lui demandait, il sortit précipitamment et revint au bout un instant avec un verre d'eau. I] l'approcha des lèvres du moribond, qui but avidement,

Cela parut lui procurer un grand et la serra en disant :

— Merci !

— Vous ne pouvez Pas rester ainsi sans se appeler, courir chercher un médecin.

— Non, non je ne veux pas, restez, ., restez,

I poussa un gémissement et, après un moment de silence, il demanda :

— Eux, où sont-ils ?

— Partis, répondit le cocher.

— Tous ?

— Oui. Le monsieur a emporté ]

-— Mon Dieu, mon Dieu, que v reux ! le malheureux !

Il resta encore un instant silencieux, puis il reprit d’une voix saccadée : — Je ne veux pas mourir ici

l... T1 faut me reconduire à Paris... chez moi. rue de la Sournière, numéro 1. -.. J'aurai assez de force. Non, non, je ne YEUX pas mourir ici. Pauvre Valentine, perdue, perdue... à cause de moi!

I s'accrocha aux vêtements du cocher, fit un grand effort et parvint à se dresser sur ses janbes chancelantes.

— Oui, reprit-il, J'aurai la force. Partons, emmenez-moi, Vous ne direz rien, n'est-ce pas ? vous ne direz rien... D'ailleurs, vous n'avez pas vu, vous ne “LEZ pas .. Je puis marcher, allons-nous-en,

Appuyé sur le cocher, qui le soutenait encore en l’entourant d’un de ses bras.

ils sortirent de la maison lentement, à petits pas, et ils parvinrent ainsi à gagner la voiture.

Il monta es cinq ou sx marches

pièce, puis une autre et se ux Lucien baignant dans son sang.

à eC parvint à l’asseoir dans un fauteuil.

na et sembla le remercier Mais, aussitôt, sa arrière et d'une voix éteinte il murmura :

soulagement, Il saisit la main du cocher

cours, dit le brave homme : je vais

‘autre dame, qui était sans connaissance, a-t-il faire ? soupira Lucien, Oh! le malheu-

VITILA VICTIME

Coniment peindre la douleur, le désespoir de M. de Luranne et de Julie en Voyant arriver Lucien pâle, défait, les traite contractés par la souffrance, les habits souillés de Sang, mourant ? Ils remplirent la maison de leurs lamentations, de cris déchirants. C'était navrant, effroyable,

Deux hommes robustes durent prendre le blessé dans ] porter dans l'appartement de son père.

et aussi par les douleurs atroces enduré couché sur son lit qu’il s'évanouit,

Julie, folle de douleur, sanglotait, acer

a voiture et le trans- Mais, épuisé par ln perte de son sang es pendant le voyage, on l'eut à peine

‘oupie au milieu de la chambre. M. de

Luranne, non moins désolé, avait cependant, au bout d'un instant, retrouve su présence d'esprit. Par son ordre, son domestique courait chercher son médecin ordinaire, un ami, et prévenir un des premiers chirurgiens de Paris.

) Le pauvre père interrogea le cocher, qui attendait dans l’antichambre qu'on lui payât ce qui lui était dû. Celui-ci raconta ce qu'il savait, Mais tout cela était vague, difficile à expliquer. Toutefois, pour M. de Luranne, il ressortaic de ce récit, qui ne nommait personne, que son fils, attiré traîtreusement dans un guet-apens, avait été frappé par un ennemi. Mais qui était l'assassin ? Comment le découvrir ?

Pour le moment, il n'avait pas à le chercher ; il devait, avant tout, s'occuper de son fils, il fallait le sauver si, pour lui, les ressources de l’art n'étaient pas inutiles.

I prit l'adresse du cocher, le paya et le congédia.

I revint près de son fils qui venait de reprendre connaissance, et que sa sœur éplorée mouillait de ses larmes.

Le jeune homme avait sur les lèvres un douloureux sourire, Julie tenait une de ses mains, il tendit l’autre à son père.

M. de Luranne s'inclina et lui mit un baiser sur le front.

— Ah ! je me sens bien près de vous, dit Lucien ; j'ai eu peur de mourir làbas ; j'ai voulu revenir, pour vous revoir. /

M. de Luranne mit un doigt sur ses lèvres.

— Ne parle pas, dit-il, cela t’épuise, cela te fait souffrir, je le vois ; plus tard, tu me diras tout.

— Je n'ai plus longtemps à vivre, murmura Lucien.

— Ah! tais-toi! s'écria le père avec terreur. Nous te sauverons ! Nous te sauverons !

Le docteur arriva. Il était consterné. C'était un vieux praticien en qui M. de Luranne avait une entière confiance. Il s'approcha de Lucien et l’examina silencieusement, puis il découvrit les deux blessures sur lesquelles le sang sétait coagulé, ce qui avait arrêté l’hémorrhagie.

L'une des balles avait frappé l'épaule, près du cou ; l’autre s'était logée dans

a poitrine.

M. de Luranne l'interrogea du regard. Il remua tristement la tête, et murmura ces mots :

— Très-grave.

Le malheureux père soupira et baissa la tête.

En attendant l’arrivée de son confrère, le docteur commença à donner des soins au blessé,

M. de Luranne espérait encore, Mais son illusion fut détruite par le deuxième médecin. Le savant spécialiste déclara que le jeune homme était perdu. Un organe essentiel à la vie se trouvait malheureusement atteint,

È — Il peut vivre encore vingt-quatre heures, dit-il à M. de Luranne, qui le uppliait de ne lui point cacher la vérité ; mais nous ne pouvons songer à extraire les projectiles, car, dans ce cas, ce serait ia mort instantanée,

Ce fut pour le pauvre père un second coup, peut-être plus terrible encore que le premier. Hélas ! avec son fils, que d’espérances s'évanouissaient ! | On cacha avec le plus grand soin l’épouvantable vérité à Mlle de Luranne.

Elle s'était installée au chevet de son frère, disant qu’elle ne le quitterait pas d'une minute.

Cependant, vers dix heures du soir, à la prière de Lucien, qui voulait être

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— Maintenant que nous sommes seuls, mon père, dit Lucien, vous pouvez me faire connaître l'arrêt du médecin, Ne craignez pas de m'effrayer.

Lemagistrat prit une des mains de son fils dans les siennes et garda un morn°2 silence.

— Vous n'osez pas me dire la vérité, reprit le jeune homme : mais en inter-

rogeant le regard du docteur, je l’ai devinée... Je suis condamné, la mort plane au-dessus de ma tête... Mon père, croyez-moi, je ne regrette pas la vie ;

je n'aurais pu vivre heureux avec cet amour fatal, que vous connaissez, que je n'ai pu arracher de mon cœur et dont, un peu plus tôt, ou un peu plus tard, je devais mourir,

Ces paroles furent un trait de lumitre pour M. de Luranne,

— Lucien, l’interrogea:t-il tristement,depuis l’autre soir, où tu as rencontré la comtesse de Bussières chez Mme de Bierle, tu l’as revue ?

— Oui, une fois.

— Aujourd'hui à Asnivres ?

— Oui.

— Ah ! je comprends tout !

— Le comte à suivi sa femme, il nous à surpris ensemble, au moment où nous venions de découvrir qu'on nous avait attirés dans un piège...

— Un piège! je n'en doutais, murmura sourdement M. de Luranne,

— Le comte était trés irrité, comme fou : avant que j'aie pu lui rien dire, lui rien expliquer,sans même vouloir écouter Valentine il a tiré sur moji,croyant sans doute avoir son honneur à venger, Mais, je vous le jure, mon père, sur notre honneur à tous deux, sur la mémoire chérie de ma mère, la comtesse est innocente ; elle n’a trahi aucun de ses devoirs, elle es’ :oujours digne du respect de tous, Velentine est une noble et sainte femme.

— Mais pourquoi ce rendez-vous à Asnières ?

— Je vous l'ai dit, un piège infâme tendu à la comtesse et à moi.

— Par qui? Par le comte ? demanda le magistrat, un éclair terrible dans le: regard.

— Non, le comte est comme sa femme, comme moi, une victime.

— Îl y avait avec vous une autre femme ?

— Oh ! la misérable ! murmura Lucien.

— Ainsi c’est cette femme ?.. ,

— Oui, mon père,

— Son nom ?

Le visage de Lucien prit une expression douloureuse.

— Pourquoi vous le dire ? répondit-il, Elle à fait le mal, elle ne peut le réparer... Son nom ! Il me fait horreur, j'aurais peur de le prononcer. Ne cherchez pas à le connaître. D'ailleurs, mon père, un homme comme vous ne se venge pas d’une femme, même d’une méchante femme ; il la méprise,

— Lucien, répliqua gravement M. de Luranne, la justice n'exerce pas une vengeance quand elle frappe un coupable, elle châtie,

— C'est vrai, mon père, c'est vrai; mais Dieu est aussi un juge, le juge suprême, laissez-lui le soin de punir cette malheureuse.

Le jeune homme resta un moment silencieux, les yeux fixés sur son père, qui paraissait livré à de sombres pensées.

Soudain, ses traits s’'animèrent, comme si la vie lui revenait, et son regard eut un céleste rayonnement,

— Mon père, mon père, dit-il, j'ai encore quelque chose à vous dire, une

demande à vous faire.

— Je t'écoute, mon enfant, tu peux parler, — Mon ptre, le comte de Bussières à été indignement trompé, une fatale erreur...

— Le comte de B

ussières à assassiné mon fils ! prononça le magistrat d'une voix creuse,

— J'étais avec sa femme, riposta vivement Lucien, il avait le droit de ne tuer,

— Le jury des assises appréciera,

— Mon pére, re me laissez pas mourir désespéré. Pas de bruit, pas de scandale autour de mon cercueil, je vous en supplie? c’est la dernière grâce que vous m'accorderez, que le comte ne soit Pas poursuivi... C'est à vous que je demande de le Protéger ; vous ie pouvez, mon père, arrêtez le scandale, étouffez cette affaire ; ah! cest assez de malheur... Pauvre femme !.. Quoi ! elle serait jetée comme une proie à la curiosité du monde, aux sarcasmes des méchants! Non, non, vous ne voudrez pas, Ah! cette pensée m'épouvante, Mon père, ayez pitié de la comtesse de Bussières ! Pas de scandale, c’est la dernière volonté de votre fils mourant. :

M. de Luranne pleurait,

— Ah! vous pleurez, reprit Lucien, vous m'avez compris ; merci, merci! Je Mmourrai le cœur: satisfait, l'esprit tranquille, sans tourment, sans faire entendre une plainte. Allez, ne me plaignez pas ; je l’aime et c’est pour elle que je meurs!

Le pauvre père mit son mouchoir sur sa bouche et se roidit pour étouffer les Sanglots qui montaient à sa gorge.

Une joie indéfinissable éclatait dans les yeux de Lucien, illuminait son front ; un doux sourire S'épanouissait sur ses lèvres décolorées.' Son visage, tout À l'heure tourmenté par la souffrance, était devenu calme, presque radieux, On aurait dit qu'il avait subitement cessé de souffrir,

M. de Luranne le contemplait avec surprise, le regard plein d’une tendresse nfinie.

— Mon Dieu! se disait-il, qu'est-ce donc que la vie, qu'est-ce donc que la mort, si l'on quitte ainsi la première pour aller à l’autre ?

— Mon père, vous me promettez, reprit Lucien, vous me promettez. . .

— Oui, oui, je ferai ce que tu veux.

— Pas de poursuites, pas d'enquête, rien, Sur ma mort, le silence. On ne touchera pas à la réputation de Valentine, à sn pureté ; elle n'aura pas, dans Sa pudeur offensée, à rougir devant des étrangers : ah ! c’est pour moi la suprême consolation !

Après un nouveau silence, Lucten dit :

— Mon père, je voudrais écrire.

— Hélas ! tu ne le peux pas ! soupira le père,

— Si, je me sens assez de force … . Quelques lignes seulement,

— À qui ?

— À elle, mon père, à elle !

— Que veux-tu lui dire ?

— Où! r'assurez-Vous, vous lirez...

M. de Luranne n'avait plus rien à refuser à son fils ; il voulait adoucir ses derniers moments en donnant satisfaction à tous ses désirs. Il lui apporta sur le lit tout ce qu'il fallait pour écrire, Ensuite il le souleva et l’appuya contre sa poitrine,

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une tendresse : donc que la lettez.., silence. On ne

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t adoucir ses i apporta sur ppuya contre

Dans cette écrire d’une main tremblante les lignes suivantes : “Madame la comtesse,

position, le papier

placé su

mg

r'uu gros livre de droit, le blessé put

“Je vais mourir, dans quelques heures je me serai plus; mais la cause de “ma mort restera cachée, il ne faut pas que le nom et l’honneur du comte ce Bussières puissent recevoir une éclaboussure ; il ne faut pas que la méchar:- “ ceté du monde ait le droit de vous SOUpçonner, vous, la plus noble et la plus ‘“ vertueuse des femmes !

“ Il vous sera facile de prouver à M. le comte que ni vous ni moi ne l'avons

“outragé, en lui dévoilant l'infamie d’une misérable femme qui se disait votre ‘“ amie, “M. de Bussières m’a frappé nous croyant coupables ; il défendait son hon. neur, Îl m'a tué... mais dites-lui, oui, dites-lui que je vous aimais trop pour ‘ne pas Vous respecter, et que je meurs en lui pardonnant,

“Mes yeux se voilent, adieu, adieu !

‘ LUCIEN DE LURANNE, ”

Il tendit le papier à son père.

— Demain, ditil, vous ferez porter ma lettre à l'hôtel de Bussières. On la remettra à Venlentine, à Valentine elle-même !

I fc-ma les yeux et sa tête retomba lourdement sur l'oreiller,

À partir de ce moment il ne Prononça plus que quelques paroles. Julie revint daus la chambre et resta près de son frère jusqu’à onze heures. Alors M. de Luranne usa de son autorité pour la forcer à aller prendre du repos, Il avait envoyé chercher un prêtre, et il ne voulait pas que sa fille vît ce dernier conso- î lateur, car elle ne savait pas encore que tout espoir de sauver son frère était perdu.

Elle dormait encore le lendemain matin, à sept heures et demie, quand Lucien rendit le dernier soupir dans les bras de son père,

Aünsi qu'il l'avait dit, il mourut sans proférer une plainte, un sourire sur les lèvres,

M. de Luranne mit dans une enveloppe la lettre de Lucien à laquelle il joiguit ces mots :

“ Mon fils est mort, madame ; je remplis une de ses dernières volontés en “ vous envoyant cette lettre ; elle contient une déclaration qui est votre com- “ plète justification. Mon tils en mourant a pardonné à son meurtrier, son “pére infortuné pardonne aussi,

Que Dieu vous fasse oublier et vous donne le bonheur que vous méritez ; “ c'est le dernier souhait de mon pauvre Lucien, c’est aussi le mien.

‘ DE LURANNE. ”

Sur l'enveloppe cachetée il écrivit le nom de la comtesse ; puis il appela son domestique et lui confia la lettre en lui recommandant expressément de la remettre lui-même dans les mains de Mme la comtessse de Bussières.

Ce premier devoir accompli, il songea à la prommesse qu’il avait faite à son fs, Tl'puisait dans sa douleur même le courage et la force d'agir,

En moins de deux heures il fit toutes les démarches nécessaires pour qu’il n’y eût pas d'enquête sur le drame de la maison d'Asnières, et il avait obténu l’assurance que le comte de Bussières ne serait l’objet d'aucune poursuite,

Grâce à ses précautions, l'événement, que les journnaux appelèrent le crime d’Asnières, resta un mystère,

IXSÉPARATION

La comtesse de Bussières se leva de bonne heure, après une longue nuit d'insomnie. Elle avait beaucoup pleuré et beaucoup réfléchi aussi, Ayant ex. miné sa situation, elle la trouva épouvantable,

Elle ne pouvait plus se faire aucune illusion, sa vie était brisée ; il ne devait plus y avoir de joie, de bonheur pour elle, Son cœur, elle le sentait, venait de se fermer à jamais pour son mari que, cependant, elle aurait pu aimer.

La jalousie du comte, ses bizarreries d'humeur, qui le rendaient tour à tour injuste et blessant, les avaient éloignés l'un et l’autre ; le sang d’un innocent brutalement répandu les désunissuit, Après cet acte abominable, qui était pour la comtesse, à côté du crime, une nouvelle injure, la vie en commun devenait impossible,

À la suite de ses réflexions, la comtesse prit une grave détermination. Eile était résolûment décidée à quitter son mari pour aller s'ensevelir dans une retraite profonde,

Son enfant seu] pouvait la retenir, car elle savait d'avance qu'il ne Hui serait pas permis de l'emmener, Cette pensée latint longtemps hésitante ; mais la frayeur, disons même l'épouvante que son mari lui inspirait, finit par l'emporter sur l'amour maternel. D'ailleurs, son fils lui appartenait si peu !...

C’est bien, se dit-elle, puisqu'il n’aime que lui, je le lui laisserai.

Ce qui achèvera de peindre le caractère de Mme de Bussières et dira ce qu'elle était alors, c'est qu’elle avait pris aussi la ferme résolution de ne pas prouver son innocence à son mari.

Evidemment il y avait là le haut dédain d’une âme indignée,mais en même temps une exagération de fierté singulière,

Toutefois, il est bon de dire que le comte en bâilionnant sa pensée,en la for. çant à comprimer tout ses sentiments, avait en quelque sorte atrophié son cœur et jeté en elle un véritable désordre moral,

Non, elle ne voulait pas jeter ce cri de l’honnête femme injustement accuste:

— Je ne suis pas coupable !

Croyait-elle, en se taisant, éviter un remords au comte de Bussières ? Peutêtre. Mais nous pouvons affirmer ‘que la crainte d’être retenue par son mari et de se voir condamnée à vivre près de lui était pour beaucoup dans le silence qu’elle tenait à garder.

Elle s’habilla seule, très-vite, puis sonna sa femme de chambre.

—— Mariette, lui dit-elle, vous trouverez, je pense, des malles et des caisses dans l’hôtel ; s'il n'y en avait pas, il faudrait en acheter: vous les ferez apyorter ici et vous les remplirez de tout ce qui m'appartient, Voici les clefs des meubles.

Mariette,qui n’avait pas été sans échanger la veille quelques paroles avec les autres domestique, soupçonnant tous que les choses allaient de mal en pis entre monsieur et madame, fut certaine alors qu’il s'était passé la veille quelque chose de très-grave,

Toutefois, elle crut devoir prendre un air consterné.

— Eh bien, Mariette, pourquoi me regardez-vous ainsi? Est-ce que vous n'avez pas compris ?

— J'ai bien compris, madame ; seulement je me demande... — Quoi ?.

— Si madame la comtesse va voyager.

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— Oui, je vais voyager.

— Est-ce que madame la comtesse ira lon ?

— Vous le saurez si vous m'accompagnez,

— Oh ! madame sait combien je lui suis attachée ; J'irai avec madame la comtesse partout où elle voudra m'emmener.

— En ce cas, Mariette, faites vite ce que je vous commande, car nous partirons ce soir même, Il faudra aussi aller à la poste commander une chaise; mais je prierai Germain de me rendre ce service.

Mariette se retira et courut trouver un des valets de pied galantin d’antichambre, qui lui roucoulait des madrigaux de sa façon, pour le prier de se mettre avec elle à la recherche des caisses nécessaires à l'emballage,

Cette proposition de parcourir les combles de l'hôtel avec la gentille soubrette ne pouvait déplaire au valet de pied. Il se mit avec empressement à la disposition de Mariette, espérant bien trouver l'occasion de cueillir une tlaur sur ses joues roses,

Pendant ce temps, un autre valet de pied introduisait le domestique de M. de Luranne dans le boudoir de la comtesse,

Le vieux serviteur, qui était très-attaché à son maître et avait vu naître ses deux enfants, avait encore des larmes dans les yeux.

La comtesse le reconnut aussitôt, Elle se mit à trembler comme une branche que le vent secoue, et son regard inquiet l'interrogea.

Le domestique lui tendit silencieusement la lettre.

Elle déchira l'enveloppe et lut d’abord le billet de M de Luranne.

Elle ne poussa pas un cri, ses yeux restérent secs ; mais le frémissement de ses lèvres, le battement de ses paupières et les mouvements de sa physionomie: révélaient une souffrance horrible.

Elle lut ensuite la lettre de Lucien.

Cette fois, elle ne put retenir un sanglot, ses yeux trouvèrent encore deux larmes, qui tremblèrent un instant comme deux perles aux franges de ses paupières, puis tombèrent sur le papier.

Elle resta un moment, la tête penchée, les yeux fixés sur la lettre, comme si elle lisait toujours.

Enñn, elle porta les deux écrits à ses lèvres, puis se tournant vers le vieux. domestique :

— Vous direz à M. de Luranne, prononça. t-elle, que je prierai pour son fils: et que je pleure avec lui.

Le serviteur s’inclina profondément et sortit à reculons sans avoir prononcé. une parole,

La comtesse entra dans sa chambre, ouvrit un petit coffret d'argent ciselé et ÿ déposa pieusement le billet du père et la lettre du fils.

M. de Bussières ne tarda pas à apprendre que la comtesse faisait descendre des caisses dans son appartement et qu'elle avait l'intention de quitter l’hôtel le jour même. Sans le surprendre absolument, cela lui causa une très-vive émotion,

D fit aussitôt demander à la comtesse si elle pouvait le recevoir,

— Monsieur le comte peut venir, répondit-elle.

Un instant après, M. de Bussières entrait dans l'appartement de sa femme où tout était déjà dans un désordre annonçant un prochain départ,

— Ainsi, dit il, c’est la vérité, vous voulez partir ?

— Aujourd’hui même, — Sans songer que je pourrais m'opposer à votre départ.

— J'ai pensé, au contraire, que vous ne le ‘sriez pas.

— C'est mon droit, cependant.

— Peut être, mais vous n'en userez pas. :

— Valentine, reprit-il d’une voix vibrante, pendant qu'il en est temps encore, réfléchissez, renoncez à votre projet. Ecoutez-moi, je vous aime assez pour pouvoir oublier le passé.

Elle secoux la tête et répondit : QE à era

— Monsieur le comte, il y a des choses qu’on n'oublie jamais ; c'est le sang que vous avez fait couler, c'est le cadavre que vous avez jeté entre nous qui nous sépare.

Le front du comte se rembrunit et son regard eut une lueur sombre.

— Vous êtes bien imprudente de me parler ainsi, dit-il d’une voix contenue. Si je ne vous adresse aucun reproche, si je ne vous demande pas compte de l’outrage que vous m'avez fait, vous devriez au moins imiter mon silence, On n'est pas un criminel parce qu’on venge son honneur ; j'ai tué une misérable, un lâche !...

— Monsieur le comte, n'insultez pas votre victime ! s’écria-t-elle,

— Devant moi, vous osez le défendre !

— Devant vous et devant tous, ce droit m’appartient,.

— Mais c’est du cynisme! exclama-t-il.

— Non, monsieur le comte, c’est l’indignation d’une âme révoltée.

— Vous l’aimiez avant votre mariage.

— Oui, je l’aimais, je n’ai pas à le nier.

— Pourquoi, alors, m'avez-vous épousé ?

— Ah ! pourquoi, pourquoi ?... Parce que je devais être malheureuse, parce que j'étais condamnée à souffrir éternellement... Mais puisque vous vous croyiez offensé, puisque vous vengiez votre hommeur, sans même savoir s il était en danger, pourquoi donc ne m’avez-vous pas tuée aussi, monsieur le comte ! Vous auriez bien fait... Ah! en me délivrant de la vie, vous m'auriez rendr service !

Ces paroles troublèrent M. de Bussières et il lui vint à l’idé que sa femme pouvait n’être pas coupable, — :

— Oui, répliqua-t-il avec un tremblement dans la voix, aurais pu vous tuer; dans ma fureur, j'en ai même eu la pensée ; mais le souvenir de mon fils, de notre enfant, Valentine, a retenu mon bras et a subitement calmé la rage qui s'était emparée de moi. Valentine, votre fils vous défend contre moi et vous protège. C’est lui, plus encore que mon amour pour vous, qui m ordonne d'oublier le passé et qui me crie: Pardonne ! Ah! remerciez-le, c’est à lui seul que vous devez mon indulgence ! :

Mais vos paroles de tout à l'heure n'ont frappé ; vous avez dit : ;

“ Vous vengiez votre honneur, sans même savoir s’il était en danger. À

Valentine, que signifient ces paroles? Avez-vous voulu me dire que vous n'aviez pas trahi vos devoirs ?

La comtesse resta silencieuse, : : :

— Au nom du ciel, reprit-il avec agitation, expliquez-vous. Valentine, ditesmoi la vérite : oui ou non, êtes-vous coupable ?

-— Monsieur le comte, répondit-elle froidement, demandez-le-vous ; mol, Je ne vous dirai rien.

Un sourire amer crispa ses lèvres,

— Fou, fou que je suis, murmura-t-il, je voudrais douter ; est-ce que cest Possible ? J'ai vu...

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li eut un brusque mouvement de tête ; puis, après un moment de silence, il reprit :

— Pour vous comme pour moi, Ce qui m'occupe, surtout, c'est la Ne vous éloignez pas, reste tils, pour le monde, — Je suis décidée

ce sujet est pénible nous n'y reviendrons pas, détermination que vous semblez avoir prise.

z ici; si ce n'est pour moi, que ce soit pour votre

à partir, monsieur le comte ik ez-le; la situation est douloureuse, vous |’ rien changer, Je m'éloigne de vous parc semble,

— Oui, ditil d'un to ajouta-t-il les dents se tué votre amant !

La comtesse tressaillit sa volonté bien arrêtée de protester,

— C'est vrai, répondit-elle, je ne vous aime pas faites horreur, mais ce que j'éprouve pour yous peur, Si je ne vous aime Pas, c'est votre faute : et élevés, monsieur, Je n'ai méconnu pouvez pas savoir, vous ne saurez Jalousie m'ont fait souffrir.

Oui, continua:t elle, avec une

ai longuement réfléchi, croyavez faite ainsi et vous n'y pouvez e que nous ne pouvons plus vivre en-

n guttural, je vous fais horreur, Cela se comprend, rrées, Vous ne m'avez jamais aimé, vous me haïssez et j'ai et un feu sombre passa dans son regard ; mais, avec ne pas se défendre, elle eut le courage de ne point

; Je ne dis pas que vous me , Maintenant, ressemble à la vous avez des sentiments nobles aucune de vos qualités ; mais vous ne Jamais ce que votre caractère étrange, votre

animation croissante, dans les premiers temps de notre mariage j'aurais pu vous amer ; mais qu'avez-vous fait pour cela, Rien. Vous m'avez traitée comme Une enfant, non comme une femme, Je ne savais rien de la vie, c'est vrai ; j'était ignorante de tout,naïve, simple, stupide peut-être, Quels conseils n'avez-vous donnés? Aucun. Avez-vous cherché à me diriger? Non,

Vous m'avez abandonnée à moi-même, tout en ne me laissant aucune liberté, Vous m'avez fait subir un pouvoir despotique. J'avais des aspirations, vous les avez éteintes : des sentiments, vous:en avez comprimé les élans ; en un mot, vous m'avez annihilée, C’est un crépe que vous avez jeté sur ma gaieté et ma jeunesse ; c'était votre idée, votre fantaisie. Vous avez trouvé là votre satisfaction, soit: mais vous n'avez Pas conquis le cœur de votre femme, Pourtant, monsieur le comte, c’est ce que vous deviez faire, puisque vous l’aimiez.

Un! ce ne sont pas des reproches que je vous adresse! c’est la vérité que je Veux, en vous quittant, mettre sous vos yeux. Je ne vous juge pas : mais, en eXaminant l'existence que vous m'avez faite, jugez-vous vous-même.

Le comte, étonné, avait baissé la tète. :

La comtesse continua :

== d’ai donné le jour à un enfant : j'avais le droit d'espérer que ce cher peüt être vous rendrait moins injuste envers moi et ferait naître enfin entre nous cette intimité pleine de confiance sans laquelle aucune union ne peut être heureuse, Il n’en fut Pas ainsi, A partir de ce jour c’est presque du dédain que Fous m'avez témoigné, comme si, VOus ayant donné un fils, vous n’aviez plus ren à attendre de moi. Cet enfant pouvait être ma joie, devenir ma consoladon, vous me l'avez pris. Vous vous êtes montré jaloux de l'affection que je Pouvais avoir Pour lui, vous n'avez pas admis que j'eusse le droit d'aimer mon

nouvelle épreuve, plus cruelle encore que toutes les autres,

C'est ainsi que vous m'avez humiliée, ainoindrie et froissée dans tous mes

sentiments, Il fallait une secousse violente comme celle d'aujourd'hui pour éveil. ler ma dignité et me rendre ma fierté, Je m'inspire d'elles et je reprends pos. session de moi-même, C’est la première fois que je vous parle aussi longuement, monsieur le comte mais j'ai fini ; je n'ai plus rien à vous dire,

— Vous venez de me montrer les torts que j'ai eus, selon vous, répliqui le comte sourdement ; eh bien, je les reconnais, puisqu'ils sont votre excuse, Mais une fois encore je vous demande de ne pas partir.

— Une fois encore je vous répète: Nous ne pouvons plus vivre ensembie,

Le comte se mordit les levres et un éclair de colère passa dans son regard

— Madame, dit-il d'une voix frémissante, si vous partez, vous ne reverrez jamais votre fils.

La jeune femme eut un tressaillement douloureux ; mais elle eut la force de se contenir et resta en apparence très-calme, Elle répondit d’un ton froid :

— Je ne me suis pas fait d'illusion à ce sujet.

— Ainsi, rien ne peut vous faire revenir sur votre décision ?

— Rien.

— C'est bien, vous le voulez, je n'emploierai pas la force pour vous retenil Ai-je le droit de vous demander aù vous allez?

— À Arfeuille, au château de mes ancêtres où je suis née et où je retrorve rai les souvenirs de mon enfance, les seuls heureux. Là, dans lu retraite et la prière, j'attendrai que la mort m'apporte l'oubli et tarisse la source de mes larmes en fermant mes yeux.

— Au fait, vous avez peut-être raison, dit le comte sèchement, la solitude vous est nécessaire, Partez donc ; je souhaite même que vous n'ay22 pas à vous repentir un jour d’avoir fait si peu de cas de mes observations, et d'avoir repoussé la main que j'étais prêt à vous tendre pour vous relever.

Ï1 la salua fruidement et sortit en lui jetant ce mot :

— Adieu !

La comtesse resta un instant immobile. Elle suffoquait.

— Elle pensait à son enfant,

Le soir, avant de partir, elle fit Cemañder au comte la permission de l'embrasser une dernière fois, M. de Bussières le lui envoya. En le voyant, elle ne put retenirun cri : elle l’enleva des bras de sa nourrice et le pressa fiévreusement contre son cœur, en couvrant ses joues de baisers et en pleurant à chaude: larmes. Cela dura un quart &'heure. Entin, elle le rendit à la nourrice qui leur porta.

— Ah! voilà le sacrifice, murmura la comtesse d’une voix plaintive.

Un instant après, la chaise de poste, qui allait la conduire à Arfeuille, sortait de la cour de l'hôtel de Bussières,

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