‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 70 sur 109 · X-LES PROJETS DE M, DE BUSSIÈRES · texte numérisé non relu

X-LES PROJETS DE M, DE BUSSIÈRES

Un jour le comte de Bussihros appela duns son cabinet son fidèle serviteur,

— Germain, lui dit-il, vous m'êtes dévoué ; maintes fois vous m'avez donné des preuves d’un attachement sincère, et j'y ai répondu en vous témoignant la plus grande confiance. Ce que je ne pouvais pas vous dire, vous l'avez deviné, sans doute, et vous connaissez une partie de mes secrets. Aujourd'hui, Germain, J'ai une mission importante à vous confier ; c’est une nouvelle preuve de ma confiance illimitée. Mais avant de vous dire ce que j'attends de votre dévoue-

nfant qui a été inscrit sur le registre des nais-

TRES dei

J DRE Te

ment, de vocre affection pour moi, il faut que je sache si vous êtes prêt à mé servir aveuglément,.

— Monsienr le comte sait bien qu’il peut compter sur moi en toute circonstance, répondit le valet de chambre.

— Eh bien, Germain, je vais donc vous apprendre que la comtesse de Bussie res est à la veille d’avoir un autre enfant,

— Je le sais, monsieur le comte.

— Comment! vous savez...

— Un de vos valets de pied, monsieur le comte, Firmin, est fort amoureux de Mariette, la femme de chambre de Mme la comtesse ; la jolie Mariette, de son côté, n’est pas restée indifférente. Ils doivent se marier le jour où ils auront quelques milliers de francs d'économie : en attendant, ils s’écrivent souvent, et, comme Firmin est assez communicatif, il me fait lire les lettres de Mariette. C’est ainsi, monsieur la comte, que je sais un peu ce qui se passe à Arfeuille. Monsieur le comte aime beaucoup les enfants, il doit être heureux...

Un regard terrible du comte coupa la paroie à Germain.

— Je n'ai qu'un fils, dit sourdemement M. de Bussières, je ne reconnais pas, je ne veux pas reconnaître l'enfant qui va venir au monde,

Germain sentit un frisson passer dans ses membres.

— Est-ce que vous n'avez pas deviné la cause qui a déterminé la comtesse à se retirer à Arfeuille ? demanda le comte en regardant fixement le domestique.

— Du moment que M. le comte m'interroge, je dois répondre. J'ai deviné,

—. Alors vous savez que la comtesse à manqué à tous ses devoirs ?

Germain baissa tristement la tête.

— Oui, reprit le comte d’une voix creuse, la malheureuse à tout oublié, elle avait un amant !

— Vous vous êtes vengé, monsieur le comte.

— Ah! vous savez cela aussi ?

— Oui, monsieur le comte.

— Eh bien, Germain, vous devez comprendre... Cet enfant, qui va naître, ne doit pas porter le nom de Bussières.

Germain regarda son maître avec étonnement.

— Cet enfant n’est pas le mien, ajouta le comte.

— Si monsieur le comte me permettait...

— Je vous le permets, dites.

— Eh bien! monsieur le comte peut se tromper.

Un sourire amer crispa les lèvres de M. de Bussières.

— Je ne veux pas avoir un doute à ce sujet, dit-il d’un ton bref.

— Monsieur le comte m'a parlé d’une mission qu’il voulait me confier.

— Oui. J’ai besoin de vous, Germain, pour m'aider dans l'exécution d’un projet...

— Ai-je le droit de savoir de quoi il s’agit ?

— Assurément, afin de pouvoir me servir.

— Quel est le projet de monsieur le comte ?

— Je veux enlever cet enfant à la comtesse et le faire disparaitre.

— Oh! monsieur le comte, fit Germain, dont le visage prit une expression douloureuse.

— Germain, répliqua M. de Bussières, fronçant les sourails, ai-je eu tort de compter sur votre dévouement ?

— J'ai eu l'honneur de dire déjà à monsieur le comte que j'étais entièrement à sa disposition ; seulement...

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— Ce que monsieur le comte veut faire est tellement grave... — Je ne l’ignore pas, Germain ; je sais aussi les difficultés que je peux ren-

contrer. Mais il le faut... Je ne considère que l'intérêt de Gontran, de mon fils.

— Monsieur le comte me permet:il de lui demander s’il a réfléchi aux consé quences d’un enlèvement ?

— J'y ai pensé, Germain.

— Et monsieur le comte n° craint rien ?

— Je crains seulement de ne pas réussir,

— Est-ce que monsieur le comte songe à me charger d'enlever l'enfant ?

— J'espère, comme je vous l'ai dit, que vous m'aiderez. La comtesse n’a près d'elle que des femmes, entre autres sa femme de chambre Mariette, dont nous parlerons tout à l’heure. Nous pourrions facilement nous introduire dans le château et, sans être obligés d'exercer aucune violence, nous emparer de l’enfant, quelques heures après sa naissance. Mais nous serions vus et probablement reconnus, quelque précaution que nous prenions ; d’ailleurs, ne serionsnous ni Vus, ni reconnus, ce qui ne me semble pas admissible, la comtesse n'aurait pas à chercher longtemps le nom de l’auteur de l'enlèvement. Dans ce cas, les conséquences pourraient devenir très-graves, car la comtesse ne reculerait, sans doute, devant aucun moyen afin de se faire rendre son enfant,

J'ai donc renoncé à agir ou à vous faire agir directement, Alors j'ai pris un troisième associé,

— Qui donc?

Le comte étendit la main et montra au domestique ébahi son chien qui, étendu sur le tapis, tournait vers eux ses yeux intelligents.

Germain comprit alors dans quel but le comte avait fait faire au chien de nombreux exercices avec une poupée emmaillottée, et pourquoi, depuis quelque temps, une femme du peuple venait chaque jour à l’hôtel avec son jeune enfant,

— Vous comprenez, n’est-ce pas ? reprit le comte.

— Oui, je comprends.

— C'est lui qui pénétrera dans le château ; s'il peut arriver à l'enfant, et nous allons nous occuper de ce qu'il y à à faire pour cela, je suis sûr qu'il le prendra, même dans les bras de sa mère, pour nous l’apporter, serions-nous à une lieue du château,

Germain ne savait plus que dire. Il était stupéfié.

Après un silence, le comte reprit :

— Mais, pour que mon plan réussisse, il est indispensable que nous ayons une personne à nous auprès de la comtesse, Lui envoyer quelqu'un serait la mettre en défiance. Quand vous n'avez parlé de Mariette tout à l'heure, en me faisant connaître certains faits intéressants que j'ignorais, j'ai pensé que cette jeune fille pouvait m'être très-utile, Elle aime Firmin, m'avez-vous dit ; naturellement elle désire se marier ; on peut lui offrir une dot de dix mille francs, Croyez-vous, Germain, que cette somme soit suffisante pour décider Mariette à me servir ?

— Je ne connais pas assez le caractère de Mariette pour pouvoir rien préjuger, répondit (Germain.

— Vous essayerez toujours, dit le comte. D’alleurs, elle aura peu de chose à faire ; ouvrir Les portes au chien pour qu'il puisse pénétrer jusqu’à l'enfant et veiller à ce que celui-ci soit convenablement emmaillotté afin que l’animal ne puisse lui faire aucun mal en le prenant dans sa gueule, Voilà tout. Je tiens

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même à ce qu’elle ne soit pas instruite de mon projet. Elle ouvrira les portes

sans savoir pour quel motif, et, l'enfant enlevé sa complicité nous assurera sa discrétion, :

Dans tous les cas, si elle consent à me servir, je la verrai moi-même et lui donnerai des instructions pour que l'enfant puisse être saisi par le chien sans courir aucun danger ; car ce n’est pas sa mort que je veux; non, non, je ne veux pas sa mort !...

— Quand vous l'aurez enlevé à sa mère, monsieur le comte, qu’en ferezvous ?

— Je vous le confierai, Germain, car c’est vous que je charge, dès aujourd'hui, du soin de le placer convenablement. Vous penserez à cela. Vous avez tout le vemps nécessaire, puisque ce n’est que dans trois semaines ou un moi qu'il verra le jour. Vous trouverez aisément une famille pauvre qui l’adoptera, On donnera une forte somme à ces braves gens, et, comme je ne veux pas que cet enfant soit un malheureux, on lui assurera une pension suffisante pour vi vre indépendant et à l'abri de la misère, L'essentiel est qu'il ignore toujours le secret de sa naissance, En plus de la pension qu’on lui fera, et dont le capital sera versé et sérieusement garanti, à sa majorité, que ce soit une fille où un garçon mon intention est de lui donner cent mille franes. Ce sera pour la jeune fille une dot, qui lui permettra de se marier convenablement : pour le garçon, s’il est actif et intelligent, le moyen de faire fortune,

C'est vous, Germain, ou plutôt, ce qui vaudra mieux encore, une personne en qui vous aurez confiance, qui placera en sor. nom le capital mis à votre disposition afin de constituer les rentes à servir régulièrement par mois, par trimestre OU par semestre, Dans tout cela, vous le comprenez, mon nom ne doit pas être prononcé.

Du reste, nous reparlerons plus longuement de cette partie de votre mission et nous règlerons ensemble tous les détails. Pour le moment nous avons autre chose à faire, Vous êtes bien décidé à me servir?

— Je n'ai pas à discuter les voiontés de mon maître, répondit le domestique avec émotion ; monsieur le comte peut me donner ses ordres,

— C’est bien, Germain, je n’attendais pas moins de vous ; soyez tranquille, vous aurez votre récompense.

— Je n'ai qu'une ambition, monsieur le comte : rester toujours à votre service.

— Certes, j'espère bien que vous ne me quitterez jamais ; mais je peux mourir, mon brave Germain, et je n? voudrais pas qu'après moi vous fussiez obligé de servir dans une autre maison.

Germain s'inclina,

— Monsieur le comte fera ce qu’il jugera convenable pour son dévoué serviteur, dit-il.

—— Maintenant, il faut voir Mariette et nous assurer d'elle

— Je la verrai.

— Îl faut partir le plus tôt possible.

— Quand monsieur le comte l'ordonnera, ?

— Demain, Germain, demain.

— Je partirai demain.

-— Je n’ai pas besoin de vous recommander d’être très-circonspect, très-prudent, je vous connais.

— Je ferai mon possible afin de justifier la confiance que monsieur le comte me témoigne,

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