XVI—LA COMTESSE A PARIS
Un matin, Germain, étant entré à l’improviste dans la chambre de son maitre, s'arrêta tout interdit à la vue du comte agenouillé, faisant entendre de sourds g'émissements. :
M. de Bussières avait les coudes appuyés sur une chaise et tenait sa tête serrée dans ses mains frémissantes. Tout entier à ses regrets, à ses douleurs, à son désespoir, il n'avait pas entendu entrer le vieux serviteur. :
Germain hocha tristement la tête.
-- Mon pauvre maître ! pensait-il, comme il souffre! Pleurer, gémir, il ne fait que cela depuis qu’il est revenu.
Le comte parla. Il disait :
— Je vais à la mort ;chaque jour me rapproche de la tombe ; dois-je donc mourir sans la revoir? Le courage me manque, je n’ose pas ailer à elle. Non, Valentine ne peut pas avoir pitié de moi! Elle est bonne et compatissante pour tous, pour moi seule elle reste impitoyable... et elle ne sait pas tout, mon Dieu, elle ne sait pas tout! Oh! mourir, mourir sans lui avoir confessé mon crime, sans lui avoir demandé pardon !... Dieu, qui punissez si justement les coupables, condamnez-moi à des tortures plus fortes encore, mais faites que je la revoie et qu’une parole tombée de ses lèvres dise au désespéré de la terre
qu'il y à pour le repentir l'espoir de l'éternité. Germain, ne voulant pas déranger son maître, sortit doucement de la chambre. Dans la journée, se trouvant seul avec lui, il lui dit:
— Monsieur le comte, j'aurais besoin d’un congé de ou trois jours ; je prie monsieur le comte de me l’accorder.
— Je n'ai pas l croit de vous refuser cela, G+ ini mais trois jours seulement, n'est-ce pr? Je n'ai que vous ici ; les at: |: ne les connais pas.
— Vos serviteurs vous sont tous dévoués, mo:::.ur le comte, croyez-le.
— Oui,. Germain, car c’est vous qui les avez choiris : mais, quand ma douléur fait explosion, c’est devant vous seulement que j" ‘+: » pleurer.
— Je partirai cette nuit et je promets à monsieur lc «11te d’être de retour
après-demain soir.
— Où donc allez-vous, Germain ?
— Dans mon pays, monsieur le comte : le besoin de passer quelques heures
près de mes neveux, de mes nièces.
age! C'étuit écroule, que iche... Aloi pourquoi Je n'ai plus ne, si belle,
mo, 116 NOUS s ; j'irai seul je serai bien
ume le plus
de son maîentendre de
nait sa tête s douleurs, à
gémir, il ne
dois-je done à elle, Non, ompatissante ait pas tout, voir confessé : si Justement ais faites que ré de la terre
e la chambre, rois jours ; je
is jours seu- )nnais pas.
royez-le.
and ma dourer.
tre de retour
alques heures
-— Je comprends cela, fit le comte en sou brasser les vôtres ; vous êtes bien heureux, vous, vous avez une faille. Le lendemain, Germain était à Arfeuille en présence de la châteluine.
— Madame la comtesse, dit-il en se jetant à ses genoux, je viens vous demander une grande grâce,
— Parlez, Germain, je vous écoute.
— Depuis que M. Le comte est de retour à Paris, il est en proie à une douleur que rien ne peut adoucir ; son désespoir in’épou vante,
— Je comprends... La mort de son fils... !
— Non madame la Comtesse c'est plutôt le remords qui le déchire, S'il regrette quelque chose, ce n’est pas la perte de M. le vicomte, muis celle de votre fils,
— Germain, vous avez dit à votre
—— Non, madame, je n'ai rien dit,
— Je ne vous avais pas défendu de parler.
— Je me suis tu devant ln douleur de mon maître.
— C’est bien, Mais vous venez me demander une grâce ; de quoi s'agit-il ?
— Monsieur le comte n'est plus reconnaissable tellement il est changé ; il a
vieilli vite et chaque jour il se casse davantage, Il mourra bientôt, madame la comtesse ; il n’a pas peur de la Iort, au contraire ; mais 11 ne voudrait pas mourir sans vous avoir. revue, Sans Vous avoir dit ce qu'il croit que vous igno- 'ez encore, sans avoir imploré votre pardon,
— Ah!
— Son re; entir est grand, madame la comtesse, et si vous voyiez sa douleur VOUS auriez pitié de lui. Il n’ose Pas venir vous trouver; mais c'est avec des larmes, des sanglots, des gémissements qu'il vous appelle... ,
— Et c’est Jui qui vous envoie ?
— Non, madame, il ne sait pas que je suis ici.
— Et vous venez me demander ?
— De venir à Paris, madame ln comtesse, Oh! vous qui êtes la meilleure, la plus noble, la plus généreuse de toutes les femmes, vous, qui faites tant de bien à tout le monde, ayez pitié de M, le comfe, venez, venez... Ne serait-ce que Four ÿ rester une heure, à Paris !
La comtesse hésita un instant, mais son gr dait un pardon ; elle oublia ses souffrances donne toujours !
— Germain, dit-elle de cette voix pleine de douceur habituée à parler aux malheureux, demain je sere
ai à Paris. Si vous arrivez avant moi et que vous le Jugiez utile, vous préviendrez votre maître,
Le serviteur de M. de Bussières laissa éclater sa joie.
— M. le comte est sauvé ! s’écria-t-il, le front rayonnant.
— Voilà comment la comtesse de Bussières était partie pour Paris la veille du jour où Greluche at Edmond se présentaient au château,
Germain la devança seulement de quelques heures, <
Il ne l’annonça point au comte : mais quand la comtesse fut arrivée et qu'il
pirant. Ailez, Germain, allez em-
maître que je savais tout
and cœur l’emporta, On lui demanpassées en pensant à Dieu, qui par-
l’eut introduite inÿyStérieusement dans une petite pièce à côté de la chambre de son maître, il entra chez le comte et lui dit :.
— Monsieur le comte désire-t-il voir une personne qui apporte des nouvelles de Mme la comtesse ?
Le comte se dressa sur ses jambes, — Des nouvelles de la comtesse ! s'écria-t-il, Germain, où est cette personne,
nt
— C'est une grande surprise qui attend monsieur le comte, dit-il; je ne sais vraiment pas comment lui dire cela... Supposez, par exemple, monsieur le comte, supposez que Mme la comtesse elle-même...
— Germain, s'écria M. de Bussières, pris d’une subite agitation, que signifient vos paroles !
— Mon maître voudra bien me pardonner. Je ne suis pas allé dans ma famille, je reviens d’Arfeuille.
—Et cette personne qui est là ?...
— À bien voulu entendre la prière que je lui ai adressée,
— La comtesse ! fit le comte d’une voix tremblante.
— Mme la comtesse de Bussières a appris par moi que vous souffriez, que vous désiriez la voir, et aussitôt Mme la comtesse est venue.
— El e est venue ! elle est là, là, près de moi... Non, non, je ne mérite pas... je suis un misérable indigne de tout pardon, indigne d’un seul de ses regards ! ... Germain, continua-t:il avec égarement, je n'ai pas le droit de paraître en sa présence, elle ne peut pas me pardonner !...
À ce moment, la comtesse, qui avait tout entendu, ouvrit la porte de la chambre et s’avança sur le seuil.
Le comte la vit; il poussa un cri et se courba comme sous le poids d’une malédiction.
— Monsieur le comte de Bussières, dit-elle d’une voix vibrante, vous êtes malheureux, vous avez besoin d’être consolé... j'ai consacré ma vie tout entière à soulager ceux qui souffrent, je viens à vous!
Le comte se redressa,
— Quoi! s’écria-t-il, c’est à moi que vous pariez ainsil... Qui done vous donne cet admirable courage ?
Elle leva sa main vers le ciel et repondit :
— Dieu !
— Dieu répéta le comte comme un écho.
— Il reprit aussitôt :
— Ah ! si indulgente que vous soyez, si grande que soit votre charité, vous vous éloignerez de moi avec terreur, vous me repousserez avec horreur quand je vous aurai dit...
, — Vous n'avez rien à m’apprendre, monsieur le comte ; j'ai vu Mariette, mon ancienne femme de chambre, elle m'a tout dit !
— Et vous êtes venue ? Et vous êtes ici !.
— Oui, je suis venue, pour vous dire que je vous pardonne, pour vous consoler, si vous pouvez l'être. Vous avez été bien coupable, monsieur le comte ; vous avez vos remords et moi mes regrets. Quand je vous ai quittée, quand le ne suis éloignée de vous pour toujours, j'ai eu tort de ne point vous dire la vérité.
— La vérité? fit le comte d’une voix étranglée,
— Aveuglé, trompé comme moi par une misérable créature, fou, peut-être, vous vous étiez rendu coupable d’un premier crime, mon silence vous a fait commettre le second.
4, — Mon Dieu, mon Dieu, murmura le comte, La comtesse se redressa avec une majesté de reine, et, d’une voix éclatante
elle dit ;
— La faillit pas feuille n’e
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— Oui, il eût été avait la d
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— Ah!
— Non, vous accâE — Oh!
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— Fatal, — Dieu tr, dit la ce — Comm — Vous :
— Et c'e là vie, que | — Cessez sur le passé vent, humil:
qui nous à € Le comte — Vous c votre généro:
en voyant ce saisi mon ân Je me suis j1 Je ne méritai oui, un fou !
vous prouver cune illusion absurde et in miez M. de I ine suis souve vous dit, Oui une épouse re riez aimé !
— C'est vra R— Au lieu timents et je:
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que vous Le mérite 1l de ses it de pa- ‘te de la ds d’une rous êtes
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Mariette, ous conle comte ;
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là vie, que j'ai lâchement torturée, c'est vous «
sur le passé ; ah! moi aussi, je me suis adressé d’amers vent, humiliée devant Dieu, j'ai déploré, j'ai maudit m qui nous à été si funeste.
‘otre générosité ; mais j'ai fait depuis longtemps ‘1 voyant ce que j'ai été pour saisi mon âme... Ah! votr Je me suis jugé sévèrement moi-même ; je ne méritais que votre dédain, votre mépris ! J'étais un h oui, un fou ! Sans cela qu'aurais-je donc été? Un scélérat RE “ous prouver que j'ai vu clairement dans le p tune illusion sur na conduite envers vous ; ‘bsurde et injuste, j'ai été méchant, odieux !. Avant notr miez M. de Lx «ne, cette malheureuse victime de ma Me suis souvenu de vos dernières paroles ; vous dit, Oui, si après la naissance de v une épouse respectée, à une mère, vous n'auriez riez aimé ! :
timents et je me suis fermé votre cœur. Sans détruit votre bonheur et le mien. Je l
table journée d’Asnières, vous vous êtes retirée ? Arfeui!
— La comtesse de Bussières devait din faillit pas à l'honneur ; une d’Arfeuille feuille n’est jamais coupable !
€ comte, éperdu, frappé d'épouvante, poussa un sourd gémissement ; il porta
ses mains à sa tête et ses doigts se crispèrent sur ln peau de son crâne,
—- Misérable ! misérable ! Xclama-til : c'était mon fils ! c'était mon fils !.. ,
— Oui, monsieur le comte, c'était notre fils, il nous aurait consolés de l’autre; il eût été votre orgueil, votre gloire, l'espoir de votre maison ; car, je le sais, il avait la distinction, la noblesse du cœur, l’âme grande,
En achevant ces mots, la comtesse éclata en sanglots,
— Ah ! maudissez-moi ! maudissez-moi ! exclama le comte,
— Non, dit-elle ; vous êtes plus à plaindre que moi ; je ne viens pas ici pour vous accâbler, je viens pleurer avec vous afin de pouvoir vous consoler,
— Oh! oh! ch! fit le comte,
Et, tout en larmes, il tomba sur <es mots d’une voix suppliante :
— Pardon, pardon !
La comtesse lui tendit la main et l’aida à
— Ils s’assirent en face l'un de l’autre,
— Fatale jalousie ! murmura le comte ;
— Dieu vous à éclairé et il vous pardonr tir, dit la comtesse,
— Comme vous il me pardonnera, mais moi je ne me pardonne pas !
— Vous souffrez, vous ne Pouvez rien de plus.
— Et c'est vous, vous, dont j'ai effacé la jeunesse, à
e à son mari: Une d’Arfeuille ne n'est pas une courtisane ; une d'Ar-
ses genoux, joignit les mains et prononça
se relever.
que de mal jai fait dans ma vie !
1era, puisqu'il vous a donné le repen-
qui j'ai pris le bonheur, jui me montrez le ciel !
— Cessez de vous Accuser, monsieur le comte, nous n'avons plus à revenir
reproches, et, bien sou-
a fatale fierté d'autrefois,
Le comte secoua: la tête.
— Vous cherchez à vous donner des torts afin de m'excuser, dit-il ; J'adniire
mon examen de conscience :
Vous, ce que j'ai été comme père, l’'épouvante a e fierté, je la comprends, c'était de lindignation !
après vous avoir si cruellement blessée, alluciné, un fou, Tenez, je puis assé et que je ne me suis fait au- ; je n'ai pas été seulement maladroit, e mariage, vous ai« jalousie, Eh bien, je “J’aurais pu vous aimer, ” m'avezotre fils je vous eusse Parié comme à ouvert votre cœur, vous m'’au-
— C'est vrai
— Au lieu d: cela, pris d’une nouvelle folie, je n'ai su que froisser vos sen-
v! 1 qu’il était près de nous, j'ai ai compris trop tard, Après l’épouvanic parce que vous ne
gra