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continua-t-il, nous tâcherons de faire oublier à la comtesse de Bussières, la mère de votre père, tout ce qu’elle a souffert depuis quarante ans. Vous allez devenir Ja joie et la consolation de deux vieillards.
— Edmond, reprit la comtesse, votre père adoptif m’a raconté dans quel but vous avez quitté Paris il y a quelques jours pour vous rendre dans la Haute- Saône, Vous cherchiez la famille de votre mère, Dieu vous a fait découvrir celle de votre père. Ah! nous le remercierons tous ensemble ! Quant à la famille de votre mère, Edmond, nous la connaissons : mais, grâce à Dieu, vous n’avez plus rien à lui demander maintenant. Vous désiriez un nom, le comte de Bussières vous le donne. Ce nom, vous ne seriez pas venu nous le demander ; Greluche, que vous accusiez tout à l’heure de vous avoir trahi, m'a tout dit: vous vouliez rester pauvre, inconnu, abandonné, orphelin, sans famille : eh bien, ce nom, nous vous l’apportons. Vous ne vouliez pas venir à nous, c’est nous qui venons vous chercher.
— Me chercher?
— Oui, mon fils, dit le comte, nous vous emmenons à l'hôtel de Bussières,
— Et lui, lui? s’écria Edmond en s’élançant vers Greluche, qui, retiré à l’écart pleurait silencieusement,.
— Nous emmenons aussi l'excellent homme qui vous à élevé, répondit le: comte ; celui qui vous a servi de père est aussi de notre famille,
Une heure s'était à peine écoulée, lorsque le coupé de M. de Bussières rentra dans la cour de l'hôtel.
Germain accourut.
A la vue d'Edmond il poussa un cri de surprise.
Puis il resta immotile, comme pétrifié, un bras tendu, une jambe en arritre, la bouche ouverte.
Le comte lui dit en souriant :
— Il me ressemble, n'est-ce pas, Germain ?
— Oh ! monsieur le comte, il me semble vous voir tel que vous étiez autrefois, lorsque j'ai eu l'honneur d’entrer à votre service,
— Eh bien, Germain, reprit le comte, vous allez faire préparer immédiate. ment la chambre de votre jeune maître, M. le vicomte de Bussières,
La comtesse, tenant Edmond par la main, le fit entrer dans le grand salon et le plaça en face du portrait de M. de Bussières.
— Croyez-vous, lui dit-elle, qu'une ressemblance aussi parfaite ne vaut pas un acte de naissance ?
— O ma mère! ma mère ! s'écrin Edmond en se jetant à son cou.
— Enfin, mumura la comtesse heureuse, enivrée, je vais done pouvoir aimer !
Le comte les surprit dans les bras l’un de l’autre.
Il les contempla un instant avec attendrissement, les yeux voilés de larmes, — Il n'a appelée sa mère ! lui cria la comtesse folle de joie.
Le comte s’approcha.
— Valentine, dit-il, c'est vous surtout que votre fils doit aimer !
Edmond se tourna vers le vomte et s'écria avee an magnifique élan de re-
connaissance :
Je vous aimerai tous tes deux !
— Son cœur est sur ses lèvres, dit la comtesse, Le père et le fils s'embrassèrent avec effusion.
Le soir même, le comte de Bussières faisait porter, par un de ses domestiques, une lettre à son ami M. Nestor Dumoulin, C'était une invitation pres-
sante à déjeuner pour le lendemain.
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XX RAvOx DE SOLEIL
Le lendemain, après le déjeuner, pendant que M. de Bussitres causait avec le jurisconsulte et lui faisait part de ses intentions au sujet de son petit-fils, la comtesse et Edmond se livraient aux charmes d’une douce causerie intime.
Ils étaient assis l’un près de l’autre, sur une causeuse, les mains unies, Ed-
mond, répondant aux questions de la comtesse, lui parla longuement de son
enfance, des souvenirs retrouvés dans sa mémoire, de ses révoltes intérieures contre la destinée, de ses découragements, de ses tristesses, de ses impréssions,
Elle voulait tout savoir, I] lui ouvrait son cœur, elle était ravie, Elle ne pou-
vait se lasser de l'entendre, Suspéndue à ses lèvres, elle semblait boire ses
paroles Elle était comme en extase devant lui, elle l’'admirait, A chaque instant, à mesure qu'il parlait, elle découvrait en lui une qualité, un sentin:ent, une perfection,
Sa voix était douce, il s’exprinait avec facilité bles pour une mère, tombaient de ses lèvres e connaissance où d’un chant d'amour,
La comtesse l’entourait de son regar( plein de tendresse et s'enivrait d'amour maternel,
I lui raconta ce qui lui était prononça point le nom de la fille de Jean Renaud.
Cependant, à un moment de son ré et ses yeux se remplirent de larmes.
avait appelée un instant “sa fée émotion,
La comtesse sentit qu'il lui cachait quelque chose,
— Mon cher enfant, lui dit-elle, quand il cessa de parler, dans tout ce que vous venez de me dire, rien n'indique que votre mère soit morte : toujours espérer. Nous la chercher: ms partout, et si elle e vous protège, nous conduira vers elle,
— Eh bien, oui, fit-il, oui, je veux espérer encore,
— Maintenant, reprit la comtesse, parlons de ce vieux mendiant M qui vous à témoigné un si vif intérêt. Ah ! il sait bien des choses et (luite est vraiment mystérieuse, I] vous mène äu cimetière « tombe de votre père, il vous dit comment mon fils naud, il complète ses révélations en vous livrant des papiers importants et il refuse absolument de vous faire connaître la famille de votre mère. Pourquoi ? Quel scrupule, quelle crainte l'ont retenu ?
— Îl ne nra pas été possible de m'e
— Vous avez eu l’idée, Edmond un déguisement,
— Oui, ma mère, cette
— Eh bien, vous ne
: des mots charmants, adora:
omime les notes d’un hymne ce re-
arrivé dans le canton de Saint-Trun, maisil ne 3lanche ; il n’osait parler de son fatal amour pour
cit, sa voix devint tout à coup treriblante
En pensant à la blonde jeune fille, qu'il , 0 ; A RR
du bonheur ” , il ne put rester maître de son
nous pouvons xiste encore Dieu, qui
ardoche Sa Conle Frémicourt, sur la a été assassiné par Jean Re-
xpliquer la raison de son silence,
, que cet homme singulier se cachait « ‘US
pensée m'est venue plusieurs fois.
vous trompiez pas Î depuis combien de temps il habite Frémicourt ?
— Je ne puis vous dire ; Je n'ai pas songé à le Jui demander voir se promener la nuit comme il le fait à travers la contrée, me donner des renseignements si exacts, si comple connaît parfaitement le pays et qu’il demeure puis bien des années, D'ailleurs, je crois vous
» JER al l& conviction, Savez-vous
+ Mais pour pou-
pour avoir pu ts, il y a lieu de supposer qu'il aux environs de Frémiourt deavoir dit que, non-seulement il
avait connu ma mére, mais qu'il avrit vu mon père le jour même où il est tom bé sous la balle de son assassin.
— Mon opinion se fait sur lui, Ah! vous l'auriez fort embarrassé, je crois, si vous lui aviez demandé par suite de quelles circonstances il était devenu le dépositaire des papiers qu’il vous a remis.
— ÎIl ne n'aurait pas répondu, voilà tout. Lorsqu'il ne veut pas parler, Mardoche devient un homme de bronze ou de marbre.
— Oui, dit la comtesse songeuse, cet homme a une nature exceptionnelle, une volonté de fer.
Après un court silence, elle reprit :
— Edmond, vous m'avez beaucoup parlé de Frémicourt, et il m'a semblé que vous évitiez, avec intention, de nommer une très-belle ferme qui se trouve située à une faible distance de cette commune.
Une rougeur subite monta au front du jeune homme.
— J'en étais sûre, pensa la comtesse, il me cache quelque chose ; il y à un mystère.
— C’est vrai, dit Edmond d’une voix qui trembla malgré lui, je ne vous ai point parlé du Seuillon ; je ne croyais pas que cela pût vous intéresser,
— Quand il s’agit de vous, Edmond, et des choses que vous devez connaître, tout m'intéresse,
Etes-vous allé au Seuillon ?
— Non, ma mère, répondit-il vivement. Une seule fois, la nuit, je suis passé devant les bâtiments en compagnie de Mardoche.
— Probablement quand vous êtes ailés chercher les papiers cachés dans la masure de Civry ?
— Oui.
— Savez-vous le nom du propriétaire du Seuillon ?
— Jacques Mellier.
— C’est un vieillard ; l’avez-vous vu ?
— Non, ma mère.
— Le vieux mendiant ne vous a rien dit de lui?
— Rien, M. Mellier est un homme considérable dans le pays, très-estimé, et il m'a semblé que Mardoche avait pour lui de la vénération.
— M. Jacques Mellier a-t-il des enfants ?
— Une fille, ma mere.
__ A peu près de votre âge, n'est-ce pas, et qui se nomme Blanche?
Edmond sursauta.
— Quoi ! s'éeria-t-il avec surprise, vous savez le nom de Mile Mellier ?
— Je sais aussi que Mile Blanche n’est pas la fille de M. Jacques Mellier.
Un gémissement s’échapyra des lèvres du jeune homme et sa tête tomba sur sa poitrine.
- Qu'est-ce que cela signifie ? se dit la comtesse. Elle reprit aussitôt :
__Edmond, est-ce qu’elle est jolie, cette jeune fille que M. Jacques Mellier x
te,
flevée et qui porte son nom ?
— Oh ! ma mère, comme un ange ! s’écria-t-1l avec enthousiasme, et elle est aussi bonne, aussi pure qu’elle est belle !
Un sourire intraduisible s’épanouit sur les lèvres de la comtesse,
Sans le vouloir, sans le savoir, Edmond venait de lui livrer son secret.
— Edmond, reprit-elle, de sa voix tendre et affectueuse, est-ce que vous l'avez vue plusieurs fois, cette belle jeune fille?