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— Oui, plusieurs fois, répondit-il tristement,
Et vous l'avez aimée !
— Oui, ma mire, je l'ai aimée, je l'aïne, et je ne dois plus penser à elle ! Ah! c'est une fatalité terrible qui m'a placé sur son chemin ! Quand Dieu nous envoie un bonheur, une douleur l’escorte toujours !
—— Edmond je ne comprends pas votre chagrin,
Ah! s'écria-t-il d'une voix pleine de larmes, je suis honteux de l'avouer, vous me prodiguez votre affection, votre tendresse, vous me comblez de vos bienfaits : hier, Je n'étais rien, vous m'élevez jusqu'à vous, et pour vous récompenser je ne sais que vous montrer inon désespoir,
— Voyons, cher enfant, pourquoi cette grande douleur, pourquoi ce désespoir ? Est-ce parce que je viens de vous dire que Mile Blanche n'est pus la fille de M. Jacques Mellier ?
— Je le savais, je le savais, je le savais !
— Est-ce le vieux Mardoche qui vous l'a dit ?
— Non, ma mère, non : comme la plupart des gens du pays, Man qu'elle est la fille de M. Mellier.
— En cela, Edmond, Mardoche vous a trompé ; il ne croit pas cela, il ne ‘ut pas le croire
— Pourquoi n'aurait-il trompé ?
— Pourquoi ? Est-ce qu'il vous à dir tout ce quil savait? Ah! bien gardé !... Quend on vous a appris que Blanche n ques Mellier, on a dû vous dire le nom de son pere !
— On me l'a dit, fit-i] d’une voix brisée,
— Encore un mot, Edmond. Ne vous êtes-vous pas aperçu qué Mardoche avait pour Mile Blanche une grande affection ?
— Î1 l'aime comme un pére !
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— Ainsi, vous avez vu cela et vous n'avez pas compris...
— Mon Dieu, mon Dieu! Que voulez-vous dire ?
— Maintenant, je ne doute plus, s'écria la comtesse avee un rAyonnement dans le regard ; Edmond, cet homme qui se cache sous l'habit d'un mendiant, et qui sait tant de choses dont il ne révèle que la moitié, cet homme ne s'appelle pas Mardoche il se nomme Jean Renaud.
Le jeune avmme poussa un eri et bondit sur ses junbes, une lueur livide dans le regard,
— Jean Renaud ! exclama-t-il, lui! lui! oh!...
— Oui, reprit la comtesse, Mardoche n’est autre que Jean Renaud. TT — Et je ne l'ai pas deviné... je ne l'ai pas deviné! dit le jeune homme les
dents serrées, Ah! comme il a dû se moquer de moi. Avec quelle cruauté il & torturé mon cœur ! Et pourtant, Mardoche n'est pas méchant... non, il n’est pas méchant... Pardon, ma mére, pardon, je ne sais plus ce que je dis : il me semble que la raison m'échappe, mes pensées se heurtent, se confondent dans la nuit de mon cerveau... je ne comprends plus, je ne comprends plus...
I était pâle comme un mort, et il etait autour de lui des regards d’insensé.
La comtesse, effrayée, se leva et Ju prit les deux mains.
— Calmez-vous, mon enfant, dit-elle, calmez-vous : à mon tour. je vais vous dire tout ce que je sais. Comme un rayon de soleil, un mot vous éclairera votre âme va retrouver sa sérénité, et une joie immense va inonder votre cœur, Vous aimez Blanche, mon fils, eh bien ! vous pouvez l'aimer, sans trouble, sans effroi ; elle sera votre femme, car elle est digne de vous... Blanche n’est pas,
comme on vous lu dit, la fille d'un voleur et d’un assassin. Jean Renaud, son père, est innocent !
— Dieu ! est-ce possible ?
— Je vous dis la vérité, mon fils.
— Oh! je voudrais le croire, s'écria-t-il affolé, mais comment, comment ?.
Il tira brusquement de sa poche la lettre de Blanche et la tendit à ln comtesse en disant :
— Lisez, ma mère, lisez !
—— Pauvre jeune fille! murmura la comtesse les yeux mouillés de larmes, elle ne sait rien encore ; mon Dieu, comme elle doit souffrir !
— Mais c'est donc vrai? reprit Edmond d’une voix hésitante, saccadée,
— ‘ui, Jean Renaud, celui qui se fait appeler aujourd'hui Mardoche, Jean Renaud n'est pas coupable !
Le visage du jeune homme s'illumina et un sanglot s'échappa de sa poitrine gonflée
— Edmond, reprit la comtesse, se vieillard que vous avez vu sous l’habit d’un mendiant, qui se cache à tout le monde, même à sa fille, est un homme admir-
ble... Il s’est fait envoyer au bagne pour un autre, il a souffert et il souffre encore pour mi: utre ! Rien de beau, rien de grand comme sa vie! Mon fils Edmond, voi: 41e, est mort dans ses bras ; il connaissait l'assassin et il s’est laissé condn 1 ., la poussé le dévouement jusqu'au sublime, cet homme
est un her.
— O ma inère, ma mère, s'écria le jeune homme !
E° ivre de joie, fou de bonheur, il se jeta dans les bras d2 la comtesse.
— Nous irons le chercher, reprit Mme de Bussières, nous l’amènerons à Arfeuille avec sa fille ; il a été gracié il y a quelques mois ; mais ce n’est pas assez, nous chercherons, nous trouverons le moyen de le faire réhabiliter : il y a des difficultés sans doute ; mais M. Dumoulin, qui cause en ce moment avec le comte, parviendra certainement à les surmonter, Oui, il faut que Jean Renand soit réhabilité ; il le seru ; et sa fille que vous aimez, mon fils, Blanche, sera votre femme ! Mon Dieu ! après ce qu’il a souffert, y at-il sur la terre une récompense assez grande pour Jean Renaud ?
— Ah! la joie m'étouffe, c'est trop... c'est trop de bonheur, murmura Edmond eu se laissant glisser aux genoux de la comtesse.
Mine de Bussières le regarda avec une expression de tendresse indicihle,
— J'ai encore quelque chose à vous dire, reprit-elle, Vous devez tout savoir. Revenez vous asseoir près de moi.
Il obéit.
— Là, vous êtes bien ainsi, tout près de moi, comme tout à l'heure, vos yeux fixés sur les miens, Cher enfant, je ne me lasse pas de vous regarder ; c’est pour mon cœur une joie sans pareille, une ivresse intinie, un bonheur que je n'ai jamais connu ! C’est aujourd’hui seulement que je suis mère, ajouta-t-elle en pleurant.
Edmond l’entoura de ses bras :
— Je vous aime, ma mère, dit-il en l'embrassant, je vous aime !
— Jui, vous n'aimez, je le sens aux battements de mon cœur, au ravissement de mon âme ; vous aimerez votre père aussi, vous nous aimerez tous les deux, près de vous nous oublierons peut-être le terrible passé. Edmond, vous êtes notre dernier et unique espoir !
b — Je ne serai pas ingrat, je vous le jure ! Je ne ferai jamais assez pour me montrer digne de vos bienfaits.
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— Edmond, c'est nous qui vous devons de la reconnaissance.
Maintenant, continua t-elle, écoutez-moi : C’est M. Dumoulin qui, chargé par le comte de Bussibres de faire des recherches sur le crime de Frémicourt, a découvert que Jean Renaud était innocent : c’est encore par M. Dumoulin que le comte à appris ce que nous savons de l’histoire de votre malheureuse mère, Vous l'avez deviné, Edmond, votre mère a f:?t une faute : elle aimait... il y a des pères qui pardonnent, le sien fut sans A colère et ce sentiment funeste, qui met au cœur de l’homme la haine et : désir de la vengeance, ont armé son bras ; il à tué l'amant ne sa fille! Le lendemain, la pauvre Lucile, folle de douleur et de désespoir, s'est sauvée de la maison paternelle, Où est elle allée? Nul ne le sait. C'est bien loin, sans doute, entourée d'étrangers, qu'elle vous à mis au monde,
Edmond, le meurtrier de votre père est votre père aussi; nous ne pouvons pas lui demander compte de son crime,
— C’est vrai, dit-il sourdement,
Et il poussa un long gémissement,
— 11 ne me reste plus qu’à vous dire le nom de famille de votre mère, ajouta la comtesse ; elle se nommait Lucile Mellier ?
— Mellier, Mellier ! exclama le jeune homme d’une voix frémissante ; ah ! maintenant, je comprends, je comprends tout !...
Et il laissa tomber sa tête dans ses mains.
La comtesse leva vers le ciel ses mains tremblantes.
— Mon Dien, dit-elle, vous êtes juste, vous êtes bon, vous êtes grand ! Faites descendre un de vos regards jusqu’à nous : acceptez toutes les douleurs de ma vie pour l'expiation des coupables, et donnez le bonheur aux enfants de ceux