‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 85 sur 109 · BI · texte numérisé non relu

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demanda de veiller sur le sort de Geneviève et sur le tien, Blanche, car tu allis venir au monde, Je le lui promis ; je lui fis aussi la promesse solennelle que le jour où tu aurais vingt ans je te dirais la vérité tout entière. Mais un événement heureux pour toi s'est produit, Blanche, et, cette vérité, j'ai dû te la dire aujourd’hui.

— Oh ! merci, merci, pour le bien que tu me fais!

— Ce n’est pas tout, Blanche, j'ai encore des choses meilleures à te dire.

— Je connais le cœur de mon père, je le sais innocent, que peux-tu m'apprendre encore ?

— Blanche, aujourd'hui j'ai eu des nouvelles de Jean Renaud.

— Mon père vit toujours ? s'écria-t-elle,

— Oui.

Le regard de Blanche eut un rayonnement divin,

— Maintenant, reprit Rouvenat, je dois te parler encore de Lucile Mellier. Le lendemain même de la mort de son amant, après de violentes paroles échangées entre elle et son père, elle s'enfuit du Seuillon, Elle s’en alla bien loin, dans les montagnes du Jura, où elle vécut malheureuse du travail de ses mains, Elle devint mère. Nous ignorions absolument ce qu'elle était devenue, lorsqu'un jour, cinq ans et demi plus tard, elle m'écrivit pour me prier de venir la voir ; elle était à Saint-Trun.

Pauvre Lucile! comme je la trouvai changée ! Je voulus la faire revenir au Seuillon ; mais tout ce que je pus lui dire fut inutile

“— Je suis condamnée à souffrir, me répondit-elle ; que mon triste sort

saccomplisse ! Mon père m'a chassée, je suis une fille maudite !... ” Sais-tu pourquoi elle était revenue dans le pays? Pour prier une fois sur la tombe du pére de son enfant !... Je le vis, ce cher petit, je le pris dans mes bras et je

l'enbrassai en pleurant, Lucile lui avait donné le nom que portait son père :

Edmond.

Blanche fit un mouvement qui n'échappa point à Rouvenat. Il continua:

— Ce jour-là, en regardant le pauvre innocent et en pensant à toi, Blanche, je vous ai fiancés dans mon cœur, Cette idée ne me quitta plus. Plus tard, j'en parlai à Jacques, et il fut convenu entre nous que la fille de Jean Renaud se. ait un jour la femme du fils de Lucile Mellier, Tu sais maintenant pourquoi

tous ceux qui se sont présentés au Seuillon avec l'espoir de t'épouser ont été repoussés,

Mais plus de treize ans s'étaient écoulés sans que nous eussions rien appris sur le sort de Lucile et de son fils. Toutes les recherches faites pour les retrou- ‘er n'avaient eu aucun résultat, Et pourtant nous conservions l'espoir que Luile reviendrait ou que nous parviendrions à découvrir sa retraite, Hélas ! elle ét morte, sans doute... Mais aujourd'hui, Blanche, en même temps qu’on me donnait des nouvelles de ton père, on m'a dit où je pourrais retrouver le petit. fils de Jacques Mellier, le seul et unique héritier du domaine du Seuillon.

Blanche, ce jeune homme que tu as vu à Gray, que tu as revu devant l’église de Frémicourt, que tu as rencontré une troisième fois au bord de la Sableuse, ce jeune homme que tu aimes, enfin, c’est ton futur mari, c'est Edmond, je fits

de Lucile Mellier,

La jeune fille tourna vers le ciel son visage radieux ; puis elle tomba frissonnante dans les bras de Rouvenat,

Le vieillard posa ses lèvres su: son front rougissant.

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