VI-—LA SOIRÉE
Après une journée splendide, le soleïi allait se coucher dans un lit de pourpre et d'or. Il envoyait une dernière caresse, un dernier sourire à la grande et belle nature, et les arbres et les fleurs, prenant une teinte sombre, et frisson. nant au souflle de la brise, semblaient lui dire bonsoir:
C'était le premier instant du crépuscule, cette douce clarté, qui se fond doucement dans la nuit, Déjà, quelques étoiles, pressées de se faire voir et de briller à leur tour, se montraient tinidement dans l'azur.
A l'est et au midi la ligne des montagnes noircissait. Des vapeurs blanches, floconeuses, desquelles jaillissaient des lueurs phosphorescentes, ombraient l'horizon,
L'herbe coupée le matin, à demi-séchée, avait été mise en petit tas symétri: quement alignés. Cette partie de la prairie ressemblait à une immense tuile semée de taches noîres,
Les oiseaux regagnuient l2s arbres et les haies ; les scarabées se tapissuient dans la mousse ; les papillons faisaient chacun son lit dans la corolle d'une fleur.
De tous côtés on entendait des cris, des voix qui s’appeluient, des éclats de rives, des refrains joyeux. Et quand les voix humaines se taisaient, l'oreill percevait des rumeurs lointaines ; une infinité d'autres voix semblaient récla mer le droit que tous les êtres de la création ont de se faire entendre,
Aux susurrements des insectes se mêlaient les cris monotones des grillons, les hou, hou, hou des bufoniformes ou crapauds, dominés eux-mêmes par les coassements insupportables des rainettes et des grenouilles vertes.
Les faucheurs et les faneuses revenaient de la prairie pour prendre à la ferme le repas du soir C'est une armée de travailieurs. Chacun a son arme où plutôt son outil ; l'homme, sa faux luisante, et, accrochée à sa ceinture, une corne dans laquelle la pierre à aiguiser baigne dans l'eau ; la femme, une fourche et un râteau. Les faux furent dressées contre un des murs de la cour, et les fourches et les râteaux réunis en faisceaux.
Parmi les femmes, il y en avait de jeunes et même de jolies, N'ayant plus à redouter les rayons trop ardents du soleil, elles avaient la tête et les bras nus, le cou découvert et les cheveux plus ou moins en désordre. La gorge et les épaules se dessinaient nettement sous la chemise. Des souliers légers très-découverts chaussaient leurs pieds. Les vêtements se composaient uniquement
d'un j teur € Eil voyait bras, grand jupon — ] un set Les Rouve gne, il les mo Apt de vin femme On est vri Seuillc Jac sitôt e — } Ven main, —] Et, —E conten —$% doyen l'herbe plus ai dans la se A bonne joyeux affiuire — N hardi q
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LA MALÉDICTION D'UN PÈRE 301 d'un jupon court a mille raies bleues, violettes ou rouges, qui Hottait a la hauteur des mollets sur des bas de couleur également à raies,
Eiles avaient le teint animé, les lèvres souriantes, le regard brillant, On voyait ruisseler encore sur leur front la sueur du travail, Elles portaient à leurs bras, suspendus comme un panier, dont les brides noue grands chapeaux de paille ornés d'un ruban de jupon,
— Habillées ainsi, de la mé
es formaient l’anse, leurs la couleur des raies du
me manicre, les faneuses du Seuillon, réunies en un seul graupe, offraient à l'œil un tableau d’un effet saisissant,
Les jupons, les chapeaux, les bas, les souliers étaient un cadeau de Pierre Rouvenat, Chaque année, avant l'ouverture des grands travaux de la campagne, il offrait aux femmes, qui devait appartenir au Neuillon pendant les foins, les moissons et les regains, leur costume de travail.
Après le souper, qui fut servi dans la grande salle, où une seconde table de vingt couverts avait été dressée, tout le monde se réunit dans la cour, les femmes d'un côté, les hommes de l’autre.
On parlait à voix basse, on chuchotait, Personne n'était pressé de partir, Il est Vrai qu'il y avait encore un peu de jour et que Frémicourt n’est pas loin da Seuillon,
Jacques Mellier sortit de la ferme, ayant Blanche à son bras, Ils furent aussitôt entourés, et quarante voix crièrent en même temps :
— Bonsoir, monsieur Mellier. Bonsoir, mademoiselle Blanche !
Venant du côté de Civry, Jean Renaud, sa besace au côté, son bâton à la main, entrait dans la cour.
-— Les braves gens, Mmurmura-t-il, ils font fête à ma fille !
Et, lentement, il s’approcha,
— Eh bien ! mes amis, disait Mellier contents de votre. journée ?
— Si noue n’étions pas contents, doyen des faucheurs, qui travaill
s'adressant à tout le monde, êtes-vous
nous serions bien ditiiciles, répondit le ait au Neuillon depuis plus de trente ans ; de l'herbe à pleine faux, point roulée, se penchant seulement pour qu'on la coupe plus aisément, et avec cela un soleil... Demain, monsieur Jacques, vous verrez dans la prairie de beaux tas de foin.
— Allons, c’est très-bien, dit Mellier.
bonne humeur,
— Oh! la gaieté ne manque pas, monsieur Jacques, mais nous serions plus Joyeux encore si nous avions avec nous ce soir Pierre Rouvenat.
— Votre ami Pierre, mes enfants, a été obli affuire très-importante qui l'appelle à Paris.
— Nous le savons, monsieur Mellier, dit un second faucheur un peu plus hardi que les autres : seulement, il aurait bien pu ne partir que demain.
— Vous aviez donc quelque chose à lui demander ce soir?
— Oui, monsieur Mellier.
— Si le vieux Mellier peut le remplacer, parlez, nes amis.
— Au fait, pourquoi pas! Eh bien, monsieur Meilier, je vas vous dire : C'est demain la Saint-Pierre, et tous les ans, à pareil jour, après le souper, Rouvenat nous régale,
— Eh, pourquoi ne m’avez-vous pa” + dire cela avant de sortir de table ? Rouvenat n’est pas là, mais la cave a -acques Mellier c:: toujours ouverte
pour la Saint-Pierre. Blanche, vas donner des ordres pour qu'on monte des paniers de mon plus vieux bourgogne.
Je suis bien aise de vous voir tous de
gé de partir ce matin pour une
302 LA MALÉDICTION D'UN PÉRE — Vive la Saint-Pierre ! Vive Jacques Mellier! cria le faucheur à pleins poumons,
Et, après lui, toutes les voix répétérent sur tous les tons :
— Vive la Saint-Pierre! Vive Mellier! Vive Rouvenat !
— Rentrez, mes amis, rentrez, reprit le vieux fermier,
Un instant après, hommes et femmes entouraient les tables, sur lesquelles Blanche alerte, souriante, joyeuse, le front rayonnant, mettait elle-même des pots de confitures, de miel, des paquets de biscuits et de inasse-pains.
Jean Renaud était là. Appuyé contre un meuble, il ne perdait'pas un des mou. vements de sa fille; il la contemplait avec ravissement, il l’admirait avec ivresse,
Certes, la présence de son père n'était pas étrangère à la joie qui éclatait duns les yeux de la jeune fille, Elle se sentait enveloppée par le fluide du re. gard paternel.
Les bouteilles ne tardèrent pas à faire leur apparition, les tables en furent couvertes ; on fit joyeusement sauter les bouchons, et le vieux Beaume coula à flots vermeils dans les verres.
Comme Jean Renaud, Jacques Mellier était resté debout. Blanche prit un verre et le tendit au fermier.
— Ma fille, dit Mellier, à Mardoche d’abord ; il ne demandera pas mieux que de trinquer avec ces braves gens et de boire à la santé de Rouvenat.
Blanche porta le verre plein à son père. Il le prit d’une main tremblante.
— Oui, certes, dit-il d’une voix vibrante, je boirai à la santé de M. Pierre Rouvenat, à la vôtre aussi, monsieur Jacques Mellier, et à l’éternelle prospérité du Seuillon, qui occupe tant de bras et donne le bien-être à de nombreuses fa. milles.
— Vieux Mardoche, vous avez bien parlé, approuva lesvieux faucheur en levant son verre, Trinquons, camarades, et buvons à la santé de M. Pierre, de M. Mellier, de Mlle Blanche et à la prospérité du Neuillon. Vive le Neuil. lon !
Et au bruit du choc des verres, tout le monde répéta :
— Vive la Saint-Pierre! vive le Neuillon !
Une femme se leva.
— Ï] n’y a pas de fêtes sans chansons, dit-elle ; on assure que Mile Blanche chante comme un vrai rossignol : beaucoup d’entre nous ne l'ont jamais entendue, et nous serions tous bien heureux si, avec votre permission, monsieur Mellier, elle voulait nous chanter quelque chose,
La jeune fille devint rouge comme une pivoine.
— Blanche, dit Mellier, c’est la fête de ton parrain, nous sommes en famille.
Elle jeta un regard sur Jean Renaud, dont les yeux étincelaient de joie, D semblait lui dire :
— Chante, chante, ce sera pour moi un bonheur de t'entendre,
Alors, sans se faire prier, d’une voix fraîche et suave, avec un charme inex: primable, un sentiment exquis, elle char ta :
C’est le bon Dieu qui nous donne Les caresses du soleil,
Les raisins aux jours d'automne, L’épi d’or, le fruit vermeil.
Au printemps, quand la verdure Se montre dans sa beauté,
Nous voyons dans la nature,
> faucheur à pleine k | Les marques de sa bonté,
tn
(Quand je vois ces belles choses,
Sur terre, dans le ciel bleu,
Moi, j'en reconnais les causes, Et voilà pourquoi j'aime le bon Dieu,
bles, sur lesquelles ttait elle-même des Asse-pains,
lait'pas un des mou.
é, il l’admirait avec
Chaque goutte de rosée
Sur la terre est un grain d'or, Et sur la fleur irisée
Le matin brille un trésor, C'est Dieu qui dit aux étoiles De scintiller dans les cieux :
C'est lui qui condait les voiles Des marins aux pays bleus,
a joie qui éclatuit ur le fluide du re-
es tables en furent eux Beaume coula à
Quand je vois ces belles choses, Sur terre, dans le ciel bleu, * Moi, j'en reconnais les causes, Et voilà pourquoi j'aime le bon Dieu.
t. Blanche prit un
randera pas mieux de Rouvenat, main tremblante, anté de M. Pierre éternelle prospérité de nombreuses fa:
C’est Dieu qui, dans les feuillages, Des oiseaux cache les nids F s Il éloigne les orages
De nos champs de blé jaunis.
En élevant sa prière,
Le pauvre peut lui parler ; Quand Dieu regarde la terre, C'est toujours pour consoler,
vieux faucheur en nté de M. Pierre, on. Vive le Neuil-
Quand je vois ces belles choses,
Sur terre, dans le ciel bleu,
Moi, j'en reconnais les causes, Et voilà pourquoi j'aime le bon Dieu.
que Mile Blanche l'ont jamais enteninission, monsieur
Des applaudissements et des exclamations remercièrent la jeune tille de sa pi complaisance et du moment de plaisir qu’elle venait de procurer.
— Etes-vous content, mon père ? demanda-t-elle à Mellier.
— Tu as chanté comme un ange, répondit le vieillard.
Puis, tout bas, Blanche dit à Jean Renaud :
— C'est pour toi que j'ai chanté.
Le regard plein d'ivresse de l'heureux père la remercia,.
— On dirait que Mlle Blanche a une flûte dans le gosier, disait un homme affigé d’un formidable enrouement.
— Mlle Blanche chante comme à l'Opéra de Paris, amplifa une paysanne, qui avait sur ses compagnes l'avantage d’avoir vu la capitale de la France.
La mère d’une jeune fille blonde voulut faire admirer la voix de sa fille, La mère d’une jeune fille brune en fit autant. Ensuite, un jeune faucheur chanta d'une voix assez agréable une vieille chanson rustique.
Plus d’une heure s'écoula ainsi très-agréablement,
On versa le contenu des dernières bouteilles, on trinqua une dernière fois, et on vida les verres.
sommes en famille, elaient de joie, I
ndre.
e un charme inex-
nn
\ors le doyen se leva et donna le signal du départ, Hommes et femmes sor went da la maison, Jean Renaud le dernier, Comme il mettait le pied sur le seuil, il sentit la main de Blanche presser la sienne,
— Je penserai à toi toute la nuit, murmura la jeune fille à son oreille,
Il tourna lentement la tête, et sa bouche effleura le front de l'enfant.
VIl-—LE FANTONE
La nuit était venue, Le firmament magnifiquement étoilé, lumineux, : plendissait de rayonnemements sans nombre, L'air s'imprégnait de pénétrantes odeurs. La lune répandait sur l’agreste paysage une douce clarté,
Les travilleurs, réunis pêle-mêle au milieu de la cour, se disposaient à partir,
Tout à coup, une chouette, à la poursuite de quelque oiseau, tit entendre un cri lugubre,
Les femmes se serrérent les unes contre les autres en frissonnant,
— Eh bien, qu'est-ce qui vous prend? fit un homme en riant.
— Vous n'avez done pas entendu ?
— Quoi? le chat-huunt qui jette son cri ?
— Oh ! si j'étais seule, dit une grosse paysanne qui tremblait de tous ses aembres, je n'oserais jamais retourner à Frémicourt.
— Ma pruvre Clarisse, tu n’es guère vaiilante.
— Moi, je suis comme elle, dit une autre paysanne, la mère de la jeune fille blonde, je mourrais de frayeur, seulement en pensant que le fantôme pourrait se dresser devant moi.
— Vous me faites rire avec votre fantôme, répliqua un homme ; depuis quelque temps je n’entends parler que du revenant. Est-ce qu’il y a des fantômes ?
— Quant à cela c’est certain.
— J'y croirai quand les coqs pondront des œufs,
— Tu ne crois à rien, toi. Mais demande au père Martin, le pêcheur ; il l'a vu, lui.
— Le fils Mathieu l’a vu aussi.
— Mâtin, fit le faucheur incrédule, je serais bien aise de me trouver face à face avec lui.
— D'un souffle le fantôme te jetterait par terre, et tn à: attrapé la jau uisse pour toute l’année,
— Et où le rencontre-t-on, ce fantome ?
— Au bord de la rivière, du côté de la passerelle du trou Merlin. Il parait qu'il y a longtemps, longtemps, qu’il hante la vallée, Il passe devant vos yeux somme un éclair et il laisse derrière lui une lungue traînée d’étincelles. D'ail-
ra il ne marche pas, il vole.
sre fantôme est tout simplement un feu follet,
1 + leu ïollet n’a pas des bras, des jambes, une tête. Le père Martin m'a affiie qu'il était pass” si près de lui, qu’il aurait pu le saisir sans quelque chose qu: à : bitement ensurdi ses bras,
— 1l a eu peur, voilà tout,
— Soit, il a eu peur; mais cela prouve encore qu’il a vu et entendu le fantôme.
— Vous allez voir qu’ils ont causé et même pêché ensemble, dit le faucheur en riant.
La femme haussa les épaules.
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— Pour te rendre plus crédule, reprit-elle, je voudrais que le revenant, qui hante la vallée toutes les nuits, t'administrât une bonne correction,
— Je ne me laissernis pas battre si facilement.
— Tu as beau être fort, mon cher, on ne lutte lu as de bons bras, des poignets solides ‘omme un fêtu de puille,
Voilà un terrible fantôme, dit-il,
Et il se mit à rire aux éclats.
— Quand l'ombre à passé, reprit la paysanne 456 cCompagnes, qui l'écoutaient avec une émotion croissante, on entend des cris, des sanglots, et, de tous les côtés, dans le val, de longs gémissements
— Est-il grand, le fantôme ? demanda une Voix,
— Comme un peuplier,
— Bigre, on peut le voir ; et :omme
— Celui du trou Merlin est noir.
— Noir! Mais, alors, c'est le diable !
Il y eut parmi les femmes quelques cris d'épouvante,
— Il n'y à pas à avoir peur, le diable se sauve dès quon fait le signe de la Croix,
— Décidément, dit un autre, — Vous n'avez qu'à v
pas contre un être surnaturel, ; th bien, le fantôme te les briserait
en s'adressant plus directement
tous les fantômes sont blan
je commence à croire au fantôme.
OuS trouver à minuit sur la passerelle, vous le verrez. — C'est tentant : mais j'aime encore mieux dormir tranquillement dans mon lit, Ainsi, c’est à minuit que le fantôme se montre ?
— Au dernier coup de minuit.
C'est l'heure des revenauts et des vampires, l'heure où les sorcières se ren dent au Sabbat à cheval sur un manche à balai,
-- Ou dans une petite carriole traînée par douze poules noires,
-- Dites done, le fantôme en question est peut être un vampire.
— C'est bien possible,
— Qu'est-ce que c'est qu'un vampire ?
blonde,
— Le vampire, ma belle, répondit le doyen, est un monstre, ni homme, ni femme, qui ne se nourrit que de sang humain. On le tue, il ressuscite; on e net dans un cercueil, on l'enterre, la nuit il ouvre sa tombe, sort de son li ceul et s’en va :ourir à travers la Campagne, ou bien il rôde au clair de la lui autour des maisons, Alors, malheur à la jeune fille qu'il rencontre il se jett sur elle, l’étreint dans ses bras de glace, l'emporte dans son tombeau, et, pou assouvir sa soif toujours renaissante, il suce tout son sang. Il choisit tonjour: Sa proie parmi les plus jolies, les plus jeunes, et on a remarqué qu'il préférait les b'ondes,
— Quelle horreur! excel sur sa tête,
Un faucheur, qui avait écouté son tour.
demanda curieusement la jeune : lle
aa la jeune fille, qui sentit ses cheveux se hérisser attentivement, sans rien dire, prit la parole à
— Je ne crois guère aux fantômes et aux revenants, dit-il d'un ton grave, et encore moins aux sorcières et aux vampires. Mais ce qu'il y a de certain, et je Peux En parler, puisque je l'ai vu, c’est qu'un être extraordinaire, homme ou femme ou démon, erre la nuit au bord de la Sableuse comme une âme en peine. b Il y à trois ans de cela, le jour de la Saint-Jean-Baptiste, vers onze heures de la nuit, je pêchais à l'épervier dans la Sableuse. J’allais le lendemain à la noce
de mon cousin d’Artemont, et je désirais emporter quelques-unes de nos excel- L 1
306 LA MALÉDICTION D'UN. PÈRE lentes truites. Vous savez tous que pour pêcher, la truite surtout, il faut faire le moins de bruit possible, sans cela, elle n'attend pas que le filet soit lancé sur elle, Je marchais doucement le long de la rivière lorsque soudain, non loin de moi, j'entendis des plaintes et des gémissements. Je pensai qu’il y avait la, dans le pré, quelqu'un à secourir. Je me dirigeai du côté d'où venaient les gcmissements,
A mon approche, je vis une ombre noire se dresser, comme si elle fût sortie tout à coup des entrailles de la terre. — Qui êtes-vous? criai-je. — Alors au lieu de me répondre, l'ombre, bondissant, fila avec une vitesse prodigieuse, Je me mis à sa poursuite ; elle passait comme le vent à travers les arbres. A un moment, je fus sur le point de l’atteindre ; j'étais assez près d’elle pour enten dre son souffle haletant et voir de longs cheveux flottants sur ses épaules ; mais elle S’effaça comme une apparition, avec une telle rapidité, que je ne pus voi si elle était passée à droite ou à gauche.
Voilà ce que j'ai vu, à pareille époque, il y à trois ans, puisque c'était, con me je vous l'ai dit, le jour de la Saint-Jean.
— C'est le jour de la Saint-Jean, il y a de cela juste dix-neuf ans et quatre jours, qu'un homme à été assassiné sur la route de Civry par Jean Renaud, le tueur de loups, dit le vieux faucheur, Je me souviens de cela comme si c'était d'hier ; mâtin, ça a-t-il fait un bruit dans le canton de Saint-Irun.
D'ailleurs, continua-t-il, s’il ne faut pas croire tout ce qu'on raconte à propos des apparitions du fantôme du trou Merlin, il faut bien admettre cependant qu'il y à quelque chose de vrai, Ce n’est pas depuis huit jours, depuis quinze Jours, depuis un mois que la vallée est hantée. Voilà Bertrand qui a vu l'apparition il y a trois ans, le jour de la Saint-Jean. Eh bien, je l'ai vue aussi, moi, il ÿ à cinq ans de cela, peut être six ans ; et, voyez comme c’est étrange, c'était aussi le propre jour de la Saint-Jean. Du reste, mes enfants, pousuivit il, on disait déjà, il y a une douzaine d'années, que toutes les nuits on entendait des plaintes et des gémissements qui semblaient sortir du trou Merlin. Comme vous le voyez, il ÿ a longtemps qu'on à parlé, pour ‘a première fois à Frémicourt, du fameux fantôme de la Sableuse,
— Alors, il n’y a plus à en douter, reprit la grosse paysanne heureuse, c'est bien un revenant ; c'est l'âme de l’homme assassiné, qui vient, chaque année à la Saint-Jean, réclamer des prières.
— Vous lui ferez dire des messes, répliqua en ricanant le faucheur sceptique.
— Je crois que nous avons assez parlé de fantôme, de revenant et de vampire comme ça, pour empêcher ces petites filles de dormir, reprit le vieux faucheur, Dix heures ne tarderont pas à sonner à la paroisse ; mon avis est que nous allions tous nous coucher attendu que demain, à trois heures, il fera jour. Laissons les fantômes courir la nuit dans la vallée ; ils n’ont que cela à faire. Nous, nous avons à nous reposer, C’est afin que les travailleurs puissent se délasser et dormir que le bon Dieu a fait la nuit,
Ils s’en allèrent.
La chambre de Blanche était encore éclairée ; mais, depuis un instant, l'obscurité s'était faite dans celle de Jacques Mellier, Les garçons de ferme ayant visité les écuries songèrent à leur tour à aller se coucher.
Jean Rénaud resta seul dans la cour assis sur un banc de pierre.
Il paraisaïit absorbé dans une profonde méditation.
J1 avait écouté, avec le plus vif intérêt, et sans en perdre un mot, la conversation des gens de journée, Evidemment, il y avait du vrai dans ce qu’il venait
fan:
n'y cher tre pau:
Sa vec U
artout, il faut faire le filet soit lancé * soudain, non loin ai qu'il y avait la, ù venaient les ot.
e si elle fût sortie ai-je. — Alors au se prodigieuse, Je
les arbres, À un
d'elle pour enten ses épaules ; mais ue je ne pus voi
isque c'était, con
euf ans’ et quatre Jean Renaud, le a Comme si C'était -lrun.
nù raconte à propos mettre cependant urs, depuis quinze nd qui à vu l'apn, je l'ai vue aussi, nme c’est étrange, enfants, pousuivit s nuits On enten- * du trou Merlin.
‘a première fois à
ne heureuse, c'est t, chaque année à
le faucheur scep-
venant et de vanprit le vieux faumon avis est que eures, il fera jour.
; que cela à faire.
1rs puissent se dé-
s un instant, l'obss de ferme ayant pierre.
n mot, la conversaans ce qu'il venait
d'entendre. N'était-il pas étrange que les apparitions eussent lieu à la St.Je: anniversaire de l'assassinat ? Pourquoi ce jour-là plutôt qu'un autre ?
Jean Renaud s'était souvenu de cette femme échevelée, qu'il n'avait fait qu'entrevoir, et dont les cris: au secours ! l'avaient si heureusement attiré du côté du vieux puits dans lequel Rouvenat venait d’être précipité.
Ne s'était-elle pas montrée à lui et à Edmond comme une véritable tion? Ils avaient eu à peine le temps de la voir passer, Glissant comme une ombre, elle s'était aussitôt fondue dans la nuit. Il n'en pouvait douter, cette femme était le fantôme dont s'occupaient les gens de Frémicourt,
— On se plaît à tout exagérer, disait-il : en passant de bouche en bouche les faits les plus simples, les plus ordinaires, sont toujours dénaturés e peu à peu des preportions énormes, C'est l'imagin fantômes.
[l avait raison,
in,
appari-
t prennens ation des gens qui crée les
L'ennemi le plus cruel des peureux et cles esprits faibles est leur nnagination ; celle-ci change la forme des ob travers les verres d'un télescope, T phant dans une souris,
Ce qu'on racontait des apparitions du Trou-Merlin avait, ractère fantastique et surnaturel, qui ne vivement de braves gens pour qui les vie gion, et qui conservent avec une sorte d pères.
Après avoir réfléchi un instant,
dans le f
Jets et les montre comne à æ roseau devient un chêne, on voit un élé-
d'ailleurs, un ceapouvait mançuer d'impressionnet illes croyances sont encore une relie respect les superstitions de leure
Jean Renaud fut convaincu qu'il y avait ait de ces apparitions étranges un mystère qui méritait d'être éelairei, — 11 faut que je sache à quoi m'en tenir, murmura-t-il en se levan fantôme se montre cette nuit, au bord de lu Sableuse, je le verrai.
Il sortit de la cour de la ferme et s'eng riviére. 11 la traversa sur la passerelle e
t; st le
agea sur le chemin qui mêne à la t fit une centaine de pas en remontant vers Frémicourt, Il se trouvait en face de cette fosse ronde trèés-profonde que les habitants du pays appellent le Trou-Merlin.
I choisit l'endroit le plus sombre et se coucha tout au bord de l’ean dans une touffe d’osier blanc. De là, sa vue, passant sous les branches pendantes des vieux saules, pouvait s'étendre à une assez grande distance et découvrait la passerelle éclairée par la lune,
— Allons, se dit-il, je suis parfaitement bien installé. Si, comme j'ai quelque raison de le supposer, le soi-disant fantôme vient de la rive gauche et passe sur la rive droite, il traversera la rivière sur 1 inanquer de le voir,
Et, Jeen Renaud, assez mal à son aise dans son lit d'osier, attendit, Plus d'une heure s’écoula, L'horloge du clocher de Frémicourt avait sonné onze heures. Malgré la grande patience dont il était doué, Jean Renaud commen çait à trouver qu’il faisait une faction un peu longue.
— Îl est vrai, pensait-il, que c'est à minuit seulement que se montrent les fantômes. Attendons encore. Si, à minuit, je ne vois rien arriver, c’est qu'il n'y aura pas d'apparition cette nuit, Alors je m'en irai tranquillement me coucher dans la maison du berger. Et la nuit prochaine je reviendrai ici me mettre à l'afût, Je ne crois pas aux revenants, moi; mais ii y a sûrement une pauvre femme, une folle, sans doute, qui court la nuit par la vallée ; je tiens à savoir. ,,
Le reste de la phrase mourut sur ses lèvres.
Une embre venait de se dresser sur la passerelle, qu’elle traversa rapidement.
a passerelle, Dans ce cas je ne puis
Mais, frappée Par un rayon de la lune, Jean Ren Connaïtre une femme.
— C’est elle, murmura-t-il, c'est ] Soir au secours de Rouvenat
aud avait eu le temps de re-
à pauvre femme qui nous a appelés l’autre
P Son cœur se mit à battre très-fort, 1 b VITI—LA poursurre Jean Renaud s'était levé, prêt à sélancer sur les traces de l'apparition, if L tendit l'oreille, Un bruit de pas Se rapprochant lui annonça qu'elle venait de Let son côté, Ne faisant qu'un avec le tronc tordu d’un saule, il attendit, saisi d’une angoisse poignante, Son front s'était subitement cou vert de sueur. ct La femme Passa rapidement devant Ini, les cheveux emmèlés, épars, tombant en désordre sur ses épaules, agitant fiévreusement ses bras au-dessus de sn tête, ét — Où va:t-elle? se demandat.il. se I! résolut de le savoir : pour cela, il fallait agir prudemment et la suivre c ‘sans qu'elle s'en doutât. L'essentiel était de ne pas l’effrayer. Quand elle fut à trente ou quarante pas de lu, il s’élança à sa poursuite. Elle allait vite, mais Jean Renaud a ait de bonnnes jambes aussi : il s'arrange de da façon à maintenir entre eux la même distance. À chaque instant il la voyait disparaître derrière un buisson ou un bouquet d'arbres ; il n'en était nullement inquiété, bien certain qu'il là verrait reparai A) tre au bout d’un instant sous la clarté de la lune, 0 Elle traversa une seconde fois la Sableuse sur le pont de pierre ; mais, au pit eu de suivre le chemin de Frémicourt, elle s’élança de nouveau à travers la me Prairie, comme si elle eût craint de s'approcher trop près des maisons du village. je. Maintenant, il n'y avait plus d'arbres, plus de buissons, plus d'accidents de ‘terrain pour la dérober aux yeux de Jean Renaud. Li lune versait toute sa le « lumière sur cette partie de la vallée. rée Redoutant qu’elle ne l'aperçût, Jean Renaud ralentit subitement sa marche, vre et bintôt la distance qu'il avait maintenue eutre eux fut doublée. La précau- n'a tion n’était pas inutile, car elle se retourna plusieurs fois afin de s'assurer mai qu'elle n’était Pas suivie, Elle ne vit rien, parce que Jean Renaud se trouvait } en dehors du cercle que sa vue parcourait. le r Elle tourna ainsi autour du village. Puis elle se jeta tout à coup dans un chemin creux et disparut, cho Jean Renaud arriva à son tour dans le chemin creux. Alors il se demanda \ avec une mauvaise humeur évidente s'il ne s'était pas livré à une poursuite sn t inutile, J Toutefois, après un moment de réflexion, et bien que le chemin conduisit au D'u village, il fut convaincu que le fantôme l'avait suivi, Le courage lui revint. Et = comme il n'avait plus à craindre d’être aperçu, il reprit sa course en redoublant faire de vitesse. E Soudain:il s'arrêta brusquement, frappé de stupeur. Jeai I vit, à vingt pas de lui, le fantôme ouvrir la grille du cimetière et se glis- .. ser dans l'enclos des morts. Certes, plus d'un à la place de Jean Renaud se U serait enfui avec épouvante, ne doutant plus qu'il ne fût en présence d’un = revenant ou d'un de ces vampires dont on avait parlé dans la soirée, Jean Re. tueu naud resta un instant paralysé par la surprise. Îl était sous le coup d’une émo- vous tion extraordinaire ; mais ce qu'il éprouvait ne ressemblait nullement à ln pour Mall que
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an Renaud se présence d’un irée, Jean Re.
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peur. Pourquoi l'ètre qu'il poursuivait venait.il de pénétrer dans le cimetière Il se le demanda, la main a] puyée sur son front brûlant.
Une clarté soudaine se tit dans sa pensée, Un brilla dans son regard.
— Oh ! si c'était elle, si c'était elle ! murmura-t-il,
Il marcha précipitanment vers ln porte du cimetière et y entra à son tour. Lentement, faisant le moins de bruit possible, il se dirigea vers le coin de la nécropole où reposait le corps du jeune homme assassiné,
Un gémisssement arriva à son oreille et 1l vit l'ombre se rouler et ze tordre: convulsivement sur la tombe.
Il ne doutait plus. Cette femme, dont la voix avait produit sur lui un effet étrange, cette malheureuse, qui errait toutes les nuits dans la vallée aux environs de Ja ferme, que les habitants de Frémicourt prenaient pour un fantôme, c'était Lucile Mellier,
Il s’'approcha encore et s'arrêta à deux pas d'elle,
Lucile se traîna sur ses genoux et ses mains jusqu'à la pierre, Elle l'étreignit dans ses bras et la couvrit de ses larmes.
Jean Renaud entendit qu'elie disait :
— Quand donc dormirai-je à non tour du sommeil qui n’a pas de réveil Ah ! je reviendrai ici toutes les nuits, c'est près de toi, Edmond, c’est la tête posée sur cette pierre que je veux mourir! Dieu finira par me prendre en pitié... Depuis si longtemps que j'appelle la mort, pourquoi lui défend-il de me frapper . | trouve donc que je n'ai pas encore assez souffert ? Veut:il que
Je me tue moi-méme !
I] me repousse, il m'a condamnée, j'appartiens à l’enfe-!... Oh ! l'enfer ! je le connais ; il n’a pas de plus épouvantables tortures que celles que j'ai endurées sur la terre... Eh bien, puisqu'il le faut, je me tuerui, je veux me délivrer de la vie, Il importe peu que je meure d'une façon où d'une autre : je n'ai plus rien à espérer dans ce monde, rien à espérer dans l’autre : je suis maudite, maudite, maud'te !
Elle se redressa en proie à une grande exaltation, des lueurs étranges dans le regard.
— Cette pierre est dure, reprit elle d’un ton farouche, un peu de courage, un: choc, et je me brise la tête ; et tout est fini pour moi...
Voulant joindre l'action à la parole, elle se disposa à frapper la pierre avec sa tete,
Jean Renaud n'avait plus à attendre, le moment de se montrer était venu. D'un bond il se jeta devant elle et la saisissant par le bras :
— Malheureuse ! dit il avec un doux accent de reproche, que voulez-vous faire ?
Elle poussa un cri rauque, étranglé, et ses yeux ardents s'arrêtèrent sur Jean Renaud avec une fixité effrayante,
— Laissez-moi, laissez-moi, dit-elle sourdement, en cherchant À se dégager.
Un tremblement nerveux la secouait violemment.
— Vous voudriez prendre la fuite, répondit Jean Renaud d’une voix affectueuse ; vous auriez tort, car J'ai des choses très-sérieuses, très-importantes à vous dire, Quand vous m'’aurez entendu vous comprendrez que ce n’est pas pour augmenter vos jours de souffrances que Dieu éloigne de vous la mort, Malheureuse enfant, c’est au moment où, désespérée, vous songez au suicide,
que Dieu, vous prenant enfin en pitié, vous envoie la consolation, vous promet. les joies les plus pures,
éclair de joie, de bonheur,
— Mensonge, mensonge ! exclama-t-elle avec égaremient.
-— Je vous jure que je dis la vérité, répliqua tristement Jean Renaud.
— Mais qui étes-vous doné, vous, qui me parlez ainsi ?
— Je suis un des meilleurs amis de Lucile Mellier.
Elle fit un brusque mouvement en arrière,
— Taisez-vous, taisez-vous, fit-elle d’une voix sombre, il n'y a plus de Lucile Mellier ; je suis la maudite, entendez-vous, la maudite !
— Lucile, demain, si vous le voulez, votre père vous ouvrira ses bras pater els : le malheureux se cramponne énergiquement à la vie parce qu’il attend votre retour avec angoisse et qu'il veut vous bénir avant de mourir.
Elle le regarda comme si elle n'avait pas compris ses paroles, Puis secouant la tête :
— Vous ne m'avez pas dit votre nom, reprit-elle,
— Lucile, autrefois vous m’appeliez votre ami : mais je comprends que vous ne me reconnaissiez pas, puisque Jacques Mellier et Pierre Rouvenat ne n'ont pas reconnu. Lucile, j'ai été malheureux aussi et je n'ai jamaus désespéré. Celui qui repose sous cette terre que foulent nos pieds est mort ‘dans mes bras en prononçant votre nom chéri. Pendant près de dix-neuf ans, pour lui, pour lui, pour vous, Lucile, pour votre père, j'ai porté la casaque d'un forçat.
— Jean Renaud, vous! s’écria t-elle d’une voix frémissante.
— Oui, Lucile, je suis Jean Renaud ; mais j'ai changé de nom. A Frémicourt on im’appelle le mendiant Mardoche,
— Mardoche ! pourquoi ce nom ?
—- Ce serait trop long à vous expliquer, Lucile ; mais plus tard vous com prendrez, vous devinerez.
La malheureuse baissa la tête avec accablement,
— Jei, dans le cimetière de Frémicourt, prononça-t-elle d’un ton lugubre, trois victimes de Jacques Mellier : un mort et deux vivants !
— ÎT faut oublier le passé, Lucile, et ne plus songer qu'à l'avenir.
— Jean Renaud, répliqua:t-elle, il vous reste une fille, une fille charmante, — deux fois déja je l'ai aperçue, — vous pouvez penser a l'avenir, Moi, je n'ai plus rien à espérer.
— Jiucile, vous avez un fils.
— Perdu ! murmura-t elle avec un accent douloureux.
Et un géruissement s’échappa de sa poitrine,
— Lucile, vous n'avez done pas compris pourquoi je vous disais tout à l'heure que vos jours de souftrances étaient passés ? Oui, vous avez perdu votre fils, ou plutôt vous avez été séparés, le jour ou vous êtes tombée mourante dans la neige sur la route de Vesoul à Gray,
— Comment savez vous cela ! s'écria-t-elle avec agitation.
— Vous alliez mourir, continua-til, quand des saltimbanques, passant sur la route, vous relevèrent.
— Ah !'oui, grommela t-elle entre ses dents serrées, les saltimbanques... des misérables ! Ils m'ont volé mon fils ! Qu'en ontils fait, les infâmes ?
— Lucilé, l’un de ces malheureux, le plus pauvre, le plus infime, appelé Jérôme Greluche, # recueilli votre fils...
— Il me l’a volé, avec l'or de Rouvenat ! exclama-t-elle, les yeux hagards.
. — Écoutez.moi donc, Lucile : Greluche, le saltimbanque, n’a pas fait de votre fils un saltimbanque : il l’a élevé et a eu pour lui l'affection d’un père. Aujour d'hui, votre file est un beau jeune homme, très-distingué, instruit, honnîte, plein de cœur, ayant des sentiments élevés... :
près dère vien fatal] ètre de je ne Jean vécu l'esp mon la nt aux
Te semb déch:
Je vous
exist.
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n Renaud.
a plus de Lucile
a ses bras pater rce qu'il attend iourir,
s. Puis secouant
iprends que vous Juvenat ne n'ont désespéré. Celui lans mes bras en our Jui, pour lui, forçat.
un. À Frémicourt
tard vous com
un ton lugubre,
venir.
fille charmante, nir, Moi, je n'ai
sais tout à l'heure rdu votre fils, ou ourante dans la
les, passant sur
imbanques... des fâmes ?
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yeux hagards.
pas fait de votre un père. Aujour nstruit, honnête,
LA MALÉDICTION D'UN PÈRE all
— eg
— Jean Renaud, Jean Renaud, prononça-t-lle d'une voix haletante, mon fiis existe donc encore ?
— Oui.
— C'est bien la vérité, vous ne me trompez pas ?
— Pourquei vous tromperais-je, je vous le demande ?
—- Ah! je ne sais pas... Ils m'ont menti si souvent, eux !
— Qui, eux ?
— Les saltimbanques.
— Lucile, calmez vous, Jean Renaud vous aime et vous respecie, il ne voudrait pas vous tromper ; oui, votre fils existe ; sur la mémoire de ma pauvre Geneviève, sur le bonheur de ma fille, je vous le jure !
— Jean Renaud, je vous crois; oui, je veux vous croire, Ah! si dans un but quelconque vous ne me disiez pas la vérité, si vous me trompiez
Elle se laissa tomber sur ses genoux et éclata en sanglots,
— Comme elle à dû souffrir ! pensait Jean Renaud.
11 la prit par le bras et l’obligea à se relever.
— Venez, Lucile, venez, lui dit:1l, nous allons parler de lui.
Et il l’entraîna, [ts sortirent du cimetière. Puis, marchant lentement, l’un près de l’autre, ils suivirent le chemin creux. Pendant quelques minutes ils gardèrent le silence. Lucile parla la première,
— J'ai la tête en feu, dit-elle, mon cœur bondit dans ma poitrine ; mais i vient de se produire en moi, tout à coup, un grand calme, Depuis cette nuit fatale, où je suis tombée sur la route, je n'ai pas éprouvé un semblable bienètre : c’est comme un baume que vos paroles ont versé sur les plaies saignantes de mon cœur! Mon fils existe!... Mon fils existe !.., Ah! il me senble que je ne sens plus peser sur moi la malédiction de mon père et celle de Dieu !.…. Jean Renaud, je n'ai jamais perdu la raison, mais depuis bien des années j'ai vécu dans une sorte de délire continuel, un désordre, un trouble étrange dans l'esprit; je ne pouvais plus réfléchir ; une seule idée m'était restée, celle de mon malheur ; je n'avais plus qu’une pensée, mon fils, mon Edmond ! Le jour, la nuit, sans cesse, je me croyais poursuivie par des démons hideux, des furies aux ongles crochus, implacables tourmenteurs acharnés après moi,
Tout à l’heure, au chnntière, j'ai ressenti une commotion violente : il ma semblé que mon crâme s'ouvrait ; puis quelque chose comme un voile épais s’est déchiré, et j'ai complètement repris possession de moi-même,
Jean Renaud, parlez-moi de mon tils ! Oh! oui, parlez-moi de lui... Je puis
vous écouter, j'aurai la force de vous entendre, Comment savez-vous quil
existe 3
Je l'ai vu.'
— Vous avez vu mon fils ?
— Oui mais vous aussi, Lucile, vous l'avez vu la semaine dernivre.
— Que me dites-vous ?
— Lucile, vous n'avez pas oublié que Rouvenat à été précipité dans le vieux puits...
— Par le père et le fils Parisel, les mirérables !...
— Vous étiez la, vous avez vu commettre le crime ?
— Je suis arrivée près du puits, une minute trop tard! mais Rouvenat a été sauvé, je le sais,
— Grâce à vous, Lucile, qui avez appelé à son secours. À vos cris, deux hommes sont accourus et se sont trouvés tout à coup devant vous.
— Oui, je me souviens.
— Lun de ces hommes, c'était moi.
— Et l’autre, Jeun Renaud, l’autre ?
— C'était Edmond, votre fils.
— Mon fils ! mon fils ! s'écria-t-elle : et je ne l’ai pas reconnu !
Elle s’appuya chancelante sur l'épaule de Jean Renaud. Son regard devint
rayonnant et elle leva vers le ciel son visage radieux empreint d’une reconnais
sance infinie, IX—PAUVRE LU iLE !
Au bout d’un instant Lucile reprit :
— Jean Renaud, le voile dont je vous parlais tout à l'heure était enc devant mes yeux ; et puis, après avoir cherché mon fils si longtemps, rien ne pouvait me faire supposer qu’il fût si près de moi. A ce moment, le danger que courait Rouvenat m'avait fait oublier toute prudence : J'avais, je crois, complete. ment perdu la raison. Je n’eus pas le temps de voir le visage de mon fils, je ne vis que votre longue barbe... Que vous ai-je dit? Je ne me le rappelle pas, Mais, j'étais à peu près certaine que si mon vieil ami pouvait être sauvé, il le serait par vous ; je m’éloignait rapidement dans la crainte d’être reconnue, Ainsi, le vieux serviteur de mon père, le seul être au monde qui me soit resté dévoué dans mon malheur et qui ne m'a pas oubliée, le bon Pierre Rouvenat à été sauvé par vous et par mon fils !
— En cette circonstence, Lucile, la conduite de votre fils à été admirable : c'est à lui, surtout, que Rouvenat doit la vie.
— J'en remercie le ciel ! l'enfant paye la dette de reconnaissance de sa mal. heureuse mère, Maintenant, mon brave Jean, j'ai bien des questions à vous adresser et vous avez bien des choses à m'apprendre, Dites-moi, d'abord, comment mon fils est venu au Seuillon, comment il a pu se faire connaître, Pierre est bon, il a ouvert ses bras à mon enfant ; mais mon pere, quel accueil lu a t-il fait ?
— Lucile, votre fils ne connaît encore qu’une partie du secret de sa naissance ; pour des raisons que je vous expliquerai, j'ai cru devoir lui cacher que sa mère se nomme Lucile Mellier et qu'il est le petit-fils du riche propriétaire du Seuillon. Il n’est pas entré à la ferme, et deux fois il s’est trouvé en présence de Rouvenat, qui ne l’a pas reconnu. Il sait que son père à été assassiné, — c'est moi qui le lui ia dit, — et il croit, comme tout le monce, que l'assassin est Jean Renaud,
— Mais où est-il, où est-il ?
— Le surlendemain du jour où vous l’avez vu, Lucile, il est retourné à Paris
—- À Paris? s’écria-t-elle d’un ton plaintif.
Rassurez-vous ; il m'avait laissé son adresse ; cette adresse, je l’ai donnée à Rouvenat, hier, en lui apprenant que le fils de Lucile Mellier, qu'il cherche depuis plus de treize ans, était venu à Frémicourt, était passé comme un étranger devant le Seuillon et avait eu le bonheur de lui sauver la vie.
— Âiors !
— Je n'ai pas besoin de vous dire sa joie : ce matin même, Rouvenat est parti pour Paris.
— I] est allé chercher mon fils ?
— Oui, il le ramènera.
— Mon père sait:il?...
— Jacques Mellier attend son petit-fils.
qi
connu !
Son regard devint
int d'une reconnai:-
heure était encore longtemps, rien ne
ment, le danger que s, je crois, complete.
ze de mon fils, je ne ne le rappelle pas, uit être sauvé, il le e d’être reconnue, le qui me soit resté
Pierre Rouvenat à
s à été admirable :
aissance de sa mals questions à vous -moi, d'abord, comeconnaître. Pierre quel accueil lui à
2cret de sa naissanlui cacher que «a che propriétaire du rouvé en présence à été assassiné, — », que l'assassin est
st retourné à Paris se, je l’ai donnée à Iier, qu’il cherche é comme un étran-
a vie.
me, Rouvenat est
— Ah! je n'ai plus rien à demander à Dieu.
— Espérant toujours que vous reviendriez, Lucile, jour, n’a point voulu faire de testament, Cependant,
sort, et dans cette pensée que la mort av hier, entre Jacques Mellier et Pierre ce dernier, ramenant votre fils reconnaîtrait comme son fils
— Ah ! mon père veut fair Renaud, c'est très-bien ?
— Seulement, les intentions de
—- Pourquoi ?
— Parce que vous existez, Lucile, e que Sa fortune ne tombe entre ] coquins,
-— Vous pouvez dire des scélérats, Jean Renaud.
— Rouvenat n'a pas voulu les faire punir; à mon avis, il a eu tort. Quand ils verront l'héritage de Jacques Mellier leur échapper ils vont hurler de rage. C'est un châtiment comme un autre, Toutefois je suis inquiet, ils n'ont pas quitté le pays.
— Je le sais.
— Vous les avez revus ?
— Oui; le fils rôde toutes les nuits aux environs de Ja ferme.
— Est-ce qu'ils oseraient encore ?.…
— Îls méditent certainement quelque nouveau forfait, Jean Renaud, savezvous que François Parisel s’est épris de votre fille ?
-- Oui, répondit.il sourdement.
— Pour satisfaire sa passion insensée, le misérable ne reculerait pas devant le faut veiller sur votre fille, Jean R rats tout est à redouter.
Le regard de Jean Renaud eut un éclair terrible.
— J'ai encore les poignets solides, Lucile, à mon enfant, je l'étranglerais à ces gens-là... Je sens déj
— Vous avez raison, à nous dire...
— Lucile, père ?
votre père, jusqu'à ce très-incertain sur votre ait pu vous frapper, il a été décidé Rouvenat, que,aussitôt après le retour de , Jacques Mellier ferait appeler son notaire et et unique héritier Edmond Mellier.
e cela? dit-elle avec émotion : c’est très-bien, Jean
votre père vont être modifiées,
t qu'il n'a plus à craindre, maintenant, es mains des Parisel, qui sont de véritables
brutale, il est capable de tout oser ; crime, En l'absence de Rouvenat, il enaud, Je vous le dis, avec de pareils scélé-
dit-il ; si François Parisel touchait mes mains Mais, tenez,ne parlons pas de:
à que mon sang bout dans mes veines.
Jean Renaud, nous avons des choses plus intéressantes
voulez-vous que je vous conduise immédiatement près de votre
— Non, non, répondit-elle avec un mouvement de terreur. - Ï se repent de ce qu'il a fait : ce n’est plus vous qu’il maudit, mais son aveugle fureur qui à causé votre malheur, Il à cruellement expié son crime ; le remords et la douleur ont fait de lui un martyr... Depuis que vous êtes revenue das le pays, l’avez-vous aperçu ?
— Oui, une fois, de loin,
— Vous l'avez trouvé bien changé, n’est.ce pas ?
— Oui, bien changé !
— Jacques Mellier n’est plus que l'ombre de lui-même.
— Vous croyez donc qu’il me recevrait ?
— Je viens de veus le dire, il se repent ; il se repent surtout d'avoir été sans. pitié pour sa fille. Lucile, votre père vous ouvrira ses bras, il est prêt à s’humi-. lier devant vous ; après vous avoir frappée de sa malédiction,il vous bénira,
— Jean Renaud, il m'a chassée !
— Il se repent, vous dis-je, il se repent !... D'ailleurs, le jour où vous avez quitté le Seuillon, il y a de cela dix-neuf ans, Jacques Mellier était fou !... Lucile, votre père s’est montré impitoyable, vous serez indulgente. Il vous aimait, il vous adorait ; il a cru que son ressentiment avait étouffé sa tendresse ; allons donc, est-ce que l'amour paternel peut-être détruit ainsi par une faute commise ? Si cela était, que de malheureuses jeunes filles trompées, égarées, souvent victimes, et presque toujours coupables seulement par ignorance ou par faiblesse, seraient à jamais perdues ! Mais, dans ce cas, il faudrait désespérer de l'humanité. Non non, votre père n'a jamais cessé de vous aimer,il vous aime toujours. Aujourd'hui, sa plus grande douleur, son plus cruel tourment est de vous avoir repoussée dans un moment de colère et de n'avoir point compris que son devoir était de vous plaindre, de vous consoler et de vous offrir un refuge dans son cœur!
La pauvre femme pleurait silencieusement.
— Jean Renaud, reprit-elle après un moment de silence, j'avais juré que je ne rentrerais jamais sous le toit, de mon père ; mais le malheur a vaincu mu fierté. Je suis bien changée aussi, allez ; la pauvre Lucile d'aujourd'hui ne ressemble guère à la demoiselle du Seuillon d'il y à vingtans ; la douleur m'a brisée, je suis sans force, je n’ai pius de volonté ; depuis longtemps j'ai senti le néant des choses humaines, j'ai rougi de mon stupide orgueil et je me suis humiliée devant Dieu, qui avait fait de moi une de ses plus malheureuses et plus chétives créatures. Jean Renaud, je n'ose pas dire qu'aucune femme au monde n’a autant souffert que moi; mais je crois qu'il y en a peu, pas une peut-être, qui ait été plus digne de compassion.
Dieu a eu pitié de moi; non-seulement il m'a conservé mon fils, il me le rend Ah! c’est un bonheur sur lequel je ne comptais plus. Je ne saurais vous dire ce que je ressens en moi, rien ne peut l’exprimer. Je ne me souviens déjà plus que j'ai souffert ; je croyais avoir versé toutes mes larmes, et, cependant, vous le voyez, je pleure encore! Mais ce sont des larmes de bonheur. Vos bonnes paroles ont enivré mon cœur, rasséréné ma pauvre âme meurtrie et défaillante, et fait pénétrer dans tout mon être un ravissement céleste.
Vous êtes arrivé à temps, mon ami, mon courage était épuisé; écrasée par le malheur, ne croyant plus qu’il me fût possible de vaincre la fatalité, le désespoir allait accomplir son œuvre épouvantable, Votre voix a dissipé les ténèbres
de ma pensée, l’hallucination m'a quittée comme par enchantement, les effroya-
bles monstres qui me torturaient se sont enfuis, je ne les vois plus, je ne les entends plus... Je sens que je respire plus facilement, mon âme n'a plus de sombres terreurs.
Comme cette nuit est belle! Je vois au-dessus de nos têtes scintiller les étoiles, et il me semble qu’elles me sourient. Un nouvel horizon, tout illuinis né, s'ouvre et s'élargit sous mes yeux.
Mon Dieu! mon Dieu! vous avez eu pitié de moi, vous me rendez mon fils, soyez béni !
Tout à soup elle s'arrêta ; puis saisissant le bras de Jean Renaud :
— Nous sommes sur le chemin du Seuillon, dit-elle ; où me conduisez-vous À — Chez votre père.
Elle tressaillit.
— Non, pas ce soir, fit-elle,
— Pourquoi ?
— Quel jour Rouvenat doit-il revenir avec mon fils?
zain à Ci SOU m'a Ren.
E] talit tem} E; eure, était et du
ur OÙ vous avez r était fou !...
nte. Il vous aiffé sa tendresse ; i par une faute ompées, égarées, ar ignorance ou | faudrait désesus aimer, il vous
cruel tourment avoir point con:
t de vous offtir
wvais juré que je 1 à vaincu mx jourd’hui ne res.
la douleur n'a mps j'ai senti le ++ je me suis hueureuses et plus femme au monde s une peut-être,
ils, ilme le rend saurais vous dire iviens déjà plus cependant, vous ur, Vos bonnes ie et défaillante,
isé ; écrasée par fatalité, le désesssipé les ténèbres
nent, les effroya-
plus, je ne les me n'a plus de
es scintiller les zon, tout illumis
rendez mon fils,
enaud :
conduisez-vous ?
1] est arrivé ri 4e da da LE À nee pute ce soir à Paris, 11 peut être de retour demain soir, Dans . us 11 ne peut être absent plus de trois jours MS 1 ) . * . $ “ * È ° EP - jen, mon ami, je Jour où mon fils entrera au Seuillon, conduit par rré Rouvenat, Lucile Mellier prendra votre mai ‘ous sui nd prendra votre main et elle vous suivra chez » “ ñ à u * à à F. Q Li sa da: © ne veux rentrer à la ferme que quand mon fils y aura été reçu. 4 ne comprends pas votre pensée s — Oh! ce n’est po éflance, di i ! be int de la défiance -elle vivement : j'ai ï A P Eros la défiance, dit-elle vivement ; j'ai en vous une con- Her ec yez:le ; mais je désire que Rouvenat et mon fils soient présents, ens aussi à ce que, d'ici là, personne ne sache... — Que vous existez encore !
— Oui.
—- Je vous promets de rester muet, 11 faudr — C’est facile, — Comment ?
— Le jour je resterai ; i 4€ Je l'esterai couchée dans ce bois, : épais illi j NE ti Le pis ° d Hs AE, a plus épais du taillis, ce que je Ù S; le » S1 VOUS le voulez bien, mon ami, nous > He pAus , ! ù s nous ren- Contrerons et nous causerons de lui et d'eux = Jean Renaud secoua la tête, . — Lucile, chère Lucile, dit-il triste tinuer votre vie errante ?
Trois : ‘ < e jours as vite passés, répondit-elle avec un doux sourire — Non, non, cela n’est pas possi je Fr ne cela n’est pis FOSATALes Il y à deux chambres et deux lits dans & ai, Jerger ; nous y habiterons ensemble : c’est là | £ y h: Sensemble ; c’est là que nous attendrons le retour de Rouvenat, Me E "éfléchi ‘ + Elle rétléchit un instant ; puis elle répondit : — Soit, Je le veux bien, —— Ainsi, reprit-il, c'est dans le bois du Se depuis un mois ?
— Oui.
a vous cacher,
nent, auriez-vous donc l'intention de con-
uillon que vous vous tenez cachée
— Oh! inall i ! leureuse enfant ! ais € nt avez-v i 1. nfant!... Mais comment avezvous fuit pour
ee s A Sn st os . , ,
Le deux Premiers jours je me suis contentée de boire de l’enu : mais troisième, je sentis plus dur i Et CR Le Plus durement les atroces souffrances de la faim : pour les Ci nest mangeai des feuilles d'arbre et des racines
2. le est horrible, horrible ! murmura Jean Renaud. 7e ie un peu d'argent, continua-t-elle ; il me reste même encore une di- ; es a J'aurais pu aller chercher des provisions à Frémicourt, à Sueure,
A SU ee $ y + Attemont ; j'aurais pu également mendier, camme je l'ai fait bi Souvent depuis que j'ai été sé 4 : : le QU ee Re iue J'ai été séparée de mon fils; mais la peur d'être reconnue 4 ; no pe ‘ie Fe voulais pr -. Je serais plutôt morte de faim. 7 <4 CEUX pas de la maison de votre père! s’éeri: ‘eus ë
en tre pere! s'écria douloureusement Jean
ni
Elle poussa un profond soupir.
— Votre vois : > ? ç Ar fie Voix, mon bon Jean Renaud, ne m'avait pas encore Ait que ia faë (ns cesser de me poursuivre et que Dieu n'avait ratifié que pour un temps limité la malédiction paternelle,
Elle reprit :
Pas Le sie du quatriéme jour, je rencontrai le vieux Frémy, l'aveugle de Su- A ; sie . par son chien ; il revenait de faire une longue tournée, sa hotte sa joe e POIReRES de pain ; il y avait aussi quelques tranches de lard
u tromage. Je lui achetai la moitié de vos provisions, Il fut enchanté d’a-
o16 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE voir quelqnes pièces de monnaie, et moi j'avais assuré mon existence pour plus de huit jours,
Avant de nous séparer, lui pour continuer sa route, moi pour aller cacles mes vivres dans le bois, il fut convenu que tous les lundis, la nuit venue, j'irais le trouver à Sueure, dans sa cabane, et que je Ini achèterais une partie de ce qu'on lui aurait donné le dimanche, Voilà, mon cher Jean Renaud, conreent je ne suis pus morte de faim.
— Oh! Lucile, si votre père et Rouvenat savaient cela, ils mourraient de douleur ! “qe
— Jean Renaud, reprit-elle, est ce que mon fils demeure hläituellement à Paris ? e
— Ovi.
— T] a un état, sans doute, il travaille?.,, Pourquoi estii venu dans ce pays? Jean Renaud, le savez-vous ?
— Oui, Lucile, et je vais vous le dire.
Aussi brièvement que possible, il lui raconta ce qu'il savait de l'histoire d'El mond et de Jérôme Greluche,.
Elle l’écouta attentivement, sans l'interrompre une seule fois, mais non sans verser de douces larmes,
— La Providence n'a jamais cessé de veiller «ir mon tils, dit-elle, quan Jean Renaud eut fini de parler ; c'est elle qui l'a conduit à Naint-tran et ensuite à Frémicourt, où il vous a rencontré, mon ami, Ah! savoir qu'il ne m'a pas oubliée, qu'il m'aime, quelle joie pour mon cœur !
[ls étaient devant la maison du berger. Jean Renud ouvrit la porte, Tls entrerent, Après avoir allumé une lampe, Jean Renaud fit entrer Lucile duns la seconde pièce et lui dit:
— Voici la chambre qui à été mise à ma disposition, elle sera la vôtre : vous y serez aussi bien que possible, nul ne pourra y pénétrer sans votre pernrission, La porte qui ouvre sur le petit jardin a une elef et celle-ci se ferme en dedans au moyen d’une targette,
Vous devez être fatiguée, Lucile, continua-t-il ; aussi, malgré le désir que j'aurais de savoir, dès ce soir, quelle à été votre existence depuis le jour où, séparée de votre fils, vous avez été portée par les saltinbanques à l'hôpital de Gray, je préfère vous laisser reposer et dormir, Mais, demain, vous me raconterez cela, n'est-ce pas? Nous aurons toute l4 journée pour causer.
— Oui, mon ami, je vous ferai le récit de mes mistres, de mes souffrances : je ne vous cacheraiï rien, à vous, qui avez aussi beaucoup souffert, et qui, après avoir sauvé mon tils du désespoir, venez de rendre à mon âme la radieuse espé rance,
— Je serai levé de bonne heure, reprit Jean Renaud, j'irai à la ferme cher: cher un panier de provisions et nous déjeunerons ensemble,
Un doux sourire pass 1 rapidement sur les lèvres pâlies de la pauvre femme.
— Demuin, vous me verrez tout à fait calme, dit-elle ; je me serai préparée à la grande joie que vous m'avez promise ; mais j'ai besoin, je le sens, de quel ques heures de recueillement.
Puis, lui tendant la main :
— À demain, Jean Renaud, à demain, ajouta-t-elle.
Ils se séparèrent,
Jean Renaud se jeta tout habillé sur le lit du berger.
A genoux, au milieu de la chambre, la tête inclinée et les mains jointes, la pauvre Lucile pria avec ferveur.
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jains jointes,
LA MALÉDICTION DUN pie 917
X—L'EsPionxe L:
11 pouvait être une heure du matin, Jean Renaud dormait sommeil Lucile venait d'éteindre la lampe. Mais au moment de ms Jean Renaud, tout habillée sur le lit, elle éprouva le b de la nuit, Elle ouvrit la fenêtre et poussa les volets,
Alors elle respira à pleins poumons, Le regard laissant aller au charme d'une délicieuse réverie sorte d’extase, Un temps assez long s'écoula.
Soudain, un bruit de pas troubla le silence qui régnait autour d'elle, Instine tivement, elle se rejeta brusquement en arrière, Mais, réfléchissant aussitôt 8 ‘qu'elle n'avait rien à redouter, elle se rapprocha de la fenêtre et tendit l'oreille, fui
De nouveuu et plus près d'elle, elle entendit encore marcher. Puis, le bruit ‘Je pas ayant cessé, il fut suivit d’un chuchotement. REA
— Qui peut étre là à cette heure de la nuit se demanda-t.elle, fs
Une voix intérieure lui répondit : Les Parisel.
Elle jugea que les deux rôdeurs de nuit ven:
baute, épaisse et touftue, qui entoure le jardin, Mais était-ce rée deux cousins? Dans tous les cas, les deux personnages qui c ques pas d'elle, devaient ignorer berger.
Une fois déja elle avait entendu | parents, Elle savait, maintenant,
— Si ce sont eux, se dit-elle, ils doivent comploter quelque nouvelle infumie.
Mais les deux individus, qui s'étaient probablement assis derrière la haie, par laient à voix basse : elle ne pouvait rien entendre, malgré les efforts quelle faisait pour saisir quelques mots isolés,
La pensée lui vint de sauter dans le jardin par la fenêtre. Seulement, il ne lui était guère possible de le faire sans bruit, la distance qui la séparait du sol étant de près de deux mètres, Or, le moindre bruit pouvait faire fuir les cau- “eurs, Ce n'était pas ce qu'elle voulait.
La chambre était dans une obscurité longtemps et n'avait pas oublié cher longtemps. La clef était d ‘et, avec non moins de prudence qu'us grincement léger en tou
Les deux rôdeurs, ne se do tpier, n'avaient rien entendu.
Lucile s'avança lentement, re sûr le sol. Arrivée près de la h:
Dans la soirée, vers onz
d'un profond se jeter, com esoin de respirer l'air
plongé dans l'infini, se , elle tomba peu à peu dans une
ent de s'arrêter derrière la haie lement ses ausuient la, à quel.
qu'il ÿ eût quelqu'un dans la uaison du
à Conversation de ses deux misérabloee de quoi ils étaient capables,
complète, mais elle la connaissait depuis où se trouvait la porte. Elle n'eut pas à la cherans la serrure, Elle la tourna avec précaution * elle entrouvrit la porte, qui ne fit entendre nant sur ses gonds. Elle se glissa dans utant point, d'ailleurs,
le jardin, que quelqu'un pâût les
tenant sa respiration et posant ie, elle se coucha dans l'herbe, e heures, pendant que Jean Renaud, cachée au bord de la Sableuse, attendait l'apparition du fantôme du Trou Merlin, tout le monde dormant à la ferme, (Gertrude, l’espionne du beau Francois, chambre pour courir à son rendez-vous,
Le fils Parisel commençait à perdre patience.
— Pourquoi arrives-tu si tard? lui demanda.til d'un ton rude.
Ce n'est pas ma faute, répondit-elle, on ne s'est couché qu'à dix heures,
— Ah! c’est différent, Est.ce qu'il s'est passé quelque chose d’extraordinaire
su Seuillon !..,
à peine ses pieds
était sortie de sa
— Non. Mais il y a du nouveau.
— Parle, parle, parle vite,
— Voici, d'abord, pourquoi on s'est couché tard ; comme c’est demain la Saint-Pierre, le maître, après le souper, à fait monter du vin de sa cave, et il y a eu une petite fête,
En l'honneur de M. Rouvenat! fit François d’une voix creuse,
— La demoiselle a chanté,
Un affreux sourire crispa les lèvres de Parisel
— C'est bien, c'est très bien, dit-il avec une sorte de fureur, je n'ai pas ln soin de savoir cela, Tu viens de me dire qu'il y avait du nouveau à ln fevuie voyons,
— Hier, le vieux mendiant Muardoche est venu : Rouvenat l'a fait monter dans Ja chambre de ln demoiselle et il est resté pendant plus d'une heure en fermé avec elle,
— Oh! oh! voilà qui est singulier ? 11 faudra que je surveille ce vieux fou j'ai déjà une forte dent contre lui ; qu'il prenne garde !.., N'il me force a en trer dans sa tanière, il ne descendra plus dans la vallée,
— Le pauvre homme n'est pas bien dangereux.
— Il me déplait; d'ailleurs, je sais à quoi n'en tenir sur son compte,
— Que t'at-il donc fuit?
— Celu ne te regarde pas, As-tu pu savoir ce qui s'est passé eutre lui et Blanche ?
— Non, Mais, le soir, quand la demoiselle est descendue de sa chambre, était toute joyeuse,
— Qu'est-ce que cela veut dire? se demanda le beau François le front à sombri.
— Le maître et Rouvenat paraissaient aussi très contents, reprit la servante,
— Leur joie avait une cause. Laquelle? Est ce que tu n'as pas entendu quel ques paroles ?
= Rien, Tu sais comme ils sont : ils ne parlent jamais. Quand ils veulent causer, ils s'enferment,
— C'est vrai, grommela François en tortillant sa moustache ; c’est la maison du silence et du mystère.
— Mais ce n’est pas tout, Ce matin, Rouvenat est parti pour Paris.
Le beau François se redressa, une flamme dans le regard.
— Rouvenat est allé à Paris ? s'écria-t-il.
—- Oui.
— Pourquoi ?
— A l'exception du maître, et peut-être aussi de la demoiselle, personne ne le sait.
— Ah! voilà ce qu'il faudrait découvrir.
— Assurément, Rouvenat n'est pas allé à Paris pour rien. Mais il y a des affaires de toutes sortes, Oh ! c'est étrange !...
Et, la tête inclinée, la main sur son front, il parut réfléchir profondément. A chaque instant, une lueur sombre traversait son regard.
— Aujourd'hui, dit encore Gertrude, le maître a écrit au notaire de Naint- Irun.
— Au notaire, il a écrit au notaire! exchama le beau François abasourdi,
— J'ai vu la lettre, le facteur l'a prise en revenant de Civry.
Le paysan restait immobile comme foudroyé, les yeux hagards, les traits horriblement contractés, la bouche grimaçante, livide.
Tout à coup, sa physionomie changea d'expression, Ordinairement sournoise et dure, elle.avait, maintenant, quelque chose de féroce. Ses lèvres se tor-
tue
dan
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SAVOI nes |
ont
c'est demain lu de sa cave, et il
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ille ce vieux fou il me force à en 1h compte,
assé eutre lui ut » sa chambre, ( COÏS le front
reprit la servante, pas entendu quel:
uand ils veulent ,: cest la maison
our Paris.
selle, personne ne
a. Mais il y a des ir profondément.
notaire de Naintiçois abasourdi, ry.
hagards, les traits
linairement sour- . Ses lèvres se tor-
daient dans un sourire cruel.
Ses dents grinçuient,
— Ce qui se passait en lui devait être épouvantable,
— Blanche est joyeuse, murmura-t.il d'un ton gutturul, ris, Mellier a écrit à son notaire Eyae
În tremblement con ulsif secouait ses membres,
Rouvenat est à Pa Ah! je comprends...
— Quoi done? demanda timidement ln servante,
[I la regarda avec colére.
Elle se sentit frissonner : elle eut peur et fit trois pas en arrivre,
— C’est bien, c'est très bien, reprit-il avec un accent impossible à rendre, je porterai mes félicitations à la belle fiancée,
Et un rire sec, Strident,'écl de crécelle,
Gertrude, les yeux arrondis, bouche béante, plantée devant lui comme ui poteau, le regardait avec st upéfaction, Elle ne comprenait pus ; mais elle avait un vague pressentiment de quelque chose de terrible.
François resta un moment silencieux.
— La nuit prochaine, lui dit:il en buis:
— François, ton regard me fait peur, tu entrer la nuit dans la ferme ?
Il lui saisit le bras et le serra avec dans les chairs,
— Oh! tu me fais mal! s'écria-t-elle,
— Je t'ai déjà dit que je ne voulais pas être interrogé ; tu es trop curieuse, il faut te corriger de ce défaut, tu entends !
— C’est bien, je ne te demanderni plus rien,
— À la bonne heure Tu sais ce que j'attends de toi ? 1 minuit, tu m'ouvriras la petit: porte; cela fait, tu chambre,
— Mais... balbutia:t elle.
— Îl n'y a pas de mais, répliqua-t-il
Elle se mit à trembler,
— Tu m'as bien compris ? reprit-il,
— Oui,
— À minuit...
— J'ouvrirai la petite porte,
— Je serai dans le jardin.
— François, tu ne veux pas me dire... il me semble savoir...
— Rien, répondit-il brusquement.
— Prends garde, François, prends mes menacés d’un malheur.
— Je ne crains rien, répliqua-t-il sourdement ; il n'y à que les femmes qui ont peur. Toi, Gertrude, tu es un oiseau de mauvais augure,
— François, si j'ai peur, c’est pour toi,
— Allons donc, tu es folle,
— Je ne sais ce qui se passe en toi, François, mais ton regard m'épouvante,
I eut un nouveau rire de démon.
— François, j'ai dans l’idée que tu as envie de faire «
— Tais-toi, tais-toi, tu ne sais ce que tu du dis.
Elle secoua la tête et le regarda fixement, On aurait dit qu'elle cherchait à deviner le secret de ses pensées,
atr entre ses lèvres frémissantes, comme un bruit
Puis se rapprochant de la servante :
ant la voix, j'entrerai à la ferme.
quelle est ton idée ? Pourquoi veux
force ; ses doigts crispés s'enfoncuient
ä nuit prochaine, à retourneras dans ta
d’un ton impérieux, je le veux ?
pourtant que je devrais
garde, quelque chose me dit que nous som-
quelque mauvais coup.
oublie pas.
— Oui, à minuit.
— Bonsoir, Gertrude !
Il s’en allait déjà , elle courut après lui.
— François, lui dit-elle d’une voix hésitante, je suis tourmentée : je t'en prie, dis-moi pourquoi tu veux venir à la ferme la nuit prochaine ?
— Toujours curieuse, fit-il en fronçant les sourcils.
— Ce n’est pas de la curiosité, mais de l'inquiétude.
— Eh bien, lui dit-il d’un ton bref, il faut absolument que je sache pourquoi Rouvenat est allé à Paris; je veux le demander à Mlle Blanche.
— Elle sera couchée, elle dormira.
— Je la réveillerai.
— Et si elle ne sait rien ?
— Je suis sûr du contraire.
— François, en admettant que la demoiselle sache pourquoi son parrain est allé à Paris, elle refusera de te répondre.
— J'ai le moyen de lu faire parler,
— Dans ce cas, je n’ai plus rien à dire.
— Tu es satisfaite ?
— Oui.
— Te voila tranquillisée
— Un peu. C’est égal, François, c'est bien hardi ce que tu veux faire.
— Je le sais aussi bien que toi. Il est tard, séparons-nous.
— Encore un mot.
—— Dis vite.
— François, tu m'aimes toujeurs ?
— Certainement,
— Tu te souviens de ta promesse ?
— Oui, oui.
— Serai-je bientôt ta femme ?
— Quand mon père sera le maître au Seuillon, c'est convenu.
— Jure-le moi.
Il haussa les épaules avec impatience.
— Je te le promets, je te le jure ; c’est au moins la vingtième fois, dit-il froidement.
— Ah! François, si tu me trompais...
— Maintenant, voilà que tu dis des bêtises.
— Non, je te crois, j'ai confiance en toi : aussi, tu le vois, je fais tout ce que tu veux.
— En m'obéissant, en nous rendant service, à mon père et à moi, tu travail les aussi pour toi, Gertrude.
—C'est vrai.
—- Nous voulons l'héritage du cousin Mellier, il ne faut pas qu’il nous échappe. C’est pour cela que je ne recule devant rien.
— N'importe, Francois, sois prudent.
— C'est bien, Je sais ce que j'ai à faire. A demain ! Et il s’éloigna rapidement.
La servante se dirigea vers la ferme à pas lents, la tête baissée. Elle était oppressée, il lui semblait qu’un poids énorme pesait sur sa poitrine. Le beau François n'avait pas réussi à la rassurer complètement. Elle sentait
qu'il ne linstin de rais( le vérit Celu qui lat rasin,
— E t'a-t-ell vilée a
—E dre un
—J (IS, la imbécil devion:
a moiti ilyas jours r existen matin ( il est v Et on :
corde a nous dt nant il
— P un suic débarre
— qu'il nc et ne se empres
Le P
défie de précipit était to noncés ——N — À lente ;
emain à minuit,
ée: je t'en prie,
sache pourquoi LA
son parrain est
"eux faire.
e fois, dit-il froifais tout ce que , moi, tu travail qu’il nous échap: ssée.
t sur sa poitrine.
ent. Elle sentait
qu'il ne lui avait pas dit la vérité. Si elle manquait d'intelligence, elie avait l'instinct de la femme qui aime. [1 la prévenait d’un Canger. Mais, incapable de raisonner, elle ne pouvait s'expliquer ses terreurs et moins encore découvrir le véritable mobile qui faisait agir le beau François.
Celui-ci, quelques minutes après avoir quitté Gertrude, rejoignait son. père, qui l’attendait derrière les écuries de la ferme, couché dans un champ de sarrasin.