partie de sa troupe, d'entretien
ris de mon audace, Ce
otre moment : si vous avez quelque chose à me de iander, venez demain à dix heures à l'hôtel du Cheval-Blane.
Je me retirai. Je compris que, en effet, il ne pouvait p: travail.
Le lendemui:
me fit entrer:
5 se déranger de son
à dix heures, je me présentai à l'hôtel du Cheval Blanc Où
t le déjeuner, Je m'approchai uit fort redoutable et, inStinc
s la salle où Croquefer achevai de iui en sremblant. T1 me paraiss:
vais peur de lui.
— Ah !ah ! me dit-il avec une fausse bonhomie, c
est vous que j'ai vue hier; vous voulez me parler : de quoi s'agit-il? Est.ce que vous désirez vous engager
tivement, j'a-
LA MALÉDICTION D'UN PÈRE dans ma troupe? Vousavez déjà joué le drane ; voyons, quels rôles savez-vous ! Vous n'êtes pas trop mal, je vous ferai débuter, je vous...
— Est-ce que vous ne me reconnaissez pas ? l’interrompis-je.
Nes: yeux clignotèrent et se tixérent sur les miens.
— Votre figure ne m'est pas inconnue, me dit-il; mais je ne me rappelle pas où je vous ai rencontrée ; je vois tant de monde...
— Monsieur Croquefer, vous m'avez rencontrée à quelques lieues de Gray, sur la route, engourdie par le froid.
Il fit un mouvement brusque et écarquillant les yeux :
—- Quoi! c’est vous, s’écria:t il ; ainsi vous n'êtes pas morce ?
— Vous devez le voir.
— C’est vrai, fit-il, je viens de dire une bêtise ; je me crois toujours en conversation avec mon jocrisse.
— Monsieur Croquefer, depuis le jour où je suis sortie de l'hôpital de Gray, je vous cherche. °
— Hein, vous me cherchez?... Maïs je ne me cache pas, et je suis assez connu... Enfin, que me voulez-vous ?
— Ai-je donc besoin de vous le dire ?
— Je ne suis pas sorcier.
— Je viens vous réclamer mon enfant.
Il pâlit légèrement et se frappa le front.
— Et c’est pour me réelamer votre enfant que vous me cherchiez? me àcmanda-t-il.
— Oui, c'est pour cela. Vous n’ètes pas un méchant homme, vous ne voudriez pas me réduire au désespoir ; vous allez me le rendre, n’est-ce pas ?
—.Je me mis à ses genoux et je cherchai à l’'émouvoir par mes larines et les paroles qui me montaient du cœur aux lèvres.
— Mais je ne l'ai pas, votre enfant, je ne l'ai pas ! s'écria-t-il.
Je crus qu’il mentait. Je me redressai d’un bond et je lui dis avec colère :
— Si vous ne me le rendez pas immédiatement, je vous dénonce comme un voleur,
— Vous êtes folle ! fit-il en haussant les épaules.
— Oui, je suis folle, folle de douleur ; mais il me reste assez de raison pour prouver que vous m'avez volé mon enfant à Gray : je trouverai des témoins...
— Je lui dis les choses les plus dures ; j'étais exaspérée, hors de moï, je ne voulais rien entendre. Je devais être terrible dans ma fureur, car je fis trembler Croquefer, un homme que rien w'épouvante et qui semble être de marbre,
Cependant je me calmai, Alors le salthnubanque me jura qu'il n'avait point mon fils et me raconta conunent un homme de sa troupe, son paillasse, était parti avec l'enfant le jour même où l'on me porta à l'hôpital.
L! n’avoua qu'il avait eu, en effet, l'intention de garder mon tils, étant persuadé que j'allais mourir, Il n'avait jamais pu s'expliquer pourquoi son paillasse s'était sauvé avec lui; mais quand je lui eus dit que javais douze mille franes en or dans un sac de euir, il poussa une exclamation et se mit à frapper de grands coups de poing sur la table.
— Ah! le brigand, s'écria-t-il, je comprends, il s'est enfui avec le magot,
JL m'avait pris pour une pauvresse et il m'aflirina qu'il ignorait absolument que j'eusse une somme aussi importante, Ni lui, ni personne de sa troupe n'avait vu le sac de cuir,
— Soyez tranquille, me dit-il, nous retrouverons le voleur: vous pouvez con-
bon dira T un} son.
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Que m’importait l'argent? Je n'y pensais pas, C’est mon fils que je cherchais, c’est mon cher petit Edmond que je voulais retrouver.
: Depuis un instant, Croquefer me regardait attentivement, Une idée lui. était.
venue,
Il me emanda si j'avais une famille, de était ma position.
Je lui répondis que j'étais seule au monde e bie existence, depuis le jour où, cherche,
Il feignit une émotion qu'il n’éprouvait certainement pas. Il me plaignit avec un grand air de sincérité, parut s'intéresser vivement à mon malheur,me.
renouvela la promesse de me faire rendre mon enfant dès qu’il aurait retrouvé
Son ancien paillasse, et finit par me proposer de rester avec lui. Il me vit hésitante, Mais il eut raison de ma résistance en me parlant de mon fils, J'acceptai.
— J'ai besoin d’une servante, me dit-il, vous êtes tout à fait la femme qu'il me faut. Il y a le linge de ma troupe à raccommoder, à laver, à repasser, les Costumes à tenir en bon état, un peu de cuisine à faire ; VOus nous serez trèsutile. Je ne vous promets pas de gages, mais vous serez nourrie, habillée, vous. n'aurez plus besoin de mendier, A votre âge on ne peut pas être une mendiante, je m'étonne que les gendarmes ne vous aient pas déjà arrêtée plusieurs. fois comme vagabonde.
Le jour même j'entrai en fonctions. Lucile Mellier devenait la domestique d’un saltimbanque. Après avoir tendu la main pour recevoir le morceau de pain de la charité, je n'avais plus le droit d’être fière,
Je fis tout ce qui dépendait de moi pour satisfaire mon maître et mériter ses bonnes grâces. C’est un homme dur, très exigeant et trèsavare, Que vous dirai-je, mon brave Jean, il tit de moi une sorte de bête de somme,
Très-vaniteux et boutti d'orgueil, Croruefer se prend au sérieux et se croit un personnage. Despote, et cruel souvent, lorsque les affaires ne vont pas à
son gré, tous les malheureux qui vivent autour de lui tremblent sous son regard: ils obéissent comme un troupeau d'esclaves, Ce maître terrible abuse odieusement de son autorité, Je subis sa domination comme les autres misérables qui
+ ie,
ets de vous faire rendre.
S parents, ce que je faisais, quelle:
t je lui fis connaître ma déplora..
sortie de l'hôpital, je m'étais mis à sa re-
ë sont sous sa dépendance, Mais la pensée de mon fils me soutenait toujours, me donnait un courage surhumain et me faisait prendre mon mal en patience. Je comptais sur l4 promesse qu'il m'avait faite et je ne doutais pas de sa sincérité,
— Je lui disais souvent: Quand me rendrez-vous mon enfant ? — Patience, patience, me répondait-il, je saurai bientôt ce que mon ancien paillasse est devenu. — Je croyais qu'il faisait des recherches : Je n'avais aucune raison de penser qu'il voulût me tromper : je n'admettus pas qu'il pût me mentir, Et. pourtant, j'en ai acquis plus tard la conviction, il n’a jamais fait aucune démarche pour retrouver mon fils. I! avait besoin d'une domestique, je lui étais trèsutile, et, comme il ne me payait pas, il tenait à me garder longtemps.
Il se servait de mon enfant comme d'un appât pour me retenir. Et moi. pleine de confiance, je redoublais de zèle et d'activité pour lui être agréable ; je ne croyais pas pouvoir payer assez cher la joie que j'attendais de lui,
Croquefer doit être riche : mais, comme je vous l'ai dit, il est ayare, Que. fait-il de l'argent qu'il gagne ? Personne ne le sait, Sa troupe re compose géné. ralement de douze individus des deux sexes, Ils sont mal payés et n'ont, la plu
part du temps, que des guenilles à se mettre sur le dos. Ils travaillent, ils ont de droit d’exiger une partie de la recette de chaque jour. Mais ce que le patron leur donne est vite dépensé. J’ai eu l’occassion de remarquer que, plus on est misérable, moins on est prévoyant. Quand ils n’ont plus rien dans leur poches, comment vivent-ils? C’est un problème que je n'ai pu résoudre, Evidemment, ils doivent souvent pratiquer un jeûne forcé.
Quant à Croquefer, il ne manque jamais de rien ; il est toujours vêtu ‘<omme un bon bourgeois, et il couche et mange à l’hôtel.
Il devait me donner la nourriture et le vêtement. J'avais du pain et encore pas tous les jours.
Mon corps, heureusement, était depuis longtemps habitué aux privations Pour me vêtir, je me confectionnais moi même des habillements avec de vieilles étoffes jetées . 1 rebut et qu'il daignait mettre à ma disposition. Il croyait se montrer ainsi très généreux et agir avec munificence,
Tel est le maître que, dans l'espoir de retrouver mon enfant, je m'étais condamnée à servir. Je n'avais plus de volonté, j'étais tombée dans une sorte d'apathie, et il avait fait de moi une machine, un automate.
Malgré ma docilité et les efforts que je faisais pour ne mériter aucun reproche, il lui arrivait souvent de m'adresser des paroles brutales ; il eut même un jour l'audace de me frapper. Quand la foule n’accourait pas à ses représentations, ce qui n’était pas rare, tous ceux qui l’entouraient avaient à en souffrir, Il fallait qu'il se vengeât du mauvais temps ou de l'indifférence du public sur quelqu'un. C’est sur moi que retombait le plus souvent sa mauvaise humeur,
Honteuse de ma servitude, prise de dégoût et voulant rompre ma chaîne, je le quittai plusieurs fois. Pendant un mois, deux mois et même plus longtemps, je m'en allais sur les chemins, à l'aventure, et, de nouveau, pour ne pas mourir de faim, je tendais la main. Mais, comme je n'avais aucun espoir de retrouver mon petit Edmond sans le concours de Croquefer, je me décidais à retourner vers lui et à rentrer à son service, toujours aux mêmes conditions. Je dois dire qu'il n’a jamais essayé de me décourager au sujet de mon enfant ; il me promettait, au contraire, de se livrer plus activement aux recherches qu'il faisait, soi-disant, et me jurant sur son honneur, par tout ce qu’il avait de plus sacré, que je reverrais mon fils, qu’il me le rendrait.
Croquefer promet et jure tout ce qu’on veut, les serments ne lui coûtent rien.
Un jour, il découvrit que je savais écrire et très-bien compter ; des lors il eut pour moi un peu plus de considération et me traita avec une certaine déférence.
Il faut croire que, jusqu’à ce moment, il n'avait vu en moi qu’une idiote ou une brute. Nous étions alors à Epinal. Il m'acheta chez un fripier un hubillement assez convenable, vendu par quelque femme de chambre. Sur son ordre, je dus travailler toute la nuit pour l'ajuster à ma taille,
Le lendemain, lorsque commencèrent les représentations, il m'installa sur l'estrade du théatre, assise devant une espèce de bureau, Sans transition, il m'é. levait aux fonctions de caissière ; pour me donner ce poste de confiance, il fallait qu’il fût bien sûr de moi et qu'il eût reconnu que j'étais incapable de mettre dans ma poche une partie de la recette, si minime qu’elle fût.
Ii paraît que, souvent, Îles femmes de sa troupe, qu'il chargeait de tenir la caisse, ne se gênaient pas pour prélever un droit sur la recette à leur pro: fit. La ladrerie de Croquefer pouvait justifier jusqu’à un certain point ces infidélités. Si ces pauvres saltimbanques ne sont pas toujours très- scrupuleux, si leur honnêteté, leur vertu est véritablement vulnérable, on ne saurait dire
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qu'ils manquent absolument de probité, Si triste et si misérable que soit leur existence, il y a de bons sentiments chez la plupart d'entre eux.
—— Jérôme Greluche en est la preuve, dit Jean Renaud.
-— Celui-là n'est peut-être Pas une exception, répliqua Lucile : mais je ne YEUX pas comparer cét honnête et excellent homme, qui à élevé mon fils et lui à tenu lieu de père, aux saltimbanques que j'ai connus et avec lesquels il a vécu pendant plusieurs années,
Je reviens à Croquefer : je devins donc sa cui temps son humble servante,
Li lui arriva aussi d'exiger que je m'affublasse d’oripeaux afiu de figurer dans ses parades grotesques et sur les planches de son théâtre. Malgré mes répugnan- <es, mon horreur de ces exhibitiens, J'obéissais, Je faisais cela pour mon fils. Pour mon Edmond, je me serais laissé martyriser sans faire entendre une plair.te. D'ailleurs Croquefer me dominait complètement. J'étais son esclave comme les autres.
Cependant, il ne put jamais me faire consentir à jouer un rôle quelconque dans un !. drames.
Il 'em: 1 ‘our à tour la prière, ia manace, les -lus séduisantes promesses ; je resta: .iiexible,
De fuit, je n° crois pas que j'eusse été capable d'apprendre seulement vingt lignes par cœur.
Après avoir vainement essayé de vaincre ma résistance à ce sujet, il se lassa et finit par me laisser tranquille.
Pendant ce temps, les années s’écoulaient, et Croquefer ne me rendait pas anon fils, ainsi qu’il me le promettait sans cesse.
Si je vous disais tout ce que j'ai enduré depuis treize ans, je n’en finirais pas. «J'ai connu toutes les amertumes, toutes les angoisses, toutes les douleurs ; j'ai descendu, un à un, tous les degrés de l'échelle du malheur ; j'ai subi toutes les humiliations. Comment ai-je pu résister à tant de misères ? Je n’en sais rien. Depuis longtemps je devrais être morte.
Une seule chose en moi n’a pu être atteinte : mon honnêteté... Ah! contre lle, la fatalité elle-même ne pouvait rien. Il ne me restait que l'estime de moi-même. Si je l’eusse perdue, je n'aurais pas survécu à cette honte ! J'étais encore jeune, et toujours belle : en me donnart la beauté, la nature m'a fait an triste don ; plus d'une fois j'ai dû repousser d’odieuses tentatives. Mais pour ane garder, pour me défendre contre tous les périls, il y avait dans mon cœur l'amour maternel et le souvenir des vertus de ma mère.
Au mois de mai dernier, nous arrivâmes à Gray, quelques jours avant la foire.
Croquefer ne manque pas d'imagination. Atin d'attirer le public dans sa salle de spectacle, il invente toujours quelque chose de nouveau ; il appelle cela trouver un /ru6, Son plus grand souci est de composer une affiche à attraction, irrésistible, épalante : — ce sont ses mots. — Selon lui, l’attiche est tout. Sans ‘l'affiche pas de succès, pas de recetttes, Fiasco.
Or, pour la foire de Gray, il lui vint à l'idée d’avoir une femme sauvage. Le difiicile etait de Lx trouver, Mais Uroquefer n’est jamais eunbarrassé, Il saié que Îe public crédule n'y regarde jumais de trop près et qu’il peut impudemment lui montrer des femmes à barbe, des géantes et autres phénomènes qui n’en sont pas.
Avant même de m'avoir consultée, il décida que je serais sa femme sauvage, à laquelle il crut devoir me donner, dans l'intérêt de sa caisse, l’aimable qualité d'anthropophage.
ssière, mais je restai en même
Il vint me trouver. Je lui avais vu rarement l’air aussi joyeux, Son visage vermillonné, ses petits yeux clignotants, sa bouche en cœur, tout en lui exprimait le plus vif contentement.
— Avec de la patience on arrive à tout, me dit-il ; je suis enfin parvenu à savoir ce qu'est devenu mon brigand de paillasse,
— Et mon fils, m'écriai-je, existe-t.il encure ?
— Oui,
Alors je fus prise d’un accès de joie délirante.
I} me laissa le temps de me éalmer, puis il reprit :
— Votre fils est aujourd'hui un grand et beau garçon. Dans quinze jours au plus tard vous le verrez. Mais moi seul, vous entendez, la Pâlotte, — c’est le surnom qu'il m'avait donné, — noi seul aurai assez d'influence sur mon ancien paillasse pur lui faire dire où il se trouve actuellement. Done, bon gré, mal gré, le coquin vous rendra votre fils.
Je lui pris les mains et le remerciai avee effusion.
— Seulement, continua-t-il, si vous tenez à revoir votre fils, si vons voulez que j'agisse pour vous, il faut que vous me rendiez un service.
— Lequel!
— Je veux vous donner un rôle à jouer.
— Mais je ne peux pas, vous savez bien que je ne peux pas...
— Vous pourrez, répliqua-t-il presque durement ; d’ailleurs, je ne vous ferai rendre votre fils qu’à cette condition, Choisissez.
— Oh! vous êtes impitoyable, lui dis-je.
— Ou; où non, acceptez-vous ?
— Qu'est-ce que j'aurai à dire et à faire ?
— Rien a dire. Votre rôle consistera simplement à porter un costume de: circonstance. Vous paraîtrez sur le théâtre déguisée en femme sauvage.
Je poussai un cri d'horreur et de dégoût.
-— Îl me faut une femme sauvage, poursuivit-il, je l'annonce sur mon affiche, et je n'ai que vous pour jouer ce rôle magnifique, un nouveau {ruc qui nous fera faire des recettes superbes. Savoir jeter la poudre aux yeux, tout est là. C'esv le succès,
I me dit bien d’autres chose- ncore, dont je ne me souviens plus. Enfin, en employant successivement toures les ressources de son esprit adroïit et rusé et en me parlant de mon fils, il obtint de moi ce qu'il désirait. Je consentis à paraître sur ses planches en femme sauvage,
Il s’occupa lui-même de mon déguisement. Il me peignit les jambes, les bras: et me barbouilla la figure avec des couleurs. 11 m’habilla ensuite, je ne sais comment, me couvrit de verroteries, et c'est dans cet accoutrement, sous cette mascarade, qu'il me montra aux deux ou trois cents personnes qui remplissaient sa salle de spectacle,
Du moment que j'avais consenti à me laisser transformer en femme sauvage, j'aurais eu le courage peut.être de jouer ce réle ridicule jusqu'au bout, Mais tout à coup, dans la salle, parini les spectateurs, je reconnus Rouvenat. Il y avait à côté de lui deux belles jeunes filles qui me regardaient avec une curiosité pleine de coinpassion ! Que se passait-ii en moi ? Je ne saurais le dire, Mes. yeux se voilérent, le sang bourdonna dans mes oreilles. Prise par une sort de vertige, il me sembla que tout dansait autour de moi; je ne voyais plus que des figures grimaçantes, horribles ; j'entendais comine des hurlements,
Uroquefer voulut me faire manger un morceau de viande crue. — C'était dans mon rôle, — je le repoussai avec épouvante. [1 voulut me frapper pour me-
yeux. Son visaur, tout en lui
nfin parvenu à
quinze jours au lotte, — c’est le sur mon ancien + bon gré, mal
si vous voulez
je ne vous ferai
un costume de:
sauvage.
sur mon affiche, truc qui nous 1x, tout est là.
plus. Enfin, en droit et rusé et consentis à pa-
jambes, les bras:
uite, je ne sais nent, sous cette es qui remplis-
femme sauvage, ‘au bout. Mais Rouvenat. Il y avec une curio-
ais le dire. Mes.
ar une sort de /oyais plus que ements,.
crue, — C'était
rapper pour me-
forcer à obéir, Alors, je crois me le rappeler, je poussai un grand cri et je au’enfuis,
Une femme de la troupe, qui m'avait prise en affection, m'aida à me débarrasser du costume dont j'étais affublée,
— Croquefer est un menteur, il vous a trompée, me dit-elle ; il n’a jamais cherché à savoir ce qu'était devenu votre enfant : il vous a promis de vous le faire retrouver bientôt ; c'est faux, Je vous le répète, il ne sait rien, Il vous a menti pour vous faire consentir à jouer le rôle de Ja femme sauvage.
— Oh! le misérable, m'écriai je désespérée, Mais est-ce bien vrai ce que vous me dites ?
—Je n'ai aucune raison de vous tromper, moi, me répondit-elle ; Croquefer s'est inoqué de vous, Si je n'avais pas de la sympathie pour vous, je ne vous aurais rien dit; mais je suis bien aise que vous sachiez la vérité et à quoi vous en tenir sur toutes les belles promesses du patron.
Je repris à la hâte mon vêtement, et, sans avoir seulement pensé à me luver la tigure, je me glissai hors de la tente et ne sauvai à toutes jambes. Je fu yais Croquefer, avec l’idée bien arrêtée, cette fois, de me soustraire pour toujours à mon esclavage, Mais, hélas ! je n'avais plus d'espoir, En admettant que mon fils existät, je me voyais séparée de lui pour toujours ; il était à jamais perdu pour moi.
Je courus pendant deux ou trois heures à travers champs, sans même me demander de quel côté je me dirigeais. J'étais presque folle; je sentais plus vivement toutes mes douleurs, j'avais la mort dans l'âme. La pensée de mon fils ne me soutenait plus. Ce jour-là je songent au suicide, Si je me fusse trouvée at bord de la Naône, je me’ serais probablement jetée dans l’eau pour mettre fin à ma misérable vie.
Un peu avant le coucher du soleil, je m'arrêtai près d’une fontaine à l'entrée d’un petit village. J'avais complètement oublié le travail du pinceau de Croquefer. J'avais encore sur la tigure, les bras et les jambes des dessins bizarres, cherchant à imiter le tatouage de certains sauvages,
Je m'empressai de me débarbouiller et je parvins. non sans peine, à faire reprendre à ma peau sa couleur naturelle 11 ne me restait plus que le pénible souvenir d’avoir été un instant la grande reine des Okanda,
Pour une reprise, un raccommodage quelconque où tout autre petit service, que je leur renduis volontiers, les saltimbanques me donnaient quelques sous de loin en loin, quand ils le pouvaient, c’est à-dire quand ils avaient de l'argent. Grâce a ces libéralités, j'étais parvenue à wnasser une quarantaine de francs,
Comme je vous l'ai dit, mon cher Jean Renaud, cette somme m'a permis de vivre près du Seuillon, depuis bientôt deux mois, sans que je fusse obligée de mendier, ce que je n'aurais pu faire, dans la crainte d'être reconnue. Ainsi, si je n'avais pas eu cet argent, qui provient de mes économies de plusieurs années, ou je serais morte de fairn où j'aurais été forcée de m'éloigner du Seuillon. Je ne Vous aurais pas rencontré, mon ami ; au lieu de la lumière qui m'environne,
Je serais encore plongée dans les ténèbres, mon cœur ne se serait pas ouvert à :
l’allégresse et je ne verrais point s’avancer vers moi la radieuse espérance !
— Où serais-je en ce moment ? Je n'ose me le emander,
— Ah! Jean Renaud, il faudrait être aveugle et je serais ingrate envers Dieu si je ne reconnaissais pas l’œuvre de sa divine Providence !
Je ne suis plus maudite! Je ne suis plus maudite !