XVIII--L5 COFFRE-FORT
Jacques Mellier jeta d'abord autour malade qui sort d’un long délne pensée,
— Mon père, murmura doucement la voix de } me voyez pas ? C'est moi, Blanche, votre fille.
L'effet produit fut merveilleux. Les lueur jaillit de son regard.
— Je me souviens, je me souviens, pr dans l'ombre, ma caisse ouverte
de lui des regards effarés. Comme un il cherchait à se souvenir, à ressaisir sa anche, est-ce que vous ne
traits du vieillard s'animèrent et une
ononca-t-il d’une voix oppressée, là, là, , Un voleur... Volé, on m'a volé !...
— Mon père, calinez-vous, reprit la jeune fille : il n'y à pes de voleur, c’est moi, Blanche, qui suis près de vous, qui vous embrasse. — Oui, oui, c’est toi, mon enfant, c'est bien toi Ë maintenant, Pierre, ton parrain, où est-il ?
— Il n’est pas encore levenu, vous savez qu'il est allé à P — Ah ! oui, à Paris, chercher le fils de Lucile, Puis, revenant au souvenir de le vol :
j'entends ta voix, je te vois
aris, ton mari...
la lutte qu'il avait soutenue pour empêcher — Mais je n'ai pas rêvé, non ce n'était Pas un rêve, continua-t-il d'une voix saccadée ; un homme, un voleur est entré dans ma chambre, il à ouvert ma caisse.., volé, volé... on ma m'a volé la fortune de mes enfants !.. : Blanche restait silencieuse, «lle ne savait quoi dire, Lucile, retirée à l'écart, tremblante, n'osait faire entendre sa VOIX.
— Blanche, reprit le vieillard, donne.
je veux voir...
La jeune tille obéit, — Dans mon gilet, mes chefs. prends-les, Blanche. Lucile se pencha vers la jeune fille et lui dit tout bas : — Elles sont sous le traversin.
Jacques Mellier eut assez de force il fut debout ses
moi mon pantalon, je veux me lever,
pour mettre seul son pantalon : mais quand jambes fléchirent sous le poids de son corps et il serait tombé
si Blanche ne l'eût pas soutenu. Appuyé sur la jeune fille, il put se traîner jusqu’au offre-fort. Blanche lui mit le trousseau de clefs dans sa main. En se vaissant pour ouvrir la caisse il s’affaissa comme une masse.
Lucile, effrayée, s'élança pour le secourir. Mais elle s'arrêta brusquement.
Faisant un suprême effort, le vieillard venait de se mettre sur ses genoux avec le secours G: Blanche. Il ouvrit la caisse.
— Blanche, dit:il, de la lumière,
La jeune fille prit la lampe pour l’éclairer, Il lui suffit d'un coup d'œil pour reconnaître que les valeurs contenues dans le coffre-fort étaient intactes. Le voleur n'avait pu mettre la main ni sur une liasse de billets de banque, ni sur un rouleau d’or.
Jacques Mellier porta la main à son front et resta un moment silencieux, sans mouvement, Un travail se faisait dans sa pensée,
— Non, murmura-t-il, comme se parlant à lui-même, non, je n'ai pas 1êvé ; j'ai vu le voleur. J'ai vu ses mains fouiller dans le coffre-fort. . . J'ai posé mes
mains sur ses épaules et je l’ai renversé... je voulais voir son visage, je voulais le reconnaître... je n'ai pas pu... il a éteint rapidement sa lumière.
Le rat-de-cave, sur lequel le père Parisel avait dû appuyer sa main pour l’éteindre, était encore à l'endroit où le beau François l’avait placé.
Mellier le vit, le ramassa, et, le montrant à Blanche :
— Vois cela, vois, reprit-il, c'est la baugie du voleur... Ah! je savais bien que ce n'était pas un rêve !... Je n'ai pas vu sa figure, je ne le connais pas... C'est un homme fort, plus fort que moi, maintenant que :2 suis vieux. Pour ne pas te réveiller en sursaut, Blanche, pour ne pas t’effi. ‘er, je n’ai pas voulu appeler au secours; je pensais pouvoir, seul, me rendre ma: re du voleur. Il était étendu tout de son long et je le tenais sous mes genoux. Mais il parvint à se dégager et à se relever. Son intention était de prendre la fuite. Seulement, je le tenais solidement et ne voulais point le lâcher. 1l tremblait très-fort. Naturellcinent il avait eu peur en me voyant tout à coup derrière lui, alors qu’il me croyait profondément endormi.
Il y eut entre nous une lutte acharnée, terrible... Combien de temps cela dura-t-il? Je ne saurais le dire. Je cherchais à le pousser dans le cabinet qui sépare ma chambre de celle de Rouvenat, afin de l'y enfermer. Tout à coup, il eut en même temps ses deux bras libres et je sentis autour de mon cou comme ‘une tenaille de fer... Là, Blanche, regarde, regarde. .
La jeune fille se baissa.
— Oui, dit-elle, je vois des taches bleuâtres, noirvs.
— Ses doigts crispés s’enfonvaient dans ma gorge, poursuivit le vieillard, -J'essayai de lui faire lâcher prise en le frappant au visage. In do: ‘ble. Il ser.
rait toujours plus fort, il m'étranglait. La respiration me wm . , subitement, je sentis que tout mon sang me montait à la tête, se portait .u cœ: : . .Je crois me rappeler que j'ai jeté un eri et aussitôt je suis tom}é.,. J gnore ce qui
s'est passé ensuite. Le misérable 4 sans doute été épouvante il a craint, d’être surpris et il s'est sauvé sans avoir le courage de commettre le vol.
Ah ! j'ai eu peur, oui, j'ai eu peur de trouve ma caisse vide; car, vois-tu, Blanche, c'est tn dot tout cela, c'est ta dot!
Il avait refermé le cotfre-fort.
Blanche le soutenant par un bras, et s'appuyant de l'autre à un meuble, il se releva,
Sa peau était brûlante, et cependant il tremblait comme sous l’action du froid.
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il faut vite vous couche, approcher de la feaêtre ; je serai mieux à, dans me fouteil. Du côté de la Lorraine, l'horizon blanchit ; voici l'aurore,
F sontinua, tout en se dirigeant lentement vers la fenêtre :
—d'ai dans lw tête des battements étranges ; il me semble que j'ai da feu sur Le tps et à l’intérieur quelque chose qui me glace,
I e-laissa tomber sur le fauteil. :
— Blanche, reprit-il, ouvre 1 allée me fera du bien.
La jeune fille s’'empressa d'obéir. 11 respira bruy
- d ai uue grande oppression, dit-il war le soleil se lever.
Ses yeux vitreux avaient nn éclat singulier,
— Blanche, reprit-il après un moment de silence, je voudrais bien que Pierre revint aujourd'hui, J'ai hâte de serrer mon petit-fils dans mes Ls... Hier, jm éarit à mon notaire pour le prévenir. J'ai peur de mourir. Blanche, je veux we marier tout de suite, Et puis, il faut que je reconnaisse pour mon hérider, pour mon uls, l'enfant de ma pauvre Lucile.
En entendant ces paroles, Lucile, malgré elle, laissa échapper un sanglot,
Le xieillard fit un soubresaut, et tourna vivement la tête. Il vit Luëile qui temit sa tête baissée cachée dans ses mains.
Sxisisssat le bras de la jeune fille.
— Blanche! Blanche ! s’écria-t-il avec agitation, qui est là / Quelle est cette
—— Mon père... mon père... balbutia Blanche,
Lucile relava la tête. Son visage /iait inondé de larmes. Elle parut hésiter vu iushant ; puis, prenant une rés ‘tion subite, son front se courba de nouss st elle vint s’agenouiller devaat le vieillard.
— Mon père, dit-elle d'une voix altérée et pleine de larmes, Lucile Mellier, #oire fille vepentante, est à vos genoux.
Jacques. Mellier resta un instant sans voix, le regard fixe, éperdu, frémissaut.
Mais, soudain, ses yeux étincelèrent, son front parut rayonner, Il prit la te de sa fille dans ses mains tremblantes et l'obligea ainsi à lui montrer son vsage. Pendant quelques -2condes, sous le coup d’une émotion et d’une joie imBcibles, il contempla cette figure pâle, amaigrie par les souffrances et la ini-
= Yon père, vous avez le frisson, dit Blanche ! — Non, fitil,,aide-moi à m’
a fenêtre ; le grand air qui vient de notre belle
amment, à pleins poumons.
, Inaiïs cela va se passer. Blanche, je veux
wrY, mais toujours belle, Puis, tout à coup, dans une sorte de délire, il s'écria : — Ma fille ! ma tille!
Lucile ne cherchait plus à retenir ses larmes, elle pleure:t abondamment. — Ah ! laisse-moi te regarder encore, reprit le vieillard... Il y a si long-
tmps que je t'attends !... Quelle ivresse je sens en moi ? Oui, c’est bien toi, suivit-il avec un accent qui indic uait le ravissement de son âme, oui 1 ,
je , d unes tes traits chéris, ton doux regard... Ma fille, ma Lucile m'est ren-
we". . Blanche, Blanche, tu ie savais, et tu ne me le disais pas !... La jeune fille se pencha vers lui et l'embrassa au front. 3 tenait toujours dans ses mains la tête de sa fille. Il reprit : — Blanche, Lucile est ta sœur ainée, et bientôt elle sera ta mère ! Puis, sinclinant vers sa fille :
— Nous t’avons longtemps cherchée, ou donc te cachais-tu ? lui demanda.t:il, Ts: as beaucoup souffert, je: le sens : pourquoi n'es-tu pas revenue ? — Vous:m'aviez maudite, mon père.
— Tais-toi, tais-toi :
— Aujourd’hui, je vous demande pardon, mon père, Je vous prie, si vous me: croyez assez punie, de retirer votre malédiction.
Le vieillard se prit à sangloter.
— Viens dans mes bras, mon enfant, dit-il, viens, viens, que je te sente sur mon cœur |
I] l'embrassa fiévreusement,
Après un court silence, il reprit d’une voix entrecuupée :
— Ta faute était légère, tu l'as cruellement expiée... I! n'y a ici qu'un cou. pable,” c'est moi, Jacques Mellier ?.. , :
Lucile, contiuua-til d'un ton solennel, ton père à été impitoyable pour toi,
ne Je sois pa nour lui... Lucile, le vieux Jacques Mellier, prét à descendre dans la tombe, tin pire, te deruunde pardon.
— Oh ! mon père, mon père! s'écria-t-elle,
Et l’entourant & ses bras, elle l'embrassa avec t "ansport,
Le vieillard pleuriit à chaudes larmes.
— Lucile, mon enfant! s’écria-t-il d'une voix vibrante, autrefois je t'ai maudite ; aujourd'hui sois bénie, sois bénie, sois bénie !
Elle leva vers le ciel ses yeux reconnaissants.
— Mon Dieu, murmura Jacques Mellier, avant de m'enlever de ce monde, accordez-moi encore la joie de voir mon petit-fils !
I] ne s'était soutenu jusque-là que par un suprême effort de volonté, Ses forces l’abandonnèrent subitement, Sa tête se renversa sur le dos du fauteuil. De grosses gouttes de sueur perlaient à son front, l'éclat de son regard s’éteignait, son visage prenait une teinte jaunâtre.
— Mon père, est-ce que vous vous trouvez plus mal? lui demanda Lucile effrayée.
— Non, répondit-il : j'éprouve une grande lassitude, l'émotion... le bonbeur... mais je ne souffre point.
— Mon père, Blanche et moi nous allons vous aider à vous recoucher.
— Laissez-moi dans mon fauteuil, je me trouve si bien entre vous deux.
Il tendit une de ses mains à Lucile, l’autre à Blanche.
Un sourire effleura ses lèvres.
— Regardez, mes enfants, dit-il, là-bas, au-dessus des roches, c’est le soleil qui se lève ; ses premiers rayons caressent mon front. Lucile, Blanche, ce jour, qui vient de paraitre, est pour nous tous un bien beau jour. Mon Dieu, comme elle est grande et belle, l’œuvre de votre création !
11 poussa un profond soupir.
— Lucile, je voudrais bien que Rouvenat et ton fils arrivent en ce moment.
Le roulement d’une voiture se fit entendre.
Jacques Mellier tressaillit et se redressa.
Blanche, penchée à ia fenêtre, regardait dans la cour.
— C’est le docteur, dit elle,
Un instant après, le ::+:'ecin du village entrait. Lucile s'était précinit:: uent retirée à l’autre bout «1: chambre.