‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 96 sur 109 · AAA SAR. LS · texte numérisé non relu

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Après avoir salué par un mouvement de tête et deux signes de la main, le vieux fermier prit la parole. D'une voix faible, lente, oppressée, à laquelle il donna un accent grave, presque solennel, il dit :

— Mes amis, je suis bien aise de vous voi je sais que vous avez tous de l'amitié pour moi, Je me sens bien fiule, je crois que je vais mourir...

— Muis non, monsieur MelKer, mais non, ca ne sera rien, dirent ensemble plusieurs veix.

— Ecoutez-moi, écoutez-moi, reprit-il : les instants sont précieux, laissez-moi parler... Je voudrais que tout le monde de Frémicourt et de Civry fût ici en ce moment pour écouter mes paroles ; vous n'êtes que six, n'importe, écoutez moi... C'est la confession du vieux Jacques Mellier que vous allez entendre.

Jean Renaud tressuillit,

Les autres se regardèrent avec ébahissement,

Flaache fit un mouvement comme si elle eût eu l'intention de mettre sa main sur la bouche du vieillard. Ses lèvres remuérent ; mais elle resta silencieuse.

Mellier continua :

— Vous vous souvenez de ma fille

— Oui, oui, Mile Lucile, la belle demoiselle du Seuillon.

— Eh bien, j'ai été sans pitié pour elle... Pour une faute que J'aurais dû ui pardonner, je l’ui chassée de ma maison... oui, dans un moment de folle exaspération, sans doute, j'ai chassé ma fille, mon unique enfant, en lui jetant ma malédiction.

Les auditeurs baissérent la tête.

— Vous savez maintenant pourquoi Lucile Mellier à disparu tout à coup. Mais ce n’est pas tout, écoutez toujours : Il y a dix-neuf ans, le 24 de ce mois,

j our de la Saint Jean, un tout jeune homme, inconnu dans le pays, à été tué d'un coup de fusil sur la route de Frémicourt à Civry, presque en face du Seuillon..,

— Je me souviens de cela eimme si hose était d'hier, dit le vieux Mathias

— L'événement à fiv assez de bruit pour qu'on s’en souvienne, ajouta Mi tionin,

— Ce jeune homme, poursuivit le vieillard d'une voix chevrotante, cet inconnu, cet étranger, Gonnait la nuit des rendez-vous à Lucile Mellier, il était l'amant de ma fille !...

L’étonnement se peignit sur tous les visares

— Ta justice chercha l'assassin : on art un brave homme de Oivry Vous l’avez tous connu, Jean Ren 1, le tueur de loups... Jean Renaud « été uy# et condamné aux travaux | à -rpétuité... Où vst.il, maintenant { À Cayenne, mort peut être... E en in Renaud, le tueur de loups, était nnocanch..,

Ce suroles furent suivies d'un murmure.

— lout semblait l’accuser, continua Mellier en faisant un nouvel eftort pour raffermir sa voix ; il pouvait se défendre et prouver facilement qu'il n'était pas coupable, il ne l’a pus fait Jean Renaud s’est laissé condamner... Vous ne savez pas pourquoi, je vais vous le dire: Jean Renaud connaissait le véritable assassin ; ti s'est laissé condamner pour le sauver !...

Blanche, Blanche, tu as entendu, ton père est innocent !.. S'il existe encore, a liberté lui sera rendue et tu le reverras !

La jeune fille se laissa tomber sur ses genoux. Elle pleurait à chaudes lar- MmEe=.

— Le véritable coupable, continua le vieillard d'une voix presque éclatante,

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Les hommes présents, moins Jean Renaud et peut-être aussi l'étranger que le hasard avait amené dans la chambre, étaient frappés de stupeur.

— Vous m'avez bien entendu tous ? reprit le vieux fermier ; souvenez-vous de mes paroles afin de pouvoir les répéter quand, pour le bonheur de cette en. fant, que vous aimez tous, Pierre Rouvenat vous fera paraître devant les ma SiStrats pour dire la vérité,

4 de ;

Pauvre Jean Ren iud, cœur trop dévoué, Pourvu que tu vives encore !

Il cessa de parler et sa tête lourde tomba dans ses mains.

Les spectateurs de cette scène eussent été cloués au parquet,

Jivry, c'est moi, Jacques

uvante restaient immobiles, comme s'ils

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11 y eut un silence de quelques minutes, pendant lequel, aprè tés du regard, le garçon de ferme et les fauche l’autre,

Blanche restait à genoux près du vieillard, Jean Renaud s'était rapproché

fauteuil. L'inconnu, immobile à la même place,regardait le vieux mendiant avec plus d'intérêt encore que de curiosité,

Tout à coup, Jacques Mellier s’agita convulsivement., dil ter, les traits de son visage livide se décomposé bras et les 1bes, et, brusquement, comme s’il eût reçu le choc d’une pile électrique, il ssa debout,

Tout son & +ps tremblait, ,

— Mes yeux se voilent, dit-il d'une voix presque éteinte, je ne vois plus ne vois plus...

Il porta la main à sa poitrine, sur laquelle ses doigts se crispérent,

— Là, là, reprit-il, je sens comme un morceau de glace... Je vais mourir, je vais mourir !.… Rouvenat, Rouvenat !. Ah!i! ne revient pas arrivera trop tard... Edmond... je ne verrai pas l'enfant de ma fille... Ma tête tourna mes membres s'enguurdissent.. mes pensées se brouillent, elles fuient Blanche, es-tu près de moi ?

La jeune fille s'était levée,

—— Oui, mon père, répondit-elle, Je suis près de vous,

TT lui saisit le bras...

s s'être consulurs sortirent lentement l’un après

ses yeux parurent se rent Il se roidit, étendit les

» Je

— Je ne te vois plus, mais je t’entends, je te sens... ne me quitte pas. Et Lucile !... Blanche, appelle Lucile, appelle ma fille !

— Lucile, Lucile! cria Blanche.

La jeune femme entendit et accourut aussitôt.

A la vue de son père, qui avait déjà les empreintes de 1 €!le poussa un cri déchirant et l’ét eignit fiévreusement d:

Le vieillard retomba lourdement dans son fauteuil.

- Lucile, Blanche, ditil, vous me pardonnez,

donnez ?..

Des sanglots lui répondirent. I] continua :

— Vous vous aimerez, vous ne vous quitterez jamais... vous serez heureuses. oui, heureuses !.… Blanche, ton père à souffert et souffre pour moi : c’est ausai Pour moi que Geneviève, ta mère est morte !. J'ai causé de grands malheurs.

à mort sur la figure, ins ses bras,

n'est-ce pas vous me par-

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