‹ La malédiction d'un père [microforme]Chapitre 98 sur 109 · IX MAÏNE ET SE · texte numérisé non relu

IX MAÏNE ET SE

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que je vous voie aujourd'hui pour la première fois ; il y a environ huit mois, je suis déjà venu dans ce Pays paur vous,

— Je n'y étais pas, Muis est-ce Jenn Renaud où le mendiant Mardoche que vous veniez chercher au Neuillon ?

— Sur les indi:ations qu'un faucheur m'a données, je venais demander à la ferme le mendiant Mardoche : mais je savais que sous le nom de Mardoche se cachait Jean Renaud, la gracié de Cayenne,

— Comment savez-vous ces choses Ÿ s'écria Jean Renaud avec surprise,

— Le hasard m'a fait entendre tout à l'heure les paroles du vieux Jacques Mellier ; mais je n'ai rien appris que je ne susse déja,

-— Ainsi, vous saviez ?!...

— le savais que Jacques Mellier, vengeant son honneur, avait assassiné l’a-

mant de su fille ! Je savais que Lucile Mellier, le lendemain mûme du meurt re,.

avait quitté la muison de son pére, Je savais que Geneviève est morte, que Blanche, la nouvelle demoiselle du Seuillon, est la fille de Jean Renaud, le tueur de loups, et que Jean Renaud, alors forçat, était innocent,

Jean Renaud était stupéfié,

— Mais comment done avez-vous découvert le mystère du Seuillon, deman da-t-il.

L'avocat sourit.

— En lisant avec soin, à Vesoul, toutes les pièces que j'ai trouvées dans le dossier de votre procès, répondit-il,

— Est-ce possible ? s'écrin Jean Renaud.

— Une conversation que j'ai eue avec l'ancien Juge de paix de Saint-Irun. acheva de m'éclairer. Je pus alors rétablir exactement les faits, Je devinai fa-

cilement, qu'ayant fait la chasse aux loups dans la journée vous étiez passé à.

la ferme, avant de vous rendre à Terrois, où vous aviez affaire et y aviez laissé votre fusil, dont Jacques Mellier s’empara croyant prendre le sien. Je devinai aussi que, sortant de Frémicourt, un instant après le crime, vous vous étiez trouvé devant la victime, respirant encore, et que le malheureux jeune homme vous avait chargé d'aller prendre dans sa chambre, chez l’aubergiste Bertaux, à Saint-Irun, des papiers qui étaient de nature à compromettre gravement Jacques Mellier,

Jean Renaud était émerveillé.

— En ce qui concerne les papiers, continua M. Dumoulin, je pus supposer que vous les aviez détruits : mais j'ai su depuis, que, mieux inspiré, vous les. aviez cachés à Civry, sous le plancher de votre maison,

Cette fois, Jean Renaud ne savait plus que penser. Il fit un pas en arrière. et regarda l'avocat avec effarement.

M. Dumoulin avait un sourire bienveillant sur les lèvres.

—- Si je croyais à la magie, dit Jean Renaud, je dirais que vous êtes un, sorcier.

— Heureusement, vous n'y croyez pas.

Jean Renaud se frappa le front.

— Âh ! s'écria-t-il, pour savoir que j'avais caché les papiers dans ma maison, il faut que vous ayez vu Edmond ; vous connaissez le fils de Lucile Mellier ?

— Oui, Jean Renaud, je le connais.

Après avoir réfléchi un instant, Jean Renaud reprit :

— Vous m'avez dit tout à l'heure, monsieur, que vous étiez venu dans ce Pays à mon intention, il y a huit mois, j'étais à Cayenne, alors, et je ne con: naissais pas M. Edmond.

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362 LA MALÉDICTION D'UN PÈRE RP SR EE Re — À cette époque, je ne connaissais pas non plus et j'ignorais même son existence,

— Est-ce il y à huit mois que vous avez découvert la vérité sur le drame du Seuillon ?

— Je vous questionne, monsieur, excusez-moi ; mais je ne comprends pas encore dans quel but vous avez voulu pénétrer ce secret si bien caché

— Dans votre intérêt seul, Jean Renaud. Mon voyage dans ce pays à précédé de quelques jours, seulement, la grâce qui à été demandée pour vous.

— Quoi! s’écria Jean Renaud, en saisissant les deux mains de l'avocat, c'est à vous que je dois la liberté, c’est à vous que je dois le bonheur de voir ma fille chérie !

— Non, Jean Renaud, c’est à un de mes unis que vous devez votre grâce, pas à moi... Cet ami, vous l'avez vu, il vous a parlé à Cayenne,

— Ah! je n'ai pas oublié... Oni, un jour, à Cayenne, un homme d’un grand air, et qui, lui aussi, paraissait avoir beaucoup souffert, me fit venir devant lui. Il m'a parlé avec bonté, il m'a interrogé... Que lui ai-je répondu ? Je ne me le rappelle plus... Ainsi, monsieur, é’est lui qui n'a fait revenir en France, près de mon enfant ?

— Oui, Jean Renaud, e'est grâce à lui que vous êtes libre aujourd'hui.

— Oh ! je vous en prie, monsieur dites-moi son nom ! erait-il à cinq cents lieues d'ici, je veux aller le trouver, je veux m'agenouiller devant Jui pour le remercier,

— Je ne puis encore vous dire son nom, Jean Kenaud, mais vous le saurez bientôt. Vous le reverrez aussi, et, alors, vous pourrez le remercier,

Comme je crois vous l'avoir dit, J'enn Renaud, poursuivit M. Dumoulin, c'est encore dans votre intérêt et dans l'intérêt de Mlle Blanche, votre tille, que je suis revenu dans la Haute-Saôme, envoyé par votre protecteur inconnu.

— Que peut-il donc faire encore pour moi, pour ma fille ?

— 11 veut achever ce qu'il n'a fait qu'ébaucher, Jean Renaud : Edmond, le tils de Lucile Mellier, et Blanche se sont rencontrés, ils s'aiment vous le savez ?

— Oui, ils s'aiment.

— Eh bien! mon ami, pour que Blanche et Edmond soient unis, heureux, il faut que Jean Renaud soit réhabilité,

— Que me dites-vous, monsieur? s'écria Jean Renaud.

— Ce qui doit être, ce qui sera !

— Non, non, &’est impossible, La réhabilitation de Jean Renaud fétrirait le nom de Mellier que doit porter le tils de l’homme assassiné !

— Edmond ne peut pas s'appeler Mellier, quand il a le nom de son père.

— Le nom de son père !

— Oui, mais ce nom, Jean Renaud, je ne puis vous le faire connaître encore, La mort de Jacques Mellier, à laquelle je n'attendais si peu, rend ma mission infiniment plus facile ; d’un autre côté, sa confession, en présence de plusieurs personnes, simplifie singulièrement les choses. Je vais immédiatement à Vesoul et agir. Toutefois, Jean Renaud, je tiens à vous rassurer : il ne se fera pas de bruit autour de la tombe du vieux Mellier ; je m'arrangerai de manière à ce que le voile qui couvre le drame terrible du 24 Juin ne soit pas soulevé trop violemment, Jacques Mellier n'est plus, nous le laisserons dormir en paix. En dehors de nous, cinq hommes ont entendu la confession du vieux fermier ; priez-les de garder le silence, d’être muets, Ils parleront seulement en présence du magistrat devant lequel ils seront appelés dans deux ou trois jours,

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Maintenant, Jean Renaud, continua M. Dumoulin, vous devez connaître ces cinq hommes : il me reste à vous demander leurs noms et prénoms, et où ils demeurent,

— Il y à, d'abord, Jean Roblot, le garçon de ferme.

L'avocat avait tiré un carnet de sa poche. TI écrivit sous la dictée de Jean Renaud ï

— Ensuite, Isidore Mathias, André Brunet, Joseph Andral et Alexandre F Simonin. Ils demeurent tous les quatre à Frémicourt,

M. Dumoulin tendit sa main à Jean Renaud.

— Je n'ai plus rien à faire au Neuillon, dit-il : Je vous quitte, mais nous nous -reverrons, à bientôt.

Sur ces mots il s'éloigna rapidement,

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