NOT«S
sur le trône , est bien remarquable. Il fit publier que si feu son père ou ses officiers avaient pris quelque chose injustement à qui que ce fût , il lui serait rendu , pourvu qu'on dît naïvement de quelle maetère les diases s'ëtaient passées; ce qui fut exécuté, et surprit foi t le public , parce que les Turcs regardent ce qui est au fisc, comme aussi sacré que ce qui est dédié à Dieu même.
L'histoire raconte de ce monarque un fait qu'on peut proposer pour esempie aux princes , afin 4e leur inspirer de l'horreur «pour la perfidie et pour la trahison. Elle dit que Soliman , ayant envoyé un de ses hachas dans la Yalone , pour Im facâiter le passage «n italîe par terres par Bier, ce ba- <ha prit terre an port de Castro ; que les habitans de ce lieu «nrpris , se rendirent -sous le serment qu'il tkwr £t et la foi qu'il leur donna de les laisser aller où bon leur semblerait , vies et bagues sauves (ia vie et l^s biens «auis)-; x}ue cependant ce barbare violant sa parole, les tua tous, excepté ceux qu'il trouva pj oprcs k ^tre faits esdaves ; -que lorsqu'il fut de retour à Constantinople , Soliman , averti de sa perfidie, •le fit étrangler , et renvo}*a en Italie tous les prisomiiers avec leurs effets.
On dit que le mirfti, quiestle*p«pe des Turcs; lesViadileskiers , qui sont les archevêques , -et quelques bachas , le sollicitant un pur de chasser de ses Etats, les Juifs, ^leslftirétiens et tous ceux qui étaient ffune religion tlifféronte delà siev^ne, t>u de les contraindre à se faire mustilmans, il leur montra tl'une fenêtre , sur'laquelle il était appuyé, un verger ëmaiHé de toutes sortes de couleurs , et leur dit , que cette diversité de fleurs ne faisait aucun mal , qu'au contraire elle réjouissait extrêmement 'la vue et l'odorat ; qu'ilan était de même des dilfiférentesreKgioiïsqiii étaient dans ses Etats;q«ie, bien loin qu'elles leur ^ssenvdu tort , ou qu'elles leur fussent k obarge , ils en tiraient divers avantages, enfin qu'eUes ne pouvaient que leur être • utiles.
IfpTBS. Iq5
Retournant k Constantinople ^ après la prise dc^ Belgrade y qui était sa pr^mièr^ conquête , il apperçut sur sa route, à la pointe du jour , une femme ëchëvelée qui tâchait de s'ouvrir un passage au travers ^e ses gardes, pour al|er jusqu'à lui. Il ordonna qu'on la laissât approcher ; elle se jeta d'abord ^ tes pieds , et lui dit : a Seigneur , tes soldats ont volé ma » maison pendant cette nuit , où trouverai-je une retraite , » et de quoi nourrirai-je douze enfans qu^ Dieu m'a don- T» nés ? » Soliman ne put s'empêcher de if ire de sa naïveté , et lui répondit : « Fen^me, si tu ne t'es apperçue qu-à cette )> heure du vol qu'on t'a fait cette nuit , tu doripais bien ^ profondément. » « Il est vrai, répliqua la fjsmme , que je » dormais y niais dans la pensée î^ue tu veillerais pour moi, « les prince^ étan^ phligés de veiller continuellement à la » conservatiop dp lisurs sujets. i> Cette réponse fine et hardie plut à Spliman qui ordonna à Rustan^ bassa, de donner vingt jsultap^ d'pr à celte fepiipe, et de lui faire rendre tout ce qui lui avait été pps ; même à sa considération ^ il exempta pour plusieurs années le village oi^ elle d^ineurait, de toutes sortes d'impositions.
On cite un autre trait fort singulier de ce prince : on dit qu'^n Chrétien établi a Constantinople , avait en^prunlé ip l'argent d'un Juif , à condition que , $*il pe le lui rendait ai^ jour marqué , il lui serait permis de lui coifp^f un§ once de ^, chair. Le terme étant échu, et le Chrétien se tfof^v^pt dans l'impossibilité de payer , le Juif lui proposa de spu^f*ir (a peine qui lui était infligée. Le Chrétfpn n'ayant pu s'y résoudre, il y eut procès entre eux sur c^ sujet; l'affaire fift portée devant Soliman à cgiuse de sa singularité. VJEiftppreftr , ayant entendu les deux p^rti/ss, condamna le Chri^tien k subir la peine qui lui étaijt ii;nppsée pajr ^op Jyaité; n^i^js ij déclara en méi^e temps au ^uif que , s'il en poupaijL d^ay an^ tage, il lui en ferait couper à lui-même aut^^ que ce qpi ex céderait le poids convenu ; ce q]ui fit peur au Jifif , çt rpl?ligç^i a renoncer à sa demande.
196 KOTÈS.
Graden , dans son livre intitulé le Héros , rapporte ce fait d'une manière différente ^ mais qui parait plus conforme au caractère ottoman.
Un Juif, dit-il, prétendait couper une once de chair à un Chrétien , par un contrat usuraire qu'il l'avait forcé de passer, en lui prêtant une somme d'argeut dont l'autre avait un besoin extrême. La cause fut portée au tribunal de l'Empereur , devant qui le Juif l'exposa , et la défendit avec insolence. Soliman , après avoir tranquillement écouté le Juif; ordonna d'une contenance grave , que l'on apportât des balances, un poids d'une once, et un coutelas des mieux affilés. A cet appareil , l'usurier content , s'applaudissait en secret , et son débiteur pâle , tremblait de tout son corps , lorque l'Empereur adressant la parole au Juif : je te fais trancher la tête , dit-il , si tu coupes ou un peu plus ou un peu moins de chair qu'il n'est stipulé dans ton contrat. Cet arrêt imprévu fit bientôt désister le Juif de ses poursuites et acquit beaucoup de gloire à Solimati dans tout l'Empire, où le bruit s'en répandit.
Busbecq, historien contemporain, qui était alors à Constantinople , dit qu'après une défense expresse que fit Soliman, de boire du vin, certains Chrétiens ou autres qui avaient des vignes près de la ville , choisirent , pour les arracher , et pour aliirer l'attention du monarque , un jour oii Soliman sortait de la ville , et se promenait aux environs • qu'en effet l'Empereur les ayant apperçus , touché du dommage qu'ils en souffraient , il leur demanda pourquoi ils les arrachaient j que ces particuliers lui ayant répondu que comme il avait défendu de boire du vin , les vignes étaient devenues inutiles , il répliqua qu'il était vrai qu'il avait défendu de boire du vin , mais non de manger du raisin , et qu'il leur ordonna de laisser leurs vignes intactes ; saillie d'esprit, dit un historien de la vie de ce prince, qui fait voir la beauté de celui de Soliman , et qui fait connaître en même temps que si ce monarque se piquait d'être ferme dans ses
résolutions^ et de ne point s*en dédire , il trouvait des expédiens pour les rendre , au besoin , insensiblement inefficaces , sans qu'il y allât de son honneur.
Il est certain que Soliman a été le plus grand de tous les princes ottomans; il a fait des conquêtes dans presque toutes les parties de l'univers ; il a vaincu les nations les plus belliqueuses , contre lesquelles ses prédécesseurs n'avaient jamais combattu qu'à leur honte et à leur désavantage. Il était perpétuellement en action , soit à la tête de ses troupes en les conduisant y soit dans son palais en prenant de sages et bonnes mesures, pendant qu'il laissait prendre a ses troupes un repos nécessaire : aucune année de son règne ne se passa sans qu'il ne fît quelque chose de remarquable , soit en public y soit en particulier. Il était ennemi de l'oisiveté , exerçant sans cesse ses soldats ^ de peur qu'ils n'y tombassent et ne s'y accoutumassent»
Ce monarque était courageux , brave au dernier point , affable , civil , de sorte qu'on peut dire que les Turcs se sont humanisés pendant son règne; car, voyant que leur prince accueillait avec bonté les étrangers , eux aussi , à son exemple y les traitaient avec affabilité dans les communications qu'ils avaient avec eux. £n un mot, il a été, dit-on , le héros de sa maison , accompli dans l'art de la guerre et dans la science de gouverner pendant la paix : toutes les vertus que chacun de ses prédécesseurs avait eues séparément , semblaient s'être réunies dans sa personne ; il fut le plus grand de tous ceux qui avaient régné avant lui ; et nul de ses successeurs ne peut lui être comparé. Ses entreprises guerrières , ses conquêtes glorieuses avaient fait de la nation musulmane un peuple distingué par les armes , et lel> qu'aucun autre ^ de son temps , ne pouvait se flatter de l'emporter sur lui dans la guerre. Tant de gloire était le seul ouvrage de Soliman» t'
igS NôtfiS.
On Vante aussi , avec raison, les vertus hlorales Ûe ce xhonarqu'e : il èta poèsëd&it plusieurs à un hàùt degré; il était ennemi des débauches db bouche et de feninies ^ si communes dans ses prédécesseurs. Il était scrupuleux observateur de sa parole, disant de ceux qui la violaient , et qui bnt toujours été eh assez grand nombre parmi les Turcs, que ce n'était pas le ihoyen de gagner les nations étk*angères; qu'il fallait leuir sa parole , quand on l'avait iiné fois donfaée. II punissait sévèrement le crime, autant par l'horreur qu'il en avait, que par devoir; tnais il récompensait aussi fort libéralement les belles et vertueuses actions, ce qui lui avait aciquis l'amour de tous ses sujets et l'estiihe des étrangers: cette conduite l'assurait aussi de la fidélité de ceux auxquek il confiait des emplois ou des commissions. Il avait du pen> chant, du goùt pour les belles-lettreS , et il favorisait ceux qui en {disaient profession ; il se connaissait en médailles; mais il s'appliquait particulièrement aux mathématiques et à la lecture de l'histoire ; il était amateur de l'équité et grand protecteur de la justice.
Soliman avait les yeux noirs , le regard fier , le teint brun , la taille belle, l'ame ferme ^ l'esprit délicat, l'humeur libérale : soùs son rëgne , ainsi qu*on l'a remarqué , les Turcs commencèrent à se polir. Mais, comme. malheureusement toujours quelque défaut se joint aux pluà belles qualités, celui qu'on peut avec droit lui reprocher , était d'être soupçonneux , ce qui l'a rendu par fois cruel ; et d'être si sensible îi l'amour , qu'il devint esclave de Ro&elane , qui lui fit faire des meurtres horribles et des fautes honteuses à un Empereur et à un bon politique : cette Roxelane, qui était de Sienne , ^tait la plus artificieuse , la plus méchante et la plus belle de toutes les femmes; elle disposait d'une manière si absolue de Soliman, que, quand il entrait dans le sérail , on pouvait dire qu'il en était le premier esclave.
NOTBS. *99
La jeune Sélima la remplit de ses cris.
fichant VIII.)
On ne sera point étonné de voir Sélima et ses compagnes dans la tente de Dragut , si Ton fait attention aux mœurs des Turcs, qui leur iont traîner après eux çles sérails jusque dans les camps. Les prévenances , les tendies soins que le poète attribue aux femmes de Dragut, étadeot bien faits pour l'attacher a elles; ils donnaient un nouveau lustre à leurs charmes qui n'en étaient que plus puissans pour lui.
En parlant des femmes turques, peut-être ne sei*a-il-pa$ hors de propos de dire ici quelques mots de leur costume. Leur beauté consiste moins dans la régularité des traits, que dans la taille et la fraîcheur du teint y sui-tout pour les Gircassiennes. Elles portent sur tous leurs vétemens et leur cein* lure chargée de plaques enrichies de pierreries , une veste traînante, de drap ou de brocart, fourrée d'hermines, de zibelines ou de petit giis. Leurs cheveux tressés qui tombent jusqu'à la ceinture; leur collier qu'elles attachent jusqu'à leurs oreilles avec des boucles de diamans ou d'émeraudes en poires , et qui se retroussent derrière la léte, à l'extrémité du bonnet poligone orné d'une aigrette ; les bagues et les bracelets dont leurs bras et leurs doigts sont chargés^ donnent un air de majesté et de grandeur à toute leur personne.
Là venait d'arriver un neveu du grand-maitre. . .
( Chant /X )
Henry de La Valette, neveu du grand-maître, jeune Chc valier plein de feu et de courage, et le Chevalier Polastron, son ami intime, à peu près du même* âge, furent chargés dans le siège , d'une expédition périlleuse à laquelle ils succombèrent.
L'auteur de la Maltéide , en les faisant agir , a cru devoir ajouter à l'intérêt de leur situation , des circonstances qui
aOO NOTES.
rendent tout-à-la-fois la catastrophe plus poëtique et plus
touchante.
Le grand maître, dit l'histoire, supporta la mort de son neveu avec beaucoup de constance , et il ajouta cette vertu aux grandes qualités qu'il fît éclater pendant tout le siège. Sur ce que plusieurs anciens Chevaliers entreprenaient de le consoler: « tous les Chevaliers , leur dit-il, me sont égale- » ment chers; je les regarde tous comme mesenfans : et la » mort de Polastron m'est aussi sensible que celle de La Vay> lette mon neveu ; après tout ils n'ont fait que nous précéder. » S'il n'est pas possible de sauver Malte ^ il faut mourir , et » nous ensevelir tous jusqu'au dernier sous ses ruines. »
iSur un Ut , par le zèle et le deuil apprêté , L'infortuné Dragut est lentement porté. . .
( Chant X, ) ''
Le poète a suivi , dans les funérailles de Dragut , certains usages dont voici quelques particularités :
Autrefois on exposait le mort sur une table/ comme dans un lit de parade , orné de ses plus beaux habits , et de diverses fleurs de la saison ; après quoi on le portait sur des brancards hors de la ville, 4&ns un lieu destiné à la sépulture des morts.
Arrivés au tombeau , les Turcs 'tirent le mort du cercueil et le descendent dans la fosse avec quelques sentences de l'Alcoran , après que les imans y prêtres turcs , ont fait pour le défunt les prières accoutumées à l'entrée de la mosquée. On ne jette point la terre immédiatement sur le corps, de peur que sa pesanteur ne l'incommode : pour lui donner un peu d'air., on pose de longues pierres en travers , qui forment une espèce de voûte sur le cadavre , en sorte qu'il y est en-> fermé comme dans un coffre.
Les prières pour les trépassés ne consistent qu'en quelques complaintes et dans le récit de certains vers lugubres ; elles sont répétées mot pour mot par ceux qui accompagnent le convoi, et qui suivent couverts d'une pièce de drap gris ou de feutre pendante par devant et par derrière. Les lamentations des femmes turques sont si éclatantes , qu'elles suffisent pour annoncer un mort aux voisins les plus éloignés.
Quelque fois on élève au dessus de la sépulture une espèce de tour ou de colonne qu'on laisse communément ouverte par le haut , pour qu'elle ressemble au monument de la Mecque; c'est dans l'intention aussi qu'elle reçoive la pluie qui se communique aux fleurs et aux autres .plantes odoriférantes j que l'on sème autour de ces mausolées , afin que les passans, charmés de leur odeur, prient pour les âmes de ceux sur les corps desquels ils les cueillent. Les parens mettent encore sur la^ombe du pain de la viande , des œufs , du lait y du fromage : les pauvres, quelquefois les oiseaux et les fourmis profitent de ces offrandes pieuses. L'entrée de ces tours ou colonnes est défendue par une grille de fer ou de cuivre. Un turban ou quelque autre ornement représenté sur la pierre de la tête , marque si le mort était homme ou femme : la pierre des pieds est la même pour les deux sexes.
Les funérailles du sultan sont accompagnées d'une majesté lugubre. On mène en main tous ses chevaux , avec les selles renversées , couverts de housses de velours noir , traînantes jusqu'à terre. Tous ses officiers , tant ceux du sérail que ceux de la garde , solacs, janissaires et autres, marchent en leur rang : les mutaféracas , c'est-à-dire les préférés , précèdent immédiatement le corps , armés d'une lance au bout de laquelle est le turban de l'empereur défunt, et portant une queue de cheval. Les armes du prince et ses étendarts sont traînés par terre.
La forme du cercueil est celle d'un chariot d'armes. Il est
a02 NOTKS.
couvert d'un ricbe poêle, éi par desstift on met tin turban pareil k celui que le prince avait coutume de porter pendant Ml vie. Ce turban qui a la figure d'une léte d'homme avec le cou , fait connaître que c'est là le tombeau d'un sultan et non d'une sultane , d*an fils du grand-seigneur et non d'une fille. Si le sultan est mort à la guerre y on met son cimeterre sur son cercueil.
De Bomptileut tapiâ , dans leur magnifiôeûdé...
Les Turcs , descendans des Tartares , campent magnifique^ ment. Us dépensent plus en tentes et en équipages , que pour leurs bàtimens particuliers. Les pavillons du grand visir et des autres officiers de marque méritent plutôt le nom de palais que celui de tentes. Elles sont d'une étendue prodigieuse, ornées en dedans de tapisseries de brocart d'or, d'argent et de meiibles précieux.
DW côté paraissaient, sous un aspect hideux...
( Chant XL )
Les croates, hussards turcs, braves et robustes , n'emploient que la targue et la lance creuse et ferrée. Si ceux qu'ils attaquent étaient suscesptibles de peur , la figure^seule de ces troupes les glacerait d'effroi. Une peau de léopard moucheté leur sert de bonnet , dont les ailes battent sur leurs épaules; un grand vol d'aigle avec la queue en fait Tomement. Ils portent de 'longues chaussés de peau d'ours ou de loup, le poil en dehors, et pardessus, une veste de peau de lion , avec des éperons à la hongroise , longs d'un grand pied. Leurs chevaux sont également caparaçonnés de fourrures.
Auprès d'eux s'avançaient , armés de leurs tonnerres...
L'infanterie turque se compose en partie des janissaires ' qui sont la principale force de l'Empire. Elle est habillée à la
barbâréstpië , d'un corset cle drap rouge , lacé par le côl^ , avec dés deihi-mauches d'oU sortent fcélles des chemises larges et ouvertes, qui .laissent voir le bras nud jusqu'au coude. Cies fantassihs portent un caleëott de serge de même couleur , lié ail jarret , un deini-bàs de drap, agraffé depuis le mollet jusqu'à là cheville dû pifed , et tm soulier de maroquin rôuge à oreilles, ferttië de cordohs de Soie bleue. Leur coëfftiré consiste en un petit bonnet d'écarlate très-fine , surmonté d'une hdupè de soie jaune. LeUts armes sont le sabre et la carabine.
Mais quel est ce Cortège où la richesse étale. . .
Le grand-seigneur, quand il marche en guerre, est précédé de Péics , de quatre porte-arquebuses à pied et de ses gardes à cheval qui l'environnent. Il est armé de pied en cap d'une jacque de mailles , dont le collet est chargé de grosses jjerles: tout le devant est garni de rosettes de diamans; il y en a de même sur les épaulettes', au milieu du dos : sur les brassai-ds et sur la calotte (ou la tête), des mailles dorées, sont terminées par d'autres grosses perles, et se relèvent dans un turban^ de soie verte orné d'aigrettes de diamans. Sa veste de drap d'or foutrée de martes zibelines noires et passée en écharpe , est si chargée de pierreries , que les deux officiers qui en soutiennent les coins, semblent plutôt le soulager de ce pesant fardeau , que contribuer a la splendeur de sa marche. Dans le combat il est armé d'une cuirasse de la plus grande richesse.
Trois officiers portent après lui chacun un turban dont les aigrettes brillent à travers la gaze qui les couvre. A leur suite marchent les ichoglans ou les pages , conduits par les eunuques , et suivis du grand-maître du sérail et de son lieutenant en habit de guerre , tous deux superbement montés.
Six chevaux de main y deux enseignes ; un toug et la corn*
9o4 KOTES.
pagnie du mulezar aga, revêtue de peaux de tigre , et armée de deini-piques noires canelées et d'argent, précèdent le lieutenant-colonel des janissaires , qui se distingue des capitaines par une touffe de plumes de héron noires et quelques aigrettes attachées au derrière de son turhan; il est suivi de deux cents soldats , escortant son drapeau de toile rouge ; Taga paraît ensuite revêtu de hrocart d'or ^ avec un grand turhan , monté sur un cheval magnifique , entouré de plusieurs capitaines à pied y et suivi de plusieurs Ichoglans à cheval ^ armés de carabines , de lances et de cottes de mailles d'acier poli y garnies de rosettes dorées , sur lesquelles ils portent des vestes de satin de couleur , passées en écharpe. Vient ensuite la musique : après elle , la cavalerie qui a le pas , se fait remarquer par la beauté des chevaux , des harnois et des housses.
La diversité des flammes rouges, vertes et jaunes, qui flottent au haut des lances , forme une variété agréable. Les dragons , par dessus une longue capotte rouge ^ portent une peau de léopard dont les pattes de devant s'attachent sur l'estomach; celles de derrière avec la queue, pendent sur la croupe du cheval, qui a pour housse une peau de tigre; ils sont coefîés d'un bonnet de drap verd à quatre coins , qui battent sur leurs épaules. Chaque soldat tient une lance au bout de laquelle est une flamme de taffetas qui tombe sur l'oreille du cheval. L'habillement des officiers est de martre commune^ le poil eu dehors; leur bonnet est orné, de plumes d'aigle. Les porte-étendards ont des ailes aux épaules et aux talons. Les ichoglans sont habillés de satin ou de brocart à fleurs d'or et d'argent. Leurs chevaux sont caparaçonnés comme ceux des anciens Romains , et leurs carabines ornées d'argent, de nacre de perle et de corail. Paraissent ensuite les chevaux de main ; les têtières des brides sont d'argent doré, émaillé et enrichi de pierreries : des chaînons d'argent servent de gourmettes ; les rênes sont ^e soie, du milieu du crin sort un soleil qui tombe sur le cou, sous le quel pend un
NOTES. 2o5
gros flocon de crin blanc attaché k une boule d'argent doré , qui bat le long du gras de la jambe droite, et se .retrousse à la selle qui est de velours brodé. Ces riches harnois s'ont à demi couverts de peaux, de tigre si bien retroussées, qu'elles ne dérobent point à la vue la beauté des cheveaux et de leur parure.
Les solacs sont habillés comme les capitaines des janissaires, et les peics ou petits valets de pied^ en veste de brocart à fleurs d'or , dont les bouts retroussés à une ceinture d'argent doré, laissent voir un parement à broderie d'or, et orné par de vaut de plumes de héron. Leur chaussure est la même que celle l'iufanterie. Les chevaux de main portent une aigrette attachée à la têtière par un tuyau de pierreries; leur harnois sont si chargés de diamans , de rubis , d'émeraudes, de perles, de turquoises et autre pierres précieuses , que l'on n'en apperçoit pas le fond.
Les tougs (ou queues de cheval); les drapeaux mêlés de rouge, de vert et de jaune, ornés d^épées flamboyantes et des noms de Dieu, du prophète et de l'Empereur, en broderie; les tambours, les tymbales, les trompettes et les hautbois ,' précèdent les deux chameaux qui portent les reliques du mahométisme, couvert d'un drap rouge, avec des franges bleues. Les deux chameaux sont environnés de santons, de dervis et d'émirs en turban vert avec leur chef. Enfin paraît le mufti entre les deux cadileskers (juges de l'armée), habillés de violet et de salin blanc. L'équipage de leurs chevaux consiste simplement en des têtières de cuir violet bouclées d'acier ^ et en des housses traînantes de drap rouge à franges bleues.
Deyantlui cependant de belliqueux drapeaux...
Les étendards turcs sont d'une étoffe de soie de diverses couleurs, chargés d'une épée flamboyante environnée de
ao6 iroT^.^.
caractères arabes eo broderie ; iine grosse pomme dorée attachë^ au bout de la lance , et surmoptée d'un crqis^ai^^ d'argent termine Tétendaid. Le premier de tous, qi^e )'on appelle l'éteodard du prophète, est vert. On y voit le vap% ^/?ca au bout de lalanœ. Sept gr^ud^ ^tefids^i& ^véçeiie^\. \e sultan quand il va à la guerre.
Maître de ms 4^i>» Untôt û forn^idables. . .
{Chant XII.)
La vérité est que Mustapha, entrant dans le fort Saint- £lme qu'il avait réduit, et jugeant par la petitesse de cette place y combien le bourg lui donnerait de peine , s'écria : » Que ne fera pas le père, puisque le. fils qui est si petit M nous coûte nos plus braves soldats I » On convient en effet que les Turcs, dans le siège particulier de ce fort, perdirent au moins huit mille hommes.
C'est alors quUnsultant aux Chevaliers défaits. . .
La vengeance , excitée par l'amour, est capable de porter un cœur, quoique naturellement généreux, à des excès que ces deux passions peuvent seules faire excuser. Soliman possédé par elles , s'y abandonne , pour ainsi dire , malgré lui , puisqu'un instant auparavant il admire , il plaint lui-même ses ennemis : et son passage rapide de l'admiration, de la pilié même à des mouyemens de colère et de haine , font reconnaître l'homme jusque dans lelbéros.
On pourrait comparer cette violence de^ ressentiment au courroux qui saisit Achille , lorsqu'Âgamemnon lui enlève Briséis , ce qui a fait dire à Boileau :
Achille déplairait moins bouillant et moins prompt».,
Il fut pris et traîné sur un cruer rivage. . .
{Chant XIII.)
Les côtes d'Alger. — Ce Çandélissa, dont il est parlé, était
un renëgat grec, vieux corsaire, crudi ^ ^uguinaire ; estais grand bomme Ap mer«
Ainsi, foulée aux pieds de Fenfer en courroux...
( Chant XIV. )
L'humanité, sous les traits d'une vierge affligée, est intervenue parmi les combattans pour les désarmer ; elle leur a offert le spectacle de son sein déchiré par leurs coups : mais ni ses prières ni ses souffrances ne peuvent attendrir les Turcs* Mahomet triomphe et Fenfer avec lui.
Homère, dans Tlliade, nous représente les prières comme filles de Jupiter , boiteus/es , couvertes de rides , baissant l'œil et ne regardant <jue de côté. « Elles suivent constainment , » dit Phœnix à Achille , l'injure vigoureuse , qui , d'un pas » ferme et léger, les devance facilement, et parcourt la » terre en nuisant aux hommes , elles viennent réparer ses » torts, etc. » ( Traduction de Bitaubé» )
Une telle allégorie semble devoir autoriser l'auteur de la Maltéide dans le personnage de rhumanité , qu'il fait venir pour mettre fin aux combats.
O prodige inoui ! cette amante respire. . .
( Chant XV. )
Cette fiction paraîtra peut-être passer un peu les bornes du merveilleux; mais que l'on fasse attention qu'elle n'a lieu que par la volonté de l'Eternel. L'histoire sainte offre en plus d'un endroit de pareils prodiges. Rien n'est impossible à Dieu : ce miracle d'ailleurs prépare le dénouement. Soliman et tous ceux de sa suite en sont d'abord frappés j mais Hascen arrive , qui n'en ayant pas été témoin^ n'est uniquement occupé que du sultan ; il frémit à la vue de son sang versé , détourne les esprits de l'effroi qui les a saisis , s'empare d'eux , et , plein de
208 irOTES.
vengeance , les ramène aux combats. Le grand-seîgneur luimême , appelé par les cris de son armée, n'écoute que son courage^ il vole au secours des siens, sans pouvoir être retenu par ce qui vient de se passer devant lui.
Il dit : mais dans les ain quel effroyable bruit. . .
( Chant XVL )
On a pensé ne pouvoir mieux terminer ce poème que par l'intervention du ciel. Après avoir montré dans les Chevaliers ce que peut le courage aidé de l'honneur , de la vertu, de tous les sentimens qu'inspire une religion pure , Dieu lui-même a voulu déclarer d'une manière imposante l'innocence des Chrétiens : il tire Soliman de son erreur , et lui commande de mettre fin à un siège dont l'auteur a été puni dans la personne d'Ismar. Ainsi ses décrets sont remplis y et sa sagesse ^ autant que sa puissance , éclate dans l'exécution de ses volontés.